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L'ici et l'ailleurs

Cameroun: deux femmes poursuivies pour homosexualité et traitées de "sorcières"

Esther et Martine, deux Camerounaises poursuivies pour homosexualité, à Ambam, au sud de Yaoundé, le 15 mars 2012


"On nous traite de sorcières", confie Esther, une Camerounaise de 29 ans, poursuivie en justice pour homosexualité comme son amie Martine, 26 ans. Les deux femmes sont devenues l'objet d'insultes et de moqueries générales dans la petite ville d'Ambam, à 150 km au sud de Yaoundé.


Leurs enfants ont dû quitter l'école et une grande partie de leurs familles respectives les ont bannies. "L'affaire" fait grand bruit au Cameroun depuis février. Jeudi, le procès des deux jeunes femmes a réuni quelque 300 personnes à Ambam, près du Gabon. Elles plaident non coupables. La prochaine audience aura lieu le 29 mars. Comme dans beaucoup de pays africains, l'homosexualité est illégale au Cameroun. Vendredi, un autre procès médiatique débute, à Yaoundé: celui, en appel, de trois homosexuels condamnés à cinq ans de prison en novembre et dont deux sont incarcérés. Esther, aide-soignante et maman d'une fillette de 6 ans, et Martine, coiffeuse et mère de deux filles (12 et 10 ans), ont été inculpées en février, après la plainte d'une femme mariée de Ambam, accusant l'un d'entre elles d'être lesbienne. Cette inculpation avait été précédée d'auditions à la gendarmerie au cours desquelles les deux femmes auraient "avoué" leur homosexualité, selon le parquet d'Ambam. Gardées à vue pendant quatre jours, elles ont comparu libres. "Je subis les insultes et les regards des gens. Lorsque je sors pour faire mes courses au marché, on me bouscule, on me jette des cailloux", témoigne Esther. "La situation est telle que je ne sors plus en journée", profitant uniquement "de la discrétion de la nuit pour me détendre un peu", ajoute la jeune femme, qui vit toujours à Ambam. Martine en revanche a quitté la localité où les deux femmes vivaient dans la même maison, avec leurs trois enfants. Elle explique avoir "préféré (se) réfugier momentanément chez (sa) petite soeur à Yaoundé". "Je ne pouvais plus supporter de vivre ici", dit-elle, les traits tirés. "Des pierres était projetées sur le toit de notre maison". "Un jour, une habitante a lancé: +Regarde comment elle a le démon en elle+", explique Martine. Si sa soeur l'a accueillie "tous les autres membres de ma famille, dont mon père et ma maman, m'ont rejetée", dit-elle. Esther elle aussi a été "bannie" par toute sa famille, à l'exception d'un oncle. Les enfants des deux jeunes femmes, qui étaient scolarisés à Ambam, ont dû quitter la ville. "Au début mes deux filles venaient me dire: "maman, nous sommes insultées au lycée. Les élèves disent que notre maman est lesbienne". Elles ne voulaient plus aller à l'école. J'ai dû interrompre leur scolarité pour les envoyer au village", raconte Martine. "Je leur ai demandé de ne pas croire à ce que les gens disent", ajoute-t-elle. Esther a en outre perdu son travail dans un hôpital de Kyé-Ossi, ville camerounaise voisine à la frontière avec la Guinée équatoriale. Les deux femmes risquent jusqu'à 5 ans de prison, peine maximale prévue par la législation du Cameroun. En attendant le verdict, elles "vivent dans la peur". "Que Dieu nous aide pour cette affaire s'arrange à l'amiable", souligne Martine dont le souhait le plus cher "est de partir d'ici pour toujours". Quant à Esther, elle se désole: "Je sais que cette histoire me poursuivra partout où j'irai au Cameroun".

Santé sexuelle:
Des jeunes Mauriciens face aux choix éclairés

de notre correspondant Jimmy Jean-Louis



PORT-LOUIS avec GenderLinks-Les questions et les défis liées à la santé sexuelle et reproductive des jeunes est une préoccupation des décideurs des pays de l'Afrique australe mais aussi de ceux de Maurice. Selon la dernière 'Contraceptive Prevalence Survey' (CPS) effectuée en 2004 et dont le prochain est prévu pour 2012, le pays enregistre, chaque année, un nombre important de grossesses non-désirées. Ce qui résulte en des avortements clandestins estimés à 20 000 cas. Entre 1991 et 2002, le pourcentage d'avortements a presque doublé, passant 9,3% à 14,4%.

Ces questions et les défis qu'ils posent ont constitué le thème d'un atelier de formation résidentiel de deux jours à l'intention d'une soixantaine de Youth Leaders du pays, âgés entre 15 à 20 ans. L'objectif de cette formation était de mieux informer ces jeunes décideurs de demain sur la santé sexuelle et reproductive et ainsi les aider à développer les attitudes et les comportements nécessaires leur permettant de faire un choix éclairé. Ceux-ci sont, à leur tour, appelées à partager les connaissances acquises avec d'autres jeunes à travers le pays.

Organisé conjointement par le ministère de la Jeunesse et des Sports et la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), cet atelier est le deuxième du genre à se tenir cette année et qui aborde le sujet de santé sexuelle et reproductive avec les jeunes. Les personnes ressources qui ont assuré cette formation venaient de la MFPWA, du Youth Network of Mauritius et du ministère de tutelle. Les autres sujets qui ont été abordés au cours de cette formation ont été les maladies sexuellement transmissibles, la prévention contre l'usage de drogues par voie intraveineuse et la sexualité.

Les rapports sexuels non protégés chez les adolescents sont non seulement à l'origine de grossesses non-désirées mais aussi d'infections sexuellement transmissibles, dont le VIH/ SIDA," indique Vidya Charan, la directrice de la MFPWA. Dans 50% des plaintes d'abus sexuels enregistrées auprès du 'Drop-in Centre' du ministère de l'Egalité du Genre, situé à Bell Village, soit à la périphérie de Port-Louis, la capitale, leurs victimes vivent une grossesse non désirée. Et toujours selon Vidya Charan, ces adolescentes qui tombent enceintes courent des risques de complications pendant la grossesse et au moment de l'accouchement. D'où l'importance d'informer et de former les jeunes pour qu'ils sachent au-devant de quoi ils s'exposent.
" Le but de ces deux formations était de mieux comprendre les jeunes et mieux faire passer des messages sur le VIH/SIDA et les maladies sexuellement transmissibles. Les jeunes de moins de 15 ans constituent un pourcentage important de la société, soit 21,6% de la population du pays. La jeune génération actuelle bénéficie de plus de facilités que celles du passé à divers niveaux. Cependant, elle doit aussi faire face à de nombreux défis en matière de santé sexuelle et reproductive, éviter l'abus sexuel, la grossesse précoce et les maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH/SIDA," explique Vidya Charan. D'où l'initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports de regrouper les jeunes régulièrement à travers de tels ateliers de formation pour qu'ils soient sensibilisés sur ces différents fléaux et d'autres problèmes sociaux. Un total de 699 jeunes, soit 313 filles et 386 garçons, ont bénéficié de ces formations en 2010. Au cours de la même année, quelques 6 487 jeunes (2 721 filles et 3 766 garçons) ont été sensibilisés aux problèmes sociaux tels que le VIH/SIDA, le suicide et l'abus sexuel. Vidya Charan a récemment obtenu la reconnaissance de ses pairs car elle est aussi la vice-présidente de la Association of Chief Executives of Member Associations of the Africa Region (ACEMAAR), qui œuvre sous l'égide de l'International Planned Parenthood Federation (IPPF). L'ACEMAAR a plusieurs objectifs dont l'un d'eux est d'établir et de renforcer la coopération et la collaboration régionale et interrégionale dans les techniques de santé reproductive et sexuelle, les droits, l'information et les services offerts par les associations membres.

