AMT : sociétés. Chaque semaine, par des sujets de fond, nous posons notre regard sur les réalités du monde noir. 
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Intertitres
Pensées
Voyage au fond de moi-même. 
par Jonas Rano

J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique), voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté ; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur, étendue. Ombre, jour. 

J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu » que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde. J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ; la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent, les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.

Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux » défendent bec et ongles leur « immortalité », ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole. Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.

Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage » sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi… De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde, ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude sans chercher à réveiller la frustration des vieux démons de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant – ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment sur la nécessité d’une approche de la littérature créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives. Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté, pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison libérée, décolonisée. C’est la forme de ma nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion, avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité. Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir au monde sans se perdre soi-même ?

Au fil de l'actualité
 
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La pub et les ghettos 
Quelles places les Noirs ont-ils 
dans la publicité ? 

par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud 

Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation, etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités. Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation (conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules d’extrême droite, attaques terroristes contre la première puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué notre société du sceau du conflit.

Mais cette fin de siècle est également le symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux. Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un état de la société qui la produit et qui la consomme ? 

Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique, réducteur et déformant de la société à laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité vient à son tour renforcer ces préjugés. 

Les Noirs

En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque minorité possède des traits qui lui sont propres (traits physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance, va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la dite minorité —publicité représentant des noirs pour une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire de marque. 

À chaque période son lot de stéréotypes

Contrairement à d’autres minorités, les noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette dernière est marquée par trois courants principaux, qui, par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé. L’esclave a longtemps été une image bienséante dans la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en été les symboles. La publicité pour le chocolat a été l’un des lieux de prédilection de la représentation des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident. 

De l’esclave au bon sauvage 

C’est en exhibant certains stigmates, en vérité très peu représentatifs, que l’on a très longtemps représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds, des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille, des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées. D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite le caractère cannibale, clairement évoqué dans une annonce pour un extincteur !  Ensuite, le bon sauvage s’oppose à la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire. 

Des produits de prédilection 

Aux différentes périodes qui ont marqué la représentation des noirs correspondent des transformations radicales dans les produits mis en jeu, très hétérogènes. Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat (Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme), etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque, produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables, tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à une plaque de chocolat. 
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages, un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière, la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante. 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le publicitaire a longtemps été un homme blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en général, les publicités montrent la cible à laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité a suivi. 

Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques reflétant des différences culturelles, la publicité qui s’adresse à la société noire tient un discours sensiblement identique à celui visant la société blanche : que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac, tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de publicité se sont même spécialisées dans le marketing ethnique. 

Des inadéquations pourtant édifiantes 

Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant. Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité sociale. 

Un message social 

Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort, etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance. 

Pour en savoir plus :  Bachollet R., Debost J.-B. & Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité, Paris : Ed. Somogy, 1992.  MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait publicitaire,  Paris, L’harmattan, pp. 201-241

 RDC: Le lac Kivu,une bombe à retardement ou une source d'énergie ?

 NDLR/Le lac Kivu est l'un des Grands Lacs d'Afrique. Il se situe entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Le lac Kivu se vide par la rivière Ruzizi, qui alimente au sud le lac Tanganyika. Il a gagné une triste notoriété lors du génocide au Rwanda de 1994, de nombreuses victimes y ayant été jetées.Le lac couvre une superficie totale de 2.700 km² et se situe à une altitude de 1 460 mètres au dessus du niveau de la mer. Il se situe dans une zone volcanique. Du méthane a été découvert à plus de 300 mètres de fond).Le premier européen ayant accédé au lac fut un allemand, le Conte Adolf vonGötzen, en 1894. Les villes congolaises de Goma et Bukavu sont voisines du lac. Au Rwanda ce sont Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.

Avec IRIN/Lorsqu'ils étaient enfants et jouaient sur les rives du lac Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), Kevin et ses amis s'entendaient souvent dire de ne pas jouer dans l'eau. « Ma mère nous demandait toujours de ne pas tremper de choses comme des clés ou des bagues, ou tout autre objet métallique dans le lac », s'est-il souvenu. « Elle disait que les métaux réagiraient avec un gaz et qu'ils pourraient causer une explosion ». Kevin ne la croyait peut-être pas à l'époque, mais les préoccupations de sa mère reflètent un phénomène que les scientifiques étudient depuis un certain nombre d'années - les taux de gaz dissous dans le lac et la possibilité que ces gaz soient une source de préoccupation. Le lac Kivu fait partie des Grands Lacs africains, situés à la frontière entre la RDC et le Rwanda. Il est une source d'approvisionnement en eau, en poissons et en sable pour deux millions de personnes, et assure l'indispensable liaison entre les ports de Goma et de Bukavu en RDC et de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu au Rwanda.

Augmentation du taux de gaz
Le professeur Boniface Kaningini, biologiste et directeur général de l'Institut supérieur pédagogique de Bukavu (ISO-Bukavu), une université, a passé au moins 20 ans à faire des recherches sur le lac Ki Bien que selon certaines études, l'augmentation de ces gaz soit le résultat de l'activité volcanique, pour M. Kaningini, l'introduction de la sardine Limnothrissa miodon - connue, dans la région, sous le nom de Ndakala - dans le lac pourrait être un autre facteur.  « La présence de méthane dans le lac date d'il y a 40 ans, lorsque ce poisson, provenant du lac Tanganyika, a été introduit dans le lac Kivu », a-t-il dit. Depuis lors, selon M. Kaningini, les pêcheurs du lac ont observé une fluctuation progressive de la pêche. Un certain nombre d'études différentes sont menées pour examiner ces changements, a expliqué M. Kaningini. Pour sa part, l'Institut fédéral suisse des sciences et de la technologie aquatiques (Eawag) a conclu que « l'introduction du Limnothrissa miodon, premier poisson pélagique et planctophage du lac Kivu, pourrait être responsable de changements significatifs des flux de nutriments ».

Risques potentiels
Le rapport de l'Eawag explique également que la densité et les différentes couches de l'eau agissent comme un couvercle flexible, piégeant les gaz échappés du manteau terrestre ainsi que ceux provenant des sédiments situés en dessous du lac. Selon les experts en eaux lacustres du Conseil consultatif sur la mise en valeur et l'habitat du saumon (SEHAB), un phénomène potentiellement catastrophique du nom « d'éruption limnique » risquerait de se produire si l'activité volcanique ou sismique faisait circuler les eaux du lac, soulevant ainsi ce « couvercle ». Un nuage de gaz se libèrerait alors et asphyxierait toutes les populations lacustres. « Les deux seules "éruptions limniques" connues et observées se sont produites, l'une dans le lac Monoun, au Cameroun en 1984 - l'incident avait fait 37 victimes - l'autre, plus catastrophique, en 1986, près du lac Nyos. Au lac Nyos, plus de 80 millions de mètres cubes de dioxyde de carbone contenus dans les profondeurs du lac ont été libérés dans l'atmosphère », selon une étude réalisée en 2006 par le SEHAB. Les lacs Kivu, Nyos et Monoun ont reçu le nom de « lacs tueurs d'Afrique » dans le rapport publié en 2006 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Selon ce rapport, le lac Kivu reste une source de « graves préoccupations », puisque environ deux millions de personnes vivent dans le bassin du lac. « Du fait du creusement progressif d'un rift dans la zone, une faille se rapproche petit à petit du fond du lac. Si de grandes quantités de lave bouillante venaient à s'écouler dans le lac, cela serait plus que suffisant pour déclencher une circulation considérable, qui libèrerait d'énormes quantités de dioxyde de carbone, un gaz mortel », peut-on lire dans le rapport. « En outre, les eaux contiennent de grandes quantités de méthane susceptibles de provoquer des explosions au-dessus du lac ».

