Pensées
Voyage au fond de moi-même.
par Jonas Rano
J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route
nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique),
voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté
; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon
esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur,
étendue. Ombre, jour.
J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à
la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage
au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu
» que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait
d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde.
J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ;
la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux
qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de
courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque
chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui
s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée
par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent,
les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent
pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.
Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de
dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée
devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs
qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de
plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et
leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares
sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la
démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent
à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les
Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière
avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par
les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser
quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information
en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont
aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux
» défendent bec et ongles leur « immortalité
», ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation
évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent
pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des
savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle
s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus
orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par
l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole.
Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de
la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.
Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles
et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage »
sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi…
De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde,
ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent
autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude
sans chercher à réveiller la frustration des vieux démons
de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant
– ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment
sur la nécessité d’une approche de la littérature
créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives.
Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie
de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué
ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens
bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la
nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans
cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté,
pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne
lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus
tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même
remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison
libérée, décolonisée. C’est la forme de ma
nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion,
avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature
vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité.
Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec
humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les
pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à
une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir
au monde sans se perdre soi-même ? |
Au fil de l'actualité
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La pub et les ghettos
Quelles places les
Noirs ont-ils
dans la publicité
?
par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud
Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation,
etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent
parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son
lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres
et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités.
Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits
en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation
(conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules
d’extrême droite, attaques terroristes contre la première
puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué
notre société du sceau du conflit.
Mais cette fin de siècle est également le
symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle
démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique
Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique
s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux.
Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans
tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan
de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs
aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines
populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées
dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir
au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance
et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation
des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un
état de la société qui la produit et qui la consomme
?
Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique,
réducteur et déformant de la société à
laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et
plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique
ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités
éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut
proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement
sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la
représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer
l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère
sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration
ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre
minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir
social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité
vient à son tour renforcer ces préjugés.
Les Noirs
En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer
nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les
maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu
l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation
et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité
basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque
minorité possède des traits qui lui sont propres (traits
physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient
d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité
va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance,
va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée
d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la
dite minorité —publicité représentant des noirs pour
une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire
de marque.
À chaque période son lot de stéréotypes
Contrairement à d’autres minorités, les
noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette
dernière est marquée par trois courants principaux, qui,
par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il
soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon
sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé.
L’esclave a longtemps été une image bienséante dans
la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une
part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en
été les symboles. La publicité pour le chocolat a
été l’un des lieux de prédilection de la représentation
des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique
d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident.
De l’esclave au bon sauvage
C’est en exhibant certains stigmates, en vérité
très peu représentatifs, que l’on a très longtemps
représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité
pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement
représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds,
des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille,
des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès
prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées.
D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite
le caractère cannibale, clairement évoqué dans une
annonce pour un extincteur ! Ensuite, le bon sauvage s’oppose à
la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime
oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire.
Des produits de prédilection
Aux différentes périodes qui ont marqué
la représentation des noirs correspondent des transformations radicales
dans les produits mis en jeu, très hétérogènes.
Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat
(Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme),
etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de
produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque,
produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été
pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains
de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables,
tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils
servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène
un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à
une plaque de chocolat.
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités
dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages
et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages,
un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un
cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour
le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient
leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière,
la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le publicitaire a longtemps été un homme
blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée
tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation
de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives
marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en
général, les publicités montrent la cible à
laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux
minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme
blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité
a suivi.
Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques
reflétant des différences culturelles, la publicité
qui s’adresse à la société noire tient un discours
sensiblement identique à celui visant la société blanche
: que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac,
tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de
publicité se sont même spécialisées dans le
marketing ethnique.
Des inadéquations pourtant édifiantes
Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing
ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles
inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité
et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera
de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant.
Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été
l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement
mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant
ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité
sociale.
Un message social
Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations
anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour
dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises
qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner
localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie
Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable
à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre
ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette
cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à
de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort,
etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance.
Pour en savoir plus : Bachollet R., Debost J.-B.
& Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité,
Paris : Ed. Somogy, 1992. MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait
publicitaire, Paris, L’harmattan, pp. 201-241
RDC:
Le lac Kivu,une bombe à retardement ou une source d'énergie
?
NDLR/Le lac Kivu est l'un des Grands Lacs d'Afrique. Il se
situe entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Le lac Kivu se vide par la rivière Ruzizi, qui alimente au sud le
lac Tanganyika. Il a gagné une triste notoriété lors
du génocide au Rwanda de 1994, de nombreuses victimes y ayant été
jetées.Le lac couvre une superficie totale de 2.700 km² et
se situe à une altitude de 1 460 mètres au dessus du niveau
de la mer. Il se situe dans une zone volcanique. Du méthane a été
découvert à plus de 300 mètres de fond).Le premier
européen ayant accédé au lac fut un allemand, le Conte
Adolf vonGötzen, en 1894. Les villes congolaises de Goma et Bukavu
sont voisines du lac. Au Rwanda ce sont Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.
Avec IRIN/Lorsqu'ils étaient enfants et jouaient
sur les rives du lac Kivu, dans l'est de la République démocratique
du Congo (RDC), Kevin et ses amis s'entendaient souvent dire de ne pas
jouer dans l'eau. « Ma mère nous demandait toujours de ne
pas tremper de choses comme des clés ou des bagues, ou tout autre
objet métallique dans le lac », s'est-il souvenu. «
Elle disait que les métaux réagiraient avec un gaz et qu'ils
pourraient causer une explosion ». Kevin ne la croyait peut-être
pas à l'époque, mais les préoccupations de sa mère
reflètent un phénomène que les scientifiques étudient
depuis un certain nombre d'années - les taux de gaz dissous dans
le lac et la possibilité que ces gaz soient une source de préoccupation.
Le lac Kivu fait partie des Grands Lacs africains, situés à
la frontière entre la RDC et le Rwanda. Il est une source d'approvisionnement
en eau, en poissons et en sable pour deux millions de personnes, et assure
l'indispensable liaison entre les ports de Goma et de Bukavu en RDC et
de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu au Rwanda.
Augmentation du taux de gaz
Le professeur Boniface Kaningini, biologiste et directeur
général de l'Institut supérieur pédagogique
de Bukavu (ISO-Bukavu), une université, a passé au moins
20 ans à faire des recherches sur le lac Ki Bien que selon certaines
études, l'augmentation de ces gaz soit le résultat de l'activité
volcanique, pour M. Kaningini, l'introduction de la sardine Limnothrissa
miodon - connue, dans la région, sous le nom de Ndakala - dans le
lac pourrait être un autre facteur. « La présence
de méthane dans le lac date d'il y a 40 ans, lorsque ce poisson,
provenant du lac Tanganyika, a été introduit dans le lac
Kivu », a-t-il dit. Depuis lors, selon M. Kaningini, les pêcheurs
du lac ont observé une fluctuation progressive de la pêche.
Un certain nombre d'études différentes sont menées
pour examiner ces changements, a expliqué M. Kaningini. Pour sa
part, l'Institut fédéral suisse des sciences et de la technologie
aquatiques (Eawag) a conclu que « l'introduction du Limnothrissa
miodon, premier poisson pélagique et planctophage du lac Kivu, pourrait
être responsable de changements significatifs des flux de nutriments
».
Risques potentiels
Le rapport de l'Eawag explique également que la
densité et les différentes couches de l'eau agissent comme
un couvercle flexible, piégeant les gaz échappés du
manteau terrestre ainsi que ceux provenant des sédiments situés
en dessous du lac. Selon les experts en eaux lacustres du Conseil consultatif
sur la mise en valeur et l'habitat du saumon (SEHAB), un phénomène
potentiellement catastrophique du nom « d'éruption limnique
» risquerait de se produire si l'activité volcanique ou sismique
faisait circuler les eaux du lac, soulevant ainsi ce « couvercle
». Un nuage de gaz se libèrerait alors et asphyxierait toutes
les populations lacustres. « Les deux seules "éruptions limniques"
connues et observées se sont produites, l'une dans le lac Monoun,
au Cameroun en 1984 - l'incident avait fait 37 victimes - l'autre, plus
catastrophique, en 1986, près du lac Nyos. Au lac Nyos, plus de
80 millions de mètres cubes de dioxyde de carbone contenus dans
les profondeurs du lac ont été libérés dans
l'atmosphère », selon une étude réalisée
en 2006 par le SEHAB. Les lacs Kivu, Nyos et Monoun ont reçu le
nom de « lacs tueurs d'Afrique » dans le rapport publié
en 2006 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).
