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Polygamie : L’Islam traîné dans la boue par des musulmans


De nos jours, on constate que les détracteurs de l’Islam sont de plus en plus suivis par des musulmans « modernes » qui prétendent éveiller ou éduquer leurs frères et sœurs, alors qu’ils ne s’adressent qu’aux non musulmans à qui ils semblent dire : « Eux sont des sauvages. Moi, je pense comme vous. » Décernons la palme d’or à Ayaan Hirsi Ali, cette somalienne d’origine qui se proclame défenseuse des femmes musulmanes qu’elle veut sortir d’une forme de vie archaïque. Ah ! Comme elle est émouvante quand elle raconte les monstruosités qu’elle a subies en tant que femme parmi les musulmans ! Devenue députée en Hollande où elle dénigrait l’Islam sur les plateaux de télé, elle est allée jusqu’à déclarer que personne ne peut prier cinq fois par jour pendant plus d’une semaine, lançant ce défi à ses auditeurs conquis d’avance et ravis de voir une « musulmane » apporter de l’eau à leur moulin : « Essayez voir, vous n’y arriverez pas. C’est impossible, vous dis-je. » Elle a fait adopter un projet de loi pour réprimer l’excision. Bravo ! Puis, comme « gaalu dof du teer », elle a prôné l’interdiction de la circoncision. Là, nul n’a applaudi car les juifs seraient dans le lot des barbares.

Dans ses livres, elle s’attaque entre autres, aux mariages précoces, à la polygamie, au port du voile... Un beau jour, Allah a mis fin à la comédie, la presse révélant que pour obtenir le droit d’asile, elle s’était inventé un passé de martyre chez les adeptes d’« une religion hostile aux femmes »... N’empêche, elle a reçu à Paris le prix Simone de Beauvoir pour « son combat pour la liberté des femmes ». La polygamie est présentée comme une tare de l’Islam, un asservissement de la femme, une pratique d’un autre âge, quelque chose de répugnant et de méprisable. Des pourfendeurs l’accusent de créer des rivalités et jalousies sordides qui ne lui sont hélas pas spécifiques parce qu’ancrées dans nos mentalités et infestant la vie sociale à tous les niveaux. Même des collègues et voisins se font des coups bas, chacun se voulant au-dessus de l’autre.


Dans les familles polygames, avance-t-on, chaque femme fait tout pour avoir plus d’enfants que ses coépouses. Comment ça ? Nos grands-mères, à ce que je sache, n’avaient pas des recettes miracles. A chacune ses « nuits », et la nature appliquait ses lois. Polygamie ou pas, même résultat : des bébés jusqu’à la ménopause. J’ai ouï dire que la polygamie est cause d’émigration, chaque mère poussant son fils à prendre le chemin de l’Eldorado. Quelle mère ne voudrait pas que son fils réussisse ? Si elle est convaincue que l’Europe ou l’Amérique est la seule solution, que voulez-vous qu’elle lui dise ? Et l’émigration n’a-t-elle pas d’autres causes plus sérieuses ? La polygamie contribuerait aussi à nous maintenir dans le sous-développement. Elle a bon dos. Le sida faisant des ravages en Afrique, elle est encore pointée du doigt, comme si l’écrasante majorité des malades et des porteurs du virus ne se trouvaient pas chez ceux qui s’adonnent à l’homosexualité, la prostitution, la fornication et l’adultère. La critique tombe dans l’absurde quand on laisse croire que pour un polygame, « une nouvelle épouse, c’est moins cher qu’une bonne », présentant la femme comme une bête de somme. En tout cas, ce n’est pas le nombre d’épouses qui dispense le mari de payer une bonne. Par ailleurs, peut-on imputer à la polygamie le fait que nos femmes se décarcassent pour contribuer au fonctionnement du foyer qui repose en grande partie sur leurs épaules ?

Ça me fait tout drôle d’entendre des sœurs clamer : « La polygamie ? Jamais de la vie ! Ce n’est pas bon. Que Dieu nous en préserve ! » Ha ! Ha ! Ha ! Qui a permis la polygamie ? Est-ce Lui qui a dit que c’est mauvais ? Prenant leurs cas pour des généralités, elles affirment sans sourciller qu’aucune femme ne peut être heureuse en polygamie. Auraient-elles rechigné à faire partie de nos Mères, les épouses du Prophète (Psl) ? Etaient-elles malheureuses, ces proches de l’élu ? A travers la polygamie, c’est généralement l’Islam qui est visé. On en fait son apanage, or cette pratique a ses racines dans presque tous les peuples et aucune religion révélée ne l’interdit. Dans la sainte Bible, le premier homme qui prit deux femmes est Lémec (Genèse 4 : 19). Il était fils de Metuschaël, fils de Mehujaël, fils d’Irad, fils de Hénoc, fils de Caïn, fils aîné d’Adam et Eve. Il y a donc très longtemps de cela. Ibrahim, l’ami de Dieu, le père du monothéisme, et bon nombre de prophètes étaient polygames. Dans la Torah, il est interdit d’avoir en même temps deux sœurs comme épouses (dans le Coran aussi), mais le nombre de femmes n’est pas limité. Plus Tard, des rabbins interdiront la polygamie. Les chrétiens sont majoritairement monogames, mais ce sont des hommes de l’Eglise, et non l’Evangile, qui ont interdit la polygamie. Dans les livres sacrés de l’Inde, le père de Rama avait plusieurs épouses et Krishna était polygame. Des prêtres hindous limiteront le nombre de femmes à une.


