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Paradis fiscaux
Des blanchisseries d'argent sale, provenant de tous les trafics !
Souvenez-vous des discours grandiloquents, logorrhéiques que tenaient les responsables politiques dans les années 2008/2009, suite à la première crise financière, lors des G 8 et G 20. De leurs postures outrées à souhait, face à l'ampleur des scandales financiers inhérents à la spéculation, qu'ils semblaient découvrir soudainement. Souvenez-vous de ces milliards qu'il leur a fallu trouver dans l'urgence pour renflouer des banques véreuses. Et de leurs promesses grand-guignolesques de moraliser le système, en s'attaquant aux gros fraudeurs et aux paradis fiscaux, ces blanchisseries d'argent sale, provenant de tous les trafics.
Qu'en est-il exactement à l'heure actuelle ? S'il est exact qu'une trentaine d'accords pour la forme, ont été signés avec des pays jugés jusqu'alors comme étant " non coopératifs " il ressort à l'évidence que ceux-ci n'ont pas, ou peu été respectés. D'après Mr. Vincent Drezet, secrétaire national du SNUI (Syndicat national unifié des impôts) qui déplore la suppression de près de 24.000 emplois dans l'administration fiscale, sur une période de dix ans (2002/2012) la mise à jour de la liste des paradis fiscaux devrait être une priorité absolue, sachant qu'elle ne compte guère plus d'une dizaine de noms présentement, et n'intègre pas les pays demeurés " non coopératifs ". Toujours selon lui, la fraude est estimée entre 42 et 51 milliards par an. Une somme importante, mais qui d'après nous, est très en dessous de la réalité.
Dans les pays du Sud, l'évasion fiscale, dont sont responsables les multinationales et les trusts divers, est de l'ordre de 130 à 135 milliards d'euros. Les premières victimes de ce manque à gagner en recettes, en sont naturellement les populations, notamment celles issues des basses et moyennes couches sociales. Les bénéficiaires étant les potentats et leur famille élargie, ainsi que leur environnement de ministres crapuleux, de militaires de haut rang, qui sont de toutes les sorties officielles et sur toutes les photos, la poitrine encombrée de boites de sardines qu'ils appellent des décorations, de directeurs de sociétés soumis aux forestiers, aux céréaliers, aux entreprises minières, et aux patrons de bateaux-poubelles, qui vidangent leurs boues toxiques sur les rivages.
Pour mettre un terme à ces pratiques mafieuses, à ces détournements d'argent massifs scandaleux, à ces pots-de-vin, il faudrait qu'au niveau international, des accords contraignants soient enfin signés (et surtout appliqués) obligeant à la plus grande transparence, pays par pays, dans les comptes des multinationales. Seule façon de connaitre et contrôler l'activité réelle de celles-ci, en détectant aussitôt toutes dissimulations avérées, à des fins d'évasion fiscale.
Pendant que ces potentats, ces roitelets s'achètent des résidences luxueuses en France, en Suisse, en Europe ou ailleurs, dépensant sans compter pour payer les meilleures études à leur nombreuse progéniture, des centaines de milliers d'enfants dans ces pays, vêtus de haillons, ne peuvent se nourrir correctement, marchent pieds nus, sont privés de scolarité et de suivi médical par cause de pauvreté, et se voient obligés de travailler ou de mendier, dès l'âge de 6 à 7 ans. Pointer du doigt les corrompus ne doit pas nous faire oublier " les corrupteurs " ces voyous en col blanc qui gravitent dans les sphères de la finance, de l'économie, de la politique, dont on nous disait depuis tant d'années " qu'ils étaient irréprochables et éminemment respectables ". Le problème étant que mis-à-part les scandales, que tire depuis cinq ans derrière elle, dans des wagons délabrés, la poussive locomotive gouvernementale, s'ajoute à présent celui de la Françafrique, qui tel un fantôme hideux, ressurgit en vomissant ses crachats pulmonaires sur la politique de notre pays, et sur tous ses présidents successifs, du général de Gaulle, instigateur du système, avec Foccart son maître d'œuvre, en passant par Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac.
Un système que l'on pouvait comprendre dans la période 1960/1980, dans le cadre de l'affrontement idéologique et militaro-stratégique Est-Ouest, où il s'agissait pour les occidentaux de garder la main sur les Etats africains, nouvellement indépendants, dont les forces armées dérisoires à l'époque, n'auraient pas pu contrer l'infiltration soviéto-cubaine, qui visait à encercler l'Europe par le Moyen-Orient et l'Afrique. Mais dès la chute du mur de Berlin en 1989, suivi par l'effondrement de l'URSS en 1991, cette politique aurait dû cesser. Ce qui n'a pas été le cas. Sous Mitterrand et Chirac, les ministres qui voulaient y mettre un terme ont été évincés. Et sous l'actuel président, on se souvient qu'il en a été de même de Jean-Marie Bockel, pour la même raison.
Le nouvel homme fort ivoirien, Alassane Ouattara, reçu en grande pompe à l'Elysée le 26/01, n'a à l'évidence, ni l'intention, ni les moyens de claquer la porte de la Françafrique, ce qu'envisageait de faire son prédécesseur Laurent Gbagbo, déféré depuis devant la Cour pénale internationale. Installé au palais présidentiel, grâce à l'intervention sous mandat de l'ONU, des militaires français appuyés par les blindés, le nouveau président, dont les troupes nordistes en marche sur Abidjan, ont été accusées " de multiples massacres et d'exactions contre des civils " par de nombreux observateurs étrangers, s'est fendu de remerciements et autres génuflexions, se sachant à tel point redevable, jusqu'à accepter de signer un nouvel accord de défense avec notre pays, tandis que le Chef de l'Etat déclarait avec emphase " La France est à vos côtés, mais l'armée française n'a pas vocation à s'ingérer ni de près, ni de loin, dans les affaires de la Côte d'Ivoire. Cette période est définitivement révolue ". Dont acte ! Auquel cas cet accord de défense n'a aucun sens, si ce n'est de maintenir sous tutelle, un Etat indépendant depuis 1960, disposant pour garantir ses frontières, de sa propre armée. La présence permanente de troupes françaises en C.I, ne peut s'expliquer autrement.
