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Guinée équatoriale: la vie de nabab d'Obiang Junior
Le fils aîné du président de Guinée équatoriale a accumulé propriétés somptueuses, voitures de luxe, et objets d'art. Paris et Washington le soupçonnent de détourner les fonds publics.
Maudits magistrats... Dans sa propriété de Malabo, face au golfe de Guinée, Teodoro Nguema Obiang Mangue, 42 ans, rumine sans doute ses mésaventures judiciaires en déambulant entre les statues de marbre de son patio. Car "Teodorin", alias "Son Excellence" ou "Prince", fils aîné du président de la Guinée équatoriale, est dans le collimateur de la justice international : en France et aux Etats-Unis, il est soupçonné de piller les richesses de sa patrie, petit émirat pétrolier et hispanophone, pour financer son train de vie de nabab. A Los Angeles et à Washington, ses biens sont visés par deux procédures civiles ouvertes en octobre 2011. Objectif des autorités : mettre la main sur 70 millions de dollars d'actifs, dont 3 millions en objets ayant appartenu à Michael Jackson, "au profit des citoyens du pays auquel ils ont été soustraits". A Paris, les juges d'instruction Roger Le Loire et René Grouman ont sollicité le feu vert du parquet pour lancer un mandat d'arrêt international contre Obiang junior pour "blanchiment".
Il jette l'argent par les fenêtres
Teodorin donnerait cher pour renouer avec l'insouciance de sa vie d'avant. Sauter dans son jet privé pour rallier ses demeures de Paris, de Malibu (Californie), ou du Cap (Afrique du Sud). Faire ses emplettes chez Gucci, Dolce & Gabbana et Versace, ses marques fétiches. Courir les antiquaires ou les salles des ventes.
Teodorin ? Un jeune arrogant et pourri de fric
Le célibataire aux cheveux gominés a beau être un homme très occupé - il est ministre de l'Agriculture et des Forêts depuis 1998, vice-président du parti présidentiel, patron d'une demi-douzaine de sociétés et délégué adjoint de son pays auprès de l'Unesco -, il ne rate pas une occasion de jeter l'argent par les fenêtres. Le jeune Obiang s'est livré très tôt à son passe-temps favori. Après sa scolarité à l'école des Roches, très chic pensionnat normand, il s'inscrit à l'université Paris-Dauphine. L'étudiant apprécie moins les études que les fêtes. Son cursus à la Pepperdine University de Malibu dure... cinq mois, en 1991. Le temps de dépenser 50 000 dollars dans les boutiques de Beverly Hills et au Beverly Wilshire, l'hôtel cinq étoiles où il occupe une suite.
Il débarque à la messe en hélicoptère
"Teodorin ? Un jeune arrogant et pourri de fric", tranche un diplomate familier des arcanes guinéens. Les fidèles réunis dans la cathédrale de Mikomeseng, le 3 août 2011, pour célébrer l'anniversaire de la prise du pouvoir par Obiang père, ne diront pas le contraire. Ce jour-là, la messe suit son cours depuis une heure et demie quand le fils débarque dans son hélicoptère, noyant l'édifice aux murs ajourés dans un nuage de poussière. Pourtant, sur le site Internet à sa gloire, Monsieur Fils n'est que modestie et vertu. "La politique est faite d'abord pour servir ses concitoyens", affirme-t-il. Et se servir au passage. A en croire les enquêteurs, l'intéressé prélève une "taxe révolutionnaire" sur les exportations de bois - la deuxième source de devises du pays après le pétrole - et touche une dîme sur les contrats signés avec des sociétés étrangères. Au fil des ans, l'enfant gâté, adulé par sa mère, s'offre de luxueuses propriétés en Afrique du Sud et en Californie. Celle de Malibu, payée 30 millions de dollars, compte huit cheminées, autant de salles de bains et un golf de quatre trous. En décembre 2004, il jette son dévolu sur un hôtel particulier de six étages, avenue Foch, à Paris.
