Au fil de l'actualité
monde
arabo-musulman
Le
mariage mixte : Quête culturelle ou simple coïncidence ?
En dépit des barrières que les traditions dressent
entre eux, ils choisissent d’unir leur vie à des femmes étrangères.
S’agit-il d’un « coup de foudre » ou d’une « love story
» ou tout simplement du désir de connaître « l’autre
» ? A l’heure actuelle, les flux internationaux de populations étant
développés pour des raisons économiques, politiques
et culturelles, chaque pays occidental est confronté aux cosmopolitisme
conjugal.
Dans leur majorité écrasante, ces Maghrébins
poursuivent leurs études supérieures à l’étranger
(en Europe, aux Etats-Unis, au Canada...) Au terme de leurs études,
ils reviennent le diplôme dans la poche et une épouse aux
bras. « Bien avant d’épouser ma femme, disent certains, j’avais
déjà épousé sa culture ». Il est vrai
que la plupart de ces jeunes gens ne sont pas concernés par les
émois de la quête culturelle. Seul le jeu de l’amour, et du
hasard, les a mis en situation d’appartenir au groupe des adeptes du mariage
mixte. Ils savent que la mixité n’est pas uniquement sexuelle, mais
aussi religieuse, culturelle, raciale et sociale. Dans certains cas et
surtout chez les ouvriers immigrés, le mariage devient un moyen
rapide pour obtenir la naturalisation. Certains pensent que le mariage
mixte donne très souvent une union parfaite, que les couples «
mixtes » vivent leurs différences comme une source d’enrichissement
mutuel et réussissent à établir une relation équilibrée
et durable. « Ma petite fille, dit l’un, est ravie... Elle bénéficie
des fêtes de nos deux pays. En fait, notre vie de couple est un formidable
bricolage qui exige curiosité et respect pour la culture de l’autre.
Une seule chose nous sépare : nos enfants n’ont pas les mêmes
parfums ». Sacrifice. Le mariage mixte ne serait viable que si l’un
des conjoints accepte de se fondre dans la culture de l’autre et de faire
le sacrifice de son identité. Dans certaines familles maghrébines,
le couple mixte est parfois mal accepté. Le barrage de la religion
est le plus difficile à franchir. Quelques difficultés surgissent
aussi après le mariage : le choix du prénom de l’enfant,
sa religion, son éducation, la cuisine, comment communiquer avec
la belle famille qui ne parle que l’arabe ou le berbère etc.
Le mariage mixte engendre très souvent des situations
difficiles, et parfois même des séparations et des divorces.
Aussi, les divorces chez les couples mixtes sont-ils aussi nombreux que
chez les couples « homogènes ». Le choc des cultures
est parfois trop brutal. Certaines familles maghrébines n’accueillent
pas à bras ouverts cette belle fille venue d’ailleurs, qui ne parle
pas leur langue, qui ne peut pas partager leur joie pendant les fêtes
religieuses (le Ramadan, le Mouloud, l’Aïd El Kébir, Achoura...),
qui refuse de porter le costume traditionnel (le caftan, la djellabah,
les babouches...). Pendant les réunions familiales et les cérémonies,
elles se sentent observées, dévisagées, parfois désahbillées
du regard. Les différences culturelles et religieuses s’avèrent
à la base de ces conflits et de ces désaccords. D’après
un sociologue, les différences entre les partenaires dans le couple
« mixte » sont plus « l’expression des différences
entre les groupes qu’entre les individus ». D’autre part, nous constatons
qu’actuellement, un nombre appréciable de jeunes filles maghrébines
choisissent de se marier avec un conjoint étranger, mais aisé,
profitant des possibilités matérielles pour mener une vie
confortable et heureuse en faisant profiter toute sa famille. Certaines
réussissent, mais difficilement, à faire embrasser à
leur mari la religion musulmane. Le lourd silence qui pesait sur cette
question a disparu. Un sociologue a dit : « Toute une complexité
des différences a fait jour à travers la subjectivité
de chaque partenaire, modelé elle-même par son niveau social
d’éducation et aussi par la nature du rapport qui le lie plus ou
moins fortement à son groupe et à celui de son partenaire.
Aujourd’hui, les occasions de rencontre entre Marocaines et étrangers
ne manquent pas, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur
du pays.
Al Bayane
Migrations :
une "saison en enfer" pour les Africains d’Italie.
Pauline Bourtembourg, André Linard
Médecins sans Frontières a dénoncé dernièrement
les conditions précaires de vie, de santé et de travail des
migrants employés dans les campagnes du sud de l’Italie. Beaucoup
d’entre eux sont originaires d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Le
sujet ne semble pas être au cœur des débats de la campagne
politique actuellement en cours en Italie.
"Comme cela se voit, nous sommes très mal : sans
eau ni électricité, on se lave dans des endroits très
sales, nous ne mangeons pas souvent et durant l’hiver, nous risquons de
mourir de froid, confie A., 20 ans. Nous avons vraiment besoin d’aide.
Vivre dans de telles conditions ne nous permet pas d’imaginer un futur."
A. est originaire du Mali et vit actuellement dans les campagnes de la
province de Foggia, dans le sud-est de l’Italie. Des témoignages
comme le sien, l’équipe mobile de Médecins sans Frontières
(MSF)-Italie en a récoltés plus de 600 de juillet à
novembre 2007 dans diverses localités du sud du pays, où
arrive chaque année une foule d’étrangers. Les résultats
figurent dans un rapport intitulé Une saison en enfer, celui que
vivent bon nombre de ces immigrés, majoritairement illégaux.
Quatre-vingts pour cent d’entre eux travaillent dans la cueillette de fruits
et légumes, de la tomate aux raisins, en passant par les agrumes.
Un secteur économique important pour le sud du pays, qui a besoin
de cette main-d’œuvre saisonnière bon marché. "Presque la
totalité des migrants interrogés sont des jeunes hommes (97
%), entre 20 et 40 ans", révèle le rapport. La majorité
d’entre eux proviennent du Maghreb (38 %) et de pays subsahariens (47 %),
tels le Soudan, le Ghana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali
ou encore le Nigeria. Les autres sont originaires des pays du Sud-Est asiatique
mais aussi de certains pays de l’Union européenne comme la Bulgarie
ou la Roumanie.
"Survivre" avec quelques euros
Juridiquement, ces saisonniers n’ont aucune protection.
Près des trois quarts d’entre eux (72 %) n’ont pas de permis de
séjour régulier. Presque aucun ne possède un contrat
de travail. D’après le rapport, "les journées de travail
durent de 8 à 10 heures. Le salaire moyen se situe entre 26 et 40
€ la journée. Un peu plus du tiers de ces travailleurs gagne
25 € ou moins." Selon un calcul réalisé par MSF, un
immigrant saisonnier doit survivre avec 240 € par mois, étant
donné qu’il ne travaille environ que 8 jours par mois avec une rémunération
journalière moyenne d’environ 30 €. Avec si peu d’argent et
le coût de la vie en Europe, certains n’ont aucune possibilité
d’envoyer de l’argent dans leur pays d’origine… L’objectif de l’enquête
menée par MSF était de relever leurs conditions générales
et d’observer une éventuelle évolution par rapport à
la précédente enquête de 2004, aux résultats
déjà dramatiques à l’époque, et jugés
indignes d’un pays membre de l’Union européenne. Résultat
: une confirmation du constat antérieur. L’étude dénonce
en effet la précarité dans laquelle vit cette population.