Debout enfants de la patrie, l'heure du noir est arrivée, l'arabica est un pays qui nous fait du bon café. (Anonymous) La continuité de cette politique, signe aujourd'hui de façon magistrale la déchéance de la morale d'Etat, alors précisément que ceux qui le dirigent, à commencer par le premier d'entre eux, se drapent d'intégrité de respectabilité et de moralité. C'est vouloir bien vite passer l'éponge, sur toute une flopée de sales affaires, qui au fil des ans, n'ont pas cessé d'empuantir la République, jusqu'à la pousser à la déliquescence. Pour faire court, du dossier Elf, jusqu'à Clearstream, en passant par les frégates de Taïwan, celles d'Arabie Saoudite (Sawari II) ou le trafic d'armes de l'Angolagate, jusqu'aux rétro-commissions liées à la vente de sous-marins Agosta au Pakistan, ainsi qu'à l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 qui devait couter la vie à 11 de nos compatriotes. A ce propos, un rapport de la police luxembourgeoise à l'époque, précisait d'ailleurs que " de l'argent émanant de rétro-commissions était viré vers la France pour financer des campagnes électorales ". Nous sommes en début 2012, et depuis 10 ans sous prétexte de " secret-défense " totalement incompréhensible sur un tel dossier, les familles endeuillées attendent toujours de savoir pour quelle raison, la mort s'est abattue sur l'un des leurs. Mr. Jacques Robert, âgé aujourd'hui de 83 ans, professeur de droit, président honoraire de l'Université Panthéon-Assas, ex-membre du Conseil constitutionnel, a expliqué lors d'un entretien à la presse, que les comptes de la campagne présidentielle du candidat Edouard Balladur, en 1995, accusaient une somme de 10 millions de francs de recettes d'origine inconnue. Etant de ce fait irréguliers ! D'autant que le candidat en question, n'a jamais répondu aux demandes d'explications, que lui posaient les trois conseillers rapporteurs à ce sujet. Roland Dumas, président du Conseil à l'époque aurait alors estimé " que nos compatriotes n'auraient pas compris qu'on annule l'élection présidentielle " et aurait ainsi persuadé les rapporteurs de revoir leur copie, jusqu'à présenter des comptes équilibrés, à 1 franc près. Le juge Van Ryumbeke, qui est en charge du dossier, enquête afin de déterminer si des commissions versées en marge de contrats d'armements passés en 1994, ont donné lieu à des rétro-commissions qui auraient permis de financer, en partie, et illégalement la campagne présidentielle du candidat Balladur. Et si celui-ci en a profité pour s'enrichir personnellement. Robert Bourgui, ce franco-sénégalais, n'a pas apporté à notre connaissance, de preuves formelles quant aux diverses sommes transférées, dans le cadre du fonctionnement occulte de la Françafrique, qui auraient permis d'en définir l'ampleur sur plusieurs décennies. Mais tous ceux qui depuis des années, travaillent sur ce dossier, connaissant bien ce continent, et étant en contact avec de nombreux africains, ayant été dans le temps à des degrés divers, plus ou moins proches des gouvernements concernés, savent que ses affirmations sonnent vrai, et que des mallettes d'argent en provenance d'Afrique, ont bien circulé pendant des décennies au plus haut de l'Etat.
Car de l'argent, il y en a beaucoup dans les palais africains, récolté sur la sueur, le travail des plus pauvres, qui n'ont droit qu'à des miettes, recolonisés économiquement tout à la fois par leurs dirigeants, et par les multinationales. Un exemple parmi d'autres. Félix Houphouët-Boigny, président de la Côte d'Ivoire de 1960 jusqu'à sa mort, que l'on surnommait respectueusement " le vieux sage " a laissé à ses ayants droits, l'une des plus formidables fortunes d'Afrique noire. 3.500 milliards de francs CFA. Une grande partie de ces sommes considérables transitent par des paradis fiscaux. On l'a vu lors du scandale de " l'Angolagate " ce trafic d'armes russes à destination de l'Angola, s'étant étalé sur la période de fin 1993 à 1997, dans lequel ont été impliqués chez nous des personnalités politiques de premier plan, " se voulant depuis toujours de l'élite, et très respectables ". L'enquête menée à l'époque par le juge Philippe Courroye, a démontré que cet argent, masqué derrière des sociétés écrans, dissimulé à l'Administration fiscale, et destiné aux bénéficiaires de ce trafic, avait été viré sur des comptes en Suisse, au Luxembourg, en Mauritanie et au Panama. Dès lors, vouloir s'attaquer aux blanchisseries d'argent sale, ce que prétendaient faire en 2008/2009 les responsables d'Etats européens, sans reprendre le contrôle, au moins partiellement des banques, est totalement illusoire pour ne pas dire grotesque. Car les vagues de privatisations, au nom d'un libéralisme débridé, ont conduit au désengagement quasi-total des politiques, ayant abandonné tous pouvoirs aux économistes, aux financiers véreux et aux spéculateurs. Les paradis fiscaux, sont la marque d'un système agonisant, devenu totalement ingérable et crapuleux, gangrené par la finance sauvage, aux profits d'une voyoucratie internationale, qui tout en pillant les richesses des pays pauvres, sape les fondements mêmes des structures démocratiques dans les pays riches, par le biais d'une corruption omniprésente aujourd'hui à tous les niveaux. Alors que les scandales succèdent aux scandales, les écrans de fumée derrière lesquels se dissimulent ces malfaiteurs, sont si denses et leurs réseaux si puissants, que bien peu d'entre eux sont finalement inculpés. Et lorsqu'ils sont condamnés, c'est généralement à des peines de sursis et à des amendes plus ou moins lourdes, mais très rarement à de la prison ferme.
