Agence M.Tropiques : diasporisons. Chaque semaine, par des sujets de fond, nous posons notre regard sur les réalités africaines. 
 
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Au fil de l'actualité
monde arabo-musulman
Le mariage mixte : Quête culturelle ou simple coïncidence ? 

En dépit des barrières que les traditions dressent entre eux, ils choisissent d’unir leur vie à des femmes étrangères. S’agit-il d’un « coup de foudre » ou d’une « love story » ou tout simplement du désir de connaître « l’autre » ? A l’heure actuelle, les flux internationaux de populations étant développés pour des raisons économiques, politiques et culturelles, chaque pays occidental est confronté aux cosmopolitisme conjugal.

Dans leur majorité écrasante, ces Maghrébins poursuivent leurs études supérieures à l’étranger (en Europe, aux Etats-Unis, au Canada...) Au terme de leurs études, ils reviennent le diplôme dans la poche et une épouse aux bras. « Bien avant d’épouser ma femme, disent certains, j’avais déjà épousé sa culture ». Il est vrai que la plupart de ces jeunes gens ne sont pas concernés par les émois de la quête culturelle. Seul le jeu de l’amour, et du hasard, les a mis en situation d’appartenir au groupe des adeptes du mariage mixte. Ils savent que la mixité n’est pas uniquement sexuelle, mais aussi religieuse, culturelle, raciale et sociale. Dans certains cas et surtout chez les ouvriers immigrés, le mariage devient un moyen rapide pour obtenir la naturalisation. Certains pensent que le mariage mixte donne très souvent une union parfaite, que les couples « mixtes » vivent leurs différences comme une source d’enrichissement mutuel et réussissent à établir une relation équilibrée et durable. « Ma petite fille, dit l’un, est ravie... Elle bénéficie des fêtes de nos deux pays. En fait, notre vie de couple est un formidable bricolage qui exige curiosité et respect pour la culture de l’autre. Une seule chose nous sépare : nos enfants n’ont pas les mêmes parfums ». Sacrifice. Le mariage mixte ne serait viable que si l’un des conjoints accepte de se fondre dans la culture de l’autre et de faire le sacrifice de son identité. Dans certaines familles maghrébines, le couple mixte est parfois mal accepté. Le barrage de la religion est le plus difficile à franchir. Quelques difficultés surgissent aussi après le mariage : le choix du prénom de l’enfant, sa religion, son éducation, la cuisine, comment communiquer avec la belle famille qui ne parle que l’arabe ou le berbère etc. 

Le mariage mixte engendre très souvent des situations difficiles, et parfois même des séparations et des divorces. Aussi, les divorces chez les couples mixtes sont-ils aussi nombreux que chez les couples « homogènes ». Le choc des cultures est parfois trop brutal. Certaines familles maghrébines n’accueillent pas à bras ouverts cette belle fille venue d’ailleurs, qui ne parle pas leur langue, qui ne peut pas partager leur joie pendant les fêtes religieuses (le Ramadan, le Mouloud, l’Aïd El Kébir, Achoura...), qui refuse de porter le costume traditionnel (le caftan, la djellabah, les babouches...). Pendant les réunions familiales et les cérémonies, elles se sentent observées, dévisagées, parfois désahbillées du regard. Les différences culturelles et religieuses s’avèrent à la base de ces conflits et de ces désaccords. D’après un sociologue, les différences entre les partenaires dans le couple « mixte » sont plus « l’expression des différences entre les groupes qu’entre les individus ». D’autre part, nous constatons qu’actuellement, un nombre appréciable de jeunes filles maghrébines choisissent de se marier avec un conjoint étranger, mais aisé, profitant des possibilités matérielles pour mener une vie confortable et heureuse en faisant profiter toute sa famille. Certaines réussissent, mais difficilement, à faire embrasser à leur mari la religion musulmane. Le lourd silence qui pesait sur cette question a disparu. Un sociologue a dit : « Toute une complexité des différences a fait jour à travers la subjectivité de chaque partenaire, modelé elle-même par son niveau social d’éducation et aussi par la nature du rapport qui le lie plus ou moins fortement à son groupe et à celui de son partenaire. Aujourd’hui, les occasions de rencontre entre Marocaines et étrangers ne manquent pas, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays.