Selon MSF, "65 % des interrogés vivent dans des édifices
abandonnés, 62 % n’ont pas de sanitaires là où ils
vivent. 69 % ne disposent pas d’électricité et 64 % n’ont
pas accès à l’eau courante." Plus de la moitié dort
par terre sur un carton ou un matelas. L’équipe de MSF observe que
la plupart doivent souvent parcourir une distance considérable pour
atteindre le point d’eau le plus proche. De plus, presque tous (92 %) sont
sans chauffage. Les images proposées aux télévisions
en même temps que le rapport montrent des employeurs qui ne trouvent
rien à redire aux conditions dans lesquelles vivent leurs travailleurs.
À l’écart des soins
L’ONG médicale s’intéresse aux conséquences
sanitaires d’une telle situation : maladies musculaires ou respiratoires,
gastro-entérites, problèmes dermatologiques… sont monnaie
courante. Cinquante-trois pour cent des travailleurs rencontrés
disent ne pas avoir accès à des soins en cas de maladie,
alors qu’une loi italienne de 1998 le leur garantit pourtant, qu’ils soient
légaux ou illégaux. La majorité des migrants ont affirmé
être arrivés en Italie dans de bonnes conditions de santé,
alors qu’au moment de la visite de MSF, 72 % présentaient un diagnostic
suspect (73 % de ces cas résultaient d’une maladie chronique). "Toutes
ces maladies sont clairement dues, non seulement aux conditions difficiles
de travail, mais aussi à la situation hygiénico-sanitaire
dans laquelle ils vivent et au faible accès aux besoins de premier
niveau", affirme la doctoresse Francesca Faraglia, coordinatrice médicale
du projet italien de MSF. Les travailleurs d’origine maghrébine
sont majoritaires dans les villages visités des provinces de Trapani
Alcamo, en Sicile, et de Salerne. Les Subsahariens sont plus nombreux notamment
dans les provinces de Foggia et Reggio di Calabre. Certains sont là
depuis 12 ans. J., 26 ans, a fui la guerre en Sierra Leone et est en Italie
depuis 4 ans : "Je n’ai pas de papiers, confie-t-il, ni un endroit fixe
pour vivre. Je vais d’un endroit à l’autre en fonction du travail,
je dors dans des maisons abandonnées." Cette "situation dramatique
doit secouer la conscience de tous, dans les institutions, les syndicats,
la société civile…", conclut MSF, parce qu’elle est "inacceptable".
Malgré les promesses des instances nationales et régionales,
malgré aussi un gouvernement de gauche ces deux dernières
années en Italie, on ne note aucun changement substantiel, ajoute
l’ONG. Et rien n’indique que le sujet soit considéré comme
un enjeu important dans la campagne politique actuellement en cours dans
ce pays.

Initiative
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DIASPORA
HAITIENNE A L'ETRANGER
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Après le drame de janvier 2010 : Arrivée
des premiers rescapés d'Haiti à l'aéroport Montréal-Trudeau.
La mobilisation de la diaspora a été
exemplaire.
La diaspora haïtienne contribue à hauteur de plus de
1.5 milliard de dollars l'an au développement d'Haïti avec
ses transferts d'argent, selon un récent rapport de la BID. Cependant,
le département du Nord-Ouest qui vit en grande partie du support
de la diaspora, n'aurait pas été pris en compte dans ce rapport.
Ce qui implique que les débours des Haïtiens de l'étranger
pourraient être évalués à 3 milliards de dollars
et plus.La dispora fournit des aides considérables dans un ensemble
de domaines notamment sur les plans médical, scolaire, culturel,
énergétique et autres.Tout ceci est très beau et très
encourageant.
Mais, pas plus, puisque la diaspora n'est toujours considérée
que comme une vache à lait. Rien de vraiment concret ni aucun espace
n'a été établi pour lui permettre de participer à
la vie haïtienne, aux prises de decision ou même d'intervenir
et de placer son mot dans des dossiers qui la concernent au premier chef.Il
est vrai que depuis l'année 2002, une loi a été votée
pour concéder certains avantages à la diaspora, avantages
auxquels les étrangers qui ne sont pas de souche ne peuvent accéder,
mais rien de vraiment significattif par rapport à ce qui lui est
dû: les citoyens d'origine haïtienne n'ont, par exemple, pas
besoin de visa pour rentrer en Haïti. Le Ministère des Haïtiens
vivant à l'Etranger a mis aussi à la disposition des compatriotes
des structures pour les accompagner dans le cadre d'un ensemble de démarches,
dont un site internet pour les informer notamment sur les facilités
d'investissement.On dit cependant que les compatriotes n'auraient pas exploité
suffisamment ces structures.
Aujourd'hui, après le vote de la constitution post-Duvalier,
la dispora ne semble toujours avoir que des devoirs: envoyer de l'argent
en Haïti, faire pression quand la nation est en danger face aux dictateurs
et aux putschistes et quand on salit l'image des haïtiens. Après
le vote de la Constitution, les problèmes demeurent entiers quand
il s'agit pour la diaspora de partir à la conquête de ses
droits. L'Haïtien-américain, l'haitien-canadien et tous les
autres ne peuvent toujours bénéficier de la double nationalité.
Ils ne peuvent ni élire ni être elu. Impossible donc pour
eux d'occuper au vu et au su de tous des postes électifs ou des
postes de haut rang dans un gouverrnement.
Un projet de loi soumis au parlement sur la double nationnalité
sous la 2ème présidence de Jean Bertrand Aristide, n'a pu
être voté.En effet, certains font tout pour garder les haïtiens
de la dispora en dehors de la sphère de pouvoir, comme s'ils n'étaient
pas des Haïtiens à part entière.Ils ne seraient bons
que pour envoyer de l'argent: véritable vache à monnaie.
De fait, on ne sent aucune volonté claire de faire aboutitr le dossier
de la double nationalité. Entre temps, nos parlementaires s'occupent
de tout, souvent même de dossiers qui ne sont d'aucun interêt
pour la collectivité. Les exécutifs, à quelques petites
différence près, ne font pas mieux jusqu'à aujourd'hui.
S'il y a quelque chose qu'ils font bien, ce sont les promesses. Il y a
bien évidemment des gens qui évoqueront les restrictions
de la constitution pour tenter de justifier leur laxisme et leur indifférence.
Il y a tellement d'Haïtiens en Amérique, en Europe et ailleurs
qui ont la compétence, l'expertise et les moyens qu'il faut pour
contribuer à la relance du pays, faire partie d'une nouvelle équipe
de dirigeant et de cette classe d'hommes d'affaires dont on parle si souvent
ces derniers jours.
Mais, tant que le problème de la double nationalité,
du droit de voter et d'être élu n'aura pas été
résolu, la diaspora ne pourra pas s'impliquer à fond dans
le développement de son pays: elle est aujourd'hui fatiguée
de n'être qu'une vache à lait.La diaspora pourrait par exemple
aider enormément à freiner une grande fuite de capitaux vers
la République dominicaine, en arrêtant l'hémorragie
de jeunes haïtiens qui traversent la frontière par milliers
pour aller étudier dans les universités de Santo-Domingo
et de Santiago.Ils seraient aujouurd'hui entre 15.000 et 20.000 là-bas
pour n'avoir pas trouvé de place ici. La diaspora pourrait favoriser
la création de nouveaux centres universitaires ou l'installation
en Haïti d'annexes d'univerrsités d'Amérique, d'Europe
et d'ailleurs.Mais pour qu'ils puissent accepter de s'investir sans regarder
derrière, les compatriotes de l'Etarnger doivent pouvoir faire confiance.