Activité volcanique
En 2003, le Mont Nyiragongo, un volcan situé près de Goma, la capitale de la province du Nord Kivu, est entré en éruption. Malgré tout, selon Pascal Isumbisho, un biologiste dont la thèse de doctorat porte sur l'écologie zooplanctonique du lac Kivu, il n'existe pas de preuve directe du lien entre l'augmentation du méthane et l'activité volcanique. « La question est : est-ce que ce qui s'est produit dans un lac du Cameroun [le lac Nyos] il y a 20 ans peut se répéter ici, à Kivu? », a expliqué M. Isumbisho, qui dirige le département de biologie de l'ISP-Bukavu. Selon M. Kaningini, le risque d'un autre lac Nyos est minime et jusqu'ici, les taux de gaz n'ont eu d'impact que sur la quantité de poissons pêchés, pas sur la qualité des prises. « Je pense que les gens qui vivent aux alentours du lac n'ont pas à s'inquiéter ; en revanche, nous devons faire davantage de recherches et mieux collaborer avec le ministère de l'Environnement de même qu'avec d'autres parties prenantes pour comprendre ce phénomène », a-t-il estimé.

Exploiter le gaz
Quelle que soit la source du méthane, les scientifiques s'accordent à dire que la solution consiste à exploiter le gaz comme source d'énergie plutôt que risquer une catastrophe. Selon Salif Diop, chef de projets et directeur de la section Ecosystèmes de la division de pré-alerte et d'évaluation (DEWA) du PNUE, dégazer le lac - une méthode actuellement utilisée au lac Nyos - est une option viable et avantageuse d'un point de vue économique. Des recherches montrent que les eaux profondes du lac contiendraient environ 65 milliards de mètres cubes de méthane, l'équivalent de 50 millions de tonnes de pétrole. Selon les estimations du PNUE, le Kivu contient assez de méthane pour alimenter les Etats-Unis pendant un mois, et cinq fois plus de dioxyde de carbone - soit environ 200 kilomètres cubes. En 2003, le magazine New Scientist a rapporté que ces réserves pouvaient suffire à combler les besoins énergétiques du Rwanda pendant 400 ans, et permettraient ainsi de supplanter la combustion du bois, première source d'énergie de l'époque. A Bralirwa, une usine de bière, on a déjà pris conscience du potentiel du méthane qui se trouve au fond du lac : l'extraire permet à l'usine de satisfaire ses besoins en gaz et en électricité depuis les années 1980. Aujourd'hui, explique M. Diop, « les pays lacustres doivent examiner les ressources nécessaires pour que le dégazage du lac Kivu devienne une réalité ».

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PREMIER  BILAN  DE  NOTRE  CAMPAGNE  CONTRE  L’EXCISION

Dans un précédent texte nous avions promis de faire le point sur notre campagne, afin d’apporter toutes précisions utiles aux personnes de cœur qui, en France, en Europe et plus généralement un peu partout dans le monde, se sont mobilisées derrière nous, faisant ainsi passer le message le plus largement possible, par le biais de multiples petits groupes de paroles, tout en organisant parfois ici et là, des réunions d’informations plus importantes, mais aussi en ventilant nos articles, y compris en les diffusant sous forme de tracts, jusque dans les collèges et les lycées pour sensibiliser le plus grand nombre.

Au fil du temps, des centaines de mèls de félicitations et de soutien nous ont été adressés, d’autres nous arrivent encore, auxquels nous n’avons pas pu et ne pouvons pas  apporter une réponse personnelle, ce que chacun comprendra, sachant que de pair à ce combat que nous menons contre ces pratiques moyenâgeuses, qui relèvent de  la barbarie,  nous sommes engagés dans bien d’autres, que nous jugeons tout aussi importants. Et puisque nos sympathisants sont toujours plus nombreux, et que nos listings ne cessent de croitre, il nous a paru nécessaire, plus particulièrement à l’intention de nos nouveaux amis, de refaire l’historique de notre action et le compte des avancées qui ont  pu être obtenues à ce jour.

Ayant été alertés par des internautes, membres de diverses associations, sur l’ampleur du fléau que représente l’excision, non seulement en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, mais aussi en Europe aujourd’hui, où sont installées durablement des communautés arabo-africaines, nous avons pris la décision de mener campagne contre ces monstruosités. D’autant que sur une brochure de 4 pages recto-verso qui nous avait été envoyée par un particulier et émanant des ministères de l’Emploi, de la Santé, de la cohésion sociale, aux Editions Sicom de juin 2006, nous pouvions lire « En France, on estime que 65.000 femmes et fillettes sont mutilées ou menacées de l’être ».Tandis que divers rapports internationaux datant de 2005/2006 nous apprenaient que 140 à 150 millions de femmes dans le monde étaient victimes de ces mutilations, avec quelques 3 millions de nouveaux cas par an.

En septembre 2007, par courrier simple, nous avons fait l’envoi d’une lettre ouverte à la Ministre de la Santé pour l’interpeller sur ce fléau de l’excision. De pair, ce texte traduit en plusieurs langues a été diffusé sur Internet vers tous nos relais, puis largement repris un peu partout, soulevant des réactions immédiates et unanimes chez des personnes issues de tous milieux, de toutes conditions, s’affirmant horrifiées, scandalisées par ces violences imposées à des petites filles, dont beaucoup il faut le savoir, en meurent lors d’un premier accouchement, et d’autres en restent handicapées à vie. Le 9 octobre, un député UMP du département de l’Isère, ayant eu connaissance du texte, et vraisemblablement choqué par l’ampleur de ce fléau, nous écrivait pour nous informer « qu’il avait décidé d’en transmettre copie à l’ensemble des parlementaires de son groupe ». Le 18 octobre, par courrier, il nous confirmait l’avoir fait. Nous étions donc légitimement en droit d’attendre quelques réactions de la part d’élus se définissant comme étant « la représentation nationale » qui plus est, appartenant au groupe majoritaire à l’Assemblée, soutien inconditionnel au nouveau Président de la République, dont les idées forces comme chacun le sait, sont d’amener les gens à travailler plus, alors que sous la poussée des délocalisations massives d’entreprises vers la Chine, l’Inde, la Roumanie ou la Tunisie, il y a de moins en moins d’emplois et de plus en plus mal payés. De restructurer les services publics en réduisant les personnels, en fermant des écoles, des tribunaux, des hôpitaux, des cliniques de proximité. De tenir haut la barre des quotas pour les expulsions d’immigrés, victimes d’une misère épouvantable, organisée chez eux par les trusts et les multinationales s’appuyant sur les gouvernements corrompus. 