Selon ce rapport, le lac Kivu reste une source de « graves préoccupations
», puisque environ deux millions de personnes vivent dans le bassin
du lac. « Du fait du creusement progressif d'un rift dans la zone,
une faille se rapproche petit à petit du fond du lac. Si de grandes
quantités de lave bouillante venaient à s'écouler
dans le lac, cela serait plus que suffisant pour déclencher une
circulation considérable, qui libèrerait d'énormes
quantités de dioxyde de carbone, un gaz mortel », peut-on
lire dans le rapport. « En outre, les eaux contiennent de grandes
quantités de méthane susceptibles de provoquer des explosions
au-dessus du lac ».
Activité volcanique
En 2003, le Mont Nyiragongo, un volcan situé près
de Goma, la capitale de la province du Nord Kivu, est entré en éruption.
Malgré tout, selon Pascal Isumbisho, un biologiste dont la thèse
de doctorat porte sur l'écologie zooplanctonique du lac Kivu, il
n'existe pas de preuve directe du lien entre l'augmentation du méthane
et l'activité volcanique. « La question est : est-ce que ce
qui s'est produit dans un lac du Cameroun [le lac Nyos] il y a 20 ans peut
se répéter ici, à Kivu? », a expliqué
M. Isumbisho, qui dirige le département de biologie de l'ISP-Bukavu.
Selon M. Kaningini, le risque d'un autre lac Nyos est minime et jusqu'ici,
les taux de gaz n'ont eu d'impact que sur la quantité de poissons
pêchés, pas sur la qualité des prises. « Je pense
que les gens qui vivent aux alentours du lac n'ont pas à s'inquiéter
; en revanche, nous devons faire davantage de recherches et mieux collaborer
avec le ministère de l'Environnement de même qu'avec d'autres
parties prenantes pour comprendre ce phénomène », a-t-il
estimé.
Exploiter le gaz
Quelle que soit la source du méthane, les scientifiques
s'accordent à dire que la solution consiste à exploiter le
gaz comme source d'énergie plutôt que risquer une catastrophe.
Selon Salif Diop, chef de projets et directeur de la section Ecosystèmes
de la division de pré-alerte et d'évaluation (DEWA) du PNUE,
dégazer le lac - une méthode actuellement utilisée
au lac Nyos - est une option viable et avantageuse d'un point de vue économique.
Des recherches montrent que les eaux profondes du lac contiendraient environ
65 milliards de mètres cubes de méthane, l'équivalent
de 50 millions de tonnes de pétrole. Selon les estimations du PNUE,
le Kivu contient assez de méthane pour alimenter les Etats-Unis
pendant un mois, et cinq fois plus de dioxyde de carbone - soit environ
200 kilomètres cubes. En 2003, le magazine New Scientist a rapporté
que ces réserves pouvaient suffire à combler les besoins
énergétiques du Rwanda pendant 400 ans, et permettraient
ainsi de supplanter la combustion du bois, première source d'énergie
de l'époque. A Bralirwa, une usine de bière, on a déjà
pris conscience du potentiel du méthane qui se trouve au fond du
lac : l'extraire permet à l'usine de satisfaire ses besoins en gaz
et en électricité depuis les années 1980. Aujourd'hui,
explique M. Diop, « les pays lacustres doivent examiner les ressources
nécessaires pour que le dégazage du lac Kivu devienne une
réalité ». |
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PREMIER
BILAN DE NOTRE CAMPAGNE CONTRE L’EXCISION
Dans un précédent texte nous avions promis de faire
le point sur notre campagne, afin d’apporter toutes précisions utiles
aux personnes de cœur qui, en France, en Europe et plus généralement
un peu partout dans le monde, se sont mobilisées derrière
nous, faisant ainsi passer le message le plus largement possible, par le
biais de multiples petits groupes de paroles, tout en organisant parfois
ici et là, des réunions d’informations plus importantes,
mais aussi en ventilant nos articles, y compris en les diffusant sous forme
de tracts, jusque dans les collèges et les lycées pour sensibiliser
le plus grand nombre.
Au fil du temps, des centaines de mèls de félicitations
et de soutien nous ont été adressés, d’autres nous
arrivent encore, auxquels nous n’avons pas pu et ne pouvons pas apporter
une réponse personnelle, ce que chacun comprendra, sachant que de
pair à ce combat que nous menons contre ces pratiques moyenâgeuses,
qui relèvent de la barbarie, nous sommes engagés
dans bien d’autres, que nous jugeons tout aussi importants. Et puisque
nos sympathisants sont toujours plus nombreux, et que nos listings ne cessent
de croitre, il nous a paru nécessaire, plus particulièrement
à l’intention de nos nouveaux amis, de refaire l’historique de notre
action et le compte des avancées qui ont pu être obtenues
à ce jour.
Ayant été alertés par des internautes, membres
de diverses associations, sur l’ampleur du fléau que représente
l’excision, non seulement en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, mais aussi
en Europe aujourd’hui, où sont installées durablement des
communautés arabo-africaines, nous avons pris la décision
de mener campagne contre ces monstruosités. D’autant que sur une
brochure de 4 pages recto-verso qui nous avait été envoyée
par un particulier et émanant des ministères de l’Emploi,
de la Santé, de la cohésion sociale, aux Editions Sicom de
juin 2006, nous pouvions lire « En France, on estime que 65.000 femmes
et fillettes sont mutilées ou menacées de l’être ».Tandis
que divers rapports internationaux datant de 2005/2006 nous apprenaient
que 140 à 150 millions de femmes dans le monde étaient victimes
de ces mutilations, avec quelques 3 millions de nouveaux cas par an.
En septembre 2007, par courrier simple, nous avons fait l’envoi d’une
lettre ouverte à la Ministre de la Santé pour l’interpeller
sur ce fléau de l’excision. De pair, ce texte traduit en plusieurs
langues a été diffusé sur Internet vers tous nos relais,
puis largement repris un peu partout, soulevant des réactions immédiates
et unanimes chez des personnes issues de tous milieux, de toutes conditions,
s’affirmant horrifiées, scandalisées par ces violences imposées
à des petites filles, dont beaucoup il faut le savoir, en meurent
lors d’un premier accouchement, et d’autres en restent handicapées
à vie. Le 9 octobre, un député UMP du département
de l’Isère, ayant eu connaissance du texte, et vraisemblablement
choqué par l’ampleur de ce fléau, nous écrivait pour
nous informer « qu’il avait décidé d’en transmettre
copie à l’ensemble des parlementaires de son groupe ». Le
18 octobre, par courrier, il nous confirmait l’avoir fait. Nous étions
donc légitimement en droit d’attendre quelques réactions
de la part d’élus se définissant comme étant «
la représentation nationale » qui plus est, appartenant au
groupe majoritaire à l’Assemblée, soutien inconditionnel
au nouveau Président de la République, dont les idées
forces comme chacun le sait, sont d’amener les gens à travailler
plus, alors que sous la poussée des délocalisations massives
d’entreprises vers la Chine, l’Inde, la Roumanie ou la Tunisie, il y a
de moins en moins d’emplois et de plus en plus mal payés. De restructurer
les services publics en réduisant les personnels, en fermant des
écoles, des tribunaux, des hôpitaux, des cliniques de proximité.
De tenir haut la barre des quotas pour les expulsions d’immigrés,
victimes d’une misère épouvantable, organisée chez
eux par les trusts et les multinationales s’appuyant sur les gouvernements
corrompus.
Et plus tardivement, après le tsunami de la crise financière
et ses conséquences terribles pour les moyennes et basses couches
sociales, de « s’attaquer à moraliser le capitalisme ».