Et c'est à l'Exécutif et au legislatif qu'il revient au premier
chef d'inspirer cette confiance, tout en se rappelant que même au
cours de périodes non électorales, la double nationalité
et le droit de vote sont des revendications légitimes.
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à
suivre
Trajectoires diasporiques, processus communicationnels
et construction identitaire
Mercredi 12 mai 2010
Montréal (Canada)
L'université du Québec à Montréal (UQAM)
organise un colloque pour mieux comprendre "la réflexion communicationnelle
autour des diasporas et de leurs identités", "l'identification à
un ici et à un ailleurs", "les rapports entre sociétés
d'accueil et pays d'origine", les liens entre "diaspora, mondialisation
et développement endogène", "'l'usage des médias et
des TIC par les diasporas", etc.
Selon les organisateurs, "l'idée de diaspora entraîne de
nombreux réflexes: la mise en place de garde-fous afin d'identifier
et garder des liens avec le pays d’origine (argent ou réseaux) ou
des mesures gouvernementales d'aide au retour (mesures de protection locale,
charters et associations diverses)". Reste à comprendre "quelles
représentations, quels cadres théoriques et méthodologiques
nourrissent les travaux existants ? quelles sont les formes de communication
relatives aux diasporas ?"
Renseignements: Christian Agbobli, agbobli.christian@uqam.ca |
Vie
au quotidien en RDC
|
Qui veut peut désormais se faire cuire
une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa,
l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point
n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans
la rue au vu et au su de l'État.
KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo,
se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète
et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de
« foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard,
en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers
déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une
chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter
l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité
économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque
personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa
source de la pauvreté générale de la population et
échappe à l'administration fiscale…
Allées clairsemées,
étals vides ou à moitié pleins, le Marché central
de Kinshasa est de plus en plus déserté.
Les vendeurs ont envahi les rues
environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont
: chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi,
Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées
par des vendeurs à la criée et des étals à
même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants
à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents
de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins
eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements
en étalages.
La Capitale donne désormais
l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour
comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète
dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et
équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits
vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne.
Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie
désormais aux dépens des marchés et même des
shoppings qui paient taxes et impôts à l'État.
« Le commerce de trottoir,
un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par
les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité
des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des
taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de
l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue
du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut
débourser 20 dollars.
Chaque vendeur assis dans les environs
du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100
Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires
économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début
et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres
impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine),
la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars).
Tous commerçants
La multitude de taxes pousse les
vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir.
« Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une
perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait
nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de
sport.
Les tracasseries ont favorisé
le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle
fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à
celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les
lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage
commercial très agressif. Difficile de résister à
la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol
psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie.
Rien à faire, notre belle
et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce.
Le phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de
l'émergence de l'économie souterraine qui absorbe l'activité
économique à hauteur de 80 pc et qui échappe donc
au contrôle fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté
générale de la population dès la fin des années
70. Déjà à cette époque, Tabu Ley Rochereau,
comme dans une sorte de pulsion prémonitoire, y avait consacré
une chanson dans laquelle il pérorait que tout le monde était
devenu commerçant à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir
a pris de l'ampleur et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés.
Ce sont les « chailleurs », les « coopérants »,
les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à
défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets,
restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer
des services.
Dans les alentours de nos hôtels,
services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté
par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson
appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines
téléphoniques publiques…
Comme des abeilles
Des marchands ambulants y tournoient
comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs.
Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent
vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées
de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs,
changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des
gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc.
-. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman
sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent,
vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé
en plein quartier résidentiel de la Gombe.
Les contraintes de la vie ont donc
jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés
et de ménagères en quête de survie. Tout le «
résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute
de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée
de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article
15 », « effo perso » - pour effort personnel -, «
chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler
-… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des
jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne,
habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao,
Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville
par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour
vendre divers produits locaux et d'import.
Les petits vendeurs de cacahuètes,
biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à
la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux
lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes
gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons
ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons
à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous
vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur
des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille
», fait remarquer son ami, Hilaire Tamba.
Marcher sous la canicule, affronter
les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile,
crier à longueur de journée, la « chaille » ou
le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent
comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana,
« chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre
pour réussir.
Affaire de tribu
« Souvent ce qu'on gagne dans
la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à
noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare
Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet
de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes
kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour,
eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir
a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées
à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la
vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu
de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la
vente des poissons fumés ou la viande boucanée.
La vente des pains à la criée
est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart,
ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des
fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et
mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa.
Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté
de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et
ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité
dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les
caniveaux.
Tshimanga Dolay/Sage Gayala
©agencetropiques.ch
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Séropositive, Clémentine l'avoue:
"Je ne me cache plus pour en parler"
Tenue le 5 juin dernier à l'hôtel NH de Fribourg, la
2ème journée de consultations entre l'ASS et les églises
africaines était marquée par des ateliers, des discussions
et diverses interventions d'experts en matière du VIH/sida. Moment
fort de ce rendez-vous, le témoignage de Mme Clémentine*
(prénom d'emprunt) touchée dans sa chair par le virus ravageur.
Reportage.
Le jour où Clémentine apprends sa séropositivité,
le ciel lui tombe sur la tête. Un grand choc de sa vie. Aux interrogations
succède le dénie. "Ce n'est pas possible. Pas à
moi. A quoi ont servi toutes les précautions prises pour se protéger
de la maladie ?". Du sexe à moindre risque aux préservatifs,
il a suffi un moment d'inattention. Dans ce genre de situations, on reste
dans le doute. Le diagnostic du médecin était-il le bon ?
Après le temps d'interrogations et du dénie de son statut
sérologique, voici que Clémentine se met à regretter.
Elle réalise dorénavant que sa vie sera courte. Et qu'à
37 ans, elle n'en a pas vraiment profité. Elle s'en veut, elle dont
les enfants n'auront peut-être pas l'opportunité de profiter
du bonheur promis, cette nouvelle vie qu'elle est venue chercher Suisse.
Choc, interrogations et dénie
Passé l'état de choc émotionnel né de la
violence de l'annonce de la maladie, par le médecin, puis celui
d'interrogations et du dénie, Clémentine a mis du temps à
prendre réellement conscience de sa nouvelle situation; à
prendre la décision d'en parler à sa famille. "J'ai hésité
d'en parler, tout de suite, à ma famille. Je savais le dégât
que cette mauvaise nouvelle allait causer parmi les miens. D'abord, dans
ma famille proche, puis dans le quartier. Il est difficile de parler de
soi, d'évoquer sa vie affective et sexuelle, de se confier à
d'autres gens lorsque l'exercice relève d'un tabou. Surtout dans
nos sociétés africaines. Par crainte d'exclusion. La honte."
Le pire, c'est qu'elle a pris connaissance de sa maladie une fois arrivée
en Suisse. Voyez d'ici, comment envoyer une aussi triste nouvelle aux proches
et amis lointains. La portion était difficile à avaler. En
dehors du médecin, à qui devait-elle donner la primeur de
la nouvelle ? Elle, sans papiers. Elle, requérante d'asile.
Sans connaissance aucune ni du système de santé suisse ni
de ses droits. Le décor était planté : un long chemin
de croix l'attendait.
Des idées reçues sur le VIH/Sida
Dorénavant, il fallait se battre sur deux fronts : l'obtention
des papiers et les soins. "Mon parcours fut des plus difficiles. Il
fallait faire vite. S'informer. S'intégrer dans un réseau
de soins. Sans papiers, je me sentais perdue. Jetée à la
vindicte populaire. Le plus insoutenable regard venait des personnes avec
qui je partageais les repas, les soirées, les promenades en ville.