Al Bayane

Migrations : une "saison en enfer" pour les Africains d’Italie.
Pauline Bourtembourg, André Linard

Médecins sans Frontières a dénoncé dernièrement les conditions précaires de vie, de santé et de travail des migrants employés dans les campagnes du sud de l’Italie. Beaucoup d’entre eux sont originaires d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Le sujet ne semble pas être au cœur des débats de la campagne politique actuellement en cours en Italie.

"Comme cela se voit, nous sommes très mal : sans eau ni électricité, on se lave dans des endroits très sales, nous ne mangeons pas souvent et durant l’hiver, nous risquons de mourir de froid, confie A., 20 ans. Nous avons vraiment besoin d’aide. Vivre dans de telles conditions ne nous permet pas d’imaginer un futur." A. est originaire du Mali et vit actuellement dans les campagnes de la province de Foggia, dans le sud-est de l’Italie. Des témoignages comme le sien, l’équipe mobile de Médecins sans Frontières (MSF)-Italie en a récoltés plus de 600 de juillet à novembre 2007 dans diverses localités du sud du pays, où arrive chaque année une foule d’étrangers. Les résultats figurent dans un rapport intitulé Une saison en enfer, celui que vivent bon nombre de ces immigrés, majoritairement illégaux. Quatre-vingts pour cent d’entre eux travaillent dans la cueillette de fruits et légumes, de la tomate aux raisins, en passant par les agrumes. Un secteur économique important pour le sud du pays, qui a besoin de cette main-d’œuvre saisonnière bon marché. "Presque la totalité des migrants interrogés sont des jeunes hommes (97 %), entre 20 et 40 ans", révèle le rapport. La majorité d’entre eux proviennent du Maghreb (38 %) et de pays subsahariens (47 %), tels le Soudan, le Ghana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali ou encore le Nigeria. Les autres sont originaires des pays du Sud-Est asiatique mais aussi de certains pays de l’Union européenne comme la Bulgarie ou la Roumanie.

"Survivre" avec quelques euros

Juridiquement, ces saisonniers n’ont aucune protection. Près des trois quarts d’entre eux (72 %) n’ont pas de permis de séjour régulier. Presque aucun ne possède un contrat de travail. D’après le rapport, "les journées de travail durent de 8 à 10 heures. Le salaire moyen se situe entre 26 et 40 € la journée. Un peu plus du tiers de ces travailleurs gagne 25 € ou moins." Selon un calcul réalisé par MSF, un immigrant saisonnier doit survivre avec 240 € par mois, étant donné qu’il ne travaille environ que 8 jours par mois avec une rémunération journalière moyenne d’environ 30 €. Avec si peu d’argent et le coût de la vie en Europe, certains n’ont aucune possibilité d’envoyer de l’argent dans leur pays d’origine… L’objectif de l’enquête menée par MSF était de relever leurs conditions générales et d’observer une éventuelle évolution par rapport à la précédente enquête de 2004, aux résultats déjà dramatiques à l’époque, et jugés indignes d’un pays membre de l’Union européenne. Résultat : une confirmation du constat antérieur. L’étude dénonce en effet la précarité dans laquelle vit cette population. Selon MSF, "65 % des interrogés vivent dans des édifices abandonnés, 62 % n’ont pas de sanitaires là où ils vivent. 69 % ne disposent pas d’électricité et 64 % n’ont pas accès à l’eau courante." Plus de la moitié dort par terre sur un carton ou un matelas. L’équipe de MSF observe que la plupart doivent souvent parcourir une distance considérable pour atteindre le point d’eau le plus proche. De plus, presque tous (92 %) sont sans chauffage. Les images proposées aux télévisions en même temps que le rapport montrent des employeurs qui ne trouvent rien à redire aux conditions dans lesquelles vivent leurs travailleurs.