Il n'y a pas que Maurice qui soit inquiète pour les choix de sa jeunesse. Les pays africains en sont aussi conscients. En juin dernier s'est tenu la First African Intergenerational Dialogue sur le thème de "Young People and Sexual and Reproductive Health and Rights in Africa". Conférence qui a vu la participation de grands leaders politiques africains actuels et passés dont le premier président de la Zambie, Kenneth Kaunda, la vice-présidente du Malawi, Joyce Hilda Banda et des membres de l'African Leaders Network dont le Pr Fred Sai du Ghana. Au cours de cette rencontre, ils ont pu dialoguer avec les jeunes sur les thèmes de la santé sexuelle et reproductive sur le continent. Cette démarche de la MFWPA est en conformité avec les articles 26 et 27 du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement. L'article 26 ayant trait à la santé, prévoit l'adoption et l'application de politiques et de programmes visant à assurer un accès équitable à des services de qualité en matière de santé sexuelle et reproductive. Tandis que l'article 27, axé sur le VIH/SIDA, demande notamment aux Etats membres de "développer des stratégies sensibles au genre pour prévenir de nouvelles infections". Bien que Maurice ne soit pas signataire dudit Protocole, il est réconfortant de voir que le pays applique plusieurs de ses dispositions dont ceux ayant trait à la santé sexuelle et reproductive et au VIH/SIDA.


Les nouvelles républiques bananières sont en Europe

par Bernard Cassen

C’est l’écrivain américain O.Henry qui, au début du XXème siècle, inventa l’expression « république bananière » pour désigner les pays d’Amérique centrale et des Caraïbes qui n’avaient de république que le nom.

Les oligarchies locales étaient entièrement inféodées à la multinationale américaine United Fruit Company (rebaptisée United Brands Company en 1970, puis Chiquita Brands International en 1989) ou à sa concurrente la Standard Fruit. Ces deux grandes productrices et exportatrices de bananes étaient elles-mêmes intimement liées au gouvernement de Washington qui constituait leur bras armé. Depuis la formulation, en 1823, de la doctrine Monroe, on ne compte plus, en Amérique latine, les interventions militaires, éliminations de dirigeants progressistes et coups d’Etat organisés ou soutenus par les Etats-Unis pour préserver les privilèges de leurs entreprises.


A cette fin, la Maison Blanche pouvait compter sur la complicité et le zèle de gouvernements locaux corrompus et habitués à obéir aux ordres de l’ambassadeur des Etats-Unis. En 1927, un document du Département d’État sur l’Amérique centrale résumait parfaitement la situation : « Nos ambassadeurs accrédités dans les cinq petites républiques qui s’étendent de la frontière mexicaine à Panama ont été des conseillers dont les conseils ont eu force de loi dans les capitales où ils résident respectivement ». Mais quand il n’existait pas (ou pas encore) de dirigeants suffisamment serviles, Washington prenait directement le contrôle des deux secteurs stratégiques de la gestion du pays (en dehors des forces armées et de la police) : la collecte des impôts et les services des douanes. Ce fut le cas, entre autres, à Cuba (via l’amendement Platt à la Constitution nationale en 1902), à Haïti, en République Dominicaine, au Nicaragua. Il s’agissait donc d’enclaves américaines extra-territoriales [1] exerçant la réalité du pouvoir dans des Etats théoriquement souverains.


L’Europe ne produit pas de bananes, mais elle a déjà ses républiques bananières. Pour s’en convaincre, il suffit de remplacer United Fruit par banques et marchés financiers ; amendement Platt par Pacte pour l’euro ; la troïka ambassadeur américain, marines et contrôleur des douanes par une autre troïka : Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international. Les capitales de ces républiques ne sont plus La Havane, Port-au-Prince, Saint-Domingue ou Managua, mais Athènes, Dublin, Lisbonne (et demain Madrid et après-demain Rome, voire Paris). Leurs gouvernements ont accepté de devenir de simples protectorats auxquels ne reste d’autre liberté que celle d’imposer à leurs peuples des plans d’austérité à perpétuité et de bradage généralisé des biens publics, tels qu’ils sont concoctés à Bruxelles, Francfort, Berlin et Washington.


Les techniques de « persuasion » sont devenues plus sophistiquées. Il n’est plus besoin de brandir la menace de coups d’Etat militaires. Au contraire, la politique du « gros bâton » financier est présentée par les médias et la plupart des dirigeants européens comme de nature presque humanitaire : il s’agit de « sauver » la Grèce, l’Irlande, le Portugal, etc. Y compris contre leurs propres peuples ! Jusqu’ici, les gouvernements n’ont tenu aucun compte des grèves, manifestations, mouvements d’Indignés et même sondages d’opinion qui dénoncent leur soumission aux diktats des marchés. Tous appréhendent cependant le moment où leur servitude volontaire provoquera des explosions sociales qu’ils ne maîtriseront pas.



La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa
par Pierrette Fleutiaux




Si j'étais un homme pieux, voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis à toutes les tentations, nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l'homme, la société doit maîtriser ce corps, dès son plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels, qui troublent son esprit et corrompent la société, relève du devoir de l'homme respectueux de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non pas dans l'interprétation de la loi divine, mais dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision périphérique en est certes limitée, mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter son esprit. Cachée sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à la débauche mentale. Une solution serait de l'aveugler totalement, par le moyen d'un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire les fils de l'homme à l'école, et faire toutes choses qui dégagent l'homme des tâches matérielles, facilitent l'exercice de son vouloir et son étude des textes sacrés.Je soumets ici une modeste proposition à mes frères.


Que les hommes portent la burqa, qu'ils s'approprient ce vêtement que dévoie trop facilement la femme. L'homme est beau, l'homme est la création première de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté de convoiter, ne tentons pas sa faible nature. Voyez l'homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée, justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent les chemisettes d'été, les pieds dans les sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis la femme à l'abri de tout danger dans sa prison portative de la burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse.

L'homme en burqa brisera net l'élan pervers de la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée, elle n'en sera dans sa maison que plus portée à répondre aux besoins sexuels légitimes de son époux. Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera pas de se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes, elle y verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité même la détournera de toute compétition malsaine avec l'homme. Quant à cette exposition de la féminité, elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra conforté dans son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté masculine.