Le regard des personnes du milieu. Les requérantes d'asile qui me
connaissaient. Des calomnies. Des moqueries. Des questions fusaient du
genre "comme tu as maigrie, pourquoi ta peau noircie tant ?" et d'autres
considérations déplacées. J'ai couru de gauche
à droite pour chercher les réseaux, les associations ou toute
entité en mesure de m'aider. On m'a trimballée çà
et là. Je me suis reclue dans mon coin. J'étais coupée
du monde. Seule dans ma souffrance. Ma solitude était pesante. On
ne m'a pas vite tendu la main. J'étais au bord du suicide. Personne
de ma communauté pour me réconforter. Pour m'écouter.
Et toujours ces interrogations quant à mon avenir. Pourquoi étais-je
venue mourir en Suisse, loin des miens ?"
Au mécanisme de rejet et d'isolement s'ajouta celui non certain
de soins. "Je ne savais rien du tout sur la maladie. Sans caisse-maladie
(obligatoire en Suisse), je n'étais pas sûre de recevoir des
soins appropriés. Ils coûtent trop cher, pour une personne
dans la situation de requérante d'asile. Et puis, je ne connaissais
rien de trithérapies. En Afrique, cela coûte la peau des fesses.
Au Cameroun, c'était la dernière de mes préoccupations.
Le sida n'était pas mon affaire. Je l'assimilais à toute
maladie non-incurable. J'ai découvert des infos ici, après
avoir connu mon statut."
Contrairement à certaines personnes qui ont des idées
reçues sur le VIH/Sida, Clémentine n'avait aucune appréhension.
La source de ce mal, dit-on dans certaines contrées africaines,
tient du mauvais sort, quand ce n'est pas de la jalousie de quelqu'un;
des rapports conflictuels entre des proches, des voisins; de la sorcellerie.
Dans certaines sociétés basées sur le rationnel, la
confidentialité, le secret, peu de personnes cherchent l'explication
chez le Marabout; peu de gens essaient de lire dans le marc de café.
Aucun rite, mais l'acceptation de la maladie.
Progressivement, sous médicaments, Clémentine a retrouvé
confiance en elle. Grâce à la rencontre des personnes dans
son cas. "Je connais deux ou trois Camerounaises dans ma situation.
On se rencontre pour échanger des informations. On se croise au
CHUV. J'en parle aujourd'hui en toute liberté. En fait, la question
n'est pas de savoir s'il faut en parler ou garder la nouvelle pour soi.
Il faut en parler. Je fais des témoignages dans des associations,
les universités, etc. ça me donne le courage de me battre,
d'affronter le regard des gens. Aujourd'hui, je m'en fous, je fais ma vie
comme tout le monde. Après la peur, je montre mon visage."
L'église : refuge en temps de détresse.
Ce regard est celui qu'on retrouve par quelques relais associatifs,
voire spirituels. En effet, avec le temps, Clémentine a abordé
la question de spiritualité par rapport à la maladie. Le
fait de contacter les hommes de l'église lui a redonné confiance.
L'église est un lieu de refuge en temps de détresse. On dit
que toute souffrance plonge l'homme dans les questions spirituelles. Et
exigent des réponses spirituelles. Des réponses sur ce qu'est
l'être humain et non sur ce qu'il a. La nuance est de taille parce
que si le VIH/Sida est le symbole d'un mal de l'existence humaine, le rôle
de l'église est de porter consolation dans le cas d'un fait en désaccord
avec la façon de vivre pour laquelle l'homme fut créé.
Le rôle de l'église n'est pas tant d'être actrice de
prévention, mais de prier pour tous les maux qui font violence à
la dignité humaine; d'en appeler à l'éthique de l'amour;
d'accueillir et de ne pas exclure les malades en son sein et de relancer
l'espérance. Autre initiative qui fait son chemin : créer
une structure de travail, composée de personnes formées et
susceptible d'accompagner les malades dans des réflexions liées
au sens de la responsabilité, à l'éducation et à
l'amour du prochain.
Bien qu'affectée et infectée, sous médicaments,
Clémentine a détruit le mécanisme d'isolement, cette
mort sociale dans laquelle elle était précipitée.
Pour quitter sa solitude, elle s'est faite violence. En dépit de
son statut sérologique, elle revit, aujourd'hui, dans le système
dit normal. En attendant de la Suisse, un accueil, à titre humanitaire,
autrement dit l'obtention d'un permis de séjour reconnu.
Cikuru Batumike
mode vie en diaspora
Charmes
et secrets de la chevelure
par Liliana Pizzoni
Les salons de coiffure et d'esthétique
du monde noir en Europe proposent diverses prestations : coupe de cheveux,
brushing, défrisage, coloration, extensions, relooking, tissage,
soins capillaires et soins du corps (sauna, jacuzzi). Ils vendent aussi
des cheveux naturels et des accessoires de tissage. Mais que savons-nous
réellement des charmes de la chevelure ? Avec mes cheveux d'une
seule couleur, je me sens vraiment démodée ! J'ai envie d'un
brin de nouveauté. Que diriez-vous si je me les faisais couper raz
sur les côtés, en laissant au milieu une touffe blonde, que
je couperais "en coup de vent" ?... Non, il vaudrait mieux les teindre
en rouge et les peigner à la bohémienne, avec un coup de
ciseaux du coiffeur; je serais ainsi méconnaissable, même
pour ma mère ! Ces charmantes considérations sur la
chevelure, et bien d'autres du même genre sur l'esthétique
et la mode, sont non seulement fréquentes, mais presque obligatoires
pour qui veut être un tantinet original et ne pas paraître
complètement hors circuit...
La chevelure, une carte de visite
En ce monde, la chevelure est la partie du corps à laquelle on accorde
le plus des soins: elle est pour ainsi dire une carte de visite, quelque
chose qui vous met à l'aise si vous en êtes satisfait et frappe
(pas toujours positivement) celui qui l'observe malgré lui. Femmes
et hommes ont de tout temps consacré beaucoup de soin à leur
chevelure et les peuples les plus primitifs sont souvent ceux qui battent
le record de variété, de fantaisie et...de patience ! Seules
quelques rares peuplades, comme les Boschimans et les Hottentots, ont une
coiffure des plus simples car leurs cheveux sont si crépus qu'il
est impossible de les peigner. Les motifs qui poussent hommes et femmes
à consacrer une partie de leur temps à leurs cheveux sont
très variés: l'hygiène, l'esthétique, des mobiles
religieux et sociaux exigent des traitements divers. En Californie, par
exemple, les Pimas se défendaient des poux en enduisant leurs cheveux
de boue; les Omahas, Indiens des prairies, rasaient la tête des garçons
en laissant quelques touffes qui, peignées d'une certaine manière,
évoquaient l'image de l'animal totem de leur clan. Motifs hygièniques
donc pour les premiers et tribaux pour les seconds.
Une coiffure pour chaque circonstance
La nature du cheveu en conditionne
le traitement; les cheveux crépus peuvent être "matés"
en les partageant en petites tresses légères, rendues plus
voyantes si l'on y mêle un fil de tissu ou de métal. C'est
ainsi que se coiffent de nombreuses femmes africaines. Les Polynésiennes,
par contre, dont les cheveux sont lisses et brillants, peuvent les laisser
dénoués sur les épaules, à l'admiration de
tous. La tresse est d'origine asiatique; en Mongolie, les hommes et les
femmes en portaient, tandis qu'en Sibérie, seules les femmes se
paraient de tresse et qu'en Chine, c'était l'apanage des hommes.