L'évasion fiscale n'est pas que le fait des divers trusts interlopes ou des multinationales, elle n'en est qu'une partie, au même titre d'ailleurs que la fraude intentionnelle de particuliers (chanteurs, sportifs de haut niveau etc..).Dans les paradis fiscaux transitent des sommes gigantesques provenant d'une économie parallèle et criminelle, qu'il s'agisse de trafics de drogue, d'armes, de fausse monnaie, de faux papiers, de cigarettes, du marché aujourd'hui mondialisé de la prostitution, ainsi que des filières de traite humaine, utilisant des adultes handicapés et de très jeunes enfants, à des fins de mendicité publique ou de vols à la tire. Mais aussi de divers hold-up, de l'immigration clandestine, sans oublier les jeux, les faillites frauduleuses de sociétés, les liquidations judiciaires pas très nettes, ainsi que les bénéfices faramineux dégagés par un marché de la contrefaçon en pleine expansion, qui va du tee-shirt de marque jusqu'à divers médicaments, en passant par les parfums, les sacs, les foulards, les articles de sport, anoraks, lunettes, chaussures et autres, dans lesquels certains Etats voyous comme la Chine, se sont spécialisés depuis fort longtemps, bénéficiant d'une incroyable bienveillance de la part des gouvernements occidentaux. Pour preuve, alors que des milliers de containers en provenance de ce pays sont débarqués chaque jour sur les ports, le manque chronique de douaniers fait que les contrôles restent aléatoires, ridiculement insuffisants. Lorsqu'on sait qu'en matière de médicaments, la contrefaçon est de l'ordre de 10% du marché mondial, on imagine les milliards, que cela représente annuellement en manque à gagner, pour les économies occidentales. Il est évident que ce ne sont pas les serviteurs obséquieux du néocapitalisme à la sauce Reagan Thatcher, qui vont s'attaquer aux paradis fiscaux, puisque ce sont eux précisément, qui ont abandonné tous pouvoirs aux banquiers véreux, aux spéculateurs, aux multinationales, aux financiers cosmopolites. Ce ne sont pas ces mêmes serviteurs obséquieux, qui vont moraliser quoi que ce soit, alors que depuis 2008/2009, ils ne font que tenter de rabibocher à coups de milliards, par le biais de mesures d'austérité de plus en plus insupportables pour les plus pauvres, un système inique, qui fabrique la précarité, le chômage de masse, l'exclusion, méprise et saccage partie de sa jeunesse. Chacun doit prendre conscience aujourd'hui, que l'avenir de notre pays, de l'Europe, de la planète, dépend d'un changement radical de l'ordre du monde.
Jean-Claude BOZ
Le phénomène des enfants de la rue à Kinshasa
Ils seraient la principale cause de l’insécurité dans la ville de Kinshasa. Ils sont le produit de la défaillance de l’État ou de la politique familiale, quand ce ne sont que des produits de la guerre civile qui endeuille, d’une façon cyclique, la RD Congo. Cela fait des années que les ONG des droits de l’homme et de l’enfant montent au créneau pour fustiger l’apathie de l’autorité à l’égard de ces enfants. Sans un résultat palpable. Filles et garçons confondus, ils sont des dizaines de milliers d’enfants de la rue à Kinshasa. Depuis que le phénomène existe, les premières générations d’enfants de la rue se sont mises à procréer, à leur tour. Leur âge oscille entre 4 et 18 ans. Les enfants de la rue est une des plaies de la dictature mobutiste dont a hérité l’actuel président Joseph Kabila. Tout le long de son règne, le régime Mobutu ne s’est pas donné les moyens d’installer une politique familiale digne de ce nom, moins encore des structures appropriées pour sa jeunesse en terme d’éducation et d’avenir.
Une aubaine financière
Les enfants de la rue, sont la preuve de l’existence des oubliés de la politique sociale mobutiste sur toute l’étendue de la république. En effet, la présence de ces marginaux sociaux ne se limite pas à la seule ville de Kinshasa. Elle s’enregistre dans certaines grandes villes de la RD Congo frappées par la pauvreté. La ville de Kinshasa en détient la palme d’or, pour autant qu’elle est la plus visible et la plus remuante. Les « shégués » ont des histoires qui se ressemblent. Nombre d’entre eux sont la traduction de l’échec scolaire, des familles à problèmes, de la défaillance des parents et de l’État ou du poids des traditions. En effet, d’aucuns sont issus d’unions libres ou de couples divorcés. Ils se retrouvent dans la rue parce qu’ils sont rejetés par leurs familles qui les accusent de sorcellerie. Il arrive que le public assiste à des scènes banales dans des quartiers de la ville de Kinshasa, où ont lieu des séances susceptibles de désensorceller des enfants accusés d’être hantés par des mauvais esprits. Des émissions de télévision vont jusqu’à faire l’apologie de la sorcellerie. Engagés dans des sectes, les propriétaires de ces chaînes ont trouvé en ce phénomène une aubaine financière.
Acteurs, complices et victimes
Les « Shégués » mènent un quotidien dur caractérisé par leur exposition permanente aux intempéries et à toutes formes d’actes délictueux. Vie misérable indescriptible que celle de ces jeunes gens qu’on croise, de jour comme de nuit, dans des épaves de voitures, le long du boulevard du 30 juin, au niveau du Rond Point de la Victoire, à proximité des feux de signalisation, sur les grandes artères de la ville, dans des constructions inachevées devant des bureaux officiels et dans les marchés. Ils se suffisent du vol à la tire, de la fouille des poubelles et de la mendicité. Nombre d’entre eux sont victimes des viols (des jeunes filles vulnérables exploitées par les adultes du même milieu ou des éléments venus de l’extérieur); ils s’adonnent à la prostitution (phraseurs ou phraseuses) et sont à la merci des maladies infectieuses et sexuellement transmissibles. Dans cette jungle qui ne dit pas son nom, ils n’ont accès ni à l’eau potable ni à l’électricité. Dans leur oisiveté permanente, ils s’adonnent au tabac, fument de l’herbe, consomment la drogue dure et restent la cible d’agressions entre groupes rivaux. Les plus optimistes s’adonnent aux travaux ménagers (faire la vaisselle, s’occuper de la lessive et des courses), en échange de quelques sous pour se nourrir. Ceux qui le peuvent pratiquent le commerce ambulant, cirent les souliers des passants ou font la garde des voitures stationnées devant des parkings.