ORDRE DIVIN

Repoussons cette croyance absurde qu'il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante : elle accrédite l'idée que l'homme a été créé libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que, devant toute femme passant sous ses yeux, s'éveille aussitôt en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel de l'ordre divin. L'homme n'a rien à craindre des misérables appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement ne peut que leur nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa. La burqa est faite pour l'homme.


Pierrette Fleutiaux

Vécu

Nigeria: dans le bidonville de Makoko,
le boom de la population africaine


Les pirogues glissent sans bruit sur l'eau noire de Makoko, un bidonville sur pilotis qui grignote chaque jour un peu plus la lagune de Lagos tandis que sa population, à l'image de celle du continent africain, ne cesse de croître.

Des dizaines de milliers de personnes vivent dans ces taudis de la capitale économique nigériane. Les conditions sanitaires y sont déplorables et il n'y a plus de place, ou presque, pour personne, selon l'un des chefs traditionnels, Jeje Albert Ayede, qui dit rejeter de nouveaux arrivants. Ce lundi, la population mondiale atteindra officiellement sept milliards d'êtres humains, selon les Nations unies. L'Asie est de loin le premier continent en nombre d'habitants mais l'Afrique celui dont la population augmente le plus vite. Ainsi, le Nigeria, son pays le plus peuplé avec 160 millions d'individus, devrait atteindre les 400 millions d'ici 2050, d'après les estimations de l'Onu. Lagos, une mégapole de 15 à 18 millions d'habitants, est un pôle d'attraction pour toute la sous-région et ses infrastructures sont désormais largement dépassées. Un véritable casse-tête urbain: pas ou peu d'électricité, circulation dense et chaotique, routes défoncées et constructions anarchiques. Les défis sont importants, reconnaît le ministre de l'Environnement de l'Etat de Lagos, Tunji Bello, en termes de logement, de transport, d'emploi et de sécurité. "Mais une population importante n'est pas un désastre, c'est aussi un avantage énorme, la Chine en est un exemple clair, l'Inde aussi", ajoute M. Bello, soulignant l'intérêt des investisseurs étrangers pour de tels marchés. Tous les observateurs s'accordent sur l'énorme potentiel du Nigeria, dont la population est souvent décrite comme créative et ayant un sens aiguisé des affaires. Puissance pétrolière, le pays tire annuellement des milliards de dollars de l'exploitation de ses sous-sols. Mais la corruption élevée a jusqu'à présent largement freiné son développement. L'emploi des jeunes est une source de préoccupation majeure. Les observateurs craignent que les chômeurs se tournent vers le crime et la violence, notamment dans le nord à majorité musulmane, où existent des mouvements radicaux.

Selon la Banque mondiale, il y aurait dans le pays jusqu'à 50 millions de jeunes sans emploi ou sous-employés. "Une bombe à retardement", estime John Litwack, économiste en chef de l'organisation au Nigeria, où la criminalité est déjà élevée. L'une des réponses, selon Tunji Bello, c'est "d'encourager les investisseurs à venir au Nigeria, à y établir des industries, des activités commerciales pour créer des emplois". Dans une petite école perchée sur pilotis de Makoko, des enfants en uniforme bleu et jaune répètent après la maîtresse, Debby Jonathan. Agée de 18 ans, elle affirme gagner 8.000 nairas par mois, soit 35 euros. A l'extérieur, c'est un ballet de pirogues. Makoko est une communauté de pêcheurs, les hommes partent tôt le matin avec leurs filets et les femmes fument et vendent ce qu'ils ont attrapé. Mariri Kpote, une vendeuse ambulante de médicaments croisée sur l'eau, affirme que "Makoko n'était pas grand comme ça avant". Elle y est née, ainsi que ses quatre enfants. Comme elle, beaucoup ici ont leurs origines au Bénin voisin. Selon le chef Jeje Albert Ayede, les habitants du bidonville n'ont pas les moyens d'habiter ailleurs à Lagos. "L'argent qu'il faudrait dépenser au dehors, ils ne l'ont pas", dit-il. Les autorités de la mégapole souhaitent démanteler les taudis comme Makoko. "Si vous ne faites pas attention, c'est un désastre environnemental en devenir", assure Tunji Bello. Le gouvernement de Lagos projette notamment de construire des logements destinés à des locataires à faibles revenus. Mais il attend aussi davantage d'investissement de la part des autorités fédérales, qui n'ont jusqu'à présent pas joué leur rôle, selon M. Bello.


La peur du mendiant étranger, une histoire suisse


Visant la dernière minorité nomade d’Europe, l’interdiction de la mendicité revient en force dans les villes suisses. Malgré la reconnaissance des droits humains, la Suisse, comme le reste de l’Europe, renoue avec des mesures et des préjugés ancestraux.

Genève vient de tenir le premier d'une longue série de procès pour contestation d'amendes adressées à des mendiants rom. Une conséquence de l’interdiction de mendier adoptée en 2008. Depuis lors, plus de 10'000 amendes de 130 à 2'500 francs ont été infligées à quelques 200 Roms domiciliés en Roumanie. Pendant ce temps à Lausanne, le Parti libéral-radical (droite) a déposé son initiative «Stop à la mendicité par métier» munie de 11'500 signatures. Ce qui conduira les Lausannois devant les urnes l’année prochaine pour valider ou non cette proposition de loi. Outre Genève, la mesure est déjà en vigueur à des degrés divers à Fribourg, Neuchâtel, Bâle, Zurich et Lucerne. Elle vise toujours les Roms venus principalement de Roumanie.

Comme le rappelle l’historien Jean-Pierre Tabin, l’interdiction du mendiant étranger est récurrente en Suisse depuis le 16e siècle. Dès cette époque en effet, quantités de mesures ont été prises dans les villes de Suisse et d’ailleurs visant surtout les mendiants étrangers. Et ce, dans une Europe où les villes gagnent en poids démographique, économique et politique. Une nouvelle gestion de la pauvreté également en croissance se met donc en place.

Les nôtres et les autres


Jean-Pierre Tabin en rappelle l’un des actes fondateurs de la Suisse de l’époque: «En 1551, la Diète fédérale de Baden (assemblée des délégués des cantons suisses) décide que chaque paroisse doit entretenir ses pauvres. Les autres, les étrangers doivent être expulsés.» Une différentiation qui s'est peu ou prou maintenue, en dépit des mesures et politiques sociales adoptées dès la fin du 19e siècle. C’est également une transformation de l’espace politique (l’ouverture des frontières au nouveaux pays de l’Union européenne dont la Roumanie) qui remet à l’ordre du jour une mesure aussi ancestrale que ses justifications. L’argumentaire des initiants lausannois ne déroge pas à la règle: «Ce type de mendicité n’a rien à voir avec la mendicité traditionnelle. Son but est d’exploiter le sentiment de pitié. Elle va même plus loin: certains simulent des infirmités pour stimuler la compassion. Face à cette dérive, l’interdiction de la mendicité par métier s’impose!» Et Mathieu Blanc, président du comité d’initiative d’ajouter: «La mendicité existe depuis plusieurs années à Lausanne. Mais récemment, certains mendiants se sont montrés plus agressifs et parfois insultants. Ce qui crée des problèmes pour beaucoup de gens, surtout les personnes âgées qui se sentent ainsi désécurisées.»