En Mongolie et dans le Turkestan, les tresses s'ornaient de bijoux d'argent;
chez les Indiens d'Amérique, les tresses étaient de règle;
chez les Dakotas, elles étaient une prérogative exclusivement
masculine et ont les laissait tomber sur la poitrine, tandis que les Séminoles
les portaient sur les épaules. Chez les Pueblos et les Aztèques,
les tresses étaient réservées aux femmes. En Erythrée
et au Soudan, on trouve les fantaisies les plus amusantes dans l'ornementation
des cheveux: chaînettes, anneaux, petites perles, rubans brodés
de tous genres. Les femmes ont des façons bien différentes
de se coiffer. Dans certaines régions équatoriales et centrorientales
de l'Afrique, on rencontre des tribus où les femmes préfèrent
se raser complètement la tête, tandis que les hommes exhibent
les coiffures les plus élaborées. D'autres tribus, au Cameroun
, en Guinée et au Congo-Kinshasa font étalage de chevelures
qui sont des vrais chefs-d'oeuvre d'imagination, tandis qu'au Kenya et
dans d'autres contrées africaines, Nilocamites, Suks, Maasaïs
et Turkanas parviennent, avec de la graisse, de la boue et de la cendre
à "personnaliser" chaque tête de manière vraiment originale.
En Mélanésie, la chevelure sert de prétexte à
de véritables constructions et, dans les Îles Fidji , certains
hommes arborent, pour des circonstances particulières, des coiffures
d'un mètre et demi de largeur. Le problème, c'est l'équilibre,
car un faux mouvement et...adieu la dignité ! Si les cheveux ne
suffisent pas, on peut avoir recours aux plumes d'oiseaux. Les Tupi-Guarani
du Brésil enduisaient leur chevelure de cire d'abeilles afin de
pouvoir y fixer des plumes rutilantes, ou s'ornaient gracieusement le front
de peaux de toucans recouvertes de plumes jaunes.
Perruques et postiches
La chevelure ne suffit pas toujours
à obtenir un chef d'oeuvre d'originalité; on a alors recours
à des perruques et à des postiches, formés tantôt
de vrais cheveux, pris le plus souvent sur d'autres personnes, soit à
des matériaux divers, comme la crinière de cheval, par exemple.
Quand ils furent découverts par les Espagnols au 16e siècle,
les indigènes des Îles Fidji et des Îles Salomon usaient
de perruques bleues. Les cheveux de ces perruques avaient été
coupés sur des morts et plongés dans une substance colorante
tirée d'une plante du genre liseron, puis coiffés pour être
portés avec un oubli désinvolte de leur origine...Il n'y
a du reste rien de neuf dans cette mode de la perruque. Les experts disent
en effet qu'elle remonte aux deuxième millénaire avant Jésus-Christ,
et peut-être même encore plus haut. Les Sumériens, les
Egyptiens et les Perses la jugeaient indispensable. Les Grecs en façonnaient
de types divers et les Romains importaient même des cheveux de l'étranger;
les blonds venaient d'Allemagne et les bruns de l'Inde. Sous le règne
de Louis XIV, le Roi Soleil, un noble ne se serait jamais présenté
sans une énorme perruque, qui lui valait une grande considération.
L'histoire, qui aime les chiffres nous dit qu'en France, on vendait encore
dans le commerce, au début du siècle dernier, une moyenne
de 130 tonnes de cheveux par an, achetés en bonne partie aux femmes
pauvres qui les coupaient et les vendaient afin de pouvoir vivre, tandis
que le reste était prélevé sur des femmes mortes dans
les hôpitaux publics.Peintures et ornementLa coiffure n'est pas la
seule caractéristique d'un peuple; les peintures corporelles, comme
les tatouages et les scarifications, sont le plus souvent inspirées
par des motifs religieux, rituels et sociaux. Dans l'histoire de l'humanité,
la peinture du corps précéda même probablement tous
les autres traitements de la peau. On se peignait pour montrer son rang
social, pour faire peur à un ennemi ou pour participer à
une cérémonie avec des signes symboliques. La peinture du
corps peut embellir autant qu'un vêtement; elle n'est pas indélébile
comme le tatouage et il est possible de changer de couleur ou de dessin
selon les circonstances. Les couleurs les plus fréquemment utilisées
sont le rouge, le blanc, le jaune et le noir. On peut peindre le corps
sans pinceaux, avec les doigts, avec de petits bâtons bien taillés,
en employant de petites formes ou encore en giclant la peinture avec la
bouche... Les motifs peuvent être très variés: raies
ondulées en gris, vert ou rouge sombre, petites étoiles blanches,
dessins géométriques, formes d'oiseaux, etc. Les plus originales
sont les peintures du visage, souvent asymétriques; par exemple
la joue droite avec des bandes blanches et noires verticales, la gauche
à bandes horizontales... Et que diriez-vous de tacheter votre nez
et vos joues de jaune et de vert, en encerclant vos yeux de rouge carming
? Cet audacieux maquillage est porté avec une incomparable désinvolture
par les Papous de la Nouvelle Guinée .
Liliana Pizzoni
Migration
Conseil : un outil au service des migrants
Migration
Conseil fait partie des structures indépendantes et apolitiques
qui prônent une France de droits, de tolérance et de justice.
Implantée à Montreuil, elle a été fondée
en janvier 2007. Un travail de terrain est accompli, avec ce souci permanent
d’éviter un système axé sur le rejet de l'étranger.
Notre lecture de ses activités.
La
question migratoire en France n’est pas différente de celle qui
se pose dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Elle est
d’ordre divers et couvre des domaines complexes tels le droit au séjour,
au travail ou aux études. Des droits qui sont la clé indispensable
à toute bonne intégration. Différents organismes étatiques
ou privés font face, appelés qu’ils sont à privilégier
une France qui se veut une référence universelle en matière
de défense des minorités. Ainsi donc, Migration Conseil base-t-elle
son existence sur le mélange permanent des cultures, initiant sa
démarche sur la possibilité de bâtir une France de
la diversité dès lors que les conditions prévues par
la loi sont respectées et remplies. Etudier, s'établir et
s'intégrer supposent un meilleur accès aux droits, par un
refus des idées reçues; l'obtention du partage des bons plans
; la mise en valeur et l'accompagnement des initiatives de migrants. Tout
un programme que soutient une modeste équipe de juristes spécialisés
dans la question de la diversité et du droit des étrangers.
Le
travail de Migration Conseil tient du domaine du social : elle fluidifie
l’application du droit des étrangers et des procédures de
leur embauche ; elle favorise la diversité dans l’emploi et améliore
l’accueil et l’intégration des étrangers dans la société
française. Son statut d’entreprise lui garantit une indépendance
qui lui permet de faire l’interface entre les entrepreneurs, les acteurs
associatifs et administratifs et les décideurs politiques. Au-delà
des accompagnements, Migration Conseil informe les migrants qui le souhaitent
sur les démarches administratives lors d'un rendez-vous individuel
ou dans le cadre de la loi, elle prend en charge différentes démarches
pour l'obtention d'un titre de séjour. Elle peut intervenir, auprès
des autorités, sur des dossiers délicats de séjour.