L’Islam a permis la polygamie tout en lui fixant des conditions. Ne pas excéder le nombre de quatre épouses, pratiquer l’équité entre elles, être capable de les prendre en charge, elles et leurs enfants, ne pas les faire cohabiter dans la même maison sans leur accord. Une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse et la première femme a le droit de demander le divorce si elle ne veut pas de coépouse. « Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas faire d'injustice. » (Sourate 4, verset 3) Le Prophète (Psl) est le seul musulman à qui il fut permis d’avoir plus de quatre épouses. Personne d’autre que lui n’a ce droit. Il en eut onze. Deux d’entre elles moururent de son vivant et les neuf autres lui survécurent. Quand ce verset lui fut révélé, il avait déjà toutes ses femmes et il lui fut interdit d’en épouser d’autres. « Il ne t’est plus permis désormais de prendre d’autres femmes, ni de changer d’épouses, même si leur beauté te plaît. » (Sourate 33 : 52)


Pour ne pas hurler avec les loups, ne condamnons pas la polygamie permise par Dieu, mais le mauvais usage qu’on a fait. Au Sénégal par exemple, nous avons apparemment des réincarnations du fils d’Abdullah pour qui cinq épouses est un minimum. Des harems où l’on rivalise de jeunesse, de bijoux et de « xeesal ». Il y en a qui prennent plusieurs femmes juste pour donner une certaine image sociale. D’autres, tirant le diable par la queue, se permettent d’épouser plusieurs femmes et comptent sur la providence en se disant : « A chaque bouche que Dieu ouvre, Il donne sa pitance ». On en voit qui, après avoir vécu des décennies avec une épouse, lui amènent une « petite sœur » dont elle pourrait être la mère, voire la grand-mère, sachant qu’avec sa ribambelle de mômes, elle ne peut qu’accepter avec résignation. D’après les lois de la République, il faut, lors du premier mariage, choisir entre polygamie pleine (quatre épouses maximum), polygamie limitée (deux ou trois épouses) et monogamie. La femme doit donner son consentement. Le mari peut à tout moment revenir sur ce choix en diminuant le nombre, mais ne peut pas en rajouter. Résultat, ceux qui n’y songeaient même pas, sont tentés de signer polygamie pleine, au cas où. D’aucuns signent monogamie pour une raison ou pour une autre, et vont prendre une seconde épouse à la mosquée, parfois à l’insu de celle qui est à la maison. Qu’y peut la loi ? Le mariage civil n’étant pas obligatoire et n’emballant qu’une minorité, même ceux qui ont plus de quatre épouses ne sont pas inquiétés. Et signalons que dans certains pays « civilisés » que nous singeons si maladroitement, le mariage civil a été institué pour contrecarrer le mariage religieux et permet aujourd’hui d’officialiser des liaisons homosexuelles.


Le Prophète (Psl) a dit qu’à la fin des temps, « les hommes diminueront en nombre et les femmes augmenteront en nombre à un point tel qu'un homme sera en charge de cinquante femmes. » (Hadith rapporté par Bukhari) Il y a déjà dans le monde plus de femmes que d’hommes. Il y a aussi de plus en plus de femmes célibataires, ce qui signifie plus de tentations et plus de débauche, surtout quand la prostitution épouse toutes ses formes. C’est l’époque des copines et maitresses, ces objets sexuels jetables et remplaçables à souhait et dont les enfants ne connaissent pas toujours leur père. De plus en plus d’hommes n’ont pas les moyens de prendre une femme, et de plus en plus de femmes ne veulent pas de maris pauvres ni de coépouses, tandis que d’autres usent de toutes leurs armes pour être deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes, préférant la polygamie dans un minimum d’aisance à la monogamie dans l’indigence. Il y a aussi des femmes qui gagnent bien leur vie, mais à qui la polygamie ne pose aucun problème. Quoi qu’il en soit, n’oublions pas que Dieu n’avait accordé qu’une épouse à Adam. Le Christ ne fut pas marié. Le prophète Muhammad (Psl) fut monogame pendant les vingt-cinq années que dura son premier mariage, et ne prit d’autres épouses qu’après le décès de notre Mère Khadija.


Bathie Ngoye Thiam

Cameroun : un écrivain opposé au président Biya en prison
par Julie Owono · une traduction de Philippe Menkoue


Enoh Meyomesse, un écrivain et blogueur camerounais, a été arrêté le 22 novembre 2011, à l'aéroport International de Yaoundé-Nsimalen, au Cameroun, à son retour de Singapour.
Accusé de vol par le tribunal militaire de Bertoua, ville située à l'Est du pays, il est actuellement détenu à la prison centrale de Nkondengui à Yaoundé, qui selon un rapport d'Amnesty International, est un établissement pénitentiaire surpeuplé et où les conditions de vie des prisonniers sont extremement précaires.