Jean-Pierre Tabin, qui participe à une étude sur les enfants qui mendient sur mandat du service vaudois de protection de la jeunesse, rappelle les origines de cet argumentaire. «Au Moyen-âge, la chrétienté était placée devant un dilemme par rapport à la mendicité, la pauvreté étant un idéal chrétien. Comment faire pour discerner les bons des mauvais pauvres, ceux qui répondent à une injonction divine et ceux que l'on accuse de paresse. Différents critères apparaissent alors pour les différencier: le mendiant acceptable doit être du lieu, invalide, vieux, humble et non revendicatif.» Ce qui fait dire à Jean-Pierre Tabin: «L’argumentaire n’a pas bougé. Nous sommes toujours en train de différencier les bons des mauvais pauvres, les nôtres et les autres toujours accusés de s’enrichir et de travestir leur véritable situation.»

Discrimination voilée

Reste que depuis 60 ans, l’Europe et la Suisse revendiquent haut et fort le respect et la protection des droits humains comme une de leurs valeurs fondatrices. Or le respect des droits fondamentaux est pour le moins écorné par ces mesures à l’encontre des Roms. Le juriste Daniel Möckli de l'Université de Zurich a en effet montré en quoi l’interdiction de la mendicité est contraire à la constitution fédérale. Et ce dans une étude publiée en octobre 2010. Selon le juriste, seule la mendicité faite de manière agressive peut être interdite. Une telle mesure ne doit s’appliquer que de manière temporaire et à l’intérieur de zones clairement définies, des principes qui respectent les articles 8 et 18 de la Convention européenne des droits de l'homme que la Suisse a ratifiée. Une évaluation que n’a pas retenue le Tribunal fédéral. La Cour suprême helvétique, saisie en 2008 d’une plainte contre l’interdiction de mendier promulguée à Genève, estime que cette mesure repose sur une base légale suffisante.

Préjugés renforcés

Mais la violation la plus grave des droits fondamentaux concerne la discrimination envers les Roms. Et ce, même si les mesures d’interdiction ne les mentionnent pas explicitement. Ainsi, les personnes verbalisées à Genève sont toutes des Roms de Roumanie. «Les Roms sont déjà extrêmement discriminés. De telles interdictions renforcent les préjugés à l’égard de la plus grande minorité d'Europe», souligne Vera Tchérémissinoff, fondatrice de l'association genevoise Opre Rrom. «Nous sommes opposés aux différences de traitement entre ceux qui ont la nationalité suisse et les autres», ajoute Urs Glaus, de la fondation «Assurer l'avenir des gens du voyage suisses». Une association créée en 1997 suite au scandale provoqué par la politique menée entre 1926 et 1973 par Pro Juventute à l’encontre des Yéniches (population nomade nombreuse en Suisse). «Il s'agissait, en retirant systématiquement leurs enfants à des familles de Yéniches, d'éradiquer le mode de vie nomade, qui apparaissait comme une cause de négligence envers les jeunes et comme un danger pour la société», rappelle le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS).

Une pauvreté iconoclaste

Reste à savoir pourquoi ce surgissement de la pauvreté dans les rues des villes suisses suscite pareil rejet, alors que le nombre de mendiants se chiffre généralement à quelques dizaines de personnes par ville. Jean-Pierre Tabin a son explication: «Chaque manifestation de pauvreté dérange, car c’est une remise en question d’un fonctionnement de la société présenté et perçu comme harmonieux. Ces mendiants qui demandent activement l’aumône renvoient l’image d’une ville du tiers-monde et non de la cité prospère que l’on pense habiter en Suisse.»

Frédéric Burnand avec Simon Bradley





Dossier


Interdire l'excision féminine :
la prudence de la Suisse


Entre 6000 et 7000 femmes excisées ou menacées de l'être vivent en Suisse. Ces chiffres ont été avancés dans un récent rapport de l'UNICEF section Suisse, sur la base d'une enquête menée auprès des gynécologues, sages-femmes, pédiatres et services sociaux. Entre ces chiffres et le drame de l’excision, il existe une série de mesures axées sur la prévention et l'information. Appuyée en cela par l'imminente intervention de la loi, non sans faire grincer des dents. Notre dossier.


27 juin 2008: un premier procès vient de sanctionner un acte de mutilation génitale en Suisse. Un couple de somaliens reconnaît avoir fait exciser leur fille de deux ans, en 1996, à leur domicile à Zurich. Appuyant la proposition du procureur, le Ministère public avait requis, en l’endroit du couple somalien, deux ans de prison avec sursis. « Peut mieux faire », ont estimé les défenseurs des droits de la femme et de l'enfant pour qui "le sursis ne se justifie pas parce que basé sur une simple déclaration des criminels qui prétendent ne pas savoir que l'excision est un crime que la loi réprime." La raison de cette légère peine a été donnée par la justice : « les parents ignoraient, à l'époque, que leur acte tombait sous le coup de la loi en Suisse ». Selon l'accusation, l'excision avait été pratiquée au domicile des parents par un Somalien de passage. Ce dernier n'avait pas été identifié. A la suite de cette sanction, ce procès a fait jurisprudence. Deux autres procès, de grande gravité, ont été prononcés, ces dernières années, en Suisse.


Pratique d'un autre temps

L'excision des jeunes femmes est une pratique qui remonterait à l’Antiquité. A cette époque, on aurait retrouvé, des momies excisées dans des tombeaux de l’Egypte ancienne. Au fil des années, des Hadiths ont essayé de la justifier, s'appuyant sur le coran, sans jamais convaincre. Dans plusieurs cultures, on essaie de justifier l’excision quand bien même les sociétés et les mentalités ont évolué. C’est dire que l'excision est loin de disparaître définitivement. Cette pratique consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris voire des petites lèvres, sans anesthésie et sans asepsie. Sa version la plus cruelle, l'infibulation, complète une mutilation de l'ensemble des organes génitaux que vivent des millions de femmes dans le monde. Certes, l’infibulation et l’excision se confondent. Mais, ils restent, non seulement des mots, mais également une réalité cruelle. Elles sont, de plus en plus jeunes (voire des bébés), sans défense, des jeunes femmes contraintes à subir l'excision. Officiellement ou clandestinement. Avec ou sans la bénédiction des autorités politiques locales. Celles et ceux qui justifient sa raison d'être ne sont pas à court d’arguments. L'opération vise à débarrasser le sexe féminin de tout ce qui peut rappeler le masculin, à «rendre la femme complètement femme». Il s'agirait d'une tradition rituelle en mesure de relier chaque communauté à ses ancêtres, en réalité, elle opérerait la soumission du corps féminin à un « marquage symbolique » qui l'influencerait secrètement et signerait l'appartenance à une communauté. Il s’agirait surtout d'un rite de passage vers l'âge adulte; d'une coutume qui permet à la jeune femme d'affronter la douleur de l'accouchement; d’un rite qui permettrait à la femme de faire face aux souffrances de la vie ou de parer à toute situation d'infidélité. Il semblerait que si la jeune fille n'est pas excisée, elle adopterait, dans sa vie future, une attitude libertaire par rapport à la sexualité. Elle serait incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et, par conséquent, elle aimerait les hommes sans retenue. Depuis des lustres, cette façon de « vivre » s’est ancrée dans le subconscient collectif que, dans certaines sociétés, certains hommes refusent, jusqu’à aujourd'hui, d'épouser des femmes non excisées.