Pour
comprendre, évaluer certaines situations et faciliter l’accès
aux informations liées aux questions migratoires, Migration
Conseil met régulièrement à jour son blog «
Questions d’étrangers ». Une occasion d’informer, d’approfondir
la réflexion sur l'immigration en France, mais également
lutter contre les préjugés. Le blog renseigne sur la question
du travail légal en France : lorsqu'on est étranger grâce
à la procédure d'introduction (régularisation des
cas par cas des migrants employés mais en séjour illégal);
le débat lié à l'intégration et l'identité
nationale; le délit de solidarité ; le mythe des étrangers
qui volent le travail des Français; les effets de la crise économique
sur les migrants; les réflexions sur les raisons des inégalités
face à l'emploi; l’insertion professionnelle, le regroupement familial,
la carte de compétences et d'autres sujets. Le blog fournit une
série d'indications fouillées, par le biais de quatre rubriques
: la revue de presse, les questions de démarches, les opinions et
Migr'info. Migration conseil s'appuie sur le travail de son équipe
qui écrit ou épluche la presse nationale et internationale.
Des informations pratiques, juridiques et concrètes, qui décrivent
la réalité du terrain et apportent des réflexions
et points de vue novateurs.
Autre
initiative : Migration Conseil initiait en décembre 2009, le séminaire
intitulé « La mise en œuvre de l’immigration professionnelle
: entre volonté politique et application concrète »
Il s’agissait de favoriser les échanges entre les différents
acteurs concernés par le travail des étrangers, de réduire
l’écart entre les règlements et les pratiques. Les thèmes
abordés par ce séminaire concernaient les étrangers
hautement qualifiés, la lutte contre le travail illégal,
l’intégration des immigrés sur le marché du travail
et la promotion de la diversité au travail.
Deux
experts sont à la base de la création de Migration Conseil
: Alexandre George, spécialisé dans la législation
relative aux étrangers et dans l’instruction de dossiers juridiques
complexes. Il a travaillé à la Direction des Etrangers du
Ministère des Affaires Etrangères français, puis,
en tant que rapporteur, à la Cour Nationale du Droit d’Asile (ex-CRR).
Il a accompli son cursus à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble,
avant d’occuper un poste auprès de la DRH d’un Institut de Recherche.
Il est l’actuel Directeur de Migration Conseil. Caroline Naïl n’a
cessé de parfaire les connaissances en Droit des Etrangers et Droit
International, après ses études de Droit. Elle a instruit
des dossiers de demande de regroupement familial et d’asile au Ministère
des Affaires Etrangères, avant d’être collaboratrice à
la Cour Nationale du Droit d’Asile (ex-CRR). Elle a fait un passage remarqué
au ministère de l’Intérieur (dont Cabinet). Elle est la responsable
du service emploi et séjour de Migration Conseil.
Contact
: Céline Bonnet, chargée de développement. Migration
Conseil, 104-112 avenue de la Résistance 93102 Montreuil Cedex Tél.
01 71 86 40 60 Fax 01 48 70 74 87 E-mail : contact@migration-conseil.com
blog : www.questionsdetrangers.com.
Cikuru
Batumike
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migrations
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Méditerranée / “Traffic Island”
Gilbert Calleja
Des migrantes et leurs bébés après leur sauvetage
en mer (© G. Calleja)
Ces dix dernières années, Malte a connu un afflux de
boat people, ce qui a fait de l’ « immigration » l’un des sujets
de débat les plus brûlants du pays. Mais tandis que le racisme
augmente, les hommes politiques locaux se montrent peu soucieux de favoriser
l’intégration des migrants à la population locale.
On m’arrête à l’entrée. Je donne mon signalement
au gardien, qui me prie cordialement d’attendre, puis passe une série
de coups de téléphone. Je m’assois dans ma voiture, et regarde
autour de moi. Le grillage jaune qui entoure les cours extérieures
du centre de détention Safi et qui ressemble à une espèce
de cage s’est sensiblement rouillé depuis ma première venue,
en 2006, lorsque la première «visite de presse» a été
organisée. Depuis lors, le site a connu maintes protestations et
maints «soulèvements» des détenus immigrés,
qui se plaignent de la longueur de leur détention, de l’âpreté
des conditions de vie et des mauvais traitements qu’on leur inflige dans
le centre. Une jeep de l’armée s’avance vers moi, et on m’escorte
jusqu’à la «Maison Jaune», là où les femmes
sont détenues dans une zone séparée. Quelques rapides
formalités, et l’agent de sécurité ouvre le portail
en métal. Je suis dans une véranda ceinte dans un grillage.
Quatre jeunes filles paressent sur un matelas, tout au fond du couloir,
tandis que d’autres vont et viennent, et s’adonnent à toutes sortes
de tâches ménagères: pendre le linge sur la grille
qui les entoure, débarrasser les restes du petit-déjeuner,
etc. ; certaines me dévisagent, d’autres ricanent, d’autres encore
me jettent des regards désapprobateurs. «Qui êtes-vous?
Qu’est-ce que vous voulez?», me demande une robuste Nigérienne,
avant même que j’aie eu le temps de prendre mes marques. Elle porte
un faux manteau de fourrure trop grand pour elle, au-dessus d’un jean et
d’un t-shirt rouge. La voix qui sort de ce gros tas de poils est de toute
évidence hostile. Le soldat qui nous accompagne intervient et explique
ce que je fais là. Ils se mettent d’accord : nous discuterons dans
la «salle Télé».
Les filles s’assoient sur les tables, et on me laisse m’asseoir seul,
à une distance qui me met mal à l’aise. Pour essayer de briser
la glace et de détendre l’atmosphère, je demande au soldat
de me laisser seul avec la quinzaine de jeunes filles assises en face de
moi. Sur ma gauche, un groupe de timides Somaliennes, Erythréennes
et Ethiopiennes qui parlent entre elles. Certaines essayent de traduire
pour les autres. En face de moi, il y a les Nigériennes qui mènent
le groupe, essentiellement parce qu’elles parlent un anglais plutôt
bon. Elles refusent de me dire leur nom, leur âge, et leur pays d’origine.
La plupart d’entre elles sont visiblement en colère et irritées
par ma présence, je leur demande donc pourquoi. Elles m’expliquent
qu’elles ont raconté leurs histoires à un grand nombre de
journalistes avant moi, mais que leur situation n’a pas changé.
Elles ne voient pas pourquoi elles sont incarcérées. Certaines
déclarent qu’elles sont en détention depuis plus de 16 mois,
d’autres disent que les conditions en Libye étaient meilleures qu’à
Malte. Elles me rappellent encore et encore que les journalistes qui m’ont
précédé n’ont pas du tout réussi à changer
les choses. Je leur demande: De quel sorte de changement vous voulez
parler?». «La liberté! Laissez-nous sortir – on n’est
pas des criminelles.» J’essaie d’expliquer mon impuissance et de
leur faire comprendre que ces choses ne sont pas de mon ressort. Elles
me laissent planté là, seul face à mon carnet vide.
J’ai dû attendre presque six semaines avant d’avoir droit à
une heure de visite au centre. Les filles me donnent leur avis en moins
de dix minutes. Pendant que je rentrais chez moi, je me suis efforcé
de ne pas succomber à la déception et la frustration, pour
essayer de comprendre la tournure qu’ont pris les événements.
Ma frustration s’évanouit rapidement quand je remets en perspective
le silence de ces jeunes filles.