Et plus tardivement, après le tsunami de la crise financière et ses conséquences terribles pour les moyennes et basses couches sociales, de « s’attaquer à moraliser le capitalisme ». Ce qui suppose auquel cas, de sortir sans attendre du Traité de Lisbonne,    qui nous a été  imposé par ce gouvernement contre l’avis d’une majorité de nos concitoyens, ayant déjà voté non en mai 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, et qui conduit inexorablement notre pays et l’Europe vers la précarité, la misère et la faillite. Un seul parlementaire a pris la peine de nous écrire en date du 25 octobre, et encore de façon très lapidaire « espérant que notre appel puisse être entendu ». A préciser qu’à notre connaissance, le sujet n’a jamais été évoqué lors des séances de questions au gouvernement. Un an après le début de notre campagne, n’ayant toujours pas de réponse de la Ministre, en date du 17 octobre 2008 nous lui avons fait un nouvel envoi d’un exemplaire de la lettre ouverte, en recommandé avec A.R. Un mois plus tard, le 25 novembre, la Chef du Cabinet de Madame Bachelot-Narquin nous écrivait « Vous appelez l’attention sur la nécessité d’organiser une campagne contre l’excision. Sensible à votre démarche, Madame la Ministre m’a chargée de transmettre votre courrier à Monsieur le Directeur Général de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé () dont les services ne manqueront pas de l’examiner, et de vous faire connaitre la suite susceptible de lui être réservée ». En date du 28 janvier 2009, lassés d’attendre un improbable courrier du Directeur en question, nous nous sommes à nouveau adressés à la Ministre par lettre recommandée, pour l’informer que nous restions toujours dans l’attente de savoir quelle suite pouvait être  apportée à notre demande. Faute d’une réponse, en mai 2009 nous avons pris la décision, pour amplifier notre campagne, de diffuser un nouveau texte en élargissant cette fois les interventions à divers ministères, aux principaux journaux, aux associations, radios, chaines de télévision, ainsi qu’aux formations politiques d’opposition, tout en demandant à nos multiples relais déjà impliqués depuis septembre 2007, de s’investir encore davantage. 

L’impact de ce second texte qui a été considérable, nous a également permis de faire le distinguo entre les bonnes intentions de circonstance sur fond de lâcheté politique, les promesses jamais tenues des habituels phraseurs, et le soutien immédiat qui nous a   été apporté par les autres, les vrais, les purs, ceux qui sont de tous les combats, de toutes  les générosités, car étant habités au plus profond d’eux-mêmes, par cette petite flamme d’humanité, vacillante parfois mais jamais tout à fait éteinte.  C’est à eux que vont nos remerciements.

65.000 fillettes mutilées ou menacées de l’être, dans notre pays qui s’affirme comme étant celui des droits de l’homme. Et un premier bilan de notre campagne depuis septembre 2007 contre ces monstruosités, avec quelques réactions les plus significatives, prises parmi les centaines qui nous sont parvenues. Le 24 octobre 2007 déjà, en réponse à l’envoi de notre lettre ouverte, la chaine Arte qui le 10 février 2007 avait consacré une émission à l’excision, nous précisait  « aucune rediffusion n’est prévue pour l’instant. Nous conservons vos coordonnées ». Le 9 juin 2009 suite à la réception de notre second texte, elle nous faisait la même réponse. Le 3 juin 2009 l’hebdomadaire « La Vie » nous accusait réception « Merci pour votre courriel et pour le texte à Madame la Ministre de la Santé. Ainsi que vous le rappelez l’excision est une mutilation volontaire, donc un crime sur mineures. Reste à appliquer la loi. Cela concerne sans nul doute Madame Bachelot-Narquin, mais aussi Madame Dati ». Le 8 juin 2009, un responsable de l’association Mamakao nous écrivait « Merci de ce que vous faites, mais je pense que Madame la Ministre s’en fout éperdument de tout cela. () Déjà qu’ils jouent avec la santé publique de tout un chacun, alors imaginez celle d’africains musulmans vivant en HLM en banlieue. Cela ne concerne pas ces messieurs dames de quelque ministère que ce soit ». Le 15 juin 2009, une étudiante sénégalaise, par mèl « J’ai reçu votre document que je trouve très intéressant et que je vais imprimer, d’autant que notre Professeur nous a  donné l’excision comme sujet d’examen ». Le 21 juin 2009, une étudiante béninoise, par mèl « Votre campagne contre l’excision est admirable. Vos textes donnent la chair de poule tant ils nous plongent avec un réalisme effrayant dans l’horreur vécue, subie par ces fillettes. Nous venons de les diffuser à plusieurs milliers d’exemplaires. Merci de  ce que vous faites pour elles ».

Le 8 juillet 2009, Monsieur Martin Hirsch, Haut Commissaire à la jeunesse nous écrivait « Conscient de la souffrance et des conséquences médicales que peut entrainer cet acte chez ces jeunes femmes victimes, soyez assuré que votre combat me touche beaucoup. () Cependant mes moyens d’action étant limités à un champ de compétences particulier, je tiens à sensibiliser le Secrétaire d’Etat chargé de la Famille et de la Solidarité sur ce thème relevant plus particulièrement de ses attributions ».Le 13 juillet 2009, Madame Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée des relations sociales, de la famille, nous faisait répondre « La Ministre a pris connaissance de votre correspondance avec la plus grande attention et tient à vous remercier d’avoir pensé à lui faire part de votre analyse dans ce domaine. Je me dois de relayer auprès de vous sa détermination à lutter pied à pied contre toutes les formes de violences, notamment celles infligées aux femmes et aux enfants ». Par courrier nous lui avons aussitôt  demandé ce qu’elle comptait faire pour lutter contre ces mutilations, et de quels moyens elle disposait. Aucune réponse !  Comme n’ont pas donné suite, parmi les hommes politiques les plus en vue, Mr. Cohn-Bendit, député européen, figure de proue de l’écologie, François Bayrou ex-candidat à la présidentielle, Marielle de Sarnez, sa directrice de campagne, porte parole du MoDem.    Et tant d’autres, qu’ils soient journalistes dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision, hommes politiques de tous bords, dont le silence devant un tel fléau et de telles violences faites à l’innocence, atteste si besoin est, du peu d’intérêt qu’ils portent à la jeunesse.  Le premier à nous avoir répondu a été Monsieur André Vallini, Député socialiste,    et Président du Conseil Général de l’Isère. Un homme de qualité. Le 15 juillet 2009 il nous informait qu’il avait interpellé Madame Roselyne Bachelot-Narquin par une question écrite dont je donne extraits ici « Mutilations sexuelles dont    sont victimes chaque année dans notre pays des milliers de fillettes et qui concernaient    en 2006, d’après les divers rapports internationaux, entre 140 et 150 millions de femmes dans le monde, avec quelques 3 millions de nouveaux cas par an. () Il est intolérable et inacceptable qu’en 2009 ces pratiques moyenâgeuses qui relèvent de la barbarie, continuent de se dérouler dans notre pays qui se veut une référence mondiale en matière de défense des droits de l’homme. Il lui demande quels moyens d’information elle envisage de mobiliser pour lutter contre ce fléau ». Le 22 juillet 2009, Monsieur Alain Caudrelier, Directeur National de l’ONG « Plan France » une organisation magnifique de dévouement et d’humanité au service des enfants, nous écrivait « Plan est corédacteur de la charte initiale des Droits de l’Enfant. () Le sujet que vous évoquez est une des violations les plus flagrantes de ces doits et nous diffusons partout des campagnes de sensibilisation et de dénonciations de ces pratiques ». Le 23 juillet 2009, nous recevions une lettre de 2 pages de Madame Martine Aubry, maire de Lille, Première Secrétaire du Parti socialiste qui nous précisait « Dans son plan triennal 2008/2010, le gouvernement avait annoncé qu’il mettrait l’accent sur les violences faites aux femmes, notamment sur les mutilations sexuelles. Des affiches ainsi qu’une brochure représentant une lame de rasoir barrée d’un trait noir ont été éditées par le gouvernement. Si des centres de PMI, des gynécologues ou encore l’Agence de la cohésion sociale et de l’égalité des chances participent à cette action d’information et de prévention, il n’en reste pas moins que celle-ci aurait dû prendre une forme beaucoup plus médiatisée et plus répandue ». Le 28 juillet 2009, Monsieur Didier Migaud, Député socialiste de l’Isère et Président de la Commission des finances nous écrivait «  On ne peut, sous couvert d’une tradition rituelle profondément ancrée dans les mœurs de certaines ethnies, imposer de pareilles souffrances à des petites filles qui la plupart du temps ne savent même pas ce qui les attend. () Ces pratiques me semblent liées essentiellement au désir d’assujettir les femmes et de contrôler leur sexualité, ce qui n’est pas acceptable ». Le 2 septembre 2009, il nous informait de ses démarches « Je continue de sensibiliser mes collègues du groupe socialiste, radical et citoyen sur le sujet, et je suis d’accord pour intervenir auprès de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, dans le sens que vous souhaitez ».  Le 20 octobre, il nous faisait parvenir l’original du courrier qui lui avait été adressé le 13 de ce même mois, portant réponse de la Ministre en charge, dont extraits « Vous avez appelé mon attention sur les préoccupations exprimées par Monsieur Jean-Claude Boz, concernant la situation des fillettes victimes de mutilations sexuelles. () Les mutilations sexuelles féminines constituent une violence corporelle qu’il nous est impossible de tolérer ».