Une vingtaine de voitures dont une Rolls et une Lamborghini
Monsieur Fils a un faible pour la capitale française. Début 2005, il séjourne au Crillon, le palace de la Place de la Concorde, avec papa et maman, avant d'emmener ses géniteurs aux Bahamas, le temps d'une croisière à bord d'un yacht loué pour la modique somme de 800.000 euros. Autres repères favoris de Teodorin lors de ses fréquentes virées sur les bords de Seine: le Bristol (en décembre 2000, sa présence y est signalée par une Ferrari jaune citron) et le Plaza-Athénée. A la fin des années 1990, le personnel de l'établissement le surnommait Dodi al-Fayed, du nom du défunt amant de Lady Di, lui aussi héritier à l'abri du besoin. En ce temps-là, le client possédait déjà une vingtaine de voitures, dont une Rolls-Royce Barclays blanche et une Lamborghini jaune, toutes deux immatriculées en Suisse. Car l'amateur d'escort girls - selon plusieurs témoins entendus aux Etats-Unis - collectionne les grosses cylindrées. En novembre 2009, les douanes françaises notent que "26 voitures de luxe et 6 motos", en provenance des Etats-Unis, sont réexpédiées par Teodoro Obiang vers la Guinée équatoriale. Dans le lot figurent 7 Ferrari, 5 Bentley et 4 Rolls-Royce. Rien n'est trop beau pour lui. Lorsqu'il fête son anniversaire à l'hôtel du 3-Août de Malabo, en 2009, il fait venir vins fins et pièce montée géante de Paris. Prenant ses quartiers d'automne à Hawaii, la même année, il emporte plusieurs de ses bolides et l'un de ses deux hors-bords Nor-Tech 5000. Mais la vie de nabab héréditaire ne va pas sans certains revers. Le 7 décembre 2012, peu après l'inauguration de la basilique Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception de Mongomo, fief du clan Obiang, à l'extrême-est du pays, Teodorin est ainsi giflé en public, dans le hall du plus grand hôtel de la ville, par une jeune femme du cru qu'il importunait. La rebelle appartenant à l'aristocratie locale, son audacieux camouflet restera impuni...
Dans le collimateur de la justice américaine
Depuis plusieurs années, Teodorin est la cible, aux Etats-Unis, d'enquêtes pour blanchiment et corruption. Rendu public le 4 février 2010, un rapport du "Permanent Subcommittee on Investigations" du Sénat américain brosse un tableau implacable et détaillé de la kleptocratie équato-guinéenne. Les auteurs consacrent plus de 100 des 325 pages du document aux opérations financières réalisées par Obiang junior entre 2004 et 2008, par l'entremise de sociétés écrans et avec le concours d'une cohorte de courtiers, agents immobiliers et avocats. Ils estiment le montant total des transactions suspectes à 100 millions de dollars. Pas mal pour un ministre d'Etat à l'Agriculture et à la Pêche, dont le traitement mensuel ne dépasse pas 5000 dollars... De ce côté de l'Atlantique, M. le Ministre, un temps pressenti pour succéder à son président de père, est dans le collimateur de Tracfin, la cellule française de lutte contre le blanchiment, qui pointe ses dépense, mois après mois : 2,7 millions d'euros d'antiquités en mars 2008 ; 18 millions pour l'acquisition de 109 lots lors de la vente de la collection Yves Saint Laurent en février 2009 ; 820 000 euros pour une montre Piaget en juillet 2011... "Mon client n'est pas un play-boy très sex and drugs and rock'n roll, proteste son avocat parisien, Me Emmanuel Marsigny. C'est un homme intelligent et travailleur. Il est ministre, mais aussi entrepreneur et chef d'entreprise, ce qui n'est pas incompatible en Guinée équatoriale, et ses sociétés réalisent des bénéfices. L'origine de sa fortune n'a donc rien de suspect."
Embarras à l'Elysée
Il est pourtant persona non grata à Paris. L'an dernier, le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire invite ses homologues à Paris afin de préparer le G-20 de Cannes à la faveur d'une réunion programmée le 22 juin. Y compris Teodorin, dont le papa préside alors l'Union africaine. L'intéressé débarque à Paris le 21 dans la soirée, via Moscou et Rome, où il a accompagné son Président de père. Des journalistes, informés de sa venue, pilonnent l'Elysée : est-il judicieux d'accueillir un personnage à ce point mouillé dans le dossier des biens mal acquis ? Lourd malaise au Château. Un diplomate suggère donc au confident du chef d'Etat équato-guinéen, un architecte francophile d'origine libanaise, d'inviter celui-ci à ordonner à son fils de zapper l'étape parisienne. Le messager pressenti réagit tellement mal qu'André Parant, le conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy, doit se résoudre à appeler Obiang Senior en pleine nuit, alors que le fiston a déjà posé ses bagages dans le "pied-à-terre" de l'avenue Foch. Sur ordre du père, Teodorin -furieux- et sa délégation quittent donc en catimini, et avant l'aube, le sol français. Sur son site officiel, le quadragénaire se présente à ses 700 000 concitoyens, condamnés pour 70 % d'entre eux à survivre avec moins de 2 dollars par jour, comme un "homme de vision, de justice et d'égalité", "acharné au travail" et "humble". "Je n'ai pas peur des critiques, jure-t-il, car elles sont souvent salutaires pour ne pas dévier du chemin que l'on s'est tracé." Vraiment ?
Anne Vidalie et Vincent Hugeux
Migrations
Méditerranée / “Traffic Island”
par Gilbert Calleja
Ces dix dernières années, Malte a connu un afflux de boat people, ce qui a fait de l’ « immigration » l’un des sujets de débat les plus brûlants du pays. Mais tandis que le racisme augmente, les hommes politiques locaux se montrent peu soucieux de favoriser l’intégration des migrants à la population locale.