Il n’y a pas de commune mesure entre mes six semaines d’attente et 16
mois de détention, après avoir traversé terres, désert
et mer, après avoir laissé derrière soi tout et tout
le monde, et avoir risqué sa vie, parce qu’on aspire à des
conditions de vie humainement acceptables. L’immense majorité des
migrants qui quittent les rivages d’Afrique du Nord pour rejoindre l’Europe
viennent de Somalie, du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythrée, de la République
Démocratique du Congo, de Côte d’Ivoire, du Nigéria,
et d’autres pays où l’instabilité politique, l’intolérance
religieuse et tribale, les conflits et la misère sont à l’ordre
du jour. Ma frustration s’efface quand je remets en perspective la décision
des filles de garder le silence. Leur protestation silencieuse amène
à se demander si les Maltais ou d’ailleurs les Européens
abordent le problème de l’immigration convenablement. L’UE comprend-elle
la détresse des nombreux réfugiés, des demandeurs
d’asile ou des migrants économiques qui gagnent ses rivages? L’UE
n’a, de fait, pas vraiment fait preuve de volonté politique pour
améliorer la situation de ces gens, et au lieu de cela, en 2003,
elle a donné 20 millions d’euros à la Libye de Kadhafi afin
qu’elle arrête les bateaux qui quittent ses côtes pour l’Europe,
qu’elle mette en place des centres de détention et qu’elle rapatrie
les candidats à l’immigration dans leurs pays d’origine. Cela a
été amplement documenté, et dénoncé
par des journalistes comme Gabriele Del Grande sur son blog Fortress Europe.
Passer
L’immigration irrégulière dépend pour l’essentiel
de deux facteurs : d’une part, un flot continuel de désespérés
qui craignent pour leur vie et cherchent à s’échapper afin
d’avoir une existence meilleure, plus humaine, et d’autre part, des trafiquants
ou passeurs. Des personnes sans scrupules, des gangs et des organisations
qui connaissent bien les structures de pouvoir qu’il faut connaître,
ou des personnes qui ont simplement le moyen de transporter des gens sur
des terrains rigoureux et de leur faire traverser la frontière,
et qui sont prêts à prendre ce risque. Le point de départ
d’un migrant peut être très différent, car il dépend
de la situation de chaque pays. Certaines familles économisent pendant
des années pour pouvoir financer le voyage d’un de leur membre,
afin qu’il puisse se rendre en Europe, où il aura ensuite la possibilité
de trouver un travail et d’envoyer de l’argent au reste de la famille,
de sorte qu’elle finira par le rejoindre. D’autres s’en vont avec le peu
qu’ils ont, surtout quand les conflits et la guerre viennent frapper à
leur porte, et mettre sérieusement leur vie en danger. Tout cela
est extrêmement simple en théorie. Il y a une demande, et
une offre pour satisfaire cette demande, mais en pratique, les choses sont
bien plus complexes et désespérément tragiques. Dans
les faits, des milliers de gens meurent : ils périssent dans le
désert, se déshydratent ou se noient dans la Méditerranée.
Les chanceux qui survivent au voyage sont toujours victimes d’abus et d’humiliations,
sans parler des traces psychologiques et des traumatismes qui hantent la
plupart des migrants qui ont survécu.
Malte
La plupart des migrants qui débarquent à Malte n’ont
jamais entendu parler de cette petite île. Une grande majorité
d’entre eux sont des Somaliens qui fuient un pays de non-droit, où
les clans guerriers et les seigneurs de guerre font la loi. Ils foulent
le territoire maltais après avoir dérivé en mer pendant
des jours et des jours. Très souvent, ils n’ont pas la moindre idée
de ce qui les attend, et la plupart d’entre eux n’ont pas de papiers d’identité.
Dès leur premier pas sur l’île, Ils sont enregistrés
et on les informe que leur arrivée est «illégale».
Ils font alors une demande de protection ou d’asile politique. Pendant
ce temps, on les enferme dans l’un des quatre centres de détention
que compte l’île. Les dossiers et le retard s’accumulent à
la Commission pour les Réfugiés, si bien que les individus
doivent attendre pendant des mois avant d’avoir leur première «audience».
La période maximale de détention est de 18 mois. Après
cela, on leur accorde souvent la résidence temporaire, certains
avantages sociaux, et un permis de travail.
Les conditions de détention à Malte, comme ailleurs en
Méditerranée, sont rudes. L’idée même de maintenir
les migrants en détention a été dénoncée
et maintes fois critiquée par les ONG locales, par le Commissaire
aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, et par le Comité pour
la Prévention de la Torture. Quand les migrants sont relâchés,
soit ils trouvent un logement dans l’un des centres ouverts construits
sur l’île, soit ils essaient de trouver une autre habitation. Généralement,
les migrants africains, à Malte, vivent dans des conditions de pauvreté
abjectes. Selon un rapport de la Commission Européenne contre le
Racisme et l’Intolérance, publié en décembre 2007,
«les autorités maltaises ont appliqué une politique
de rétention systématique de tous ces migrants, ce qui a
non seulement des incidences négatives sur le respect des droits
de ces personnes mais contribue aussi à ce qu’elles soient perçues
comme des criminels, en favorisant ainsi le développement du racisme
et de la xénophobie parmi la population maltaise. Ces attitudes
sont renforcées par le débat public –notamment le débat
politique – sur l’immigration irrégulière qui ne fait pas
en général une place suffisante à la question des
droits de l’homme et de la dignité humaine. L’immigration irrégulière
a aussi servi de plate-forme au développement de groupes organisés
d’extrême-droite. Les migrants en situation irrégulière,
les demandeurs d’asile, les personnes ayant obtenu le statut humanitaire
et les réfugiés sont toujours exposés à la
discrimination raciale dans l’accès aux différents services
et à des abus sur le marché du travail où ils sont
pour la plupart employés clandestinement.»
Traduction de l’anglais Marie Bossaert
|

initiatives
La
mobilisation de la diaspora africaine, un moyen de relancer la recherche
scientifique sur le continent
"Accentuer
les efforts pour encourager la diaspora africaine à participer aux
initiatives destinées à répondre aux défis
scientifiques sur le continent et impliquer les scientifiques africains
dans des projets commun", est une des demandes adressées par le
réseau des académies scientifiques africaines Nasac, dans
une déclaration envoyée au "G8+5" qui se réunira en
Italie en juillet 2009. Le G8+5 se compose des chefs d'États ou
de gouvernement des pays membres du G8 (Canada, France, Allemagne, Italie,
Japon, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis), ainsi que de ceux de cinq pays
émergents (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud).
La déclaration du Nasac entend les alerter sur la gravité
du phénomène de "fuite des cerveaux", qui porte un préjudice
important au développement des pays d'Afrique. Ainsi, "les universités
d'Afrique ont été vidées de leurs étudiants
par les pays développés" et un tiers des scientifiques africains
ont migré, alors que leurs compétences se révèlent
cruciales pour l'avenir du continent.
"Des
dizaines de milliers de scientifiques africains vivent et travaillent dans
les pays développés. La plupart de reviendront jamais", souligne
le Nasac. Pour pallier ce manque, le réseau propose d'intensifier
les politiques destinées à "tirer avantage du savoir et de
l'expertise des migrants", notamment en encourageant les séjours
courts en Afrique et le développement de projets de coopération
internationale scientifique. La déclaration met également
en avant l'idée de constituer une base de données des Africains
hautement qualifiés susceptibles de se porter volontaires pour des
actions de collaboration avec les scientifiques restés en Afrique.
Les
besoins en compétences de ce type sont importants pour le continent,
rappelle le Nasac: à peine 1,4% des publications scientifiques internationales
proviennent de chercheurs qui travaillent en Afrique, selon le Science
citation index, et les estimations font état d'un manque de 1 million
de chercheurs pour répondre aux besoins cruciaux actuels. Les propositions
émises en direction du "G8+5" font état d'un financement
pour la reconstruction des universités africaines, le G8 ayant promis
en 2005 de lever près de 10 milliards de dollars pour cela et pour
la construction de centres de recherche.