Ce qui suppose auquel cas, de sortir sans attendre du Traité de
Lisbonne, qui nous a été imposé
par ce gouvernement contre l’avis d’une majorité de nos concitoyens,
ayant déjà voté non en mai 2005, lors du référendum
sur la Constitution européenne, et qui conduit inexorablement notre
pays et l’Europe vers la précarité, la misère et la
faillite. Un seul parlementaire a pris la peine de nous écrire en
date du 25 octobre, et encore de façon très lapidaire «
espérant que notre appel puisse être entendu ». A préciser
qu’à notre connaissance, le sujet n’a jamais été évoqué
lors des séances de questions au gouvernement. Un an après
le début de notre campagne, n’ayant toujours pas de réponse
de la Ministre, en date du 17 octobre 2008 nous lui avons fait un nouvel
envoi d’un exemplaire de la lettre ouverte, en recommandé avec A.R.
Un mois plus tard, le 25 novembre, la Chef du Cabinet de Madame Bachelot-Narquin
nous écrivait « Vous appelez l’attention sur la nécessité
d’organiser une campagne contre l’excision. Sensible à votre démarche,
Madame la Ministre m’a chargée de transmettre votre courrier à
Monsieur le Directeur Général de l’Institut national de prévention
et d’éducation pour la santé () dont les services ne manqueront
pas de l’examiner, et de vous faire connaitre la suite susceptible de lui
être réservée ». En date du 28 janvier 2009,
lassés d’attendre un improbable courrier du Directeur en question,
nous nous sommes à nouveau adressés à la Ministre
par lettre recommandée, pour l’informer que nous restions toujours
dans l’attente de savoir quelle suite pouvait être apportée
à notre demande. Faute d’une réponse, en mai 2009 nous avons
pris la décision, pour amplifier notre campagne, de diffuser un
nouveau texte en élargissant cette fois les interventions à
divers ministères, aux principaux journaux, aux associations, radios,
chaines de télévision, ainsi qu’aux formations politiques
d’opposition, tout en demandant à nos multiples relais déjà
impliqués depuis septembre 2007, de s’investir encore davantage.
L’impact de ce second texte qui a été considérable,
nous a également permis de faire le distinguo entre les bonnes intentions
de circonstance sur fond de lâcheté politique, les promesses
jamais tenues des habituels phraseurs, et le soutien immédiat qui
nous a été apporté par les autres, les
vrais, les purs, ceux qui sont de tous les combats, de toutes les
générosités, car étant habités au plus
profond d’eux-mêmes, par cette petite flamme d’humanité, vacillante
parfois mais jamais tout à fait éteinte. C’est à
eux que vont nos remerciements.
65.000 fillettes mutilées ou menacées de l’être,
dans notre pays qui s’affirme comme étant celui des droits de l’homme.
Et un premier bilan de notre campagne depuis septembre 2007 contre
ces monstruosités, avec quelques réactions les plus significatives,
prises parmi les centaines qui nous sont parvenues. Le 24 octobre 2007
déjà, en réponse à l’envoi de notre lettre
ouverte, la chaine Arte qui le 10 février 2007 avait consacré
une émission à l’excision, nous précisait «
aucune rediffusion n’est prévue pour l’instant. Nous conservons
vos coordonnées ». Le 9 juin 2009 suite à la réception
de notre second texte, elle nous faisait la même réponse.
Le 3 juin 2009 l’hebdomadaire « La Vie » nous accusait réception
« Merci pour votre courriel et pour le texte à Madame la Ministre
de la Santé. Ainsi que vous le rappelez l’excision est une mutilation
volontaire, donc un crime sur mineures. Reste à appliquer la loi.
Cela concerne sans nul doute Madame Bachelot-Narquin, mais aussi Madame
Dati ». Le 8 juin 2009, un responsable de l’association Mamakao nous
écrivait « Merci de ce que vous faites, mais je pense que
Madame la Ministre s’en fout éperdument de tout cela. () Déjà
qu’ils jouent avec la santé publique de tout un chacun, alors imaginez
celle d’africains musulmans vivant en HLM en banlieue. Cela ne concerne
pas ces messieurs dames de quelque ministère que ce soit ».
Le 15 juin 2009, une étudiante sénégalaise, par mèl
« J’ai reçu votre document que je trouve très intéressant
et que je vais imprimer, d’autant que notre Professeur nous a donné
l’excision comme sujet d’examen ». Le 21 juin 2009, une étudiante
béninoise, par mèl « Votre campagne contre l’excision
est admirable. Vos textes donnent la chair de poule tant ils nous plongent
avec un réalisme effrayant dans l’horreur vécue, subie par
ces fillettes. Nous venons de les diffuser à plusieurs milliers
d’exemplaires. Merci de ce que vous faites pour elles ».
Le 8 juillet 2009, Monsieur Martin Hirsch, Haut Commissaire à
la jeunesse nous écrivait « Conscient de la souffrance et
des conséquences médicales que peut entrainer cet acte chez
ces jeunes femmes victimes, soyez assuré que votre combat me touche
beaucoup. () Cependant mes moyens d’action étant limités
à un champ de compétences particulier, je tiens à
sensibiliser le Secrétaire d’Etat chargé de la Famille et
de la Solidarité sur ce thème relevant plus particulièrement
de ses attributions ».Le 13 juillet 2009, Madame Fadela Amara, Secrétaire
d’Etat chargée des relations sociales, de la famille, nous faisait
répondre « La Ministre a pris connaissance de votre correspondance
avec la plus grande attention et tient à vous remercier d’avoir
pensé à lui faire part de votre analyse dans ce domaine.
Je me dois de relayer auprès de vous sa détermination à
lutter pied à pied contre toutes les formes de violences, notamment
celles infligées aux femmes et aux enfants ». Par courrier
nous lui avons aussitôt demandé ce qu’elle comptait
faire pour lutter contre ces mutilations, et de quels moyens elle disposait.
Aucune réponse ! Comme n’ont pas donné suite, parmi
les hommes politiques les plus en vue, Mr. Cohn-Bendit, député
européen, figure de proue de l’écologie, François
Bayrou ex-candidat à la présidentielle, Marielle de Sarnez,
sa directrice de campagne, porte parole du MoDem. Et
tant d’autres, qu’ils soient journalistes dans la presse écrite,
à la radio ou à la télévision, hommes politiques
de tous bords, dont le silence devant un tel fléau et de telles
violences faites à l’innocence, atteste si besoin est, du peu d’intérêt
qu’ils portent à la jeunesse. Le premier à nous avoir
répondu a été Monsieur André Vallini, Député
socialiste, et Président du Conseil Général
de l’Isère. Un homme de qualité. Le 15 juillet 2009 il nous
informait qu’il avait interpellé Madame Roselyne Bachelot-Narquin
par une question écrite dont je donne extraits ici « Mutilations
sexuelles dont sont victimes chaque année dans
notre pays des milliers de fillettes et qui concernaient
en 2006, d’après les divers rapports internationaux, entre 140 et
150 millions de femmes dans le monde, avec quelques 3 millions de nouveaux
cas par an. () Il est intolérable et inacceptable qu’en 2009 ces
pratiques moyenâgeuses qui relèvent de la barbarie, continuent
de se dérouler dans notre pays qui se veut une référence
mondiale en matière de défense des droits de l’homme. Il
lui demande quels moyens d’information elle envisage de mobiliser pour
lutter contre ce fléau ». Le 22 juillet 2009, Monsieur Alain
Caudrelier, Directeur National de l’ONG « Plan France » une
organisation magnifique de dévouement et d’humanité au service
des enfants, nous écrivait « Plan est corédacteur de
la charte initiale des Droits de l’Enfant. () Le sujet que vous évoquez
est une des violations les plus flagrantes de ces doits et nous diffusons
partout des campagnes de sensibilisation et de dénonciations de
ces pratiques ». Le 23 juillet 2009, nous recevions une lettre de
2 pages de Madame Martine Aubry, maire de Lille, Première Secrétaire
du Parti socialiste qui nous précisait « Dans son plan triennal
2008/2010, le gouvernement avait annoncé qu’il mettrait l’accent
sur les violences faites aux femmes, notamment sur les mutilations sexuelles.
Des affiches ainsi qu’une brochure représentant une lame de rasoir
barrée d’un trait noir ont été éditées
par le gouvernement. Si des centres de PMI, des gynécologues ou
encore l’Agence de la cohésion sociale et de l’égalité
des chances participent à cette action d’information et de prévention,
il n’en reste pas moins que celle-ci aurait dû prendre une forme
beaucoup plus médiatisée et plus répandue ».