L'arrestation et le maintien en détention d'Enoh Meyomesse, a suscité de nombreuses réactions au sein de la blogosphère camerounaise, d'autant que l'écrivain avait voulu se présenter à l'élection présidentielle d'octobre 2011 contre le président Paul Biya, sous l'étiquette du Front national uni. Biya est au pouvoir depusi un quart de siècle, et a été réélu pour la sixième fois.


Un complot politique contre Enoh Meyomesse ?

Un complot politique ? C'est ce que la journaliste Juliette Abandokwe affirme dans un article publié sur son blog intitulé « Cameroun : complot politique contre Enoh Meyomesse, dissident et penseur inflexible » . Elle écrit à ce propos : « L'illustre détracteur de la machine à terroriser du régime Biya, victime aujourd'hui d'un complot digne des années staliniennes les plus sombres, est accusé de “vol aggravé et de détention d'armes de combat”. C'est avec ce chef d'accusation inventé et orchestré de toutes pièces, que Meyomesse est présenté au public et à la presse en tant que “bandit de grand chemin”, en compagnie de ses soi-disant trois complices, dans un climat d'humiliation extrême. » Joël Didier Engo poursuit sur son blog : « Ce serait le gag de noël au Cameroun de Paul BIYA : “Enoh MEYOMESSE à la tête d'un gang de braqueurs d'or dans l'Est du Cameroun…” De quoi perdre la raison, y compris dans ce pays coutumier des campagnes publiques de délation et de lynchage, orchestrées en haut lieu contre tous les empêcheurs de tyranniser en rond. » Sur Facebook, l'écrivain Patrice Nganang publie régulièrement des photos et des nouvelles de son collègue emprisonné. Son profil personnel est devenu également un forum de discussion pour certains internautes camerounais. Ainsi, Amougou Herman par exemple, a commenté : « Je pense que ce qui se passe au Cameroun aujourdhui en politique, est le véritable problème qui mine les pays en voie de developpement de toujours penser que celui qui ne partage pas nos opinions est notre ennemi. Le problème devient d'autant plus grave lorsqu'on a en face une machine judiciaire corrompue qui ne fait pas son travail. »


Le témoignage d'Enoh Meyomesse

Meyomesse a pu rencontrer Jean-Bosco Talla, un journaliste du journal camerounais Germinal, qui lui a rendu visite à la prison de Nkondengui le 31 décembre 2011. Il raconte le déroulement de son arrestation : « À mon retour le 22 novembre 2011, si mes souvenirs sont exacts, dans le hall de l'aéroport international de Nsimalen, j'aperçois deux personnes qui brandissent une de mes photos (…). Je me dirige vers ces personnes pour chercher à savoir ce qui se passe et tenter de comprendre d'où leur vient ma photo. Soudain, l'une des personnes me fait savoir que je suis en état d'arrestation. C'est plus tard que j'apprends qu'il s'agissait du colonel Oumarou Ngalibou, commandant de la légion de gendarmerie de l'Est-Cameroun. Je suis conduit manu militari au secrétariat d'État à la défense (Sed) à Yaoundé où on me livre à deux enquêteurs pour exploitation. C'est au moment de l'interrogatoire, quand les enquêteurs me demandent de leur indiquer notre cache d'armes que j'apprends que je serais à la tête d'un gang de braqueurs et qu'en complicité avec des forces étrangères, nous serions en train de fomenter un coup d'État. (…) »


Il poursuit : « Le 21 décembre 2011, un gendarme vient nous demander de nous apprêter. Quand nous sortons de nos cellules, nous sommes surpris de nous retrouver au milieu d'un attroupement dans la cour de la légion de gendarmerie de l'Est à Bertoua. Une mise en scène destinée à nous présenter au public comme de vulgaires malfrats. Il se dit que presque toutes les autorités de la ville de Bertoua étaient présentes. Les populations, les journalistes, les photographes y étaient également. Menottés, ils ont donné à chacun de nous des papiers sur lesquels ils avaient pris soin d'écrire nos nom, âge et le soi-disant motif de notre arrestation (…) C'est après cette mise en scène que nous avons été transférés à Yaoundé. Le jeudi 22 décembre 2011, nous sommes passés brièvement devant le tribunal militaire qui a décidé de nous placer en garde-à-vue à la prison centrale de Kondengui. » Le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, a commenté cette affaire lors d'une conférence de presse en décembre dernier. Selon Cameroon Tribune (le quotidien national bilingue), le ministre a affirmé qu'Enoh Meyomesse a été cité par ses complices présumés dans un vol à main armé perpétré dans une mine au mois de Novembre : … « vu qu'il s'agit d'un vol à main armée, Enoh Meyomesse est mis à la disposition du tribunal militaire ». Une campagne de collecte de fonds a été lancée par Internet Sans Frontières en vue de rassembler des fonds nécessaires afin de pouvoir déléguer une équipe d'avocats internationaux qui feront en sorte qu'Enoh Meyomesse, puisse jouir de la défense juridique dont il a droit et bénéficier d'un procès équitable.