On m’arrête à l’entrée. Je donne mon signalement au gardien, qui me prie cordialement d’attendre, puis passe une série de coups de téléphone. Je m’assois dans ma voiture, et regarde autour de moi. Le grillage jaune qui entoure les cours extérieures du centre de détention Safi et qui ressemble à une espèce de cage s’est sensiblement rouillé depuis ma première venue, en 2006, lorsque la première «visite de presse» a été organisée. Depuis lors, le site a connu maintes protestations et maints «soulèvements» des détenus immigrés, qui se plaignent de la longueur de leur détention, de l’âpreté des conditions de vie et des mauvais traitements qu’on leur inflige dans le centre. Une jeep de l’armée s’avance vers moi, et on m’escorte jusqu’à la «Maison Jaune», là où les femmes sont détenues dans une zone séparée. Quelques rapides formalités, et l’agent de sécurité ouvre le portail en métal. Je suis dans une véranda ceinte dans un grillage. Quatre jeunes filles paressent sur un matelas, tout au fond du couloir, tandis que d’autres vont et viennent, et s’adonnent à toutes sortes de tâches ménagères: pendre le linge sur la grille qui les entoure, débarrasser les restes du petit-déjeuner, etc. ; certaines me dévisagent, d’autres ricanent, d’autres encore me jettent des regards désapprobateurs. «Qui êtes-vous? Qu’est-ce que vous voulez?», me demande une robuste Nigérienne, avant même que j’aie eu le temps de prendre mes marques. Elle porte un faux manteau de fourrure trop grand pour elle, au-dessus d’un jean et d’un t-shirt rouge. La voix qui sort de ce gros tas de poils est de toute évidence hostile. Le soldat qui nous accompagne intervient et explique ce que je fais là. Ils se mettent d’accord : nous discuterons dans la «salle Télé».
Les filles s’assoient sur les tables, et on me laisse m’asseoir seul, à une distance qui me met mal à l’aise. Pour essayer de briser la glace et de détendre l’atmosphère, je demande au soldat de me laisser seul avec la quinzaine de jeunes filles assises en face de moi. Sur ma gauche, un groupe de timides Somaliennes, Erythréennes et Ethiopiennes qui parlent entre elles. Certaines essayent de traduire pour les autres. En face de moi, il y a les Nigériennes qui mènent le groupe, essentiellement parce qu’elles parlent un anglais plutôt bon. Elles refusent de me dire leur nom, leur âge, et leur pays d’origine. La plupart d’entre elles sont visiblement en colère et irritées par ma présence, je leur demande donc pourquoi. Elles m’expliquent qu’elles ont raconté leurs histoires à un grand nombre de journalistes avant moi, mais que leur situation n’a pas changé. Elles ne voient pas pourquoi elles sont incarcérées. Certaines déclarent qu’elles sont en détention depuis plus de 16 mois, d’autres disent que les conditions en Libye étaient meilleures qu’à Malte. Elles me rappellent encore et encore que les journalistes qui m’ont précédé n’ont pas du tout réussi à changer les choses. Je leur demande: De quel sorte de changement vous voulez parler?». «La liberté! Laissez-nous sortir – on n’est pas des criminelles.» J’essaie d’expliquer mon impuissance et de leur faire comprendre que ces choses ne sont pas de mon ressort. Elles me laissent planté là, seul face à mon carnet vide. J’ai dû attendre presque six semaines avant d’avoir droit à une heure de visite au centre. Les filles me donnent leur avis en moins de dix minutes. Pendant que je rentrais chez moi, je me suis efforcé de ne pas succomber à la déception et la frustration, pour essayer de comprendre la tournure qu’ont pris les événements. Ma frustration s’évanouit rapidement quand je remets en perspective le silence de ces jeunes filles.
Il n’y a pas de commune mesure entre mes six semaines d’attente et 16 mois de détention, après avoir traversé terres, désert et mer, après avoir laissé derrière soi tout et tout le monde, et avoir risqué sa vie, parce qu’on aspire à des conditions de vie humainement acceptables. L’immense majorité des migrants qui quittent les rivages d’Afrique du Nord pour rejoindre l’Europe viennent de Somalie, du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythrée, de la République Démocratique du Congo, de Côte d’Ivoire, du Nigéria, et d’autres pays où l’instabilité politique, l’intolérance religieuse et tribale, les conflits et la misère sont à l’ordre du jour. Ma frustration s’efface quand je remets en perspective la décision des filles de garder le silence. Leur protestation silencieuse amène à se demander si les Maltais ou d’ailleurs les Européens abordent le problème de l’immigration convenablement. L’UE comprend-elle la détresse des nombreux réfugiés, des demandeurs d’asile ou des migrants économiques qui gagnent ses rivages? L’UE n’a, de fait, pas vraiment fait preuve de volonté politique pour améliorer la situation de ces gens, et au lieu de cela, en 2003, elle a donné 20 millions d’euros à la Libye de Kadhafi afin qu’elle arrête les bateaux qui quittent ses côtes pour l’Europe, qu’elle mette en place des centres de détention et qu’elle rapatrie les candidats à l’immigration dans leurs pays d’origine. Cela a été amplement documenté, et dénoncé par des journalistes comme Gabriele Del Grande sur son blog Fortress Europe.