Le 28 juillet 2009, Monsieur Didier Migaud, Député socialiste
de l’Isère et Président de la Commission des finances nous
écrivait « On ne peut, sous couvert d’une tradition
rituelle profondément ancrée dans les mœurs de certaines
ethnies, imposer de pareilles souffrances à des petites filles qui
la plupart du temps ne savent même pas ce qui les attend. () Ces
pratiques me semblent liées essentiellement au désir d’assujettir
les femmes et de contrôler leur sexualité, ce qui n’est pas
acceptable ». Le 2 septembre 2009, il nous informait de ses démarches
« Je continue de sensibiliser mes collègues du groupe socialiste,
radical et citoyen sur le sujet, et je suis d’accord pour intervenir auprès
de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, dans le sens que vous souhaitez ».
Le 20 octobre, il nous faisait parvenir l’original du courrier qui lui
avait été adressé le 13 de ce même mois, portant
réponse de la Ministre en charge, dont extraits « Vous avez
appelé mon attention sur les préoccupations exprimées
par Monsieur Jean-Claude Boz, concernant la situation des fillettes victimes
de mutilations sexuelles. () Les mutilations sexuelles féminines
constituent une violence corporelle qu’il nous est impossible de tolérer
».
Le 25 août 2009, la Secrétaire nationale adjointe aux
« Droits des femmes » nous précisait « La défense
des victimes de mutilations génitales féminines est d’une
importance cruciale au regard des traumatismes physiques et psychologiques
engendrés par cette pratique. La dénonciation de celle-ci
aux conséquences grandement néfastes pour les jeunes victimes,
et la sensibilisation des populations qui y sont malheureusement attachées
culturellement, méritent, comme vous le soulignez, un engagement
ferme des pouvoirs publics et des campagnes d’ampleur nationale. Soyez
bien assuré que cette thématique fait partie intégrante
des préoccupations du Secrétariat national « Droits
des femmes » et sera discutée dans nos groupes de travail
». Ce même 2 septembre, Monsieur André Vallini nous
informait par courrier de la réponse qui venait de lui être
faite par la Ministre de la Santé, laquelle avait été
publiée le 18 août au journal officiel, et nous en transmettait
copie, dont nous donnerons quelques extraits ci-dessous, avec nos commentaires.
Le 4 septembre 2009, Monsieur Michel Destot, Député socialiste
de l’Isère, maire de Grenoble nous écrivait pour nous dire
« Sensible à vos inquiétudes et arguments, je vous
informe que j’adresse ce jour une question écrite à Mme Roselyne
Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé, afin de l’interpeller sur
ce fléau ». Le 4 décembre, il nous informait
de la réponse de la Ministre, publiée également au
journal officiel le 10 novembre 2009. Le même jour nous recevions
un mèl à valeur de témoignage, émanant d’un
étudiant lyonnais « J’admire votre combat contre l’excision,
car cette mutilation qui est une monstruosité, conduit à
un handicap gravissime. En première année de Fac, j’ai connu
une africaine qui avait été excisée, elle était
obligée de porter une couche en permanence, car elle perdait régulièrement
de l’urine. La Ministre de la Santé est loin d’imaginer cela. En
réalité j’imagine qu’elle s’en moque. Je n’entends d’ailleurs
jamais de débats sur cette question et les grands journaux nationaux
font silence sur le sujet, ce qui est pour le moins étrange. Seule
la presse militante en parle, ce qui est son rôle et tout à
son honneur ». Le 8 septembre 2009, Monsieur Jean-Marc Ayrault, Député-maire
de Nantes, Président du groupe socialiste à l’Assemblée
nationale nous faisait parvenir un courrier dans lequel il écrivait
« Le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche est bien
conscient des enjeux de ce problème dramatique pour certaines jeunes
filles, y compris en France. Les victimes voient leur santé, leur
vie intime et leur mémoire marquées à vie. Il s’agit
d’une pratique inadmissible, qui ne doit être excusée par
aucune coutume ou religion, qui requiert la plus grande fermeté,
mais aussi de la prévention ».Le 20 octobre, sur Antenne 2,
au journal de 20 heures, Monsieur David Pujadas consacrait une petite partie
de l’émission à l’excision, avec l’interview dans un hôpital
en France, d’une africaine préparée à subir un acte
de chirurgie réparatrice. Le 17 novembre 2009, Monsieur Jean-François
Kahn, journaliste et écrivain, me répondait personnellement
« J’ai bien lu vos deux textes. Terrifiants en effet ! Comme vous
le savez je n’ai plus aucune responsabilité à Marianne, mais
je vous promets que je vais tenter de les alerter sur la question ».
Le 25 janvier2010, il m’adressait à nouveau un petit mot pour m’informer
qu’il avait bien fait passer le message aux responsables du journal. Pour
l’heure, à notre connaissance, rien n’a encore été
publié sur le sujet, mais cela viendra peut-être ! Le 7 décembre
2009, nous recevions un longue lettre de Madame Nadine Morano, Secrétaire
d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, qui nous
informait « que pour appeler la vigilance du public, le gouvernement
avait diffusé par l’intermédiaire de l’Agence Nationale de
l’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM) une brochure spécialisée
« Protégeons nos petites filles de l’excision » ainsi
qu’un guide pratique portant sur l’égalité des droits entre
les femmes et les hommes. Et que les crédits alloués à
cette action seraient augmentés en 2010 pour atteindre une enveloppe
de 10,56 millions d’euros ». Comme je l’explique plus avant dans
le texte, il serait fastidieux de faire ici la somme de nos démarches
menées depuis fin 2007 en France, en Europe, au Moyen-Orient et
en Afrique, auprès de groupes militants ou de particuliers influents,
certains étant en poste dans diverses administrations ou gouvernements,
et ne souhaitant pas être cités, par sécurité
simplement, car étant dans des pays où la question de l’excision
reste un sujet tabou. Comme au Soudan par exemple, chez le génocidaire
Al-Bashir, sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé
contre lui par la C.P.I pour crime contre l’humanité perpétrés
au Darfour, mais qui continue de voyager à l’extérieur de
ses frontières sans être inquiété, grâce
à la complicité des gouvernements occidentaux et des monarchies
du Golfe. Au Soudan dis-je, pays qui applique la charia, et dans lequel
une femme peut-être condamnée, sous seule accusation d’avoir
osé porter un pantalon.
Ceci-dit, dans ces univers moyenâgeux et étouffants,
grâce au travail incessant des humanitaires, mais aussi sous
la poussée des femmes et de la jeunesse, des groupes, des
associations parviennent à se créer, se structurent, bien
que parfois très difficilement, compte tenu d’un environnement particulièrement
hostile, et font évoluer les mentalités. Pour preuve, l’excellente
nouvelle qui nous est parvenue de Mauritanie en tout début d’année.
Nous étions très loin d’envisager une avancée aussi
rapide dans ce pays, dans lequel les quatre principales ethnies, Soninké,
Maure, Halpoular et Wolof pratiquaient l’excision, et dont une étude
démographique de santé publique menée sur la période
2001/2002 révélait que plus de 70% des mauritaniennes en
avaient été victimes dans leur petite enfance,
sous diverses formes. Les 11 et 12 janvier, les oulémas, ces
chefs religieux réunis au Palais des Congrès pour débattre
des mutilations sexuelles, ont contre toute attente et dans la surprise
générale, fait faire un pas de géant à leur
pays, en condamnant formellement ces pratiques barbares « relevant
de coutumes ancestrales, devant par conséquent être dénoncées
et combattues, car n’ayant aucun fondement islamique, et s’avérant
dangereuses pour la santé des femmes et des enfants ».
Dès lors, s’appuyant sur les prises de positions des oulémas,
les parlementaires réunis les 3 et 4 février, ont décidé
de voter une loi dans l’année, interdisant les MGF sur le
territoire de la Mauritanie, en prévoyant pour la rendre plus efficace,
plus dissuasive encore, toute une batterie de peines lourdes, allant des
amendes à de l’emprisonnement ferme, visant ainsi à frapper
à des degrés divers, non seulement les exciseuses et les
parents des fillettes, mais aussi les complices et les témoins de
tels actes. A présent, concernant la situation en France.