Celles et ceux qui se battent contre l’excision mettent en avant son côté archaïque : une tradition immémoriale qui engendre des suites néfastes sur la santé physique ou psychique de femmes qui la subissent. Ils dénoncent le fait que durant toute leur vie, les victimes doivent surmonter un traumatisme psychologique en plus d'être conditionnées pour servir la communauté et réprimer leurs envies. Non seulement les filles excisées gardent la marque d’une blessure intérieure grave, mais également, elles sont l'objet d'infections successives de la vessie ou des voies urinaires. Il arrive que leur future vie conjugale en fasse les frais. Elles peuvent refuser à leur mari des rapports sexuels difficiles au risque de s’exposer à un éventuel divorce. Dans tous les cas, l'excision est une absurdité. Elle ne sert à rien sinon qu'à marginaliser la femme; à porter atteinte aux droits fondamentaux qui lui reviennent ; à la sous-estimer.


Des ferventes oppositions


Aux quatre coins du monde, on se mobiliser pour faire passer le message contre cette forme de violence. En effet, de plus en plus de personnes, d'associations, de relais, de groupes de paroles et d'ONG haussent le ton devant ce qu'il est convenu d'appeler des pratiques moyenâgeuses, relevant plus de la barbarie que des coutumes. Leur mobilisation est une réponse à une façon de vivre qui prend de l'ampleur, horrifie, scandalise en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et, aujourd'hui, en Europe où sont installés les communautés arabo-africaines, par la voie des migrations. Actuellement, les rapports internationaux estiment que 150 millions de femmes dans le monde ont fait l'objet de ces mutilations, dont 3 millions de cas chaque année. Or donc, cette mobilisation se heurte à la résistance de celles et ceux qui en tirent profit. Elle se heurte à l'incapacité et à l’absence de volonté des pouvoirs publics de mettre en œuvre les moyens d'action pour freiner, si pas, interdire carrément l'excision. Dans les milieux migratoires, l'excision est "un thème tabou" estime Monika Hürlimann, coordinatrice au Service de médiation pour la prévention contre l'excision des filles, chez Caritas Suisse (Zurich). Chose étonnante, selon elle, "les réticences sont plus grandes chez les spécialistes en Suisse que chez les familles migrantes. D'aucuns ont peur d'aborder la question; de parler de la sexualité avec des Africaines." Dans certains milieux, on évite d'en parler, pour ne pas froisser et culpabiliser les personnes attachées à cette coutume très ancienne, et pour ne pas créer des animosités de voisinage. La Suisse se bat, lentement mais sûrement pour que médecins et sages-femmes sensibilisent les travailleurs sociaux et les éducatrices de la petite enfance autour de la question.


Le journaliste Jean-Claude Boz, humaniste au grand coeur, spécialiste en politique et géopolitique, responsable d'un réseau résolument engagé contre toute forme de mutilation ne mâche pas ses mots : "J’ai derrière moi un groupe très efficace de militants de défense des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant. Nous soutenons par conséquent toutes actions humanitaires, en ayant conscience que celles-ci, naturellement nécessaires, autant dans l’urgence que dans la durée, n’ont pas vocation à changer l’ordre du monde. Notre campagne contre l’excision n’est qu’un combat parmi d’autres, sur lesquels nous sommes engagés. Sur la question des mutilations sexuelles je suis intervenu directement par courrier auprès de l’actuel Président de la République française, en lui joignant copie de mon dernier texte. Nous souhaitons, par exemple, impliquer l’Islam de France dans cette campagne par le biais de ses plus hauts représentants, puisque tant les exciseuses que sont les parents des petites victimes se réclament de cette religion, alors qu’en réalité ces pratiques pré islamiques n’ont rien à voir avec l’Islam qui les tolère sans plus. Ainsi par les prêches des Imams, le message serait passé dans toutes les mosquées, sur l’ensemble du territoire national. Cette pratique perdure au nom de traditions ancestrales, s’appuyant sur la complicité des clans ethniques, parfois restreints aux seuls cercles familiaux, parfois sur des communautés plus larges régies par la loi du silence. Je considère que chacun d’entre nous peut contribuer à son niveau à changer le monde, faire en sorte qu’il soit demain un peu moins répugnant d’égoïsme qu’il ne l’est aujourd’hui. La souffrance de chacun devrait être ressentie comme étant l’affaire de tous."


En Europe et en Suisse


En dehors de la Suisse, la campagne contre l'excision de femmes ne fléchit pas. Elle se fonde sur une seule philosophie : « Il faut agir également au plan international, car comment empêcher qu’une mineure soit emmenée au pays d’origine des parents pour y être excisée ? En agissant ainsi ils ont toutes facilités de contourner les lois européennes qui interdisent ces mutilations chez nous et ils le savent pertinemment ». En effet, pendant des années l’Europe a été superficiellement informée sur la question des MGF-excision. Ce n'est que dans les années 80 qu’elle prendra conscience de l’existence de leur pratique sur son continent. Ont vu le jour, depuis cette date, au niveau européen, des réseaux de lutte contre les MGF pratiquées en dehors du continent africain. Leur mise en place ont nécessité plusieurs réunions et discussions des personnes qui se battent contre les mutilations pratiquées, sur les jeunes filles, en terre d'exil. Ces réseaux comprennent leurs statuts, des chartes, des textes fondateurs et des comités de direction élus. Il y a une dizaine d'années, l’Union européenne s’impliquait dans la lutte contre les MGF-excision. En décembre 2001, le Parlement européen organisait à Bruxelles, un colloque international sur la question dénommé "STOP MGF". Elle débloquait 100 000 Euros pour appuyer les activités de prévention et d’élimination de l'excision. Un réseau européen de prévention des MGF visant à coordonner les actions des divers groupes de lutte contre les MGF à travers l’Europe a vu le jour. En Suisse, des pressions et des actions sociales essaient de dénoncer la pratique de l'excision. Elles se présentent sous plusieurs formes. Restent mobilisés, les médiateurs culturels issus des communautés concernées, les pédiatres et les médecins régulièrement au contact d'enfants exposés. Les gynécologues et les mères d'enfants menacés sont également mis à contribution : ils ont la possibilité d'intervenir, par des discussions constructives, dans des soirées organisées autour du sujet. En plus des séances d'informations, il y a des brochures.