Passer
L’immigration irrégulière dépend pour l’essentiel de deux facteurs : d’une part, un flot continuel de désespérés qui craignent pour leur vie et cherchent à s’échapper afin d’avoir une existence meilleure, plus humaine, et d’autre part, des trafiquants ou passeurs. Des personnes sans scrupules, des gangs et des organisations qui connaissent bien les structures de pouvoir qu’il faut connaître, ou des personnes qui ont simplement le moyen de transporter des gens sur des terrains rigoureux et de leur faire traverser la frontière, et qui sont prêts à prendre ce risque. Le point de départ d’un migrant peut être très différent, car il dépend de la situation de chaque pays. Certaines familles économisent pendant des années pour pouvoir financer le voyage d’un de leur membre, afin qu’il puisse se rendre en Europe, où il aura ensuite la possibilité de trouver un travail et d’envoyer de l’argent au reste de la famille, de sorte qu’elle finira par le rejoindre. D’autres s’en vont avec le peu qu’ils ont, surtout quand les conflits et la guerre viennent frapper à leur porte, et mettre sérieusement leur vie en danger. Tout cela est extrêmement simple en théorie. Il y a une demande, et une offre pour satisfaire cette demande, mais en pratique, les choses sont bien plus complexes et désespérément tragiques. Dans les faits, des milliers de gens meurent : ils périssent dans le désert, se déshydratent ou se noient dans la Méditerranée. Les chanceux qui survivent au voyage sont toujours victimes d’abus et d’humiliations, sans parler des traces psychologiques et des traumatismes qui hantent la plupart des migrants qui ont survécu.
Malte
La plupart des migrants qui débarquent à Malte n’ont jamais entendu parler de cette petite île. Une grande majorité d’entre eux sont des Somaliens qui fuient un pays de non-droit, où les clans guerriers et les seigneurs de guerre font la loi. Ils foulent le territoire maltais après avoir dérivé en mer pendant des jours et des jours. Très souvent, ils n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend, et la plupart d’entre eux n’ont pas de papiers d’identité. Dès leur premier pas sur l’île, Ils sont enregistrés et on les informe que leur arrivée est «illégale». Ils font alors une demande de protection ou d’asile politique. Pendant ce temps, on les enferme dans l’un des quatre centres de détention que compte l’île. Les dossiers et le retard s’accumulent à la Commission pour les Réfugiés, si bien que les individus doivent attendre pendant des mois avant d’avoir leur première «audience». La période maximale de détention est de 18 mois. Après cela, on leur accorde souvent la résidence temporaire, certains avantages sociaux, et un permis de travail. Les conditions de détention à Malte, comme ailleurs en Méditerranée, sont rudes. L’idée même de maintenir les migrants en détention a été dénoncée et maintes fois critiquée par les ONG locales, par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, et par le Comité pour la Prévention de la Torture. Quand les migrants sont relâchés, soit ils trouvent un logement dans l’un des centres ouverts construits sur l’île, soit ils essaient de trouver une autre habitation. Généralement, les migrants africains, à Malte, vivent dans des conditions de pauvreté abjectes. Selon un rapport de la Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance, publié en décembre 2007, «les autorités maltaises ont appliqué une politique de rétention systématique de tous ces migrants, ce qui a non seulement des incidences négatives sur le respect des droits de ces personnes mais contribue aussi à ce qu’elles soient perçues comme des criminels, en favorisant ainsi le développement du racisme et de la xénophobie parmi la population maltaise. Ces attitudes sont renforcées par le débat public –notamment le débat politique – sur l’immigration irrégulière qui ne fait pas en général une place suffisante à la question des droits de l’homme et de la dignité humaine. L’immigration irrégulière a aussi servi de plate-forme au développement de groupes organisés d’extrême-droite. Les migrants en situation irrégulière, les demandeurs d’asile, les personnes ayant obtenu le statut humanitaire et les réfugiés sont toujours exposés à la discrimination raciale dans l’accès aux différents services et à des abus sur le marché du travail où ils sont pour la plupart employés clandestinement.»
Traduction de l’anglais Marie Bossaert
Média
Tikishia Thérèse Digbeu :
"La plupart des immigrés ne lisent pas"
Rédactrice en chef du tabloïd "Le Nouvel Afriqu'Essor", mensuel d’informations générales publié à Londres, Tikishia Thérèse Digbeu est originaire de la Côte d'Ivoire. Elle vit en Europe depuis une vingtaine d’années et fait des allers-retours incessants de Paris à Londres. Communicative et journaliste, elle représentait son journal au dernier sommet de la francophonie tenu dans la ville suisse de Montreux. Rencontre avec une pro de l'information.