Nous avons pris acte du contenu de la lettre de Mme Nadine Morano
du 7 décembre 2009. Je lui ai d’ailleurs personnellement répondu
en date du 21 du même mois en lui précisant que « publier
des brochures ou des affichettes ne suffit pas. Et édicter des lois
ne suffit pas non plus, dès lors qu’elles ne sont pas ou peu appliquées
». Je poursuivais en précisant « Il serait malhonnête
de dire ou d’écrire, que rien jamais n’a été fait
par les pouvoirs publics pour lutter contre ce fléau. Mais il est
exact de dire que rien jamais n’a été fait dans le cadre
d’un plan d’ensemble, afin d’obtenir un maximum d’efficacité dans
la lutte contre ces pratiques barbares et imbéciles. () Il fallait
engager une campagne nationale d’information par le biais des médias.
() Impliquer l’Islam de France dans cette campagne par le biais
de ses plus hauts représentants, puisque tant les exciseuses, que
les parents des petites victimes se réclament de cette religion,
alors qu’en réalité ces pratiques préislamiques n’ont
rien à voir avec l’Islam qui les tolère sans plus. Ainsi
par les prêches des Imams, le message serait passé dans toutes
les mosquées, sur l’ensemble du territoire national ». Lorsqu’il
s’agit de lutter contre le tabagisme, le cancer, l’alcoolisme ou la grippe
A H1N1 dont on nous a rabâché les oreilles pendant des mois
à longueur de spots télévisés, et dont nous
savons que la fabrication de tonnes de vaccins, fort à propos, a
permis aux laboratoires pharmaceutiques d’engranger des sommes considérables,
on trouve facilement l’argent nécessaire. Pour lutter contre l’excision,
c’est à l’évidence un peu plus compliqué. On
doit donc admettre qu’il y a deux poids deux mesures. Ce qui est inacceptable.
Ne pas engager un plan d’ensemble pour lutter contre ce fléau,
aux fins de tout faire pour l’éradiquer définitivement
en se donnant les moyens nécessaires pour cela, est en réalité
de la « non-assistance à enfance en danger ». Qui plus
est, pour ces fillettes déjà excisées, certaines l’ayant
été chez nous, d’autres au pays d’origine lors d’une période
de vacances, et pour celles qui le seront demain et en resteront peut-être
handicapées à vie, il faudra faire de plus en plus de chirurgie
réparatrice. Ce qui d’ailleurs se fait déjà depuis
plusieurs années, notamment sur Paris et Lyon. Par conséquent,
au-delà du très grave problème de santé publique
que cela suppose, auquel il faudra faire face dans le temps,
un énorme problème financier en découlera fatalement.
A l’heure où la Mauritanie vient de décider d’en finir avec
les MGF, et où dans la plupart des pays encore concernés
aujourd’hui, des gens de tous milieux, de toutes conditions sociales prennent
conscience de la violence et de l’absurdité de ces pratiques,
il est de notre responsabilité d’engager chez nous des moyens d’importance,
pour mettre un terme à ces horreurs, tout
en agissant en partenariats renforcés avec les
pays d’origine de ces populations. Il peut paraitre conséquent au
citoyen de base, d’apprendre que pour 2010, les crédits alloués
à la lutte contre les violences faites aux femmes et contre l’excision
sont de 10,56 millions d’euros. En réalité cette somme est
dérisoire lorsqu’on sait quel est le prix d’une simple brochure
d’une dizaine de pages, tirée à quelques millions d’exemplaires
pour être diffusée auprès des PMI, des médecins
généralistes, des gynécologues-obstétriciens,
des pédiatres, des sages-femmes, des associations diverses. Dans
sa réponse, Mme Bachelot-Narquin nous explique « Depuis plusieurs
années le gouvernement est engagé dans la lutte contre les
mutilations sexuelles féminines. () Un colloque national avait été
organisé en décembre 2006 à l’Institut Pasteur. Son
objectif était d’impulser une dynamique et une prise de conscience,
notamment des professionnels de santé sur ce problème de
santé publique afin de prévenir la survenue de nouvelles
mutilations sexuelles et d’améliorer la prise en charge des femmes
mutilées. () Afin de donner un écho à cette initiative
nationale, les neuf régions les plus concernées par cette
problématique ont à leur tour organisé des temps d’échanges
et de débats avec les acteurs locaux. Les services déconcentrés
du ministère chargé de la santé ont été
chargés d’organiser dans ces régions, des colloques de sensibilisation
sur les mutilations sexuelles féminines, en collaboration avec les
associations comme gynécologie sans frontières (GSF) et le
groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS). Près de
3.000 personnes ont ainsi été sensibilisées et informées
sur les moyens de prévenir et de dépister les mutilations
sexuelles, et sur les possibilités existant en matière de
prise en charge chirurgicale des femmes ».
Toute action menée par qui que ce soit contre l’excision et les
MGF trouvera notre soutien indéfectible. Par conséquent nous
ne contestons pas ce qui a été fait et qui devait l’être.
Nous en avons été informés en temps utile. Mais nous
disons que si dans notre pays qui compte plus de 60 millions d’habitants,
des colloques organisés ici ou là par les pouvoirs publics
ont effectivement permis de sensibiliser 3.000 personnes, ce dont nous
nous réjouissons naturellement, il n’en reste pas moins que tout
cela apparait comme étant très insignifiant par rapport à
l’ampleur du fléau contre lequel il faut lutter. Car malheureusement,
bien que l’excision ait été indiscutablement freinée
dans notre pays et soit en recul dans quelques régions,
il n’en est pas moins vrai qu’elle perdure au nom de traditions ancestrales,
s’appuyant sur la complicité des clans ethniques, parfois restreints
aux seuls cercles familiaux, parfois sur des communautés plus larges
régies par la loi du silence. Ce qu’attestent de très nombreux
internautes, dont nous donnons ci-dessous quelques extraits de mèls.
Par ailleurs la Ministre de la Santé cible « les neuf régions
les plus concernées » ce qui est une erreur à partir
d’un défaut flagrant d’analyse.
Car si les populations en provenance des pays où l’excision est
encore pratiquée, étaient il y a une dizaine d’années
en arrière, majoritairement regroupées dans certaines
de nos régions connues pour être pourvoyeuses d’emplois, telles
que la région parisienne, la région PACA ou la
région lyonnaise, il n’en est plus de même aujourd’hui, où
à cause de la persistance de la crise
économique, se traduisant par les fermetures pour faillites
ou délocalisations massives d’entreprises, et de nouvelles arrivées
d’immigrés sur notre territoire, du fait de l’aggravation incessante
de la misère dans les pays du Tiers-Monde, ou des guerres,
beaucoup d’africains et d’arabo-musulmans se sont installés un peu
partout, comme dans le Loiret, à Orléans par exemple, d’autres
dans la Loire, la Drôme, le Vaucluse, la Côte-d’Or, la Gironde,
le Tarn, la Loire-Atlantique, l’Alsace, le Nord. Madame Bachelot-Narquin
précise encore que « Les programmes de formation initiale
des professionnels de santé ont été modifiés
pour y intégrer la thématique des mutilations sexuelles féminines.
() Que deux circulaires, 2006-529 et 2007-98, ont modifié respectivement
les programmes des études des sages-femmes, ainsi que les programmes
des études médicales ». Elle ajoute plus avant avoir
« confié à l’association GSF le soin de coordonner
la rédaction d’une guide pratique sur les mutilations sexuelles
féminines, destiné aux professionnels de santé, lequel
sera disponible prochainement ». Enfin, elle termine en indiquant
que « le 14 avril 2009, le ministère du travail, des relations
sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville a initié
une campagne de sensibilisation contre l’excision et les mariages forcés,
dans le cadre du plan triennal contre les violences faites aux femmes ».
Témoignages
Si cette phraséologie pompeuse, grandiloquente, peut illusionner
des gens mal informés sur l’ampleur de ce fléau, elle
est à l’inverse très mal perçue par celles et ceux,
qui depuis si longtemps, à quelque niveau d’intervention que
ce soit, ne cessent de le dénoncer en demandant aux pouvoirs publics,
d’engager une fois pour toutes des moyens adéquats pour le combattre.
Car les colloques, les affichettes, les brochures, bien qu’étant
de quelque utilité, ne suffisent pas, loin s’en faut. Pour s’en
convaincre il suffit de lire très attentivement les quelques extraits
de mèls que nous donnons ici, qui nous ont été envoyés
parmi tant d’autres, suite à la diffusion de nos deux premiers textes.