À l’écart des soins

L’ONG médicale s’intéresse aux conséquences sanitaires d’une telle situation : maladies musculaires ou respiratoires, gastro-entérites, problèmes dermatologiques… sont monnaie courante. Cinquante-trois pour cent des travailleurs rencontrés disent ne pas avoir accès à des soins en cas de maladie, alors qu’une loi italienne de 1998 le leur garantit pourtant, qu’ils soient légaux ou illégaux. La majorité des migrants ont affirmé être arrivés en Italie dans de bonnes conditions de santé, alors qu’au moment de la visite de MSF, 72 % présentaient un diagnostic suspect (73 % de ces cas résultaient d’une maladie chronique). "Toutes ces maladies sont clairement dues, non seulement aux conditions difficiles de travail, mais aussi à la situation hygiénico-sanitaire dans laquelle ils vivent et au faible accès aux besoins de premier niveau", affirme la doctoresse Francesca Faraglia, coordinatrice médicale du projet italien de MSF. Les travailleurs d’origine maghrébine sont majoritaires dans les villages visités des provinces de Trapani Alcamo, en Sicile, et de Salerne. Les Subsahariens sont plus nombreux notamment dans les provinces de Foggia et Reggio di Calabre. Certains sont là depuis 12 ans. J., 26 ans, a fui la guerre en Sierra Leone et est en Italie depuis 4 ans : "Je n’ai pas de papiers, confie-t-il, ni un endroit fixe pour vivre. Je vais d’un endroit à l’autre en fonction du travail, je dors dans des maisons abandonnées." Cette "situation dramatique doit secouer la conscience de tous, dans les institutions, les syndicats, la société civile…", conclut MSF, parce qu’elle est "inacceptable". Malgré les promesses des instances nationales et régionales, malgré aussi un gouvernement de gauche ces deux dernières années en Italie, on ne note aucun changement substantiel, ajoute l’ONG. Et rien n’indique que le sujet soit considéré comme un enjeu important dans la campagne politique actuellement en cours dans ce pays.

 
Initiative

DIASPORA HAITIENNE A L'ETRANGER 


Après le drame de janvier 2010 : Arrivée des premiers rescapés d'Haiti à l'aéroport Montréal-Trudeau.
La mobilisation de la diaspora a été exemplaire.

La diaspora haïtienne contribue à hauteur de plus de 1.5 milliard de dollars l'an au développement d'Haïti avec ses transferts d'argent, selon un récent rapport de la BID. Cependant, le département du Nord-Ouest qui vit en grande partie du support de la diaspora, n'aurait pas été pris en compte dans ce rapport. Ce qui implique que les débours des Haïtiens de l'étranger pourraient être évalués à 3 milliards de dollars et plus.La dispora fournit des aides considérables dans un ensemble de domaines notamment sur les plans médical, scolaire, culturel, énergétique et autres.Tout ceci est très beau et très encourageant. 

Mais, pas plus, puisque la diaspora n'est toujours considérée que comme une vache à lait. Rien de vraiment concret ni aucun espace n'a été établi pour lui permettre de participer à la vie haïtienne, aux prises de decision ou même d'intervenir et de placer son mot dans des dossiers qui la concernent au premier chef.Il est vrai que depuis l'année 2002, une loi a été votée pour concéder certains avantages à la diaspora, avantages auxquels les étrangers qui ne sont pas de souche ne peuvent accéder, mais rien de vraiment significattif par rapport à ce qui lui est dû: les citoyens d'origine haïtienne n'ont, par exemple, pas besoin de visa pour rentrer en Haïti. Le Ministère des Haïtiens vivant à l'Etranger a mis aussi à la disposition des compatriotes des structures pour les accompagner dans le cadre d'un ensemble de démarches, dont un site internet pour les informer notamment sur les facilités d'investissement.On dit cependant que les compatriotes n'auraient pas exploité suffisamment ces structures.

Aujourd'hui, après le vote de la constitution post-Duvalier, la dispora ne semble toujours avoir que des devoirs: envoyer de l'argent en Haïti, faire pression quand la nation est en danger face aux dictateurs et aux putschistes et quand on salit l'image des haïtiens. Après le vote de la Constitution, les problèmes demeurent entiers quand il s'agit pour la diaspora de partir à la conquête de ses droits. L'Haïtien-américain, l'haitien-canadien et tous les autres ne peuvent toujours bénéficier de la double nationalité. Ils ne peuvent ni élire ni être elu. Impossible donc pour eux d'occuper au vu et au su de tous des postes électifs ou des postes de haut rang dans un gouverrnement.