"Femmes mutilées, plus jamais", tel est l'intitulé d'un film documentaire sorti dernièrement en Suisse. Élaboré par l'Institut International des droits de l'enfant, en sigle IDE, basé à Sion, ce documentaire fournit des informations sur l'excision en milieux à risque, particulièrement des ressortissants de Somalie et Erythrée, dans la Corne de l'Afrique. Le film s'accompagne d'un manuel pratique destiné aux professionnels concernés, de près ou de loin, par la question. Il met en exergue les conséquences de l'excision sur la santé et sa perception dans l'arsenal législatif national et international. Il donne des recommandations sur la façon d'aborder ce grave sujet qu'est l'excision.


Pour les fillettes déjà excisées en Suisse ou au pays d’origine de leurs parents, à l'occasion d’une période de vacances, il existe l'ultime recours à la chirurgie réparatrice. Ancienne conseillère nationale, ancienne députée, ancienne directrice du Service de promotion de l’égalité entre homme et femme, militante féministe et directrice générale de l'Office des droits humains à Genève, Fabienne Bugnon a créé une association qui vient en aide aux femmes excisées. Elle se charge de leur opération réparatrice. Elle essaie d'obtenir des assurances la prise en charge des interventions chirurgicales. Et après une intervention ? Aucume structure de suivi psychologique n'existe réellement en Suisse.


Si campagne il y a, celle de la section suisse de l'Unicef marque les esprits, chaque année, le 6 février, à l'occasion de la Journée internationale de la lutte contre l'excision. Intitulée "Halte à l'excision, en Suisse aussi" elle dénonce, par des lectures publiques, des courriers d'information, des échanges et des annonces dans la presse, le sort fait aux "petites filles excisées dans des conditions peu hygiéniques au moyen de couteaux émoussés, de tessons ou de lames de rasoirs, à l’ombre d’un arbre ou dans une hutte." Et surtout, le fait que ces "petites filles sont dépouillées du droit à leur intégrité physique. La MGF blesse la dignité humaine, se pratique sans son consentement et s’accompagne toujours de risques importants pour la santé."Pour que ces enfants aient une enfance digne et préservée, l’Unicef se mobilise contre l’excision depuis des années. C’est en 1985 que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance collabore avec des organisations partenaires au niveau international, national et régional. En 2001, dans la vue de renforcer son travail d’information et de sensibilisation, l'Unicef insiste sur la réalité d'une Suisse où les petites filles ne sont pas suffisamment protégées contre une excision. A ce jour, l'organisme a mis à jour deux publications, à savoir : « La mutilation génitale en Suisse », de Stefan Trechsel et Regula Schlauri; et «A propos de la punissabilité de la mutilation génitale féminine de type l et lV» de M.A. Niggli et Anne Berkemeier. A chaque campagne, l'Unicef a toujours émis le souhait de voir inscrite, un jour, la mention explicite de mutilation génitale féminine dans le Code pénal suisse. Ceci aurait un effet préventif non négligeable et constituerait un signal clair.


Ne pas confondre tatouage et excision

Or donc, le souhait de l'Unicef a été entendu dans les sphères politiques suisses. En effet, il y a exactement une année que Berne planche sur la loi visant à condamner et à sanctionner tout acte de mutilation génitale sur les filles. Il s'agira de punir les excisions et autres mutilations commises en Suisse. Leurs auteurs pourront encourir jusqu'à dix ans de prison. A cette exception près qu'un alinéa de cette loi envisage d'autoriser ces mutilations sur les femmes majeures, dès 18 ans. A l'origine de cette initiative parlementaire, la conseillère nationale (députée) socialiste Maria Roth-Bernasconi affirmait que "pendant les travaux, les juristes nous ont signalé que si on punit les mutilations sexuelles, il faudrait du même coup prohiber le piercing du clitoris ou les opérations de chirurgie esthétiques des organes génitaux..." Simpliste, cet argument ne prenait pas la mesure de la gravité de l'acte d'exciser. A savoir que le piercing ou les opérations de chirurgie esthétique ont cette différence avec l'excision, que les personnes sur lesquelles on les pratique en font le choix. La petite fille malienne ou somalienne qui tombe sous le rasoir de l'exciseuse ne fait pas, elle, ce choix. Moins encore, elle n'a aucun moyen de se défendre. Cette disposition avait surpris nombre de personnes et organisations engagées dans le combat contre l'excision et la protection de la femme et des enfants. Ils y ont vu non seulement une libéralisation de cette pratique, mais également un appel à un "tourisme des mutilations génitales".La polémique est loin d'être close, tandis que la loi susdite devait entrer en vigueur au début de 2011. Soutenue par la majorité des partis politiques suisses, elle a été adoptée à l'unanimité par la commission des affaires juridiques du parlement (Conseil national). Dans tous les cas, en Suisse, l'acte de mutiler est devenu un délit (même si il a été commis à l'étranger). En cas de soupçon fondé, les autorités sont en droit de sévir.


Cikuru Batumike

culture

Logique entre langue créole et créolité
par Jonas Daniel Rano


Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à impulser une nouvelle idéologie qui bouscule l'Antillanité de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques irréductibles, il serait là le langage d'une nouvelle génération ou simplement une volonté de se démarquer par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde. Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène", ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse, par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre, je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau. J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation, la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.


Créolité: combat d'arrière-garde ?

Donc, la créolité s'identifie à quelque combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de la créolité ? Dans un premier temps, j'encourage très fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant, Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y disait précisément que le créole est une langue que lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer. Je crains que la créolité, dans son expression actuelle, ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des défenseurs du créole. Mais c'est une réalité qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !


Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète, qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains antillais, principalement à travers leurs oeuvres, magnifient une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe, n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion, de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice, à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé Césaire.


Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire

Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt, je me serais permis d'être plus critique à son égard en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur, il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant il existe une variété de créole qui puisse être la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais ne reflète pas l'usage. Je mets en relief, le fait que le prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique, a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question la nécessité d'ériger le créole, comment dire, de prôner le créole comme langue d'écriture pour les Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce prix-là, ne change strictement rien à la réalité qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique. Qu'il est évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais, et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques. A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre le créole comme langue première des individus, qui n'ont d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est: que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé. Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser, on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité créatrice.


Hors des frontières nationales


En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire a vocation à être universelle, à être lue par le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement une forme subtile de la négritude, car la négritude dans son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour la préoccupation constante des intérêts de la race noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule portée à bout des bras par Aimé Césaire semble rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard, ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui disait dans une interview à Lilyan Kesteloot: "Je refuse absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude, qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude, mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés. Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle est datée. La négritude est née dans les années 1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte. Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est indépendante. Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance américaine et des indigénistes haïtiens des années 1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être justes encore une fois. Je me réfère, une dernière fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité, on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde actuel, la société actuelle face aux contraintes nées du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les vocables négritude, antillanité et créolité sont d'un autre temps...