Quand le politique s’en mêle
C’est, habilement, dans cette brèche que s’est engouffré l’homme politique et avant lui, le monde des sectes. Le politique a calculé les bénéfices que pouvait apporter le phénomène « Shégués », allant jusqu’à l’utiliser comme bouclier humain aux fins de perturber n’importe quelle manifestation de masse. On l’a vu à l’occasion des manifestations politiques dont a été le centre la ville de Kinshasa, en septembre 2006, en novembre 2006. D’enfants de la rue, ils sont passés au statut de militants ou jeunes soldats des rues fidèles à un candidat à la présidence de la RDCongo. Ces enfants étaient en première ligne aux dernières élections pour la distribution des t-shirts ou de l’affichage des calicots des hommes politiques. On leur a confié des missions délicates allant jusqu’à la filature des adversaires ou des concurrents politiques. Corvéables et serviables à souhait, ils ont servi d’éléments perturbateurs qui ont occasionné des échauffourées avec les forces de l’ordre ou accompli des actes de vandalisme tel le jet de projectiles.
Une haute autorité de la jeunesse
Certes, ils vivent dans l’anarchie accélérée par la délinquance juvénile, mais cet état est aggravé par leur déficit en formation intellectuelle et/ou professionnelle consécutive au manque d’encadrement. L’État leur ayant tourné le dos, les « shégués » trouvent réconfort auprès de quelques actions d’institutions caritatives confessionnelles ou privées. Or donc, ces actions ne sont pas suffisantes. Il arrive que certaines associations et ONG se servent de ces enfants pour rechercher des financements auprès des institutions extérieures. Les autorités de Kinshasa se contentent de les rafler, en se basant sur une loi datant de l’époque coloniale, qui interdit aux enfants de mendier. Toutes les tentatives en mesure d’anéantir le phénomène ont chaque fois échoué. Après chaque opération de ratissage, la ville n’arrive toujours pas à les faire oublier, tant et si bien que le problème n’est pas traité à la racine. En 1983, un certain père Frank Roelants de la congrégation de Verbe divin créa l’ « Oeuvre de reclassement et protection des enfants de la rue » (Orper) à Limete. Le père Frank n’est plus de ce monde, tandis que son œuvre continue, par le biais de quelques maisons d’accueil. A l’instar d’autres institutions engagées dans l’encadrement de l’enfance en perdition (Pam, Unicef, Crs, Société Orgaman), Orper ne bénéficie pas de l’appui étatique. La solution, à long terme, à cette situation réside dans une série de mesures urgentes, à savoir: la mise sur pied d’un programme social en faveur des enfants de la rue qui permette de les protéger et d’assurer leur intégration au sein de la société professionnelle; une complète réhabilitation des infrastructures adéquates au profit de tous les jeunes; une mise en place en bonne et due forme d’un tribunal pour enfants en conflit avec la loi; une identification des enfants dits « Shégués » et leurs familles respectives pour d’éventuelles réconciliations. Ces mesures devront être précédées d’une consultation nationale impliquant l’autorité politique urbaine, les éducateurs sociaux, les représentants des parents et toutes les asbl confessionnelles ou non. Un monde intéressé à la question et prêt à arrêter un calendrier de travail comprenant des actions à mener sous la haute autorité d’une instance de la jeunesse à créer.
Cikuru Batumike
Comprendre
Six questions sur la notion de race
par Gilbert Charles
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Les racistes comme leurs adversaires invoquent constamment la science à l'appui de leurs arguments. Mais qu'a-t-elle à leur dire?
Y a-t-il une définition scientifique du mot «race»?
En France, où ce terme est banni par la Constitution, les anthropologues préfèrent parler d' «ethnie» et les biologistes de «groupe humain». Contrairement aux Etats-Unis, où l'administration comme les scientifiques parlent couramment de race. Quel que soit le vocable employé, il désigne un ensemble d'individus ayant en commun certains caractères héréditaires. Jusque dans les années 50, on distinguait les groupes humains en fonction de critères d'apparence physique: couleur de peau et de cheveux, taille, forme du visage... Le développement de la génétique a totalement remis en question cette vision simpliste. Aujourd'hui, définir des races à partir de ces critères est aussi absurde que de vouloir classer la forme des icebergs en fonction de leur partie émergée. Le patrimoine héréditaire d'un individu se compose en effet de plusieurs dizaines de milliers de gènes, chacun correspondant à un trait biologique particulier, certains transmis par le père, d'autres par la mère. Chaque enfant est ainsi le produit d'un tirage au sort entre deux «jeux d'instructions» mélangés et recombinés au hasard. Le nombre de configurations possibles est donc pratiquement infini. On pourrait ainsi définir des races fondées non pas sur la couleur de la peau ou la forme du nez, mais sur les groupes sanguins, les caractéristiques du système immunitaire ou simplement sur certaines parties «silencieuses» de l'ADN, qui n'ont apparemment aucune fonction biologique particulière. Ce qui aboutirait à regrouper chaque fois des individus totalement différents. On pourrait aussi bien inventer la race «lactose», dont font partie les Africains, les Japonais et les Indiens d'Amérique, lesquels sont souvent touchés par la mutation d'une enzyme qui les empêche de digérer le lait?
La notion de «pureté de la race» a-t-elle un sens?
Pour les généticiens, c'est une absurdité: on ne connaît pas de gène spécifique à tous les Africains ni à tous les Asiatiques. Qu'il s'agisse des groupes sanguins ou de la forme du lobe des oreilles, tous les caractères héréditaires se retrouvent chez les habitants de n'importe quelle partie du globe, avec des fréquences plus ou moins grandes. Les populations humaines se sont tellement mélangées depuis des millénaires que les spécificités ethniques s'effacent devant les particularités individuelles. Le biologiste américain Richard Lewontin (université Harvard) a montré en 1972 qu'il y a plus de différences génétiques entre des individus à l'intérieur d'une même race qu'il n'y en a entre deux races différentes. Autrement dit, et malgré les apparences, on a plus de chances de trouver des similarités biologiques entre un Africain noir et un Français blanc pris au hasard dans la rue qu'entre deux Noirs.