Source:
Nasac, www.lincei.it/files/dichiarazioni/
NASAC_statement_brain_drain_Africa.pdf
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Quand
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Collection Etudes africaines- Aucun pays ne peut se
développer s'il n'utilise pas rationnellement ses meilleures ressources
humaines. Qu'en est-il des pays africains ? Ils favorisent, directement
ou indirectement, la fuite des cerveaux - départ et exil des intellectuels
et des travailleurs qualifiés - dans les pays riches qui les utilisent
gratuitement. L'auteur analyse la problématique et propose des réponses
: pourquoi cette fuite ? Quels sont les pays d'accueil ? Quelle est son
ampleur ? Quelles sont ses conséquences ? Editions l'Harmattan.ISBN
: 978-2-296-10632-1 • janvier 2010 • 272 pages. Autres publications de
l'auteur : HISTOIRE DU MULTIPARTISME AU CONGO-BRAZZAVILLE en 3 volumes;
L'ÉCHEC DE L'INTÉGRATION DES NOIRS EN FRANCE.
document
Immigration
: Un ouvrage relate l’errance des clandestins africains en Espagne
L’ouvrage de 259 pages, publié dans la collection ‘‘Point
de vue’’, aborde l’épineuse question de l’immigration clandestine
en particuliers d’origine subsaharienne en direction de l’Occident, l’Espagne
en particulier, via la mer ou le désert nord-africain.
« La rédaction de ce livre m’est venue à
l’esprit au moment où, au cours d’un voyage en Espagne, j’ai assisté
durant l’été 2006, à des scènes inouïes
dans ce pays de Franco où, chaque semaine, des centaines, voire
des milliers de clandestins africains en provenance du Sud du Sahara, débarquaient
sur les côtes des îles Canaries », déclare M.
Mendy. Pour l’auteur, « jamais on ne pouvait faire cent pas sans
rencontrer un jeune clandestin ou un groupe de jeunes africains fraîchement
sortis des centres de détention de clandestins dans les îles
Canaries. Visiblement sans repères. Errant sans destination ».
« Certains quémandaient même pour manger. Sans abris
et faute de moyens, beaucoup d’autres clandestins dormaient à même
le sol dans les gares ou les places publiques libérées la
nuit aux heures creuses », a t-il révélé. Et
M. Mendy d’ajouter : « En voyant ces jeunes compatriotes et les autres
frères africains dans une telle situation tristement inhumaine,
j’étais profondément abasourdi. J’ai décidé
d’immortaliser cette peine. J’ai donc décidé d’approcher
certains de ces martyrs de la pauvreté sans doute victimes d’une
injustice sociale afin de recueillir leurs témoignages ».
L’objectif visé, à travers cette publication, est «
d’analyser les faits et les réalités qui secouent la crise
aujourd’hui liée à ce fléau (l’immigration, ndlr)
et dont les pays d’accueil comme les pays d’origine, dans leurs politiques
de l’autruche, peinent à apporter des solutions efficaces et, de
surcroît, humaines ».
Ce livre, qui passe en revue le quotidien des clandestins,
en décrivant les préparatifs de leur départ, en passant
par les conditions du voyage, jusqu’à leur arrivée sur les
plages espagnoles et parfois leur errance, se veut, selon l’auteur, «
un témoignage vivant plus proche des réalités sociales,
économiques, culturelles et même communautaires et coutumières
des migrants ». « L’immigration a fait l’objet d’une littérature
très controversée où chaque auteur ne se limite souvent
qu’aux faits superficiels soit à caractère narrateur, soit
diffamatoire ou enfin, soit, l’auteur maîtrise très mal certains
détails sociaux, voire sociologiques qui ont une importance capitale
dans la compréhension du sujet », fait-remarquer l’auteur.
«Le plus souvent dans cette gymnastique intellectuelle, dira M. Mendy,
les meilleurs ouvrages sont ceux qui blanchissent les Occidentaux et culpabilisent
l’Afrique dans cette crise qui secoue le continent noir en particulier.
Or la réalité est que les responsabilités sont partagées
». Cependant, au-delà du témoignage, l’ouvrage tente
de poser le débat sur cette question assez préoccupante qu’est
l’immigration clandestine et en même temps d’ouvrir des pistes pour
l’analyse de ce fléau «quasiment devenu un drame qui endeuille,
chaque jour, des familles pauvres mais aussi innocentes ». En terme
d’objectif recherché, il s’agit de faire «que des mesures
concrètes puissent enfin être adoptées d’une part,
dans le cadre de la promotion des ressources humaines en Afrique et d’autre
part, dans le cadre du rétablissement des rapports Europe-Afrique
en matière de co-développement et de partenariat économique
Nord-Sud et Sud-Sud », renseigne t-il.
Rue Cases-Nègres,
depuis 27 ans rien n'a changé
Par Christophe Carrière
Alors que le film Rue Cases-Nègres ressort sur les écrans,
retour sur ce succès antillais entravé par des préjugés
racistes persistants. Adapté du roman de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres,
d'Euzhan Palcy, n'est pas seulement un des plus gros succès de 1983,
avec ses 3 millions d'entrées. L'histoire, en 1931, de cet orphelin
sorti des plantations de canne à sucre et envoyé à
l'école est, d'abord, un beau et bon film. Qui, pourtant, a failli
ne jamais voir le jour. En 1981, Euzhan Palcy, Martiniquaise inconnue de
21 ans, reçoit l'avance sur recettes sur scénario : près
de 300 000 euros d'aujourd'hui. C'est exceptionnel. N'empêche : en
quête d'une maison de production, elle essuie refus sur refus. "Chez
Gaumont, on m'a dit que c'était sympathique, mais pas le genre de
la maison, se souvient-elle. D'autres avaient du mal avec le titre ou pensaient
qu'une affiche avec un enfant noir était invendable." Dix-huit mois
de galère et d'humiliations. Epaulée par François
Truffaut, elle déniche finalement un producteur, Michel Loulergue,
ponte de la publicité désireux de se lancer dans le cinéma,
et un distributeur, Claude Nedjar, "à qui le film doit beaucoup",
insiste Euzhan Palcy. Elle trouvera aussi les 400 000 euros nécessaires
au bouclage du budget auprès d'Aimé Césaire, alors
maire de Fort-de-France.
Des quotas pour les Noirs dans la fiction française
La suite, on la connaît : César du meilleur premier film,
plébiscite international... Ceux qui avaient renvoyé la réalisatrice
à ses chères études ne jurent évidemment que
par un Rue Cases-Nègres 2. Tout autre projet d'Euzhan Palcy ne les
intéresse pas. D'où le départ de la cinéaste
pour Hollywood, où elle réalise Une saison blanche et sèche,
avec Marlon Brando (1989). Depuis, elle se partage entre Los Angeles et
Paris. Là-bas, elle tourne des téléfilms. Ici, elle
se bat. "Quand j'ai proposé un film sur le chevalier de Saint-Georges,
il m'a été répondu : "Les bronzés, ce n'est
pas simple en France. Quand le téléspectateur en voit un,
il zappe.''" A défaut d'une meilleure solution, elle réclame
des quotas pour les Noirs dans la fiction française. Vingt-sept
ans après le succès de Rue Cases-Nègres, rien n'a
vraiment changé. Malheureusement.
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