"Je vis plus à Paris qu’à Londres où j’ai résidé de façon continuelle pendant cinq ans. J’ai fait une maîtrise en journalisme et information en 1994 à Paris, après des études de Sociologie. A Londres, j’ai fait un First certificate, juste pour pouvoir comprendre et m’exprimer en anglais, ce qui n’est pas toujours facile. Je suis en union et mère de trois enfants. J’ai travaillé dans pas mal de rédactions parisiennes: Les Nouvelles de la Francophonie, Ivoire info, Pan Afrique, Koktel magazine, etc. J’ai été chroniqueuse radio dans l’émission « Li Bom Koum » sur Radio libertaire et correspondante de presse occasionnelle pour des quotidiens en Afrique: journal Le Jour en Côte d’Ivoire ou Le Sidwaya au Burkina Faso. Actuellement je gère l'agence de communication Euro2tdconseil basée dans les Yvelines. Nous faisons la promotion des minorités visibles en France. Je fais des piges pour Francophonie actualités. Je suis rédactrice en chef du mensuel Afriqu’ Essor, après avoir été secrétaire de rédaction, de sa création en 2004 à 2008. Depuis pratiquement deux ans, je suis la rédactrice en chef et ma mission première est de veiller à la ligne éditoriale du Nouvel Afriqu’Essor. Je suis appelée à sélectionner les articles, avant de les hiérarchiser et de les rendre lisibles pour nos lecteurs. Ce qu’il faut surtout retenir de moi, c’est que je suis une communicatrice chevronnée. Je suis bavarde et un peu timide mais ça c’est une autre histoire (rires). J’aime le journalisme et la presse écrite; j’aime écrire, analyser, cogiter et surprendre par mes convictions afro optimistes. Je suis sûre que je ferai une bonne scénariste parce que j’ai un cerveau toujours en effervescence. Je suis surtout une femme libre et j’y tiens."
Qui dirige le journal ; quelles sont vos sources de recettes ; quel est son tirage et quelles sont ses rubriques phares ?
Le Nouvel Afriqu’ Essor sort des presses, en moyenne, une fois par mois. C’est une publication francophone qui a pour cible les francophones panafricains du Royaume Uni (vous savez, il y a de plus en plus de francophones dans les grandes villes du Royaume Uni : Londres, New Castle, Manchester, Glasgow…). Il s’adresse aussi à la diaspora africaine en Europe. Notre journal est édité par « Tam Tam d’Afrique Limited » et son directeur, fondateur est M. Simplice Ongui Gildas, doyen de la diaspora ivoirienne à Londres. Gratuit en U.K (United Kingdom), son prix est de 1 euro dans les autres pays européens et de 300 CFA en Afrique. Pour un tabloïd en couleur, franchement, c’est donné. Nous tirons à 10 000 exemplaires pour le papier. Cependant, nous profitons des NTIC pour le publier en PDF à l’intention des internautes via facebook, email et autres. Nous sommes en création du nouvel Afriqu’ essor en ligne pour l’année prochaine. Ce sera une valeur ajoutée à nos recettes grâce à la publicité. Nous voulons toucher un public plus large. Vous comprendrez que nos sources de recettes proviennent essentiellement de la publicité et des publi-reportages. S'agissant de nos rubriques, avouons qu'elles sont diverses et intéressantes. Nous avons l'incontournable éditorial: nous en prenons vraiment soin parce qu’il représente le levier de notre journal. Nous avons la grande interview sur deux pages. Nous les consacrons, dans notre dernière parution, à notre rencontre exclusive avec Rodrigues Mingas, Secrétaire d’Etat chargé de l’Information du Cabinda : il nous parle des déboires de cette enclave annexée par l’Angola. Je n'oublie pas la rubrique économique qui traite de la monnaie CFA ou la rubrique Et si on en parlait, dans laquelle il est question des tribulations de la presse panafricaine en Europe. La politique et la culture ont la part belle dans les colonnes de notre journal. Chaque sujet du journal acquiert une attention particulière. En tant que rédactrice en chef, je prends le temps de tout tamiser, afin de rendre, à nos lecteurs, un travail propre.
Pourquoi avoir privilégié l’appellation Afriqu’Essor ? Brièvement, quelle est cette ligne éditoriale ?