Un journaliste rwandais est abattu à Kampala, en Ouganda


D'après Human Rights Watch et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), les journalistes locaux affirment que Ingabire avait déjà été attaqué dans le passé, soit lorsque des inconnus se sont emparés de son ordinateur portable et l'ont prévenu de fermer son site web. Des espions rwandais sont fréquemment dépêchés au nord de la frontière pour suivre les adversaires politiques, ajoute Human Rights Watch.


Selon le HRNJ-Ouganda, la police enquête sur l'affaire et a interrogé un gardien de sécurité et un barman qui pourraient être impliqués dans le crime. La police a recouvré sur les lieux des douilles de mitraillette. "Il est malheureux que les attaques visant à faire taire les voix critiques dépassent les frontières du Rwanda, et que les tueurs restent inconnus", a déclaré Geoffrey Wokulira Ssebaggala, du HRNJ-Ouganda. Ingabire a quitté le Rwanda en 2007 pour fuir la persécution politique, et s'est rendu en Ouganda, indiquent ses collègues. Le gouvernement rwandais affirme cependant que Ingabire a été reconnu coupable de détournement de fonds et a évité la prison, selon ce que rapporte l'Institut international de la presse (IIP). Le HRNJ-Ouganda fait remarquer qu'il y a à peine un an et demi, un autre journaliste rwandais, Jean-Léonard Rugambage, a été assassiné dans des circonstances similaires. Le rédacteur en chef du tabloïd privé "Umuvugizi" a été abattu par un tireur inconnu à l'extérieur de son domicile de Kigali, en juin 2010. Ce dernier assassinat obéit à un modèle qui remonte loin, de dure répression des journalistes indépendants, des représentants de la société civile et des politiciens d'opposition au Rwanda, dit Human Rights Watch. En raison des échecs passés de la part du gouvernement ougandais, qui ne parvient pas à enquêter sur des meurtres de ce genre de manière transparente, le HRNJ-Ouganda prie le gouvernement de demander faire appel à Interpol. D'ailleurs, de nombreux incidents en Ouganda montrent que même si les officiels du gouvernement ne visent pas aussi impitoyablement les journalistes que le font leurs voisins du sud, l'animosité du gouvernement ougandais à l'égard de la liberté de la presse a mené à l'impunité dont profitent ceux qui tuent les journalistes. ARTICLE 19 fait remarquer qu'il y a eu plusieurs affaires de journalistes tués en Ouganda ces dernières années. De nombreux autres se sont fait tirer dessus et ont été blessés par les forces de sécurité au cours de la dernière année.


Leçon de dictature

par Kaderr


La notion de « dictature » stéréotypée est devenue à la mode dans le langage de la presse occidentale ces derniers jours. Et, presque tous les articles qui apparaissent en font un fond de commerce à tel point que seuls les écrits qui évoquent cette thématique se voient partir des étals comme des petits pains ; les autres ne s’achètent pas : c’est la règle du commerce !


La chute des dirigeants arabes a donné en effet du fil à retordre à la presse de l’autre rive. C’est la conjoncture qui le veut, c’est ainsi, il faut vivre avec son époque nous disent certains journalistes. Mais, cela ne va-t-il- pas sans dire que la situation en Occident est toute reluisante et que là-bas on ne peut parler de dictature. En passant en revue quelques systèmes occidentaux, on se rend compte que la dictature a bel et bien pris naissance chez eux et s’exerce même sous une forme mitigée. Rome, Constantinople gardent encore les stigmates du règne dictatorial. Sinon pourquoi le monde occidental rougit-il de ce passé sordide ? Marqué doublement par les conquêtes des pays faibles et la dilapidation des biens de ceux-ci, la plupart de ces conquêtes s’achevaient, presque tout le temps, dans des bains de sang. Heureusement qu’il y a eu, pour tourner cette page noire dans l’histoire de l’Occident, « les Droits de l’Homme » qui voient le jour en France, pays où ils sont déclarés.


Pourtant, les événements de la colonisation armée dans des pays tels que l’Algérie, le Vietnam, le Congo, le Zaïre… se sont trouvés en porte à faux par rapport aux idéaux défendus par cette déclaration historique. L’Afrique et une partie de l’Asie ont subi chacun son lot de flux sauvage qui a plongé les populations dans l’esclavage et l’asservissement. Ainsi, l’ordre était donné aux soldats de réprimer dans le sang et par le feu tout mouvement de protestation contre le régime colonial. Il y eut dans chaque pays un lourd tribut de sang : les morts se comptaient par milliers et on en a même fait des charniers et des fosses communes…et ce n’est ni de la dictature ni de la tyrannie ! Avec l’avènement des indépendances rien n’a changé pour les peuples, jadis colonisés si ce n’est que les rênes tenues par les colonisateurs ont été remises entre les mains des dirigeants qui continuent à servir leurs bourreaux d’hier. De ce fait, les pays se sont vu vidés de leurs richesses qui prenaient la route vers l’Occident et les peuples ont perdu, par là même, leurs identités, leurs dignités. Ces « néo colons » devenus alors puissants, exercent les mêmes formes de pouvoir ou plutôt d’oppression héritées par les années noires et continuent à brimer leurs peuples : expression muselée, salaires misérables, vie chère…A leur tour, ils sont devenus dictateurs. Ils ont bien appris la leçon !