Le 25 août 2009, la Secrétaire nationale adjointe aux « Droits des femmes » nous précisait « La défense des victimes de mutilations génitales féminines est d’une importance cruciale au regard des traumatismes physiques et psychologiques engendrés par cette pratique. La dénonciation de celle-ci aux conséquences grandement néfastes pour les jeunes victimes, et la sensibilisation des populations qui y sont malheureusement attachées culturellement, méritent, comme vous le soulignez, un engagement ferme des pouvoirs publics et des campagnes d’ampleur nationale. Soyez bien assuré que cette thématique fait partie intégrante des préoccupations du Secrétariat national « Droits des femmes » et sera discutée dans nos groupes de travail ». Ce même 2 septembre, Monsieur André Vallini nous informait par courrier de la  réponse qui venait de lui être faite par la Ministre de la Santé, laquelle avait été publiée  le 18 août au journal officiel, et nous en transmettait copie, dont nous donnerons quelques extraits ci-dessous, avec nos commentaires. Le 4 septembre 2009, Monsieur Michel Destot, Député socialiste de l’Isère, maire de Grenoble nous écrivait pour nous dire « Sensible à vos inquiétudes et arguments, je vous  informe que j’adresse ce jour une question écrite à Mme Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé, afin de l’interpeller sur ce fléau ».  Le 4 décembre, il nous informait de la réponse de la Ministre, publiée également au journal officiel le 10 novembre 2009. Le même jour nous recevions un mèl à valeur de témoignage, émanant d’un étudiant lyonnais « J’admire votre combat contre l’excision, car cette mutilation qui est une monstruosité, conduit à un handicap gravissime. En première année de Fac, j’ai connu une africaine qui avait été excisée, elle était obligée de porter une couche en permanence, car elle perdait régulièrement de l’urine. La Ministre de la Santé est loin d’imaginer cela. En réalité j’imagine qu’elle s’en moque. Je n’entends d’ailleurs jamais de débats sur cette question et les grands journaux nationaux font silence sur le sujet, ce qui est pour le moins étrange. Seule la presse militante en parle, ce qui est son rôle et tout à son honneur ». Le 8 septembre 2009, Monsieur Jean-Marc Ayrault, Député-maire de Nantes, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale nous faisait parvenir un courrier dans lequel il écrivait « Le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche est bien conscient des enjeux de ce problème dramatique pour certaines jeunes filles, y compris en France. Les victimes voient leur santé, leur vie intime et leur mémoire marquées à vie. Il s’agit d’une pratique inadmissible, qui ne doit être excusée par aucune coutume ou religion, qui requiert la plus grande fermeté, mais aussi de la prévention ».Le 20 octobre, sur Antenne 2, au journal de 20 heures, Monsieur David Pujadas consacrait une petite partie de l’émission à l’excision, avec l’interview dans un hôpital en France, d’une africaine préparée à subir un acte de chirurgie réparatrice. Le 17 novembre 2009, Monsieur Jean-François Kahn, journaliste et écrivain, me répondait personnellement « J’ai bien lu vos deux textes. Terrifiants en effet ! Comme vous le savez je n’ai plus aucune responsabilité à Marianne, mais je vous promets que je vais tenter de les alerter sur la question ». Le 25 janvier2010, il m’adressait à nouveau un petit mot pour m’informer qu’il avait bien fait passer le message aux responsables du journal. Pour l’heure, à notre connaissance, rien n’a encore été publié sur le sujet, mais cela viendra peut-être ! Le 7 décembre 2009, nous recevions un longue lettre de Madame Nadine Morano, Secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, qui nous informait « que pour  appeler la vigilance du public, le gouvernement avait diffusé par l’intermédiaire de l’Agence Nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM) une brochure spécialisée « Protégeons nos petites filles de l’excision » ainsi qu’un guide pratique portant sur l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Et que les crédits alloués à cette action seraient augmentés en 2010 pour atteindre une enveloppe de 10,56 millions d’euros ». Comme je l’explique plus avant dans le texte, il serait fastidieux de faire ici la somme de nos démarches menées depuis fin 2007 en France, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, auprès de groupes militants ou de particuliers influents, certains étant en poste dans diverses administrations ou gouvernements, et ne souhaitant pas être cités, par sécurité simplement, car étant dans des pays où la question de l’excision reste un sujet tabou. Comme au Soudan par exemple, chez le génocidaire Al-Bashir, sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé contre lui par la C.P.I pour crime contre l’humanité perpétrés au Darfour, mais qui continue de voyager à l’extérieur de ses frontières sans être inquiété, grâce à la complicité des gouvernements occidentaux et des monarchies du Golfe. Au Soudan dis-je, pays qui applique la charia, et dans lequel une femme peut-être condamnée, sous seule accusation d’avoir osé porter un pantalon. 

Ceci-dit, dans ces univers moyenâgeux et étouffants, grâce au travail incessant  des humanitaires, mais aussi sous la poussée des femmes et de la jeunesse, des groupes,  des associations parviennent à se créer, se structurent, bien que parfois très difficilement, compte tenu d’un environnement particulièrement hostile, et font évoluer les mentalités. Pour preuve, l’excellente nouvelle qui nous est parvenue de Mauritanie en tout début d’année. Nous étions très loin d’envisager une avancée aussi rapide dans ce pays, dans lequel les quatre principales ethnies, Soninké, Maure, Halpoular et Wolof pratiquaient l’excision, et dont une étude démographique de santé publique menée sur la période 2001/2002 révélait que plus de 70% des mauritaniennes en avaient été   victimes dans leur petite enfance, sous diverses formes.  Les 11 et 12 janvier, les oulémas, ces chefs religieux réunis au Palais des Congrès pour débattre des mutilations sexuelles, ont contre toute attente et dans la surprise générale, fait faire un pas de géant à leur pays, en condamnant formellement ces pratiques barbares « relevant de coutumes ancestrales, devant par conséquent être dénoncées et combattues, car n’ayant aucun fondement islamique, et s’avérant dangereuses pour la santé des femmes et des enfants ».  Dès lors, s’appuyant sur les prises de positions des oulémas, les parlementaires réunis les 3 et 4 février, ont décidé de voter une loi dans l’année, interdisant les MGF sur  le territoire de la Mauritanie, en prévoyant pour la rendre plus efficace, plus dissuasive encore, toute une batterie de peines lourdes, allant des amendes à de l’emprisonnement ferme, visant ainsi à frapper à des degrés divers, non seulement les exciseuses et les parents des fillettes, mais aussi les complices et les témoins de tels actes.  A présent, concernant la situation en France. Nous avons pris acte du contenu de  la lettre de Mme Nadine Morano du 7 décembre 2009. Je lui ai d’ailleurs personnellement répondu en date du 21 du même mois en lui précisant que « publier des brochures ou des affichettes ne suffit pas. Et édicter des lois ne suffit pas non plus, dès lors qu’elles ne sont pas ou peu appliquées ». Je poursuivais en précisant « Il serait malhonnête de dire ou d’écrire, que rien jamais n’a été fait par les pouvoirs publics pour lutter contre ce fléau. Mais il est exact de dire que rien jamais n’a été fait dans le cadre d’un plan d’ensemble, afin d’obtenir un maximum d’efficacité dans la lutte contre ces pratiques barbares et imbéciles. () Il fallait engager une campagne nationale d’information par le biais des médias. () Impliquer   l’Islam de France dans cette campagne par le biais de ses plus hauts représentants, puisque tant les exciseuses, que les parents des petites victimes se réclament de cette religion,  alors qu’en réalité ces pratiques préislamiques n’ont rien à voir avec l’Islam qui les tolère sans plus. Ainsi par les prêches des Imams, le message serait passé dans toutes les mosquées, sur l’ensemble du territoire national ». Lorsqu’il s’agit de lutter contre le tabagisme, le cancer, l’alcoolisme ou la grippe       A H1N1 dont on nous a rabâché les oreilles pendant des mois à longueur de spots télévisés, et dont nous savons que la fabrication de tonnes de vaccins, fort à propos, a permis aux laboratoires pharmaceutiques d’engranger des sommes considérables, on trouve facilement l’argent nécessaire. Pour lutter contre l’excision, c’est à l’évidence un peu plus compliqué.  On doit donc admettre qu’il y a deux poids deux mesures. Ce qui est inacceptable. 