Jonas Daniel Rano

Lire



De l'état passif, longtemps imposé, accepté voire toléré, les femmes congolaises sont entrées dans l'ère de la prise de parole. Elles sont devenues actives dans des domaines où on les acceptait le moins et qui leur étaient interdits. Leur contribution au processus d'amélioration des conditions de vie des membres de la société a été rarement prise en considération, ne figurant ni dans des études sérieuses ni dans des statistiques officielles. Elles ont été marginalisées aux motifs liés au pouvoir mâle et à la sauvegarde de celui-ci. La position subalterne dans laquelle elles furent jadis parquées -dans la famille et dans la société- fut considérée comme la norme, en dépit de leurs capacités et compétences à assurer certaines responsabilités dites réservées au sexe opposé. Ce livre tente d'analyser les domaines dans lesquels leur visibilité est effective ; une visibilité spontanée et / ou préparée, sans laquelle elles seraient encore réduites à l'idéal de la maternité, de la beauté du corps, de la soumission voire d'effacement public. Distribué par la FNAC et les bonnes librairies
Femmes du Congo-Kinshasa : Défis, acquis et visibilité de genre. Broché: 100 pages. Auteur : Cikuru Batumike. Editeur : L'Harmattan (30 avril 2009) Collection : Etudes africaines Langue : Français ISBN-10: 2296080855 ISBN-13: 978-2296080850

Reportage

Deuil et funérailles, le deuxième fléau de l’Afrique !


Il y a tout juste quelques semaines, j’avais écrit, « La famille, pire ennemi de l’Africain ». Cet article a été repris et commenté à mon grand étonnement sur une bonne dizaine de blogs, sites et forum africains dans différents pays francophones du continent en particulier au Togo, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. N’ayant été critiqué outre mesure par les lecteurs africains, je récidive ce jour avec, ce qui est à mon avis la deuxième plaie du continent.

Le deuil et les funérailles pénalisent gravement l’économie et la productivité de l’Afrique sub-saharienne. En plus de l’aspect économique non négligeable, les rites et pratiques funéraires maintiennent l’Africain dans la peur de l’irrationnel et la dépendance psychologique. Le domaine des morts interfère de façon très négative dans le quotidien des gens au point de leur pourrir la vie et leur couter des fortunes. L’auteur de ces lignes s’appuie sur son expérience personnelle de plus de trente ans au contact de nombreuses ethnies du Congo, ex-Zaïre, du Sud-Soudan, du Rwanda, Ouganda et Kenya. Il sera pris en exemple l’ethnie bantoue du Nord-Kivu, les Banande dont les membres sont connus sous le terme de Bakonjo dans l’ouest de l’Ouganda. Cependant, en dehors de certains particularismes et d’une idiosyncrasie propre à chaque tribu, de nombreux points communs se retrouvent sur toute l’étendue du continent au niveau sub-saharien. La lecture d’ethnopsychiatres comme Ortiguès, Ibrahim Sow, Coulomb et l’école de Dakar, confirme l’auteur dans son interprétation, même si la symbiose islam et cultures sahélienne donne une dimension particulière au deuil en Afrique de l’Ouest, légèrement différente de la perception bantoue et nilotique.

Pour de nombreux Africains, la mort naturelle n’existe pas. De nos jours, certains intellectuels réfutent cette croyance, mais elle est encore bien enracinée dans les mentalités. Comme ’esprit du défunt peut interférer, le plus souvent de façon négative, il faut lui faire des funérailles qui le respectent et le satisfasse afin qu’il ne vienne par la suite perturber les vivants. Le modernisme, les religions importées et l’éducation tendent à minimiser ces croyances, mais elles perdurent au minimum au titre de tradition. Cependant, de nombreux Africains croient encore au pouvoir néfaste des morts.

La mort naturelle n’existe pas, elle survient pour trois raisons principales.

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Le mort a été empoisonné par un sorcier, un mulosi chez les Banande, qui a administré une substance toxique de son propre chef, par jalousie ou sur commande d’un tiers. Le poison est réel, ce n’est pas une vue de l’esprit, mais la peur d’être empoisonné dépasse souvent la réalité des faits. Ainsi bon nombre d’Africains ne boiront une bière que si la bouteille a été ouverte devant eux. Il est ainsi fréquent de lire cet écriteau dans les petits bars « toute boisson sera servie avec sa capsule ». Tous les évêques Zaïrois décédés depuis trois ou quatre décennies, même à un age canonique, sont supposés avoir été empoisonnés. D’abord, Mrg. Malula par Mobutu en personne, pour les évêques de Butembo, il ne peut s’agir que des ‘Rwandais’ (comprendre des Tutsi ou des Banyamulenge), ennemis jurés des Bantous de l’est du Congo. Et les religieuses de l’ethnie de l’évêque y croient dur comme fer. Elles protégeaient bec et ongles leur Monseigneur de toute intrusion supposée malveillante à son égard. Il ne s’agit pas là de la lubie d’une seule ethnie, les évêques de Goma, Bukavu et Uvira sont aussi supposés avoir été empoisonnés. Et en dehors des membres du clergé tout décès de politicien qui n’est pas assassiné est obligatoirement considéré comme suspect. Il y a toujours quelqu’un désigné comme « profitant du crime ».
- Le mort a été victime d’un mauvais sort de la part de wali, terme employé pour désigner les sorcières dans l’ethnie prise comme référence, ou femmes capables d’interférer sur la vie ou la santé mentale d’autrui, non par le poison, mais par la pensée. La sorcière n’a pas besoin d’un substrat chimique pour être nuisible, contrairement au féticheur qui mélange sorcellerie et pharmacopée toxique. C’est ce qu’on appelle communément jeter un sort. Et ce sort peut faire perdre l’amour, rater un examen, tomber malade, entrer dans la folie ou même mourir. Il semble que ce soit la jalousie qui soit à l’origine de cette croyance, pour mourir il faut nécessairement quelqu’un qui vous en veut. On en arrive à ce paradoxe qu’aucun Africain n’ose cependant pas franchir, celui qui n’aurait pas d’ennemi pourrait devenir immortel !

- Enfin, celui qui n’est ni empoisonné ou victime d’un mauvais sort, peut décéder du fait de la volonté d’un esprit défunt qui pour des raisons qui lui sont propres viendra tourmenter un vivant pour se venger.