Pour préserver leurs prestiges, ces enfants du régime colonial n’hésitent pas à sortir la matraque, les baïonnettes ou carrément les balles afin de mater les rébellions de leurs peuples, leurs sujets. Et s’ils ont les moyens, «l’argent du pétrole », ils essayent d’acheter la paix. C’est exactement ce qu’on reproche à Mobutu et peut-être à Khadafi mais pas au roi du Bahrayn et à celui de l’Arabie Saoudite et d’autres protégés encore que les colonnes de la presse n’évoquent qu’entre les lignes.



Comment assurer le financement de médias indépendants dans des pays fragiles?

par Jean-Pierre Husi


Les médias indépendants en zone de crise et dans les pays fragiles sont aujourd’hui eux-mêmes affaiblis. Par la crise économique, qui affecte leurs recettes publicitaires. Par les coupes budgétaires dont souffrent certains bailleurs internationaux. Dès lors, comment financer durablement la production et la diffusion d’informations utile et professionnelle dans des pays politiquement instables, et économiquement faibles?

La Fondation Hirondelle, une ONG suisse qui crée et soutient des médias en zones de crise a mis cette question au centre de ses préoccupations. Nous examinons ici quelques pistes de solutions, à partir de deux exemples concrets, pris dans deux pays parmi les plus pauvres du monde: La Radio Ndeke Luka, radio indépendante de couverture nationale, émettant en Centrafrique depuis 2000; et la Radio Rurale Munkû, membre d’un réseau de 51 radios communautaires, partenaires de Radio Okapi, la radio que la Fondation Hirondelle gère en RDC, en partenariat avec les Nations Unies.

Deux radios, deux modèles économiques

Radio Ndeke Luka (RNL), « c’est la radio des Centrafricains » dit Sonia Mackotoua, responsable de la régie publicitaire de cette radio. Seul média de couverture nationale en RCA, elle est la radio la plus écoutée et la plus crédible dans ce pays. Avec ses 50 collaborateurs et pigistes, ses programmes en français et sango, elle est agréée depuis 2009 comme radio centrafricaine sous l’aile d’une Fondation Ndeke Luka. La Fondation Hirondelle, qui en assure la gestion, y a lancé des activités de régie publicitaire pour contribuer à son autofinancement et assurer sa pérennisation. RNL est financée en outre par des bailleurs internationaux, dont la Commission européenne et la Suisse. Son budget mensuel est de l’ordre de 60 000€.

Radio Rurale Munkû est basée à Mbankana, village à 150 km de Kinshasa. Née en 2004 d’un partenariat entre le gouvernement congolais et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), cette radio couvre une population rurale de 100’000 habitants. Ses programmes font une large place à l’agriculture, l’éducation, la pisciculture et l’élevage. Elle emploie 8 agents permanents et 6 pigistes. Son budget mensuel est de 850 €. Il est insuffisant pour résoudre le problème d’alimentation électrique de la radio –le plus gros souci de son directeur, Bob Yala–, pour renouveler les équipements, ou encore payer des salaires incitatifs à ses collaborateurs.

Malgré son budget beaucoup plus important, Radio Ndeke Luka est encore en phase de consolidation financière. Elle couvrira cette année 20% de son budget par la publicité (communiqués, spots, messages institutionnels et un peu de sponsoring). Cette part peut augmenter car pour Sonia Mackotoua, « RNL est la seule radio centrafricaine qui soit professionnelle et qui assure un bon monitoring des diffusions publicitaires ». On estime qu’à moyen terme, la publicité pourrait couvrir 50% du budget, pour autant que l’économie se développe, et que le marché de la publicité se professionnalise, deux conditions à une hausse des tarifs publicitaires. Le site internet de la radio (www.radiondekeluka.net), avec 40 000 visites par mois, ne ramènera guère plus de quelques centaines d’€uros par mois. Comment générer le reste, près de 30 000 € par mois, et pallier le désengagement prévisible, à moyen terme, des donateurs? Quelques solutions se dessinent pour Radio Ndeke Luka.

De nouvelles pistes pour générer des revenus

Les activités connexes à celles de la radio, telles l’organisation de concerts, la production de musiciens locaux, l’événementiel ou encore gestion de cafés internet présentent un réel potentiel dans la mesure où le marché centrafricain reste vierge dans ces secteurs. Mais ces activités ont leurs contraintes, notamment la faiblesse de l’économie, la difficulté pour les ONG de réunir la mise de fonds initiale et la rareté des compétences requises sur le marché local de l’emploi. Au total, ces activités pourraient ramener quelques dizaines milliers d’euros par an.