Qu’on en juge !
« En tant que musulman je désapprouve totalement l’excision.
C’est un sujet dont on évite de parler, pour ne pas froisser et
culpabiliser ceux qui restent attachés à cette coutume très
ancienne, et pour ne pas créer des animosités de voisinage.
Ce serait d’abord l’affaire des religieux de dénoncer cette pratique
qui n’a rien à voir avec l’Islam, ensuite celle du gouvernement
français de lutter contre par des moyens appropriés ».
« Laisser croire que l’on a enfin mis un terme aux mariages forcés
est une triste plaisanterie. Avec l’aggravation des conditions de vie dans
les pays du Maghreb, ils ont au contraire tendance à se multiplier.
Ils reposent le plus souvent sur des arrangements entre familles, lesquels
visent par le biais d’une beurette de nationalité française,
à faire entrer légalement sur notre territoire un ressortissant
étranger ».« Il est clair que les médecins qui
sont en première ligne, sont eux aussi horrifiés par les
mutilations sexuelles féminines, mais croyez-moi, dans certaines
banlieues comme la mienne, où l’Islam radical s’est implanté,
ils n’ont pas trop intérêt à se mêler de cela
». « Je suis d’origine maghrébine, née et parfaitement
intégrée dans ce pays que je considère comme étant
le mien. Votre lettre ouverte à Madame Bachelot sur la question
de l’excision m’a fait froid dans le dos et m’a appris beaucoup sur ce
sujet que je connaissais assez mal en vérité. A vous lire,
j’ai pris toute la mesure de ce fléau. Je pense comme vous que les
moyens engagés pour le contrer sont très insuffisants en
matière d’information. () Etant littéraire, je vous félicite
pour la qualité et la force de vos articles qui mériteraient
d’être repris par nombre de grands journaux, englués hélas,
nous le constatons au quotidien, dans les scoops construits de toutes pièces
sur les rumeurs et les petites phrases habituelles des professionnels de
la politique politicienne ».
« J’ai eu connaissance de vos deux textes consacrés à
l’excision. Je ne trouve pas les mots pour qualifier cette pratique d’un
autre âge. C’est choquant, révoltant, horrible. J’ai pu échapper
à cette mutilation grâce à mes parents, lesquels ont
dû résister courageusement et de façon quasi permanente
aux pressions de leurs proches ». « C’est par vos
textes que j’ai pris pleinement conscience de l’ampleur de cette boucherie
inimaginable dont sont victimes chaque année tant de fillettes,
non seulement dans le monde, mais dans notre pays. Je n’avais jamais rien
lu d’aussi fracassant sur la question. J’en suis ébranlé.
Vous avez fait de moi un militant ! () J’ai transmis vos textes à
une trentaine de personnes en leur demandant de les faire suivre aussitôt
». « Je suis bien conscient de la réalité de
ces horreurs, mais comment les faire cesser lorsqu’on sait à quel
point il est difficile de pénétrer ces communautés
et de faire en sorte que se brise cette loi du silence qui pèse
sur chacun ? Dans ma cité personne n’oserait ouvrir un tel débat
sur un sujet qui est jugé comme étant tabou et qui reste
un secret, une affaire de famille. () Les exciseuses sont parfaitement
connues de tous ». « Pour en finir chez nous avec ces mutilations,
il faudrait provoquer un grand débat public, comme cela a été
le cas pour le foulard islamique ou pour la burqa. Et pour ce faire, mobiliser
les grands médias, radios, télévisions. Je partage
tout à fait votre idée. () Les médecins ne sont pas
des flics et lorsque l’excision a été pratiquée, ils
ne peuvent que la constater. () C’est à un niveau national qu’il
convient d’intervenir pour provoquer un éveil salutaire des consciences
». « Le problème de l’excision c’est aussi celui de
l’enfermement dans certaines de nos banlieues, des populations originaires
des pays où elle se pratique, et qui perpétuent ici au sein
des communautés, ce qui se fait là-bas depuis la nuit des
temps. Vu sous cet angle, c’est l’échec de l’intégration.
() Les lois françaises ne s’appliquent pas ».
« Il faut agir également au plan international, car comment
empêcher qu’une mineure soit emmenée au pays d’origine des
parents pour y être excisée ? En agissant ainsi ils ont toutes
facilités de contourner les lois françaises qui interdisent
ces mutilations chez nous et ils le savent pertinemment ». Ces quelques
extraits de mèls portent à réflexion. Marquent toute
la complexité du problème, la difficulté à
le solutionner sur un minimum de temps. Car chaque jour qui passe est un
jour maudit pour de nouvelles petites victimes. Dans notre second texte,
je précisais que nous ne lâcherions rien sur ce dossier qui
nous tient particulièrement à cœur, dès lors qu’il
s’agit de préserver de l’horreur des petites filles, qui malgré
leur couleur de peau, l’origine de leurs parents ou leur religion
de naissance, ressemblent tellement aux vôtres, qu’elles pourraient
être les vôtres. Chaque être humain, ne serait-ce qu’en
informant autour de lui, a la possibilité d’agir à son niveau
pour changer un peu le monde, faire en sorte que demain il soit meilleur,
un peu plus juste, moins répugnant qu’il ne l’est aujourd’hui. Faisant
cela cet être s’élève, donne un sens à sa vie.
C’est alors qu’il comprend qu’il n’est plus seul, que toute l’humanité
est en lui et que la souffrance de chacun est l’affaire de tous. Oui, chaque
être humain à son niveau peut changer un peu le monde. Il
lui suffit simplement de le vouloir !
Jean-Claude BOZ
Notre mémoire
"On
pense encore à toi, oh Bwana"
au temps béni des colonies : le mépris d'une culture
De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie,
les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule
d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur
pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse
se penche sur ce passé récent à un moment où
celui-ci renoue avec l'actualité.
Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!
En 1976, «Le temps des colonies», c'était
une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après
«Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la
pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux.
Quitte à en perdre le sens de l'humour. «Moi monsieur
j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle
vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand
Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi,
au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi
monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais,
qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.»
Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge
pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme,
le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des
colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri
Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés
et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence
française» notamment «en Afrique du Nord» «On
pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si
Sardou et Delanoë avaient clairement voulu donner dans l'humour
à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en
conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation
française.
Un livre d'images
Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri
Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de l'Ouest
américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie
vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos,
une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent,
au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait
démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage
qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie
en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique
orientale, puis l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est...
Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux,
parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche
à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute
puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé
devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée,
charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle
de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal
de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique
de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard
déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques
de ces êtres étranges dont regorge la planète:
jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles,
prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens
annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux
- le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako».
Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée
et annotée d'un très cordial «Bien des choses».
On croit rêver.
Un livre de mots
Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à
travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée),
et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large
érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme
de terrain. L'historien évoque le passage du comptoir à
la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise
avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe
en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes
qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles,
ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région
des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son
propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses
vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers
de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher.
Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes,
cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des
siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à
la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs?
En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient
arrêtées»
«Améliorer leur condition»
A la différence de la loi française de février
dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité
est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel,
éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte
et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr,
le cadrage d'une image n'est jamais totalement impartial non plus...Et
ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de
l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à
La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui
datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages
de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à
se concilier leur amitié par les bons procédés et
les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus
rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants
ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de
La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de
douceur et d'humanité envers les différents peuples
qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle
et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer
leur condition.»
Bernard Léchot
Charles-Henri Favrod est né en 1927 à
Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste,
il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie»,
«Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert,
suivi de Retour au Yémen». Il collabore à la presse
et à la télévision françaises.- Il est l'un
des intermédiaires officieux entre la France et le FLN algérien
à l'aube des Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à
Lausanne le prestigieux Musée de l'Elysée, dédié
à la photographie.Depuis, il a été le maître
d'oeuvre de deux nouveaux musées de la photographie, l'un
à Florence, l'autre à Trieste. |
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Analyse
Logique
entre langue créole et créolité
par
Jonas Daniel Rano
Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël
Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à
impulser une nouvelle idéologie qui bouscule l'Antillanité
de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on
appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques
irréductibles, il serait là le langage d'une nouvelle
génération ou simplement une volonté de se démarquer
par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière
plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience
collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde.
Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour
le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold
Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène",
ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective
perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse,
par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre,
je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau.
J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation,
la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même
chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives
de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme
l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.
Créolité: combat d'arrière-garde ?
Donc, la créolité s'identifie à quelque
combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme
support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir
une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors
quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de
revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de
la créolité ? Dans un premier temps, j'encourage très
fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant,
Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui
avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y
disait précisément que le créole est une langue que
lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer.
Je crains que la créolité, dans son expression actuelle,
ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des
défenseurs du créole. Mais c'est une réalité
qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser
son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable
d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix
important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que
je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !
Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons
illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt
d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté
intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans
ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce
qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète,
qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle
rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois
très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne
maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante
déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent
de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains
antillais, principalement à travers leurs oeuvres, magnifient
une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce
que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe,
n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi
la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais
également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion,
de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan
Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat
de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice,
à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé
Césaire.
Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire
Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt,
je me serais permis d'être plus critique à son égard
en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu
le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur,
il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant
il existe une variété de créole qui puisse être
la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais
ne reflète pas l'usage. Je mets en relief, le fait que le
prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique,
a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de
réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question
la nécessité d'ériger le créole, comment dire,
de prôner le créole comme langue d'écriture pour les
Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où
le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère
évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que
sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce
prix-là, ne change strictement rien à la réalité
qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé
par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique.
Qu'il est évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en
extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent
d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est
important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le
créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées
qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle
sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais,
et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.
A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre
le créole comme langue première des individus, qui n'ont
d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles
je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité
et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est:
que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection
que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas
donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé.
Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont
faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues
minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement
peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison
qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce
pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser,
on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment
qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement
répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité
créatrice.
Hors des frontières nationales
En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire
a vocation à être universelle, à être lue par
le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté
qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement
une forme subtile de la négritude, car la négritude dans
son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre
encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que
nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour
la préoccupation constante des intérêts de la race
noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule
portée à bout des bras par Aimé Césaire semble
rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude
eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard,
ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui
disait dans une interview à Lilyan Kesteloot: "Je refuse absolument
cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme,
parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude,
qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom
de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne
par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie
les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude,
mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent
quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je
ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à
opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude
ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés.
Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on
puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle
est datée. La négritude est née dans les années
1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte.
Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal
d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore
des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est
indépendante.
Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les
critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon
avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent
sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent
que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même
temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu
le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à
Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance
américaine et des indigénistes haïtiens des années
1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement
justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités
auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir
notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être
justes encore une fois. Je me réfère, une dernière
fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé
qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique
à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes
d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là
qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés
eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité,
on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde
actuel, la société actuelle face aux contraintes nées
du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle
forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les
vocables négritude, antillanité et créolité
sont d'un autre temps...
Jonas Daniel Rano
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Idées
Beau livre :
Photographies aux
Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.
ISBN 2-87763-237-7.
Jean-Claude
Nourault
Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes
depuis plusieurs générations, il travaille dès son
plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse
à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge
de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages
ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île
Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture
et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire
et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion,
le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la
Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des
cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise
dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur.
À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie,
la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration
avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan
Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands
déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru
le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour
la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes
de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du
photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une
diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la
mer et le désert, située à mi-distance entre Addis
Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède
le caractère si particulier de cette région pluriculturelle
qu’est la corne de l’Afrique. Ce beau livre d’images, comptant 236
photographies représente les différents aspects de la vie
du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué
du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs
et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur
naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de
ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces.
D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146
pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher
des charmes de ce pays mal connu.
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Le
quotidien
La
Société tribale est-elle un atout ou un handicap pour l'Afrique?
par Ola Balogun
L'évolution politique de plusieurs pays
africains s'est caractérisée, au cours des années
qui ont suivi leur indépendance, par des tensions internes pouvant
aller jusqu'à des confrontations intra-ethniques, voire de véritables
guerres civiles. On peut citer comme tristes exemples de tels évènements
la guerre civile entre le Nigéria et le Biafra de 1967 à
1970, les luttes internes et prolongées qui ont fait rage pendant
plus de vingt-cinq ans au Tchad à partir de 1963, les trente années
de guerre civile en Ethiopie qui ont récemment abouti à l'indépendance
de l'Erythrée, les multiples bouleversements qui ont secoué
le Zaïre depuis 1960, les conflits réguliers entre Tutsis et
Hutus au Rwanda et Burundi qui ont fait de nombreuses victimes au cours
des trois dernières décennies, et les ravages causés
par le régime meurtrier d'Idi Amin en Ouganda. Un passé plus
récent nous met face aux immenses tragédies humaines et matérielles
engendrées par la guerre civile incessante qui sévit au Soudan,
en Somalie, au Mozambique et en Angola. En Afrique du sud, les heurts sanglants
qui surviennent régulièrement entre le mouvement Inkatha,
exclusivement zoulou, et le reste de la population noire sont une menace
permanente pour l'évolution de ce pays vers une démocratie
multipartite.
A un niveau comparativement moins dramatique,
de nombreuses carences des structures administratives et gouvernementales
sont attribuées, en Afrique, à un facteur qualifié
de manière assez floue de "tribalisme", terme générique
généralement utilisé pour désigner le népotisme
basé sur des considérations ethniques. Il existe dans la
plupart des pays africains un sentiment général (que l'expérience
ne manque hélas pas de confirmer) selon lequel les nominations aux
postes gouvernementaux et administratifs clés se basent davantage
sur des considérations ethniques que sur la qualification ou la
compétence. Dans cette perspective, mieux vaut donc - pour obtenir
des postes élevés dans certains pays africains - appartenir
au "bon" groupe ethnique que d'être qualifié pour le
poste, une situation qui engendre fréquemment l'inefficacité
et la démotivation au sein des services publics. Par ailleurs, les
efforts déployés par un certain nombre de gouvernements africains
pour donner une apparance d'équité aux nominations officielles
par le biais d'un système de quota (du type de celui qu'applique
le Nigéria sous le nom "d'équilibre ethnique") ont suscité
la controverse dans la mesure où ces systèmes de quota sont
inévitablement perçus comme une manière de mettre
des obstacles sur le chemin de personnes qualifiées dont le seul
péché est d'appartenir au "mauvais" groupe ethnique.
Toute une série de raisons (dont
le risque de conflit constitue l'élément majeur) font donc
que les malheurs actuels de l'Afrique sont largement attribués au
facteur ethnique, tant par les observateurs africains que non africains.
Mais le rôle de ce facteur ethnique est-il vraiment aussi négatif
qu'on le dit? Et, si ce n'était pas le cas, des circonstances particulières
peuvent-elles faire de cet "impératif ethnique" une menace pour
la création des nouveaux Etats africains? La réponse à
ces deux questions exige une définition préalable du phénomène
tribal (ou ethnique) dans son contexte africain pour tenter ensuite de
comprendre son impact sur le paysage politique et socio-culturel de l'afrique
d'aujourd'hui. Tout d'abord, qu'est-ce qu'une tribu? Aussi étonnant
que cela puisse paraître, cette question apparamment banale a suscité
longtemps une vive controverse et une totale incompré- hension mutuelle
de la part des commentateurs. La confusion souvent associée au terme
est parfaitement illustrée par l'Oxford Dictionary qui commence
par définir la tribu comme "un groupe de gens à un stade
primitif et barbare de développement, reconnaissant l'autorité
d'un chef et se considérant généralement comme ayant
un ancêtre commun" avant de passer à une seconde définition
libellée comme suit: "sorte d'unité politique dans certaines
nations anciennes"...
De toute évidence, la première définition
témoigne d'un préjugé largement répandu parmi
ceux qui estiment que l'Etat-nation actuel est le seul modèle valable
d'organisation politique et sociale pour l'humanité, et que toute
autre forme est primitive ou archaïque, voire "barbare" comme l'affirme
carrément l'Oxford Dictionary. La seconde définition fait
preuve d'un plus grand souci d'objectivité en cherchant à
intégrer qu'une tribu est essentiellement une unité politique.