Malgré l’omniprésence du christianisme et de l’islam qui condamnent ces croyances, elles continent à exister même en milieu urbain. L’esprit scientifique en arrive à être contourné. Tel ce laborantin, dont le métier était de rechercher au microscope des parasites causant la malaria et qui disait : « Certes, on retrouve des plasmodiums falciparum dans le sang du malade, mais qui dit que ce n’est pas un esprit mal intentionné qui a utilisé un moustique pour contaminer le patient ? » Le deuil et les funérailles sont aussi l’occasion de grands rassemblements qui ont un coût. Les Bakongo du Bas-Congo, à ne pas confondre avec les Bakonjo, organisent dans le Mayombe des cérémonies funéraires rassemblant des centaines de personnes qu’il faut nourrir et dépensent des fortunes en pierres tombales et stèles qu’ils mettent des années à financer. Ce sont d’ailleurs d’impressionnants monuments funéraires quelquefois inspirés des Portugais qui colonisèrent la région il ya plus de cinq siècles. Les funérailles ne se conçoivent pas sans consommation de viande. La viande par excellence étant celle des bovins, mais dans certaines ethnies, on se contente de chèvre ou de porc. Et comme il faut satisfaire tout le monde, on commence les repas collectifs de deuil par les plats de légumes et de féculents pour qu’une fois l’estomac plein des invités puisse recevoir la viande et ne se plaigne pas qu’il n’y en a pas assez. Des convives insatisfaits pourraient irriter le défunt et le faire intervenir négativement. La viande est tellement impérative, consubstantielle au deuil, soulignant ainsi l’importance de la nourriture pour célébrer le passage des morts, qu’on peut voir un père égorgeant une chèvre dans l’heure suivant le décès d’un enfant en bas âge, avant même de penser à le pleurer.

Enfin, il est une composante réelle et non négligeable des funérailles qui n’est pas spécifiquement africaine. Il s’agit de la présence de pique-assiettes qui viennent se goberger et se gaver aux frais des défunts, certains n’hésitant pas à partir avec un sac de victuailles à la fin des repas. Les funérailles s’accompagnent de rituels variant d’une ethnie à l’autre, elles sont très souvent défavorables aux veuves. Dans certaines tribus du Kasaï, on met du piment dans les yeux de la veuve pour qu’on la voie pleurer pour de bon. Si cela ne suffit pas, les belles-sœurs viendront battre celle qui fut l’épouse de leur frère. La veuve, qui a toujours quelque chose à se reprocher devra corrompre son défunt époux en lui glissant subrepticement dans la main du cadavre un billet de banque pour qu’ensuite, il lui foute la paix. Le jeu veut que les femmes de la famille du défunt fassent tout pour empêcher cette manœuvre. Et puis il y a la famille qui vient piller la maison de la veuve qui se retrouve quelquefois avec rien si ce n’est les vêtements qu’elle a sur le dos. La présence de pleureuses, comme en Méditerranée, est plus un rituel, qu’une marque réelle de chagrin, surtout quand il s’agit d’un vieillard ou que celles qui pleurent connaissaient à peine le défunt. Mais comme les funérailles rassemblent souvent des centaines de personnes venues des alentours, mais aussi de la ville ou de la capitale, voire de l’étranger, elles sont aussi l’occasion de consommation de boisson alcoolisées traditionnelles ou non ; D’ailleurs, souvent protestants non buveurs et musulmans réservent un petit coin spécifique pour que certains invités puissent boire selon la tradition. Et qui dit alcool, dit débordements sexuels. Les funérailles sont aussi l’occasion de grossesses non désirées et de maladies vénériennes.

Répercussions économiques


Outre les dépenses en frais funéraires, en cercueil et en restauration des convives que l’on retrouve dans toutes les cultures, l’impact de ces deuils a aussi des répercussions sur l’économie des pays. La tradition d’arrêter les travaux agricoles à la mort d’un chef pour une durée pouvant atteindre quarante jours a tendance à disparaitre. En effet, les nouveaux chefs, souvent éduqués prennent désormais souvent la décision d’un deuil symbolique. Ce fut le cas lors du décès des derniers mwamis, chefs coutumiers des Banande. Après réunion du conseil des anciens, il fut décidé de limites les obligations coutumières, mais certains rituels furent compulsivement respectés. En ville, il n’est pas un jour qu’un employé d’une moyenne entreprise ne soit absent pour motif de funérailles. Et puis, il faut aussi compter sur le coût des déplacements, sur le rapatriement des corps par avion de l’étranger. Sans compter les travaux différés, les signatures de contrats reportées, les réunions annulées pour cause de deuil. A l’échelle d’un pays, la perte de productivité se chiffrer en millions.

La peur d’être accusé

Chacun se doit d’assister aux funérailles d’un membre de sa famille élargie et par extension d’un collègue de travail, d’un voisin ou d’une vague relation. Ne pas le faire, c’est enfreindre un tabou ou plutôt un interdit coutumier, un erilolo chez les Banande, et s’exposer à la vindicte populaire, ou du moins à l’opprobre et à la suspicion. Car celui qui ne vient pas aux funérailles a quelque chose à se reprocher, de là à dire qu’il est tout en partie responsable du décès, il n’y a qu’un pas que l’entourage du défunt est souvent prêt à franchir. Personne n’a envie d’être considéré comme un sorcier ou un jeteur de sorts. Aussi vient-on la main forcée aux enterrements et célébrations qui suivent.

Syncrétisme

L’Afrique est désormais chrétienne ou musulmane. Les purs animistes sont de plus en plus rares et ne se retrouvent qu’au cœur de la forêt équatoriale ou dans des régions isolées du Sud-Soudan ou des régions reculées du Sud-ouest de l’Ethiopie. Cependant, chrétiens et musulmans n’ont pas totalement abandonné les anciennes croyances, mais les ont intégrées à leur foi monothéiste. Au Sahel, le maraboutage a encore un sens et la peur des djinnsest omniprésente, tout comme les rituels d’exorcisme souvent islamisés. Le recours au zar, forme de désenvoutement, au nord Soudan quasi totalement arabisé est encore très pratiqué, ainsi que le kujur au sud. Malgré l’intervention des religieux des deux grands courants monothéistes, l’ensemble des croyants n’a pas encore abandonné ces pratiques. La peur des morts existe, elle se traduit par le respect de rituels teintés de superstitions préjudiciable à la santé mentale de bon nombre de gens, à leur libre arbitre et à leurs économies.


Que reste-t-il de ces croyances ?

L’Afrique n’est ni monolithique ni immuable. La modernité s’installe au contact des autres civilisations. Cependant, la crainte ou le respect des morts, c’est selon comme on se veut d’interpréter ce phénomène de société est encore très prégnant dans les sociétés africaines tant rurales qu’urbaines. Ces pratiques qui ne seraient qu’une légère perte de temps dans une économie prospère de type européen, entrainent des dommages difficiles à quantifier mais qui sont bien réels. Ajoutés au parasitisme social de la famille élargie, il y a de quoi paralyser un pays, du mois freiner son développement. Tout n’est pas bon en Occident, mais tout non plus n’est pas à rejeter. L’être humain a besoin de rituel pour exorciser la mort et confirmer son appartenance à une identité culturelle. Mais il y a des limites qui lorsqu’elles sont dépassées sont préjudiciables à toute la société. En particulier, les dépenses funéraires ne devraient en aucun cas prendre le pas sur les frais de santé et d’éducation, cela n’est hélas pas toujours le cas.

Georges Yang



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