Un projet de loi soumis au parlement sur la double nationnalité sous la 2ème présidence de Jean Bertrand Aristide, n'a pu être voté.En effet, certains font tout pour garder les haïtiens de la dispora en dehors de la sphère de pouvoir, comme s'ils n'étaient pas des Haïtiens à part entière.Ils ne seraient bons que pour envoyer de l'argent: véritable vache à monnaie. De fait, on ne sent aucune volonté claire de faire aboutitr le dossier de la double nationalité. Entre temps, nos parlementaires s'occupent de tout, souvent même de dossiers qui ne sont d'aucun interêt pour la collectivité. Les exécutifs, à quelques petites différence près, ne font pas mieux jusqu'à aujourd'hui. S'il y a quelque chose qu'ils font bien, ce sont les promesses. Il y a bien évidemment des gens qui évoqueront les restrictions de la constitution pour tenter de justifier leur laxisme et leur indifférence. Il y a tellement d'Haïtiens en Amérique, en Europe et ailleurs qui ont la compétence, l'expertise et les moyens qu'il faut pour contribuer à la relance du pays, faire partie d'une nouvelle équipe de dirigeant et de cette classe d'hommes d'affaires dont on parle si souvent ces derniers jours.

Mais, tant que le problème de la double nationalité, du droit de voter et d'être élu n'aura pas été résolu, la diaspora ne pourra pas s'impliquer à fond dans le développement de son pays: elle est aujourd'hui fatiguée de n'être qu'une vache à lait.La diaspora pourrait par exemple aider enormément à freiner une grande fuite de capitaux vers la République dominicaine, en arrêtant l'hémorragie de jeunes haïtiens qui traversent la frontière par milliers pour aller étudier dans les universités de Santo-Domingo et de Santiago.Ils seraient aujouurd'hui entre 15.000 et 20.000 là-bas pour n'avoir pas trouvé de place ici. La diaspora pourrait favoriser la création de nouveaux centres universitaires ou l'installation en Haïti d'annexes d'univerrsités d'Amérique, d'Europe et d'ailleurs.Mais pour qu'ils puissent accepter de s'investir sans regarder derrière, les compatriotes de l'Etarnger doivent pouvoir faire confiance. Et c'est à l'Exécutif et au legislatif qu'il revient au premier chef d'inspirer cette confiance, tout en se rappelant que même au cours de périodes non électorales, la double nationalité et le droit de vote sont des revendications légitimes.
 

 
 
à suivre
Trajectoires diasporiques, processus communicationnels et construction identitaire
Mercredi 12 mai 2010

Montréal (Canada)

L'université du Québec à Montréal (UQAM) organise un colloque pour mieux comprendre "la réflexion communicationnelle autour des diasporas et de leurs identités", "l'identification à un ici et à un ailleurs", "les rapports entre sociétés d'accueil et pays d'origine", les liens entre "diaspora, mondialisation et développement endogène", "'l'usage des médias et des TIC par les diasporas", etc.
 

Selon les organisateurs, "l'idée de diaspora entraîne de nombreux réflexes: la mise en place de garde-fous afin d'identifier et garder des liens avec le pays d’origine (argent ou réseaux) ou des mesures gouvernementales d'aide au retour (mesures de protection locale, charters et associations diverses)". Reste à comprendre "quelles représentations, quels cadres théoriques et méthodologiques nourrissent les travaux existants ? quelles sont les formes de communication relatives aux diasporas ?"

Renseignements: Christian Agbobli, agbobli.christian@uqam.ca

Vie au quotidien en RDC
Qui veut peut désormais se faire cuire une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa, l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans la rue au vu et au su de l'État.
 

KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo, se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de « foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard, en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa source de la pauvreté générale de la population et échappe à l'administration fiscale… 

Allées clairsemées, étals vides ou à moitié pleins, le Marché central de Kinshasa est de plus en plus déserté. 

Les vendeurs ont envahi les rues environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont : chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi, Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées par des vendeurs à la criée et des étals à même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements en étalages. 

La Capitale donne désormais l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne. Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie désormais aux dépens des marchés et même des shoppings qui paient taxes et impôts à l'État. 