Elle nous met ainsi sur la bonne voie puisque la tribu est avant tout une
unité organisationnelle couvrant un groupe humain dont les membres
s'identifient les uns aux autres sur la base d'une culture commune. En
règle générale, les membres d'une même tribu
parlent la même langue et ont des ancêtres communs (ou font
remonter leur lignée jusqu'au même mythe ancestral). Historiquement,
en Afrique, une tribu ou un groupe ethnique suffisamment important pouvait
constituer un royaume ou un Etat en soi; mais la tribu a le plus souvent
fait partie d'une entité politique plus vaste couvrant plusieurs
groupes ethniques, même si l'un d'eux était dominant. Ainsi,
par exemple, la tribu des Soninkés a formé le groupe ethnique
central de l'ancien royaume de Wagadu (ou Ghana) qui a exercé le
pouvoir sur le Soudan occidental entre le onzième et le douzième
siècle pour être ensuite absorbée par l'Etat du Mali
(dont l'origine est une entité où prédominait les
Maninkas) avec des segments d'autres groupes ethniques.
Il arrive également, par contre, que les
membres d'un même groupe ethnique soient divisés entre des
entités politiques rivales qui coexistent pacifiquement ou qui sont
en conflit armé - comme ce fut le cas des diverses branches des
tribus Ngunis d'afrique du Sud avant que l'Empire zoulou soit regroupé
sous le leadership énergique de Chaka. De même, les populations
parlant le yorouba dans le Nigéria et la République du Bénin
d'aujourd'hui se sont ramifiées en plusieurs royaumes indépendants
au 16ème siècle bien qu'elles se reconnaissent une origine
commune et partagent la même culture et la même langue.
La perception de la tribu dans cette perspective
nous amène à un certain nombre de conclusions. Il nous faut
premièrement constater que la création d'Etats ou de Royaumes
en Afrique précoloniale n'a nullement empêché l'existence
d'entités tribales ou ethniques au sein de ces Etats. En d'autres
termes, l'émergence d'Etats en tant qu'instances politiques plus
larges n'a pas nié l'existence d'unités tribales. Chaque
Etat a, bien au contraire, cherché à appuyer sa gestion sur
la structure organisationnelle des groupes ethniques ou des tribus qui
le composaient. La seconde conclusion est l'absence de toute connotation
"primitive" ou "archaïque" liée au facteur ethnique, que ce
soit en Afrique ou ailleurs, même si le groupe ethnique a cessé
de jouer, en tant qu'unité socio-culturelle, un rôle majeur
dans le monde occidental par suite de la création d'Etats-nations
à partir du 18ème siècle. "L'ethnicité" n'est
rien d'autre qu'une réalité indissociable du besoin des hommes
de créer des institutions pour structurer leur vie et leur organisation
sur le plan social, allant de pair avec des organes tels que le noyau familial,
la famille étendue, l'unité villageoise, l'entité
régionale ou l'Etat industriel moderne. Il est sans doute vrai que
le facteur ethnique a été plus déterminant dans certaines
cultures que dans d'autres mais il faut éviter une vision "ethnocentrique"
du monde par laquelle tout ce qui diffère de son propre
héritage culturel est "rétrograde"
ou "barbare".
Troisièmement, il nous faut reconnaître
que le contexte ethnique ou tribal constitue une dimension essentielle
des modes d'organisation et de perception de soi en Afrique. Sur le plan
historique, c'est le cadre ethnique ou tribal qui a assuré (et continue
d'assurer) la structure fondamemtale de l'héritage culturel, spirituel
et artistique des populations africaines. Le bagage ethnique de l'Africain
moyen consiste essentiellement en un mode de vie et une perception du monde,
comme peuvent l'être les structures de l'Etat dans les sociétés
où la nationalité et l'élément ethnique ont
fusionné en une entité commune.
Le dilemme et la tragédie de l'Afrique
d'aujourd'hui résultent de la mise en place, suite à la conquête
coloniale du continent par des puissances extérieures au 19ème
siècle, d'entités administratives réunissant différents
groupes ethniques de manière arbitraire et à l'intérieur
de frontières qu'ils n'avaient pas eux-mêmes fixées.
En règle générale, ces nouvelles entités administratives
n'ont tenu aucun compte des structures antérieures des sociétés
qu'elles régissaient, allant parfois jusqu'à faire éclater
certains groupes ethniques occupant des territoires voisins mais régis
par des puissances coloniales distinctes. Pour arranger les choses, les
nouvelles structures administratives nées de l'occupation coloniale
de l'Afrique et organisées dans un rapport autoritaire, offraient
le cadre fondamental de la création de nouveaux Etats-nations qui
prirent leur indépendance à partir des années 1960.
Les nouveaux Etats africains ont donc été formés sur
une base ne prenant nullement en considération l'héritage
culturel et historique des populations qui les composent, tandis que les
formes d'organisation politique empruntées au style occidental (ou
au type "socialiste" de l'Est) ne laissent aucune place à une représentation
des habitants de ces nouvelles nations dans une perspective réellement
démocratique, ni même dans l'esprit dans lequel les groupes
ethniques avaient fusionné dans le passé - par conquête
ou association - pour former des Etats en Afrique. En d'autres termes,
les nouvelles structures étatiques étaient totalement étrangères
à l'Afrique sur le plan de leur conception et de leur organisation,
et n'avaient aucune chance de constituer une base valable permettant de
mobiliser la loyauté et l'énergie des populations concernées.
Le "tribalisme" en tant que maladie sociale et
nationale a donc été davantage la conséquence inévitable
de l'incapacité des structures étatiques de réfleter
la nature profonde de la société africaine, ainsi que d'un
leadership corrompu et vain dans les nouveaux Etats-nations d'afrique,
que du facteur ethnique en soi. Ce n'est pas "l'ethnicité" qui est
responsable des malheurs de l'Afrique mais le clientélisme, le népotisme
et l'incompétence de l'élite qui dirige le continent. L'origine
de bon nombre des conflits internes dont souffrent les Etats africains
depuis leur indépendance réside dans l'exploitation pure
et simple des différences ethniques par une élite cupide
et avide de pouvoir, le plus souvent armée et encouragée
en coulisses par des forces extérieures cherchant à capitaliser
sur les ressources africaines ou à empêcher la naissance d'un
leadership véritablement indépendant et nationaliste en Afrique.
Les bouleverements que connaît actuellement le Zaïre, depuis
les heurts ethniques qui ont entraîné l'éviction et
l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961 jusqu'aux massacres intra-ethniques
en cours dans la province du Shaba et ailleurs, en passant par la sécession
du Katanga, sont le résultat immédiat d'une intervention
extérieure associée aux plans d'une classe dirigeante kleptocratique
et ne veillant qu'à ses propres intérêts. Un autre
triste exemple de ce phénomène nous est fourni par la guerre
civile absolument tragique qui a dévasté le Mozambique et
l'Angola à l'instigation de forces étrangères bénéficiant
de bonnes volontés locales en la personne de leaders politiques
qui ne demandaient qu'à massacrer leurs propres populations dans
une soif insatiable de pouvoir et de richesse...
En définitive, loin d'être la cause
de l'instabilité actuelle de l'Afrique, le facteur ethnique pourrait,
s'il était valablement géré, jouer un rôle déterminant
dans l'indispensable réorganisation des nations africaines; il pourrait,
en effet, assurer une véritable participation populaire aux prises
de décisions politiques. Loin d'être archaïques et rétrogrades
comme certains le prétendent, les racines ethniques et culturelles
des peuples africains offrent une voie privilégiée de mobilisation
de leur fidélité et de leur énergie en vue de l'édification
des nations, à condition que la dimension ethnique de leur vie soit
réellement intégrée à la structure de l'Etat.
Ce dont l'Afrique a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'un refus de l'héritage
social, culturel et historique des peuples qui la forment mais d'une intégration
créatrice de ces éléments du passé - qui constituent
une base extrêmement valable d'organisation sociale - dans les nouveaux
projets d'édification des nations. Pour prospérer et progresser
les nouveaux Etats africains devront être des fédérations
de populations ayant part aux décisions qui forgent leur propre
destinée, plutôt que des entités artificielles basées
sur les limites stériles d'institutions n'ayant aucune racine en
Afrique. Ainsi donc, dans la perspective de la mise en place de valeurs
significatives et de la sauvegarde de l'héritage du passé,
la dimension ethnique de la vie en Afrique reste un atout qui doit être
reconnu et valablement exploité, et non arbitrairement rejeté. |
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