La couleur de la peau peut-elle définir l'appartenance à un groupe ethnique?
Cela aboutirait à classer les habitants du sud de l'Inde, pourtant considérés comme des Caucasiens, c'est-à-dire des Blancs, avec les Africains. Et que faire des Berbères algériens, plus clairs que certains Belges? La teinte de l'épiderme dépend des gènes commandant la production de mélanine, molécule responsable de la pigmentation, qui joue un rôle protecteur contre les rayons ultraviolets. Les variations de la couleur des hommes suivent en fait celles du climat: les individus les plus noirs sont issus de populations ayant vécu dans des régions chaudes, dont l'organisme s'est adapté au soleil au cours des millénaires. Tout comme les longs nez des Européens du Nord seraient le résultat d'une adaptation au froid (un appendice nasal plus long permet de mieux réchauffer l'air avant qu'il pénètre dans les poumons).
Peut-on parler d'inégalités génétiques?
Oui, face aux maladies héréditaires, par exemple, qui touchent plus souvent certains groupes ethniques que d'autres. L'hypertension est plus fréquente chez les Noirs américains que dans le reste de la population. Les Caucasiens (blancs) ont, eux, un plus grand risque statistique d'être touchés par la mucoviscidose (et les Bretons plus que le reste des Français). Les Africains, les Grecs et les Italiens sont plus sensibles à l'anémie falciforme. Tout comme les juifs ashkénazes à la maladie de Tay-Sachs, alors qu'une mutation génétique favorisant le cancer du sein se retrouve avec une plus grande fréquence chez les femmes séfarades. Et pourtant, la notion de «race juive» est une absurdité (le judaïsme est une culture et une religion, pas un trait génétique).
A défaut de «races», peut-on définir des groupes humains en fonction de leur profil héréditaire?
Chaque individu est aussi le résultat de l'histoire des populations dont il est issu: les gens se marient plus souvent près de chez eux qu'avec un partenaire venant de l'autre bout du monde, ce qui explique que certains traits apparaissent statistiquement plus fréquemment dans telle population que dans telle autre. Les biologistes mesurent ainsi des distances génétiques entre les ethnies, qui recoupent en fait l'histoire des migrations, des invasions et des conquêtes qui se sont succédé depuis des centaines de milliers d'années à la surface de la planète. Les chercheurs de l'Inserm ont ainsi retrouvé dans la population française des alentours de Poitiers un marqueur génétique particulier aux populations d'Afrique du Nord, baptisé «mutation arabe»: probablement un souvenir de l'époque de Charles Martel. Le généticien et linguiste Luigi Cavalli-Sforza a analysé les données publiées depuis trente ans sur 42 populations des cinq continents, comparées selon 120 marqueurs génétiques différents. Il a ainsi reconstitué un arbre génétique de l'humanité, dans lequel il distingue sept grandes familles: africaine, caucasienne, amérindienne, nord-asiatique, sud-asiatique, insulaire du Pacifique et aborigène d'Australie, qui dériveraient toutes d'une même population apparue entre l'Afrique centrale et le Moyen-Orient voilà environ deux cent mille ans.Ces familles ne correspondent pas aux critères raciaux traditionnels. Ainsi certaines populations, très proches génétiquement, ne se ressemblent pas du tout physiquement, comme les Turcs et les Norvégiens, classés pourtant parmi les Caucasiens, ou comme les Suédois et les Sri Lankais, issus d'une souche identique qui s'est divisée voilà quarante mille ans. D'autres partagent les mêmes traits tout en étant très éloignés, comme les Bushmen du Kalahari, en Afrique, et les Japonais, tous deux affectés du même pli de l'oeil.
La science peut-elle être raciste ?
«On assiste depuis quelques années, aux Etats-Unis, à la montée d'un discours biologisant qui associe la génétique et les groupes ethniques», explique Paul Rabinow, professeur d'anthropologie à l'université de Berkeley. Le décryptage du génome humain et la généralisation des tests de prédisposition à telle ou telle maladie risquent ainsi de favoriser l'apparition d'un racisme new-look, moins fondé sur la haine que sur la gestion biologique des inégalités. Le vieux débat sur les bases génétiques de l'intelligence a récemment rebondi aux Etats-Unis avec la publication du livre The Bell Curve, dans lequel le sociologue Charles Murray et le généticien Richard Herrnstein affirment que l'intelligence est héréditaire «à 60%» et que les Noirs américains en sont moins pourvus que les Blancs. Toutes ces recherches, comme celles sur d'hypothétiques «gènes des comportements», sont rarement dénuées d'arrière- pensées idéologiques. La «technologisation du vivant» ouvre aussi des perspectives inquiétantes dans le domaine du contrôle social. Des biologistes américains travaillant pour le FBI ont par exemple constitué depuis quatre ans une gigantesque banque de données d'empreintes génétiques des populations du monde entier, destinée à définir des profils pour classer les différentes ethnies. En 1993, des biologistes du laboratoire de police scientifique du Home Office, le ministère britannique de l'Intérieur, ont mis au point une technique permettant de distinguer la race d'un suspect à partir d'une tache de sang ou de sperme laissée sur le lieu du crime. Avec une telle marge d'erreur que le test s'est révélé inutilisable.
à suivre
La guerre à la drogue est perdue, essayons la paix
Vouloir une société sans drogue, c’est courir après une utopie. Forts de ce constat, une commission internationale de sages, une ancienne ministre suisse qui en est membre et, plus récemment, deux juristes de l’Université de Neuchâtel prônent un changement de cap. Radical.