L’investissement immobilier présente aussi un réel intérêt pour RNL. En effet, dans les pays où la Fondation Hirondelle travaille, les loyers sont élevés alors que les prix de l’immobilier restent comparativement modestes, ce qui permet d’amortir l’objet immobilier en 7 à 10 ans. L’idée est de doter la Fondation Ndeke Luka d’un immeuble de rente, pour y loger sa radio et générer des revenus locatifs. La difficulté à lever est celle du financement de l’investissement; il doit en effet passer par d’autres canaux que celui des financements publics, qui en règle générale ne peuvent être investis dans la pierre.

Radio Munkû couvre respectivement 50% de son budget par des co-productions, financées par des ONG locales, et 30% par la diffusion de communiqués et de spots publicitaires. Le solde de son financement est couvert par des ONG locales, par des activités agricoles et par la diffusion de programmes éducatifs. Le développement d’autres activités rencontre une contrainte majeure: les coûts du crédit, quand les taux d’intérêt pratiqués sont de 4% par mois.

La Fondation Hirondelle appuie Radio Munkû depuis 4 ans, par des formations en génération de revenus et par des activités de régie. Par ses contacts à Kinshasa, la Fondation Hirondelle permet en effet à Radio Munkû et à ses autres radios partenaires d’accéder au marché de la diffusion de messages institutionnels. Le potentiel de ce marché est important car les radios communautaires congolaises constituent collectivement une offre unique pour atteindre la population rurale congolaise, dispersée sur un pays grand comme l’Europe. La diffusion de messages institutionnels, en particulier en matière de santé, pourrait permettre à terme à Radio Munkû d’assurer sa durabilité financière, de développer ses programmes, sans perdre son indépendance rédactionnelle. En outre, en lui facilitant l’accès au crédit, on lui permettrait de diversifier ses sources de revenus, par des activités agricoles ou de transport.

Un travail de longue haleine

L’expérience de la Fondation Hirondelle, tant en Centrafrique qu’au Congo, montre que la mise en place d’activités génératrices de revenus prendra des années et que dans ce domaine, il n’y a pas de solutions toutes faites. Générer 1000 € par mois dans un village congolais constitue un défi majeur qu’une radio communautaire n’arrive pas à relever seule. Alors quelles mesures mettre en place? D’une part, encourager les bailleurs de fonds internationaux à maintenir leur aide aux médias indépendants en zones de crise. Leur financement est crucial tant que les pays fragiles ne décollent pas économiquement. Il constitue en outre un rempart contre les velléités de contrôle des pouvoirs locaux, dans les pays fragiles.

D’autre part, sensibiliser les ONG internationales de développement sur la nécessité de prévoir des lignes budgétaires spécifiques pour financer la diffusion des messages institutionnels par des radios d’information indépendantes comme RNL ou par des radios communautaires. Ce faisant, elles contribueraient à assurer la viabilité des médias indépendants et la pluralité des sources d’information dans les pays fragiles. Pour Bob Yala, « ces ONG aideraient par là à pérenniser leurs propres activités de développement, car les radios communautaires sont un outil efficace pour mobiliser les communautés ». Quant à la Fondation Hirondelle, elle poursuivra avec obstination le développement de ses activités génératrices de revenus , un travail de longue haleine qui passe par la formation des radios partenaires, par la publicité, par l’immobilier, et par des activités connexes à son métier de base, la radio.






polémique

L'Afrique face à son futur


Cette image est un édifice institutionnel en Afrique et la facture pour réaliser un tel chef d'oeuvre pourrait servir à construire des hopitaux-universitaires et bien plus. Les Africains se représentent généralement leur sous-développement comme le produit des manigances et de la malveillance des puissances extérieures déterminées à les maintenir dans un état de sujétion depuis quatre siècles. Pour preuve les explications qu'ils donnent de ce qu'il faut nommer le naufrage économique de leur continent : étranglement par la dette, détérioration des termes de l'échange, diminution de l'aide extérieure... Un discours bien pratique – le fameux complot néocolonialiste permet aux africains d'occulter leurs propres responsabilités. Quand bien même l'Afrique disposerait de milliers de dollars, le développement n'aurait aucune chance de s'y amorcer. Car les Africains font exactement tout ce qu'il faut pour que rien ne marche. Ils refusent la méthode, l'organisation. Ils gaspillent tout ce qui pourrait fonctionner normalement au profit du plus grand nombre. Ils détestent la cohérence, la transparence, la rigueur.