Afriqu’Essor parce que l’Afrique, ce n’est pas seulement que les guerres, les conflits ethniques, les famines, les élections contestées, les constitutions tripatouillées, le népotisme, la corruption à outrance, les PPTE et que sais-je encore. La presse occidentale a tué le continent africain en se cramponnant aux images à sensation et aux maux des Africains. Les médias européens ont craché leur venin sur l’Afrique à tel enseigne que les bailleurs de fonds ont peur de s'y installer. Ils montrent notre continent sous un angle misérabiliste et sans avenir. A Afriqu'Essor, nous sommes des afro optimistes. Notre Afrique, c’est cette Afrique qui se bat et gagne. C’est cette Afrique qui critique pour construire et non pour détruire. C’est cette Afrique pleine d’espoir; cette Afrique en plein essor. Plus de 70% des Africains ont moins de 25ans, c’est une aubaine, c’est une Afrique dynamique. L’appellation du journal est la traduction de notre foi en ce continent, berceau de l’humanité. Même si d’aucuns pensent qu’elle est mal partie, pour nous l’Afrique est bien partie. Voilà un continent qui a connu quatre siècles d’esclavage, de colonisation et de décolonisation, du pillage de ses richesses, de la fuite de ses cerveaux et on voudrait qu’elle affiche des résultats, dans tous les domaines, sans lui laisser le temps de se reconstruire. Nous voulons montrer l’autre Afrique, celle qui brille de toutes ses richesses humaines et ça ce n’est pas rien. Justement sa ligne éditoriale se conjugue avec son titre. De la politique, nous nous intéressons en première ligne. Nous ne critiquons pas les hommes politiques pour le plaisir de critiquer. Nous apportons notre lot de perception et de critiques positives. Dans un de nos numéros, par exemple, nous soulevions le problème des transitions filiales en Afrique devenues une espèce de mode avec Kabila Joseph, Bongo Ali, Faure Eyadema, et demain, peut être, Karim Wade. Il faut en parler pour que les uns et les autres en prennent conscience et ne se laissent pas surprendre. Nous prenons position pour faire avancer l’Afrique. Par exemple, nous sommes de ceux qui pensent que le franc CFA est le symbole d'une deuxième colonisation. Il faut remettre sur la table, le débat de création d'une monnaie africaine. La liberté passe par la monnaie aussi. Nous disons clairement que les sommets de la Francophonie et autres rencontres de ce genre, tuent les langues africaines. Les Africains doivent se servir, certes, de la langue française. Mais, ils ne doivent pas oublier ou rejeter leur propre patrimoine linguistique. A travers des interviews, des portraits, des reportages et des analyses, nous montrons une autre image de l’Afrique, plus digne et prospère. Nous nous posons la question de savoir pourquoi, un pays comme le Niger, producteur de l’uranium à la pelle et dont les occidentaux se servent pour tout fabriquer, est encore l’un des pays les pauvres du monde ? Si l’Afrique ne diversifie ses partenaires, elle sera toujours à la traîne et cela nous le dénonçons.
Votre journal a-t-il la prétention et la possibilité de s'adresser à toute la diaspora africaine installée aux quatre coins du monde ?
Nous avons la prétention de nous adresser à tous les Africains de la diaspora parce que nous savons que le combat pour sensibiliser les Africains d’ici et de là-bas est digne. Grâce aux NTIC notamment internet, nous serons en mesure, demain, de toucher un large public. Le fait de mettre le nouvel Afrique Essor en ligne reste un devoir, une opportunité et une priorité.
On évoque souvent la non visibilité de la presse écrite francophone de la diaspora. Est-ce dû au manque de stratégie éditoriale ; aux contraintes techniques ; au manque de rigueur ; à l’aventure et/ou absence de professionnalisme qui ont souvent caractérisé nombre de publications dirigées par les Africains de la diaspora ?
C’est vrai, la presse écrite francophone de la diaspora broie du noir à tel enseigne qu’on ne peut pas compter le nombre de journaux qui mettent la clé sous le paillasson faute de moyens ou des publications qui ont du mal à décoller. J’ai travaillé dans des rédactions où les DP avaient du mal à joindre les deux bouts. Je ne mets pas, prioritairement, en cause la ligne éditoriale de tel ou tel journal, moins encore l’absence de professionnalisme ou le manque de rigueur. La faute aux annonceurs. Cela ne veut pas dire qu’il faut minimiser tout les maux que vous avez cités. Il faut les prendre en compte parce que dans cette histoire il y a pas mal d’aventuriers et d’hommes d’affaires qui font plus du business que de l’information. Le gros problème donc, ce sont les annonceurs qui ne donnent pas la publicité. D'un côté, les annonceurs sont réticents et de l'autre, les coûts de l’imprimerie sont exorbitants. Les annonceurs ne veulent pas mettre des sous dans une publication qui n’est pas pérenne. Pour rester longtemps sur le marché et fidéliser ses lecteurs, un journal doit être régulier sur le marché. A défaut d'annonceurs, quelques éditeurs et grands groupes se tournent vers des Chefs d’états pour qu'ils financent leur produit. Ceux-ci le font avec des visées politiques. En retour, ces publications bénéficiaires de leur geste servent à la diaspora des contenus faits uniquement de publi-reportages.
N’est-ce pas frustrant lorsqu’on sait que le principe de la liberté d’expression et d’information leur est acquis ?
C’est vraiment frustrant mais c’est la triste réalité que vit la presse panafricaine en Europe. Mais avec internet, l’information n’est plus confisquée et on ne pourra plus faire passer des interviews payées juste pour faire vivre le journal. Je ne vais pas citer des journaux et des magazines mais suivez mon regard et vous comprendrez. Le marché de la presse panafricaine de la diaspora est une espèce de mafia où les plus grands et les plus forts dominent et écrasent les ‘’ petites parutions’’ qui donnent des informations viables et non biaisées, justement, parce qu'elles ne sont pas parrainées.
Ne peut-on pas mettre sur le compte de cette non-visibilité le manque d’intérêt qu’affiche le lectorat africain de la diaspora à la presse qui lui est destinée ? Comment éveiller le goût de lecture chez les uns et les autres ?