1961. Les Nations unies ratifient la Convention unique sur les stupéfiants. Le texte prône un régime mondial de prohibition, en y incluant pour la première fois le cannabis. 1971. Le gouvernement américain de Richard Nixon déclare sa «war on drugs», qui doit aboutir par tous les moyens - y compris militaires - à un monde débarrassé des stupéfiants. 40 ans plus tard, la guerre a coûté des millions de milliards de dollars, mais elle est perdue. Le monde n’a probablement jamais consommé autant de drogues, et le trafic pèserait globalement (selon une estimation du FMI) 400 milliards de dollars par an, que se partagent groupes mafieux et organisations terroristes. Tant en termes de santé publique, de sécurité, que de droits de l’homme, le constat d’échec est total. «Pensez simplement que la moitié des condamnations à mort prononcées dans le monde le sont pour des affaires de stupéfiants, souvent mineures, et qu’un tiers des contaminations par le VIH hors Afrique subsaharienne se fait par l’échange de seringues», rappelle Ruth Dreifuss, qui instaura dans les années 90 la politique suisse dite des «quatre piliers» (prévention, thérapie, réduction des risques, répression).
Un premier pavé dans la mare
Aujourd’hui l’ancienne ministre de l’Intérieur et présidente de la Confédération milite au sein de la Commission mondiale pour la politique des drogues, une «initiative citoyenne» partie d’Amérique latine, où les ravages des guerres de la drogue sont particulièrement terribles. Autour des trois anciens présidents Zedillo (Mexique), Gaviria (Colombie) et Cardoso (Brésil), elle compte des membres aussi illustres que les écrivains Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’ancienne Haut-commissaire aux Droits de l’homme Louise Arbour, l’ex-secrétaire d’Etat américain George Shultz, l’ancien patron de la Fed Paul Volcker ou le fondateur de Virgin Richard Branson. En juin 2011, la Commission a rendu un rapport en forme de pavé dans la mare, qui prône l’urgence d’une «réforme fondamentale des politiques antidrogues à l’échelle nationale et internationale». En vrac, il s’agit de cesser de criminaliser les consommateurs et de respecter les droits des personnes impliquées aux niveaux inférieurs du trafic (fermiers, passeurs, petits revendeurs), de promouvoir les traitements à la méthadone et la prescription médicalisée d’héroïne, ou d’éviter les messages simplistes comme «non à la drogue» et les politiques de tolérance zéro pour privilégier les programmes d’information et de prévention crédibles. Et au final, la Commission appelle les gouvernements à «s’assurer que les conventions internationales soient interprétées ou révisées afin de fournir une base légale solide permettant d’expérimenter la réduction des risques, la dépénalisation et la régulation légale». «Je ne sais pas si le monde est prêt pour un tel changement de cap. Mais je sais que de nombreux dirigeants sont conscients de la nécessité de nouvelles approches. Le rapport a suscité beaucoup d’intérêt et nous sommes souvent sollicités», explique Ruth Dreifuss, qui était encore tout récemment à l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime de Vienne, après un passage très médiatisé en janvier devant une commission du Parlement britannique, en compagnie de Richard Branson.
Pour la légalisation totale
En novembre 2011 un autre pavé était tombé dans la mare. Sous le titre Lutte contre la drogue: stupéfiantes contradictions? et en 90 pages bien documentées, deux doctorants en droit de l’Université de Neuchâtel prônent rien moins que la légalisation de toutes les drogues illicites. Ludivine Ferreira et Alain Barbezat sont eux aussi partis du constat d’échec total de la guerre contre la drogue. «La répression est inefficace, en Suisse comme ailleurs, note ce dernier. Les études en criminologie montrent que pour qu’une peine soit dissuasive, elle doit être infligée de façon rapide, certaine et qu’elle ait aussi une certaine sévérité. Or, les deux premiers points ne sont le plus souvent pas respectées, et la sévérité, au-delà d’un certain niveau, n’apporte plus rien en termes de prévention de la criminalité. Elle peut même avoir un effet pervers». Mais de là à légaliser… Les deux juristes se rendent bien compte que la proposition est invendable dans le contexte politique actuel. La permissivité dont certaines polices cantonales et communales avaient fait preuve au début des années 2000 n’est plus qu’un souvenir et en 2008, 63% des votants ont refusé une initiative populaire pour la dépénalisation du cannabis. Il y a deux semaines, la Chambre basse du parlement a pourtant accepté de ne plus poursuivre pénalement les consommateurs pris en possession de 10 grammes au plus de «stupéfiants ayant des effets de type cannabique», qui s’en tireraient avec une amende de 200 francs. Mais la discussion a été passionnelle, le vote serré, et la proposition doit encore passer par la Chambre haute. «Notre but, c’est aussi de déranger, de faire avancer le débat, admet Ludivine Ferreira. Donc si on s’interdisait des propositions sous prétexte qu’elles vont déplaire, on n’avancerait pas et on en serait peut-être toujours à la peine de mort en Suisse».
Pas de rayon «dope» à la Migros
Les deux jeunes juristes n’en prônent pas pour autant une «société de la défonce» et ne rêvent pas de voir des rayons «dope» ouvrir dans les supermarchés. Pour eux, d’ailleurs, la politique suisse des quatre piliers, qui traite les drogues comme une question de santé publique et non comme une simple question pénale, va tout à fait dans la bonne direction. Le problème à leurs yeux, c’est que les deux tiers des moyens affectés à la lutte contre les stupéfiants en Suisse vont au pilier «répression», jugé inefficace. «Si on légalise, ces moyens iront aux autres piliers, à la prévention, aux traitements, note Ludivine Ferreira. Et tout cela doit entourer la légalisation, parce que juste légaliser, c’est bien joli, mais ça ne sert à rien». Quant au risque, brandi par les opposants à tout assouplissement de la prohibition, de voir la consommation exploser, les deux juristes peinent à y croire. Et ils ne sont pas les seuls. «Aujourd’hui, il est relativement facile de se procurer à peu près n’importe quelle drogue, fait remarquer Alain Barbezat. Pourtant, bien des gens ne le font pas, retenus qu’ils sont par d’autres interdits que l’interdit pénal: le non attrait, l’interdit moral, la conscience des risques pour la santé… On entretient cette image du grand méchant Code pénal qui nous surveille et dès qu’il détournerait les yeux, tout le monde mettrait les doigts dans le pot de confiture. Mais elle est fausse!»