Ne pas engager un plan d’ensemble pour lutter contre ce fléau, aux fins de tout  faire pour l’éradiquer définitivement en se donnant les moyens nécessaires pour cela, est en réalité de la « non-assistance à enfance en danger ». Qui plus est, pour ces fillettes déjà excisées, certaines l’ayant été chez nous, d’autres au pays d’origine lors d’une période de vacances, et pour celles qui le seront demain et en resteront peut-être handicapées à vie, il faudra faire de plus en plus de chirurgie réparatrice. Ce qui d’ailleurs se fait déjà depuis plusieurs années, notamment sur Paris et Lyon. Par conséquent, au-delà du très grave problème de santé publique que cela suppose, auquel il faudra faire face dans le temps,   un énorme problème financier en découlera fatalement. A l’heure où la Mauritanie vient de décider d’en finir avec les MGF, et où dans la plupart des pays encore concernés aujourd’hui, des gens de tous milieux, de toutes conditions sociales prennent conscience de la violence et de l’absurdité de ces pratiques,  il est de notre responsabilité d’engager chez nous des moyens d’importance, pour     mettre un terme à ces horreurs, tout en agissant en  partenariats  renforcés avec les     pays d’origine de ces populations. Il peut paraitre conséquent au citoyen de base, d’apprendre que pour 2010, les crédits alloués à la lutte contre les violences faites aux femmes et contre l’excision sont de 10,56 millions d’euros. En réalité cette somme est dérisoire lorsqu’on sait quel est le prix  d’une simple brochure d’une dizaine de pages, tirée à quelques millions d’exemplaires pour être diffusée auprès des PMI, des médecins généralistes, des gynécologues-obstétriciens, des pédiatres, des sages-femmes, des associations diverses. Dans sa réponse, Mme Bachelot-Narquin nous explique « Depuis plusieurs années le gouvernement est engagé dans la lutte contre les mutilations sexuelles féminines. () Un colloque national avait été organisé en décembre 2006 à l’Institut Pasteur. Son objectif était d’impulser une dynamique et une prise de conscience, notamment des professionnels de santé sur ce problème de santé publique afin de prévenir la survenue de nouvelles mutilations sexuelles et d’améliorer la prise en charge des femmes mutilées. () Afin de donner un écho à cette initiative nationale, les neuf régions les plus concernées par cette problématique ont à leur tour organisé des temps d’échanges et de débats avec les acteurs locaux. Les services déconcentrés du ministère chargé de la santé ont été chargés d’organiser dans ces régions, des colloques de sensibilisation sur les mutilations sexuelles féminines, en collaboration avec les associations comme gynécologie sans frontières (GSF) et le groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS). Près de 3.000 personnes ont ainsi été sensibilisées et informées sur les moyens de prévenir et de dépister les mutilations sexuelles, et sur les possibilités existant en matière de prise en charge chirurgicale des femmes ». 

Toute action menée par qui que ce soit contre l’excision et les MGF trouvera notre soutien indéfectible. Par conséquent nous ne contestons pas ce qui a été fait et qui devait l’être. Nous en avons été informés en temps utile. Mais nous disons que si dans notre pays qui compte plus de 60 millions d’habitants, des colloques organisés ici ou là par les pouvoirs publics ont effectivement permis de sensibiliser 3.000 personnes, ce dont nous nous réjouissons naturellement, il n’en reste pas moins que tout cela apparait comme étant très insignifiant par rapport à l’ampleur du fléau contre lequel il faut lutter.  Car malheureusement, bien que l’excision ait été indiscutablement freinée dans notre  pays  et soit en recul dans quelques régions, il n’en est pas moins vrai qu’elle perdure au nom de traditions ancestrales, s’appuyant sur la complicité des clans ethniques, parfois restreints aux seuls cercles familiaux, parfois sur des communautés plus larges régies par la loi du silence. Ce qu’attestent de très nombreux internautes, dont nous donnons ci-dessous quelques extraits de mèls. Par ailleurs la Ministre de la Santé cible « les neuf régions les plus concernées » ce qui est une erreur à partir d’un défaut flagrant d’analyse. 

Car si les populations en provenance des pays où l’excision est encore pratiquée, étaient il y a une dizaine d’années en arrière, majoritairement regroupées dans certaines    de nos régions connues pour être pourvoyeuses d’emplois, telles que la région parisienne,   la région PACA ou la région lyonnaise, il n’en est plus de même aujourd’hui, où à cause      de la persistance de la crise économique, se traduisant par les fermetures pour faillites  ou délocalisations massives d’entreprises, et de nouvelles arrivées d’immigrés sur notre territoire, du fait de l’aggravation incessante de la misère dans les pays du Tiers-Monde,  ou des guerres, beaucoup d’africains et d’arabo-musulmans se sont installés un peu partout, comme dans le Loiret, à Orléans par exemple, d’autres dans la Loire, la Drôme, le Vaucluse, la Côte-d’Or, la Gironde, le Tarn, la Loire-Atlantique, l’Alsace, le Nord.  Madame Bachelot-Narquin précise encore que « Les programmes de formation initiale des professionnels de santé ont été modifiés pour y intégrer la thématique des mutilations sexuelles féminines. () Que deux circulaires, 2006-529 et 2007-98, ont modifié respectivement les programmes des études des sages-femmes, ainsi que les programmes des études médicales ». Elle ajoute plus avant avoir « confié à l’association GSF le soin de coordonner la rédaction d’une guide pratique sur les mutilations sexuelles féminines, destiné aux professionnels de santé, lequel sera disponible prochainement ». Enfin, elle termine en indiquant que « le 14 avril 2009, le ministère du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville a initié une campagne de sensibilisation contre l’excision et les mariages forcés, dans le cadre du plan triennal contre les violences faites aux femmes ».