En 2011, beaucoup d'Africains restent encore persuadés que le développement, c'est " la chose des blancs " et que la technologie moderne est une nouvelle forme de domination coloniale. Ils ne réalisent pas que l'occident aujourd'hui, c'est non seulement l'Europe, mais aussi le Brésil, le Japon et Hong-Kong... Pour eux, le seul vrai problème est qu'ils ont été colonisés à cause de la couleur de leur peau. Verdict : l'Afrique ne sortira de cette impasse qu'au prix d'une révolution qui lui permettra de purger une fois pour toute la honte de la traite et de la colonisation. L'erreur fondamentale est de continuer à poser en effet le problème en termes moraux. Toutes les entreprises coloniales, tous les empires sont fondés sur la domination et la spoliation. La bestialité n'est pas l'apanage des blancs. Les hauts faits historiques des Samory, Chaka et autres expansionnistes africains ne sont-ils pas avant tout des massacres en règle ? Il faut donc commencer par "démocratiser le débat". Et d'abord admettre que la traitre négrière et la colonisation ont été rendues possibles par l'existence de l'esclavage dans de nombreuses sociétés africaines. Ainsi le refus du développement passe par le refus de voir les choses en face et d'assumer ses propres responsabilités au regard de l'histoire.

Autre aspect de leur pétrification mentale, la certitude des Africains que la renaissance de leur culture antécoloniale est la condition préalable de leur développement. Le reste du monde n'ignore plus que le développement est fait d'emprunts aux réalisations des autres sociétés. Eux s'obstinent à supplier les autres de reconnaître leurs"valeurs de civilisation". Aujourd'hui plus que jamais, les échanges entre peuples sont d'abord économiques et les termes de l'échange sont définis par le poids technique et scientifique des différents partenaires. Qui penser un instant que les japonais tiennent la dragée haute aux Américains parce qu'ils ont su leur faire apprécier la richesse de leurs traditions ? Les négociations portent sur l'intelligence artificielle ou le cours du yen mais certainement pas sur le droit d'identité culturelle.

Demosthene Jacob

Quand Tintin au Congo fâche un Congolais


L’ESSENTIEL : la polémique enfle en Belgique à la suite de la demande, par un belge d’origine congolaise, de censurer la BD Tintin au Congo pour son caractère raciste. LE CONTEXTE : la communauté noire, ou ses sympathisants, marque son incompréhension à voir toujours la BD Tintin au Congo en promotion, dans une société qui voit ses mentalités évoluer et qui ne demande pas mieux que la paix entre ses populations. L’ENJEU : la censure apporterait-elle une réponse à l’équilibre, à la paix recherchée ou ne ferait-elle que reculer la liberté d’expression chèrement acquise et le dialogue des cultures susceptibles d’apaiser les esprits ? Décryptage.

En 2007, le comptable belge originaire du Congo-Kinshasa, Bienvenu Mondondo portait plainte, devant les instances judiciaires belges, pour dénoncer le caractère raciste de l’album « TINTIN AU CONGO », publié en 1930-1931. Il souhaitait que soit retiré et de la vente et des bibliothèques l’objet du délit, conformément aux lois belges qui répriment le racisme. Sans réponses des autorités belges, le plaignant se tournait, en 2009, vers les autorités françaises afin d’examiner les voies légales à cette censure. Dans l’attente des décisions française et belge, cette plainte trouvait des échos favorables, en Grande-bretagne, au sein de la commission pour l’égalité des races : elle demandait le retrait de l’album, jugé raciste. La bibliothèque municipale de Brooklyn est allée plus loin, retirant de ses rayons la BD TINTIN AU CONGO. La chaine de librairies Borders en Angleterre et aux U.S.A. ont emboîté le pas, prévoyant de placer cet épisode des aventures de Tintin dans les lectures pour adultes. L’éditeur sud-africain Human et Rousseau a renoncé, lui, à la traduction de l’oeuvre en afrikaans. La polémique, quant à elle, court dans les médias, à défaut d’être relayée, en Europe, dans quelques cafés de commerce fréquentés par la diaspora africaine.

Si polémique il y a, c’est parce que le texte incriminé n’est pas n’importe quel texte. Il touche les fondements de l’humain : la dignité de l’identité. Et ce, dans le contexte de mondialisation, où chaque individu, chaque collectivité veut voir respecté son rapport à soi et à l’autre ; faire valoir l’altérité dans la multitude des identités qui peuplent la planète. Il est devenu courant que des quidams rendent coupables, sous forme d’invectives, toutes celles et tous ceux qui malmènent leur identité ethnique. A ce titre, l’auteur de Tintin au Congo, feu Hergé pour ne pas le citer, serait coupable d’avoir touché à l’identité ethnique congolaise. D’avoir humilié les Congolais dans leur chair et fierté. Il aurait véhiculé, par le biais de sa BD, des images et des dialogues aux connotations racistes, paternalistes et colonialistes. La sentence proposée est des plus classiques : la censure, pour les plus radicaux, ou le droit de rectification, pour les modérés.