Marc-André Miserez
La mendicité à Dakar
par Ibrahima Séne
Wade ne veut pas des enfants mendiants...
Le Gouvernement du Sénégal vient, de nouveau, de s’aplatir sous les injonctions des Bailleurs de Fonds, pour nettoyer Dakar de la mendicité infantile. Désormais, les enfants de moins de cinq ans, sont interdits de « quémander » devant les artères de la capitale, et par ricochet, tous les autres mendiants supposés faire du « trafic d’enfants », pour exprimer la volonté du Gouvernement, de respecter son engagement à mener la « lutte contre le trafic d’ humains » dans son territoire.
Mais, cette exigence des bailleurs de fonds ne s’inscrit que dans leurs rapports de « Maître à sujet », pour lui demander des comptes, avec tout le financement qu’il a reçu dans le cadre des deux « Documents de Réduction de la Pauvreté » (DSRP I, 2003/2005, et DSRP II, 2006/2010). La mendicité à Dakar, s’est étalée « comme l’expression de la face hideuse de l’échec de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son contenu « Programme de Réduction de la Pauvreté ». Mais, pour éviter que l’opinion associe la mendicité à l’extrême pauvreté, le gouvernement a eu recours à un subterfuge qui laisse croire que la mendicité des enfants est le produit du « trafic d’humains », combattus par la communauté internationale. Le pouvoir avait besoin de cet amalgame, pour justifier sa nouvelle croisade contre les couches populaires pauvres de notre pays, et obtenir ainsi le soutien de l’opinion publique et d’organisations de la Société civile. En fait, l’assimilation de la mendicité au « trafic d’humains » n’est fondé ni en Droit, ni dans les caractéristiques de ce phénomène social. En effet, le « trafic d’humains » suppose qu’une personne échange, avec un tiers, un enfant, en vue d’une rémunération. C’est un esclavage des temps modernes. Cependant, s’il n’est pas juste de nier une telle pratique au Sénégal et dans la sous région, il n’est pas aussi fondé de l’assimiler à la mendicité, qui, elle, résulte du fait de « confier son enfant à un tiers, pour son éducation coranique », ou de son « instrumentalisation, dans la rue, pour nourrir la famille ».
Même l’utilisation de l’enfant dans la mendicité par le Maitre coranique, abusivement appelé « Marabout », au lieu de « Serigne Darah », pour se nourrir, à la place d’une rémunération du parent pour l’éducation qu’il dispense, ne devrait aucunement être considérée comme du « trafic d’humains ». Cette utilisation des enfants dans la mendicité relève donc de l’exploitation des mineurs par des adultes », qui est, certes un délit, mais ne relève aucunement du « trafic d’humains », qui est un crime. Cette mendicité qui est enfantée, par l’extrême pauvreté, est le résultat de la liquidation de la filière arachidière qui a ruiné le monde rural, et de l’échec de la « généralisation de l’éducation de base », comme l’un des axes stratégiques des « Programmes de réduction de la Pauvreté ». La ruine du monde rural a jeté des milliers de familles dans l’exode vers Dakar pour espérer vivre de la solidarité islamique des urbains, à travers la mendicité, y compris de leurs enfants. De même, la faillite de l‘Ecole publique, particulièrement dans sa partie « Education de base », s’est traduite en milieu rural, par des problèmes de fournitures de manuels scolaires pour 47% des ménages, contre 21% à Dakar. L’ objectif, proclamé du pouvoir et des bailleurs de fonds, de « généralisation de l’éducation de base », est donc handicapé par cette privatisation de l’Education nationale, mais aussi, par des considérations religieuses, dans certaines parties du pays, que le pouvoir, pour des considérations de clientélisme politique n’ose pas affronter, même si ces zones sont fortement pourvoyeuses de mendiants à Dakar. Ce n’est donc pas en envoyant la « troupe » chasser des mendiants des artères de Dakar, que l’on va remédier aux effets sociaux désastreux, puisque cumulatifs, de la ruine du monde rural et de l’échec de l’Ecole Républicaine.