Témoignages

Si cette phraséologie pompeuse, grandiloquente, peut illusionner des gens mal informés sur l’ampleur de ce fléau,  elle est à l’inverse très mal perçue par celles et ceux, qui  depuis si longtemps, à quelque niveau d’intervention que ce soit, ne cessent de le dénoncer en demandant aux pouvoirs publics, d’engager une fois pour toutes des moyens adéquats pour le combattre. Car les colloques, les affichettes, les brochures, bien qu’étant de quelque utilité, ne suffisent pas, loin s’en faut. Pour s’en convaincre il suffit de lire très attentivement les quelques extraits de mèls que nous donnons ici, qui nous ont été envoyés parmi tant d’autres, suite à la diffusion de nos deux premiers textes. Qu’on en juge !

« En tant que musulman je désapprouve totalement l’excision. C’est un sujet dont on évite de parler, pour ne pas froisser et culpabiliser ceux qui restent attachés à cette coutume très ancienne, et pour ne pas créer des animosités de voisinage. Ce serait d’abord l’affaire des religieux de dénoncer cette pratique qui n’a rien à voir avec l’Islam, ensuite celle du gouvernement français de lutter contre par des moyens appropriés ». « Laisser croire que l’on a enfin mis un terme aux mariages forcés est une triste plaisanterie. Avec l’aggravation des conditions de vie dans les pays du Maghreb, ils ont au contraire tendance à se multiplier. Ils reposent le plus souvent sur des arrangements entre familles, lesquels visent par le biais d’une beurette de nationalité française, à faire entrer légalement sur notre territoire un ressortissant étranger ».« Il est clair que les médecins qui sont en première ligne, sont eux aussi horrifiés par les mutilations sexuelles féminines, mais croyez-moi, dans certaines banlieues comme la mienne, où l’Islam radical s’est implanté, ils n’ont pas trop intérêt à se mêler de cela ». « Je suis d’origine maghrébine, née et parfaitement intégrée dans ce pays que je considère comme étant le mien. Votre lettre ouverte à Madame Bachelot sur la question de l’excision m’a fait froid dans le dos et m’a appris beaucoup sur ce sujet que je connaissais assez mal en vérité. A vous lire, j’ai pris toute la mesure de ce fléau. Je pense comme vous que les moyens engagés pour le contrer sont très insuffisants en matière d’information. () Etant littéraire, je vous félicite pour la qualité et la force de vos articles qui mériteraient d’être repris par nombre de grands journaux, englués hélas, nous le constatons au quotidien, dans les scoops construits de toutes pièces sur les rumeurs et les petites phrases habituelles des professionnels de la politique politicienne ».

« J’ai eu connaissance de vos deux textes consacrés à l’excision. Je ne trouve pas les mots pour qualifier cette pratique d’un autre âge. C’est choquant, révoltant, horrible. J’ai pu échapper à cette mutilation grâce à mes parents, lesquels ont dû résister courageusement et de façon quasi permanente  aux  pressions  de leurs proches ». « C’est par vos textes que j’ai pris pleinement conscience de l’ampleur de cette boucherie inimaginable dont sont victimes chaque année tant de fillettes, non seulement dans le monde, mais dans notre pays. Je n’avais jamais rien lu d’aussi fracassant sur la question. J’en suis ébranlé. Vous avez fait de moi un militant ! () J’ai transmis vos textes à une trentaine de personnes en leur demandant de les faire suivre aussitôt ». « Je suis bien conscient de la réalité de ces horreurs, mais comment les faire cesser lorsqu’on sait à quel point il est difficile de pénétrer ces communautés et de faire en sorte que se brise cette loi du silence qui pèse sur chacun ? Dans ma cité personne n’oserait ouvrir un tel débat sur un sujet qui est jugé comme étant tabou et qui reste un secret, une affaire de famille. () Les exciseuses sont parfaitement connues de tous ». « Pour en finir chez nous avec ces mutilations, il faudrait provoquer un grand débat public, comme cela a été le cas pour le foulard islamique ou pour la burqa. Et pour ce faire, mobiliser les grands médias, radios, télévisions. Je partage tout à fait votre idée. () Les médecins ne sont pas des flics et lorsque l’excision a été pratiquée, ils ne peuvent que la constater. () C’est à un niveau national qu’il convient d’intervenir pour provoquer un éveil salutaire des consciences ». « Le problème de l’excision c’est aussi celui de l’enfermement dans certaines de nos banlieues, des populations originaires des pays où elle se pratique, et qui perpétuent ici au sein des communautés, ce qui se fait là-bas depuis la nuit des temps. Vu sous cet angle, c’est l’échec de l’intégration. () Les lois françaises ne s’appliquent pas ».

« Il faut agir également au plan international, car comment empêcher qu’une mineure soit emmenée au pays d’origine des parents pour y être excisée ? En agissant ainsi ils ont toutes facilités de contourner les lois françaises qui interdisent ces mutilations chez nous et ils le savent pertinemment ». Ces quelques extraits de mèls portent à réflexion. Marquent toute la complexité du problème, la difficulté à le solutionner sur un minimum de temps. Car chaque jour qui passe est un jour maudit pour de nouvelles petites victimes. Dans notre second texte, je précisais que nous ne lâcherions rien sur ce dossier qui nous tient particulièrement à cœur, dès lors qu’il s’agit de préserver de l’horreur des petites filles, qui malgré leur couleur de peau,  l’origine de leurs parents ou leur religion de naissance, ressemblent tellement aux vôtres, qu’elles pourraient être les vôtres. Chaque être humain, ne serait-ce qu’en informant autour de lui, a la possibilité d’agir à son niveau pour changer un peu le monde, faire en sorte que demain il soit meilleur, un peu plus juste, moins répugnant qu’il ne l’est aujourd’hui. Faisant cela cet être s’élève, donne un sens à sa vie. C’est alors qu’il comprend  qu’il n’est plus seul, que toute l’humanité est en lui et que la souffrance de chacun est l’affaire de tous. Oui, chaque être humain à son niveau peut changer un peu le monde. Il lui suffit simplement de le vouloir !

 Jean-Claude BOZ
 
Notre mémoire
"On pense encore à toi, oh Bwana"

au temps béni des colonies : le mépris d'une culture

De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie, les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse se penche sur ce passé récent à un moment où celui-ci renoue avec l'actualité. 

Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!

En 1976, «Le temps des colonies», c'était une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après «Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux. Quitte à en perdre le sens de l'humour.  «Moi monsieur j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi, au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais, qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.» Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme, le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence française» notamment «en Afrique du Nord» «On pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si Sardou et Delanoë avaient clairement  voulu donner dans l'humour à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation française. 

Un livre d'images

Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de  l'Ouest américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos, une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent, au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique orientale, puis  l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est... Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux, parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée, charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques de ces êtres étranges dont regorge  la planète: jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles, prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux - le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako». Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée et annotée d'un très cordial «Bien des choses». On croit rêver. 

Un livre de mots

Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée), et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme de terrain.  L'historien évoque le passage du comptoir à la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles, ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher. Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes, cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs? En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient arrêtées» 

«Améliorer leur condition»

A la différence de la loi française de février dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel, éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr, le cadrage d'une image n'est  jamais totalement impartial non plus...Et ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à se concilier leur amitié par les bons procédés et les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de douceur et d'humanité envers les différents peuples  qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer leur condition.» 

Bernard Léchot 

Charles-Henri Favrod est né en 1927 à Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste, il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie», «Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert, suivi de Retour au Yémen». Il collabore à la presse et à la télévision françaises.- Il est l'un des intermédiaires officieux entre la France et le FLN algérien à l'aube des Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à Lausanne le prestigieux Musée de l'Elysée, dédié à la photographie.Depuis, il a été le maître d'oeuvre de deux nouveaux musées de la photographie,  l'un à Florence, l'autre à Trieste.