Il faut le souligner et le reconnaître : la plupart d'immigrés ne lisent pas assez. Ils ont pour priorité leur travail qui, on le sait, est rude en Europe. Les boulots sont tellement éprouvants que la lecture occupe, dans leur emploi de temps, une place secondaire. Et puis, combien d’Africains lisent au moins un roman par mois ? À mon avis pas un grand pourcentage. On ne se décourage pas pour autant. Depuis les années 90, la couleur de l’immigration a changé; de plus en plus des jeunes étudiants africains vivent en Europe. Ils sont la cible potentielle de la presse de la diaspora. Pour éveiller le goût de la lecture chez les uns et les autres, il faut créer des magazines de proximité ou des journaux communautaires. Cela doit marcher très bien. L’information de proximité reste une alternative pour stimuler le lectorat africain de la diaspora.
La francophonie met des grands moyens au bon fonctionnement de TV5 et RFI. Par contre, arrive-t-elle à investir assez dans les projets d’émigration liés à la presse ? On sait qu’il existe, paradoxalement, un Fonds d’appui à la presse francophone du sud, initié en 1997 par l’ACCT. Qu'en pensez-vous ?
Il faut savoir que TV5 et RFI sont les relais de la Francophonie. Ils font la promotion de la langue de Molière. C’est tout à fait normal qu’ils aient la plus grosse part du gâteau. La Francophonie soutient les publications du sud au compte goutte ; celles de l’Europe doivent se débrouiller. Concrètement, à la veille des grands sommets ou des rencontres, la Francophonie achète des pages dans des grands journaux et jamais dans des journaux de proximité. J’ai parlé de mafia, c’est un peu fort mais ça fonctionne comme ça. Les grands avec les grands et les petits avec leurs lots de galère quotidiens. La francophonie décerne des prix aux journalistes des pays francophones du sud et c’est déjà pas mal. Ce serait encore mieux si elle envoyait des journalistes africains francophones en perfectionnement dans les grandes écoles occidentales de journalisme. Les journalistes africains gagneraient en déontologie et en professionnalisme. C’est aussi ça la Francophonie. Partager, échanger.
Les femmes africaines journalistes brillent par leur absence à ce sommet de la francophonie. Quelles peuvent être, selon vous, les raisons de cette absence ? On parle de peu de femmes journalistes et de manque d’intérêt de la francophonie à leur exercice du métier de journaliste. A votre avis ?
C’est vrai, je ne vois pas assez de femmes africaines à ce Sommet. On peut nous compter du bout des doigts. Comme d’habitude, il y a toujours trop d’hommes. De deux choses l’une. Soit les femmes journalistes africaines ne sont pas intéressées par la francophonie, soit la Francophonie n’a pas donné assez d’accréditations aux femmes. En réalité, il n’y a pas beaucoup de femmes dans ce métier parce qu’il est rude, surtout lorsqu’on commence à faire des enfants. C’est difficile de concilier la vie de mère au foyer et de courir entre deux avions. Si on veut continuer de couvrir les grands sommets et les grandes rencontres, il ne faut pas avoir une famille nombreuse. Autrement, c’est contraignant. Ça peut être une des raisons de l’absence des femmes à ce sommet.
Adresse : Mensuel Le Nouvel Afriqu'Essor. Simplice ONGUI. Directeur Général. Tel. 0044(0) 7950334279 Email. : osimo@hotmail.com ou afrique_essor @yahoo.fr
Propos recueillis par
Cikuru Batumike
Humanitaire
Reprenez vos requérants et on vous aidera!
Lier la coopération au développement à la reprise des demandeurs d’asile déboutés: Berne pourrait désormais adopter cette politique, particulièrement vis-à-vis des pays d’Afrique et du printemps arabe. Mais est-elle efficace? Les ONG ont de sérieux doutes.
«Reprenez-vos ressortissants à qui nous avons refusé l’asile, ou nous vous privons d’aide au développement.» La formulation serait à l’évidence plus diplomatique, mais c’est le genre de discours que la Suisse pourrait tenir à l’avenir aux pays d’où proviennent majoritairement les demandeurs d’asile… Même si l’on est encore loin d’un tel radicalisme, une petite phrase lâchée la semaine dernière par la ministre de Justice et Police a suffi à mettre les éditorialistes en émoi. Le 20 février, les deux quotidiens Aargauer Zeitung et Südostschweiz publient une grande interview de Simonetta Sommaruga. Parlant des requérants tunisiens qui devront rentrer dans leur pays, l’élue socialiste se voit demander ce que la Suisse fera si la Tunisie ne coopère pas. «Le Conseil fédéral [gouvernement] a pris mercredi dernier une décision importante: à l’avenir, dans les questions de coopération internationale, il donnera davantage de poids à la volonté de collaborer des Etats», répond la ministre, précisant que son collègue des Affaires étrangères Didier Burkhalter s’est entretenu en janvier au Forum de Davos avec son homologue tunisien et que les négociations vont se poursuivre «dans les prochaines semaines».