Cela est d’autant plus vrai, que l’échec de l’Education de base et le chômage ont fait que les résidents de Dakar ne sont pas épargnés de la pauvreté, dont l’extrême pauvreté, qui engendre quotidiennement la mendicité. En effet, Dakar a le plus fort taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, soit 21,7 % contre 14,8% en moyenne au Sénégal. De même, il a le plus fort taux d’abandons scolaires entre 7 et 14 ans, avec un taux de 9,7 %, contre 8,4 % en moyenne au Sénégal. Ainsi, Dakar comptait déjà en 2005/05, 39,9 % d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, répartis entre, 17% dans le Département de Dakar, 45,8% dans le Pikine et Guediawaye, et 40,6% dans le Département de Rufisque, contre 50,6 % au niveau national. Toutes ces données chiffrées sont de 2005/06 quand le Sénégal avait un taux de croissance de 5,6% ! (cf : Document ANSD d’août 2008 sur la « Situation Economique et Sociale à Dakar en 2007 ») Mais, depuis lors, la situation sociale du pays s’est fortement dégradée, à causse de l’effondrement du taux de croissance de notre PIB. C’est ainsi que le taux de croissance du Pib est tombé à 2,5% en 2006, puis est monté à 4,7 % en 2007, avant de plonger à 2,5 % en 2008 et à 1,5 % en 2009 ! Mais, la mendicité est aussi encouragée par les traditions fétichistes des musulmans Sénégalais, qui sont convaincus que donner l’aumône leur porte chance ou leur conjure le mauvais sort. (cfr : la grève des batu » de Aminata Sow Fal)
C’est tout cela qui a porté « l’encombrement humain » des artères de Dakar à un niveau tel, qu’il n’est plus supportable par les bailleurs, au point qu’ils exigent du pouvoir « d’ôter hors de leur vue », ces images insoutenables d’enfants mendiants autour des artères de Dakar, malgré les centaines de milliards qu’ils ont fournis à Wade pour réduire la pauvreté. Le pouvoir s’est donc exécuté en tenant, d’urgence, un Conseil inter ministériel sur la question. Le Sénégal venait , ainsi, par le comportement du pouvoir et par sa politique économique et sociale, de perdre le peu de « dignité nationale » qui lui restait, en se faisant rappeler, par ses bailleurs, sous la menace de sanctions, le devoir constitutionnel de Wade et de son gouvernement à prendre en charge les problèmes sociaux et de survie de sa population la plus déshéritée. Avec l’aggravation de la pauvreté et de l’extrême pauvreté sous leur magistère, Wade et son gouvernement ont atteint le seuil indépassable de l’infamie et de l’ignominie, pour avoir jeté une bonne partie de leur peuple, dans les tréfonds et bas fonds de la condition humaine. Mais, le gouvernent est soucieux de faire croire que la mendicité est tout juste un acte de délinquance des parents, qu’il faut réprimer sans état d’âme. C’est pour cette raison qu’il envisage d’envoyer la « troupe » pour sillonner les artères de Dakar, de traquer les mendiants, et de nettoyer la ville de ceux que L. S. Senghor appelait d’ «encombrements humains ». Aujourd’hui, la seule différence, avec ce passé, est que, ce ne sont plus seulement les handicapés moteurs et visuels que L. S. Senghor voulait débarrasser des rues de Dakar, mais, ce sont, aussi, des personnes sans aucun handicap physique, avec leur progéniture, qui squattent les rues de la capitale en quête d’aumône. La « troupe » va - t - elle , à coups de « matraque » ou de « gaz lacrymogène » les pourchasser dans les rues de Dakar , les arrêter et les jeter en prison pour "délit de mendicité?" Ou bien, comme d’autres le réclament déjà, faire comme Sarkozy, extirper les mendiants étrangers et les expulser vers leurs pays d’origine ! Ceux qui soutiennent une telle dérive policière, pour résoudre les problèmes sociaux du pays, dont la mendicité, ne se rendent pas compte qu’ils cautionnent les tendances lourdes du pouvoir à « envoyer la troupe », au lieu de se concerter avec les concernés, pour chercher les solutions les plus appropriées à leurs préoccupations. Dans le cas de la mendicité de tous âges et de toutes conditions physiques à Dakar, il est clair que cette caution rend complice de l’échec patent de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son volet « DSRP ».
Conscients d’être mis devant leur responsabilité par les bailleurs de fonds, Wade et son gouvernement, ont atteint leurs limites sociales, et ne peuvent recourir qu’à la violence à tout problème social. C’est pour cela qu’il faut exiger le départ immédiat de Wade du pouvoir, pour arrêter la « troupe » et ouvrir , au tour de la problématique de la mendicité, une large concertation nationale, impliquant les services sociaux de l’Etat (éducation, santé, action sociale) , les collectivités locales, les partis politiques, les syndicats, et les organisations de la société civile, y compris les organisations des handicapés, et les représentants des Maitres coraniques. Il est évident, aujourd’hui, que la loi d’orientation sociale, qui avait soulevé beaucoup d’espoir chez les populations démunies, et beaucoup d’enthousiasme chez des organisations de la société civile, sera vide de tout progrès social pour ces catégories de citoyens, tant que Wade ne partira pas pour qu’une telle concertation nationale puisse être organisée. C’est le seul moyen d’éviter à notre peuple, de sombrer dans l’abime de la misère vers lequel Wade et son régime le poussent inexorablement.
Perception
La pub et les ghettos
Quelles places les Noirs ont-ils dans la publicité ?
par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud
la pub, une affaire de couleur de peau ?
Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation, etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités. Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation (conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules d’extrême droite, attaques terroristes contre la première puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué notre société du sceau du conflit.
Mais cette fin de siècle est également le symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux. Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la planète. Et la publicité commerciale dans tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un état de la société qui la produit et qui la consomme ?
Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique, réducteur et déformant de la société à laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité vient à son tour renforcer ces préjugés.
Les Noirs
En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque minorité possède des traits qui lui sont propres (traits physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance, va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la dite minorité —publicité représentant des noirs pour une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire de marque.
À chaque période son lot de stéréotypes
Contrairement à d’autres minorités, les noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette dernière est marquée par trois courants principaux, qui, par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé. L’esclave a longtemps été une image bienséante dans la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en été les symboles. La publicité pour le chocolat a été l’un des lieux de prédilection de la représentation des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident.
De l’esclave au bon sauvage
C’est en exhibant certains stigmates, en vérité très peu représentatifs, que l’on a très longtemps représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds, des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille, des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées. D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite le caractère cannibale, clairement évoqué dans une annonce pour un extincteur ! Ensuite, le bon sauvage s’oppose à la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire.
Des produits de prédilection
Aux différentes périodes qui ont marqué la représentation des noirs correspondent des transformations radicales dans les produits mis en jeu, très hétérogènes. Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat (Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme), etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque, produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables, tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à une plaque de chocolat. Mais le paroxysme écœurant de ces publicités dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages, un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière, la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le publicitaire a longtemps été un homme blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en général, les publicités montrent la cible à laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité a suivi. Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques reflétant des différences culturelles, la publicité qui s’adresse à la société noire tient un discours sensiblement identique à celui visant la société blanche : que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac, tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de publicité se sont même spécialisées dans le marketing ethnique.
Des inadéquations pourtant édifiantes
Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera de manière similaire dans la publicité homosexuelle, est édifiant. Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité sociale.
Un message social
Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort, etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance.
Pour en savoir plus : Bachollet R., Debost J.-B. & Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité, Paris : Ed. Somogy, 1992. MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait publicitaire, Paris, L’harmattan, pp. 201-241