 

Analyse
Logique entre langue créole et créolité 
par Jonas Daniel Rano

Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à impulser une nouvelle  idéologie qui bouscule l'Antillanité de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques irréductibles, il serait  là le langage d'une nouvelle génération ou simplement une volonté de se démarquer par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde. Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène", ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse, par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre, je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau. J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation, la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.

Créolité: combat d'arrière-garde ? 

Donc, la créolité s'identifie à quelque combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de la créolité ?  Dans un premier temps, j'encourage très fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant, Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y disait précisément que le créole est une langue que lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer. Je crains que la créolité, dans son expression actuelle, ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des défenseurs du créole. Mais c'est une  réalité qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !

Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète, qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains antillais,  principalement à travers leurs oeuvres, magnifient une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe, n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion, de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice, à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé Césaire. 

Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire

Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt, je me serais permis d'être plus critique à son égard en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur, il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant il existe une variété de créole qui puisse être la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais ne reflète pas l'usage.  Je mets en relief, le fait que le prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique, a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question la nécessité d'ériger le créole, comment dire, de prôner le créole comme langue d'écriture pour les Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce prix-là, ne change strictement rien à la réalité qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique. Qu'il est  évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais, et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.  A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre le créole comme langue première des individus, qui n'ont d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est: que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé. Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser, on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité créatrice.

Hors des frontières nationales 

En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire a vocation à être universelle, à être lue par le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement une forme subtile de la négritude, car la négritude dans son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour la préoccupation constante des intérêts de la race noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule portée à bout des bras par Aimé Césaire semble rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard, ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui disait dans une interview à Lilyan Kesteloot:  "Je refuse absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude, qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude, mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés. Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle est datée. La négritude est née dans les années 1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte. Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est indépendante.

Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance américaine et des indigénistes haïtiens des années 1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être justes encore une fois. Je me réfère, une dernière fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité, on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde actuel, la société actuelle face aux contraintes nées du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les vocables négritude, antillanité et créolité sont d'un autre temps...

                                                                                   Jonas Daniel Rano
 

 

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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.

Idées

 
 

Beau livre :
Photographies aux Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.  ISBN 2-87763-237-7.

 Jean-Claude Nourault

Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes depuis plusieurs générations, il travaille dès son plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion, le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur. À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie, la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la mer et le désert, située à mi-distance entre Addis Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède le caractère si particulier de cette région pluriculturelle qu’est la corne de l’Afrique.  Ce beau livre d’images, comptant 236 photographies représente les différents aspects de la vie du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces. D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146 pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher des charmes de ce pays mal connu.

 

Le quotidien

La Société tribale est-elle un atout ou un handicap pour l'Afrique?   
par Ola Balogun

 


L'évolution politique de plusieurs pays africains s'est caractérisée, au cours des années qui ont suivi leur indépendance, par des tensions internes pouvant aller jusqu'à des confrontations intra-ethniques, voire de véritables guerres civiles. On peut citer comme tristes exemples de tels évènements la guerre civile entre le Nigéria et le Biafra de 1967 à 1970, les luttes internes et prolongées qui ont fait rage pendant plus de vingt-cinq ans au Tchad à partir de 1963, les trente années de guerre civile en Ethiopie qui ont récemment abouti à l'indépendance de l'Erythrée, les multiples bouleversements qui ont secoué le Zaïre depuis 1960, les conflits réguliers entre Tutsis et Hutus au Rwanda et Burundi qui ont fait de nombreuses victimes au cours des trois dernières décennies, et les ravages causés par le régime meurtrier d'Idi Amin en Ouganda. Un passé plus récent nous met face aux immenses tragédies humaines et matérielles engendrées par la guerre civile incessante qui sévit au Soudan, en Somalie, au Mozambique et en Angola. En Afrique du sud, les heurts sanglants qui surviennent régulièrement entre le mouvement Inkatha, exclusivement zoulou, et le reste de la population noire sont une menace permanente pour l'évolution de ce pays vers une démocratie multipartite.

A un niveau comparativement moins dramatique, de nombreuses carences des structures administratives et gouvernementales sont attribuées, en Afrique, à un facteur qualifié de manière assez floue de "tribalisme", terme générique généralement utilisé pour désigner le népotisme basé sur des considérations ethniques. Il existe dans la plupart des pays africains un sentiment général (que l'expérience ne manque hélas pas de confirmer) selon lequel les nominations aux postes gouvernementaux et administratifs clés se basent davantage sur des considérations ethniques que sur la qualification ou la compétence. Dans cette perspective, mieux vaut donc - pour obtenir des postes élevés dans certains pays africains - appartenir au "bon" groupe ethnique que  d'être qualifié pour le poste, une situation qui engendre fréquemment l'inefficacité et la démotivation au sein des services publics. Par ailleurs, les efforts déployés par un certain nombre de gouvernements africains pour donner une apparance d'équité aux nominations officielles par le biais d'un système de quota (du type de celui qu'applique le Nigéria sous le nom "d'équilibre ethnique") ont suscité la controverse dans la mesure où ces systèmes de quota sont inévitablement perçus comme une manière de mettre des obstacles sur le chemin de personnes qualifiées dont le seul péché est d'appartenir au "mauvais" groupe ethnique.

Toute  une série de raisons (dont le risque de conflit constitue l'élément majeur) font donc que les malheurs actuels de l'Afrique sont largement attribués au facteur ethnique, tant par les observateurs africains que non africains. Mais le rôle de ce facteur ethnique est-il vraiment aussi négatif qu'on le dit? Et, si ce n'était pas le cas, des circonstances particulières peuvent-elles faire de cet "impératif ethnique" une menace pour la création des nouveaux Etats africains? La réponse à ces deux questions exige une définition préalable du phénomène tribal (ou ethnique) dans son contexte africain pour tenter ensuite de comprendre son impact sur le paysage politique et socio-culturel de l'afrique d'aujourd'hui. Tout d'abord, qu'est-ce qu'une tribu? Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette question apparamment banale a suscité longtemps une vive controverse et une totale incompré- hension mutuelle de la part des commentateurs. La confusion souvent associée au terme est parfaitement illustrée par l'Oxford Dictionary qui commence par définir la tribu comme "un groupe de gens à un stade primitif et barbare de développement, reconnaissant l'autorité d'un chef et se considérant généralement comme ayant un ancêtre commun" avant de passer à une seconde définition libellée comme suit: "sorte d'unité politique dans certaines nations anciennes"...

De toute évidence, la première définition témoigne d'un préjugé largement répandu parmi ceux qui estiment que l'Etat-nation actuel est le seul modèle valable d'organisation politique et sociale pour l'humanité, et que toute autre forme est primitive ou archaïque, voire "barbare" comme l'affirme carrément l'Oxford Dictionary. La seconde définition fait preuve d'un plus grand souci d'objectivité en cherchant à intégrer qu'une tribu est essentiellement une unité politique. Elle nous met ainsi sur la bonne voie puisque la tribu est avant tout une unité organisationnelle couvrant un groupe humain dont les membres s'identifient les uns aux autres sur la base d'une culture commune. En règle générale, les membres d'une même tribu parlent la même langue et ont des ancêtres communs (ou font remonter leur lignée jusqu'au même mythe ancestral). Historiquement, en Afrique, une tribu ou un groupe ethnique suffisamment important pouvait constituer un royaume ou un Etat en soi; mais la tribu a le plus souvent fait partie d'une entité politique plus vaste couvrant plusieurs groupes ethniques, même si l'un d'eux était dominant. Ainsi, par exemple, la tribu des Soninkés a formé le groupe ethnique central de l'ancien royaume de Wagadu (ou Ghana) qui a exercé le pouvoir sur le Soudan occidental entre le onzième et le douzième siècle pour être ensuite absorbée par l'Etat du Mali (dont l'origine est une entité où prédominait les Maninkas) avec des segments d'autres groupes ethniques.