S’il y a polémique, c’est parce que les faits incriminés reposent sur des faits établis. Oui, Tintin au Congo reflète la perception qu’avaient les colons belges, à l’époque de la colonisation, des Congolais. La BD fait ressembler les Congolais à des singes, avec des grosses lèvres; elle les fait passer pour des personnages simples d’esprit. Voici que cohabitent, dans le livre, Tintin le reporter en homme audacieux, qui brave tous les dangers ; Milou, le chien, qui se voit doté d’un don de parole que des illuminés ou naïfs personnages noirs n’ont pas. Ces derniers, aux traits forcés, se contentant d’une approximation de langage, d’un français assaisonné aux saveurs locales. Ironie facile ou attitude s’inscrivant dans une démarche de mépris, de propagation des idées racistes ? Certes, Hergé aurait été un négrophobe aux préjugés racistes d’une petite Belgique colonialiste, dans une grande Europe sacrifiée à l’hôtel du nazisme. Mais, il convient de relativiser : ces images et la vulgarité de leur langage ont été créées à une époque où le Congolais ne savait ni lire ni écrire. Une époque où il ne pouvait pas s’imprégner de leur gravité. Autrement dit, estiment des esprits belges malins, elles n’étaient pas faites pour blesser le Congolais. Elles étaient faites dans une réalité pétrie d’hypocrisie. Mais, si tel était le cas, pourquoi continuer à diffuser, à véhiculer le message de cet album, une cinquantaine d’années après la colonisation belge au Congo ? Peut-on parler de prescription en ce qui concerne la bêtise humaine, l’intolérance, le racisme ?

S’il y a polémique, c’est pour mettre en lumière la problématique de la pratique de la censure. Elle serait souhaitée, on le sait, par quelques esprits partisans, qui veulent en découdre avec un passé indigne, réclamer réparation ou réhabilitation de l’image des Noirs. Ils incriminent le racisme par souci de dignité humaine. Ils s’appuient sur l’émotion et, paradoxalement, sur la pluralité des opinions, dans une société occidentale qui porte les valeurs d’une tradition à sauvegarder, quoiqu’il en coûte, celle de la démocratie. En face d’eux, celles et ceux qui font l’apologie de la liberté d’expression; celles ou ceux qui font l’apologie du racisme, par conviction ou mauvaise foi. Comment les départager ?


Avantage à la sagesse humaine que nous considérons sous trois angles distincts. En premier lieu, les métaphores employées dans les BD d’Hergé reflétaient la perception d’une époque, les années 1930. Elles ne doivent rester que la trace de cette époque, pendant laquelle la colonisation profitait de la situation de faiblesse de l’Afrique. Occasion bénie de désarticuler tout ce qui définissait l’essence du continent noir pour mieux la piller (la création des infrastructures routières l’était en fonction du littoral le plus proche, pour privilégier non pas les échanges à l’intérieur du continent, mais les échanges entre les colonies, nombreuses en Afrique, et la métropole ); pour s’adjuger le rôle des acteurs de la civilisation et pousser les populations indigènes à se détourner de leurs valeurs culturelles (désarticuler les cultures africaines pour mieux régner). Deuxièmement, le fait de demander le retrait de la BD des rayons des bibliothèques ou des librairies en Europe ne sert pas la cause des Africains. Au contraire. Cela aguiche des appétits. Engendre des mystères où ils n’ont pas lieu d’exister. Un appel d’air pour les curieux, susceptible d’entretenir des frustrations individuelles ou collectives; des ruptures entre les communautés des populations en présence. Un parallèle direct peut être fait ici avec l’affaire des caricatures du Mahomet, à l’origine, en Europe, des prises de position violentes; des versions déformées sur la vie de Mahomet; des manipulations et autres confusions entre le réel et la caricature.


Enfin, être partisan de la liberté d’expression, dans tous les sens, est un impératif dans la progression de l’humanité. C’est un devoir, un droit de laisser le libre choix de lecture à tout un chacun; le libre choix de juger, de tirer la conclusion de ce qui est bon ou mal; offensant ou pas. Il s’agit de ne pas insulter l’intelligence, le libre arbitre des hommes à faire la part des choses; de ne pas stériliser la pensée, de ne pas étriquer l’esprit; de ne pas l’enfermer dans un carcan qui l’empêcherait de sortir de l’ignorance. Il s’agit de ne pas cacher une partie de notre inhumanité, de faire face à la dure réalité de la vie, d’en tirer des leçons, de nous corriger. Finalement, le libre choix de prendre conscience de l’inhumanité de l’homme à toutes les époques de l’histoire du monde.


Le travail de tout organisme favorable à cette censure n’est pas de mettre les feux aux poudres, de jouer les procureurs, d’être, à tout prix, une obsession anti-raciste. Son rôle est de privilégier le dialogue, de mettre en place des instruments pour expliquer, exposer. En définitive, cette question ne relève pas du travail de la justice. C’est aux historiens qu’il importe de faire la lumière sur les rapports précis de cette idéologie pendant la période de la colonisation. La démarche de la maison Casterman, éditrice de Tintin au Congo n’est pas vaine. Elle croit savoir qu’une interdiction impliquerait le retrait d’autres livres datant de l’époque coloniale. Cela fait plusieurs mois qu’elle aurait réclamé à Moulinsart -la société qui gère les droits d’Hergé- la rédaction d’un préambule dans cet album afin d’expliquer aux plus jeunes son contexte historique.


Cikuru Batumike

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