Ceux qui exigent
Est-ce à dire que Berne va faire le forcing pour passer un accord de réadmission avec Tunis? Simonetta Sommaruga «ne peut rien promettre». Le Message sur la coopération internationale 2013-2016 que le gouvernement a adopté ce mercredi 15 février reste prudent sur la question, en énonçant que «là où cela est possible et judicieux, la Suisse essaie d’associer son engagement pour le développement à la défense de ses intérêts en matière de migration». Mais certains souhaitent une politique plus agressive. L’exigent même. A sa session d’automne 2011, le Conseil national (Chambre basse du parlement) a accepté deux motions, de la droite nationaliste et de la droite bourgeoise. Elles demandent qu’une telle réciprocité soit désormais la règle (ci-contre). Même si le Conseil fédéral en recommandait le rejet, les deux textes n’en arriveront pas moins ce printemps devant le Conseil des Etats (Chambre haute).
A côté de la cible
La recette a l’air simple, mais produirait-elle l’effet escompté? «Nous avons de sérieux doutes, répond Pepo Hofstetter, d’Alliance Sud, la communauté de travail des six grandes ONG suisses actives dans la coopération. En 2011, un quart seulement des requérants sont venus de pays auxquels la Suisse fournit une aide à long terme. Si on ajoute les 13% des pays postrévolutionnaires d’Afrique du Nord, que la Suisse aide également, il reste quand même 62% des requérants qui viennent de pays auxquels nous ne donnons rien». Sur ces pays-là effectivement, la menace de couper l’aide sera sans effet. Mais les autres? Se laisseraient-ils ainsi plus facilement convaincre? «Même pas totalement. La Suisse ne fournit pas tellement d’aide aux gouvernements centraux, mais essaye toujours de la donner au plus près de la base, aux autorités locales et aux ONG. A quoi cela sert de dire à un gouvernement qu’on va lui retirer de l’argent dont il ne peut de toute façon déjà pas disposer?», répond Pepo Hofstetter. Qui tient à ajouter que pour Alliance Sud, «la coopération internationale ne devrait pas être instrumentalisée pour d’autres buts. Si on la coupe, ce sont les plus pauvres qui en souffrent, pas les élites politiques.»
Les pays qui reçoivent de l’aide de la Suisse ne sont donc généralement pas ceux qui lui «fournissent» des candidats à l’asile. Et ces pays de provenance des requérants ne sont généralement pas non plus ceux avec lesquels la Suisse a des accords de réadmission. Depuis la Croatie en 1993, Berne a passé de tels accords avec 44 Etats. Soit 36 ex-républiques soviétiques, pays de l’ancien bloc de l’Est, de l’ex-Yougoslavie et d’Europe occidentale, six pays asiatiques (Afghanistan, Hong-Kong, Macao, Philippines, Sri Lanka, Vietnam) et deux pays arabes, (Algérie et Liban).
Le cas de l’Afrique
Si les Balkans et le Sri Lanka, d’où sont venus tant de requérants à la fin du siècle dernier figurent dans la liste, l’Afrique noire en est singulièrement absente. La Suisse a bien passé trois conventions avec la République démocratique du Congo, la Guinée-Conakry et le Sierra Leone, qui fixent les grandes lignes des procédures d'identification et de retour, mais leur portée est limitée dans le temps, jusqu'à la conclusion hypothétique d'un accord de réadmission à part entière. Avec le Nigéria, la Suisse teste depuis une année un nouveau type d’accord: le partenariat migratoire. C’est que les Nigérians ont été presque 4000 à débarquer en Suisse ces deux dernières années, pratiquement sans aucune chance de pouvoir rester. En 2010, deux d’entre eux seulement ont obtenu l’asile! Avec le partenariat migratoire, on propose une approche globale qui va de la lutte contre le trafic d'êtres humains et de drogue à la promotion des droits de l'homme, en passant par l'aide au retour et les programmes d'échange. C’est ainsi qu’on a pu voir l’automne dernier à St-Gall des policiers nigérians contrôler les dealers de rue avec leurs collègues locaux.
Un accord n’est pas tout
Reste que, comme l’a répété Simonetta Sommaruga dans la même interview, «avec de nombreux pays, la collaboration en matière de réadmission fonctionne parfaitement». Pepo Hofstetter confirme: «Ce sont surtout le Nigéria, l’Algérie et la République démocratique du Congo qui posent systématiquement des problèmes. Au Congo, la Suisse fournit de l’aide humanitaire dans la région des Grands Lacs, mais hélas, le gouvernement de Kinshasa n’est pas assez sensible au drame qui se joue dans cette région pour qu’une interruption de cette aide ait un quelconque effet». Sans oublier que Nigéria, Algérie et Congo sont tous liés avec la Suisse, qui par un partenariat, qui par une convention, qui par un accord. Ce qui montre bien qu’une signature ne résout pas tous les problèmes…
Marc-André Miserez