Il arrive également, par contre, que les membres d'un même groupe ethnique soient divisés entre des entités politiques rivales qui coexistent pacifiquement ou qui sont en conflit armé - comme ce fut le cas des diverses branches des tribus Ngunis d'afrique du Sud avant que l'Empire zoulou soit regroupé sous le leadership énergique de Chaka. De même, les populations parlant le yorouba dans le Nigéria et la République du Bénin d'aujourd'hui se sont ramifiées en plusieurs royaumes indépendants au 16ème siècle bien qu'elles se reconnaissent une origine commune et partagent la même culture et la même langue.

La perception de la tribu dans cette perspective nous amène à un certain nombre de conclusions. Il nous faut premièrement constater que la création d'Etats ou de Royaumes en Afrique précoloniale n'a nullement empêché l'existence d'entités tribales ou ethniques au sein de ces Etats. En d'autres termes, l'émergence d'Etats en tant qu'instances politiques plus larges n'a pas nié l'existence d'unités tribales. Chaque Etat a, bien au contraire, cherché à appuyer sa gestion sur la structure organisationnelle des groupes ethniques ou des tribus qui le composaient. La seconde conclusion est l'absence de toute connotation "primitive" ou "archaïque" liée au facteur ethnique, que ce soit en Afrique ou ailleurs, même si le groupe ethnique a cessé de jouer, en tant qu'unité socio-culturelle, un rôle majeur dans le monde occidental par suite de la création d'Etats-nations à partir du 18ème siècle. "L'ethnicité" n'est rien d'autre qu'une réalité indissociable du besoin des hommes de créer des institutions pour structurer leur vie et leur organisation sur le plan social, allant de pair avec des organes tels que le noyau familial, la famille étendue, l'unité villageoise, l'entité régionale ou l'Etat industriel moderne. Il est sans doute vrai que le facteur ethnique a été plus déterminant dans certaines cultures que dans d'autres mais il faut éviter une vision "ethnocentrique" du monde par laquelle tout ce qui diffère de son propre
héritage culturel est "rétrograde" ou "barbare".

Troisièmement, il nous faut reconnaître que le contexte ethnique ou tribal constitue une dimension essentielle des modes d'organisation et de perception de soi en Afrique. Sur le plan historique, c'est le cadre ethnique ou tribal qui a assuré (et continue d'assurer) la structure fondamemtale de l'héritage culturel, spirituel et artistique des populations africaines. Le bagage ethnique de l'Africain moyen consiste essentiellement en un mode de vie et une perception du monde, comme peuvent l'être les structures de l'Etat dans les sociétés où la nationalité et l'élément ethnique ont fusionné en une entité commune.

Le dilemme et la tragédie de l'Afrique d'aujourd'hui résultent de la mise en place, suite à la conquête coloniale du continent par des puissances extérieures au 19ème siècle, d'entités administratives réunissant différents groupes ethniques de manière arbitraire et à l'intérieur de frontières qu'ils n'avaient pas eux-mêmes fixées. En règle générale, ces nouvelles entités administratives n'ont tenu aucun compte des structures antérieures des sociétés qu'elles régissaient, allant parfois jusqu'à faire éclater certains groupes ethniques occupant des territoires voisins mais régis par des puissances coloniales distinctes. Pour arranger les choses, les nouvelles structures administratives nées de l'occupation coloniale de l'Afrique et organisées dans un rapport autoritaire, offraient le cadre fondamental de la création de nouveaux Etats-nations qui prirent leur indépendance à partir des années 1960. Les nouveaux Etats africains ont donc été formés sur une base ne prenant nullement en considération l'héritage culturel et historique des populations qui les composent, tandis que les formes d'organisation politique empruntées au style occidental (ou au type "socialiste" de l'Est) ne laissent aucune place à une représentation des habitants de ces nouvelles nations dans une perspective réellement démocratique, ni même dans l'esprit dans lequel les groupes ethniques avaient fusionné dans le passé - par conquête ou association - pour former des Etats en Afrique. En d'autres termes, les nouvelles structures étatiques étaient totalement étrangères à l'Afrique sur le plan de leur conception et de leur organisation, et n'avaient aucune chance de constituer une base valable permettant de mobiliser la loyauté et l'énergie des populations concernées.

Le "tribalisme" en tant que maladie sociale et nationale a donc été davantage la conséquence inévitable de l'incapacité des structures étatiques de réfleter la nature profonde de la société africaine, ainsi que d'un leadership corrompu et vain dans les nouveaux Etats-nations d'afrique, que du facteur ethnique en soi. Ce n'est pas "l'ethnicité" qui est responsable des malheurs de l'Afrique mais le clientélisme, le népotisme et l'incompétence de l'élite qui dirige le continent. L'origine de bon nombre des conflits internes dont souffrent les Etats africains depuis leur indépendance réside dans l'exploitation pure et simple des différences ethniques par une élite cupide et avide de pouvoir, le plus souvent armée et encouragée en coulisses par des forces extérieures cherchant à capitaliser sur les ressources africaines ou à empêcher la naissance d'un leadership véritablement indépendant et nationaliste en Afrique. Les bouleverements que connaît actuellement le Zaïre, depuis les heurts ethniques qui ont entraîné l'éviction et l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961 jusqu'aux massacres intra-ethniques en cours dans la province du Shaba et ailleurs, en passant par la sécession du Katanga, sont le résultat immédiat d'une intervention extérieure associée aux plans d'une classe dirigeante kleptocratique et ne veillant qu'à ses propres intérêts. Un autre triste exemple de ce phénomène nous est fourni par la guerre civile absolument tragique qui a dévasté le Mozambique et l'Angola à l'instigation de forces étrangères bénéficiant de bonnes volontés locales en la personne de leaders politiques qui ne demandaient qu'à massacrer leurs propres populations dans une soif insatiable de pouvoir et de richesse...

En définitive, loin d'être la cause de l'instabilité actuelle de l'Afrique, le facteur ethnique pourrait, s'il était valablement géré, jouer un rôle déterminant dans l'indispensable réorganisation des nations africaines; il pourrait, en effet, assurer une véritable participation populaire aux prises de décisions politiques. Loin d'être archaïques et rétrogrades comme certains le prétendent, les racines ethniques et culturelles des peuples africains offrent une voie privilégiée de mobilisation de leur fidélité et de leur énergie en vue de l'édification des nations, à condition que la dimension ethnique de leur vie soit réellement intégrée à la structure de l'Etat. Ce dont l'Afrique a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'un refus de l'héritage social, culturel et historique des peuples qui la forment mais d'une intégration créatrice de ces éléments du passé - qui constituent une base extrêmement valable d'organisation sociale - dans les nouveaux projets d'édification des nations. Pour prospérer et progresser les nouveaux Etats africains devront être des fédérations de populations ayant part aux décisions qui forgent leur propre destinée, plutôt que des entités artificielles basées sur les limites stériles d'institutions n'ayant aucune racine en Afrique. Ainsi donc, dans la perspective de la mise en place de valeurs significatives et de la sauvegarde de l'héritage du passé, la dimension ethnique de la vie en Afrique reste un atout qui doit être reconnu et valablement exploité, et non arbitrairement rejeté.