« Le commerce de trottoir, un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut débourser 20 dollars. 

Chaque vendeur assis dans les environs du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100 Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine), la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars). 

Tous commerçants 

La multitude de taxes pousse les vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir. « Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de sport. 

Les tracasseries ont favorisé le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage commercial très agressif. Difficile de résister à la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie. 

Rien à faire, notre belle et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce. Le phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de l'émergence de l'économie souterraine qui absorbe l'activité économique à hauteur de 80 pc et qui échappe donc au contrôle fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté générale de la population dès la fin des années 70. Déjà à cette époque, Tabu Ley Rochereau, comme dans une sorte de pulsion prémonitoire, y avait consacré une chanson dans laquelle il pérorait que tout le monde était devenu commerçant à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir a pris de l'ampleur et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés. Ce sont les « chailleurs », les « coopérants », les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets, restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer des services. 

Dans les alentours de nos hôtels, services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines téléphoniques publiques… 

Comme des abeilles 

Des marchands ambulants y tournoient comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs. Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs, changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc. -. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent, vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé en plein quartier résidentiel de la Gombe. 

Les contraintes de la vie ont donc jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés et de ménagères en quête de survie. Tout le « résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article 15 », « effo perso » - pour effort personnel -, « chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler -… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne, habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao, Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour vendre divers produits locaux et d'import. 

Les petits vendeurs de cacahuètes, biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille », fait remarquer son ami, Hilaire Tamba. 

Marcher sous la canicule, affronter les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile, crier à longueur de journée, la « chaille » ou le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana, « chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre pour réussir. 

Affaire de tribu 

« Souvent ce qu'on gagne dans la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour, eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la vente des poissons fumés ou la viande boucanée. 

La vente des pains à la criée est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart, ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa. Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les caniveaux. 

Tshimanga Dolay/Sage Gayala 

©agencetropiques.ch
 

 

 

 
Séropositive, Clémentine l'avoue: "Je ne me cache plus pour en parler"

Tenue le 5 juin dernier à l'hôtel NH de Fribourg, la 2ème journée de consultations entre l'ASS et les églises africaines était marquée par des ateliers, des discussions et diverses interventions d'experts en matière du VIH/sida. Moment fort de ce rendez-vous, le témoignage de Mme Clémentine* (prénom d'emprunt) touchée dans sa chair par le virus ravageur. Reportage.

Le jour où Clémentine apprends sa séropositivité, le ciel lui tombe sur la tête. Un grand choc de sa vie. Aux interrogations succède le dénie. "Ce n'est pas possible. Pas à moi. A quoi ont servi toutes les précautions prises pour se protéger de la maladie ?". Du sexe à moindre risque aux préservatifs, il a suffi un moment d'inattention. Dans ce genre de situations, on reste dans le doute. Le diagnostic du médecin était-il le bon ?  Après le temps d'interrogations et du dénie de son statut sérologique, voici que Clémentine se met à regretter. Elle réalise dorénavant que sa vie sera courte. Et qu'à 37 ans, elle n'en a pas vraiment profité. Elle s'en veut, elle dont les enfants n'auront peut-être pas l'opportunité de profiter du bonheur promis, cette nouvelle vie qu'elle est venue chercher Suisse.

Choc, interrogations et dénie

Passé l'état de choc émotionnel né de la violence de l'annonce de la maladie, par le médecin, puis celui d'interrogations et du dénie, Clémentine a mis du temps à prendre réellement conscience de sa nouvelle situation; à prendre la décision d'en parler à sa famille. "J'ai hésité d'en parler, tout de suite, à ma famille. Je savais le dégât que cette mauvaise nouvelle allait causer parmi les miens. D'abord, dans ma famille proche, puis dans le quartier. Il est difficile de parler de soi, d'évoquer sa vie affective et sexuelle, de se confier à d'autres gens lorsque l'exercice relève d'un tabou. Surtout dans nos sociétés africaines. Par crainte d'exclusion. La honte."

Le pire, c'est qu'elle a pris connaissance de sa maladie une fois arrivée en Suisse. Voyez d'ici, comment envoyer une aussi triste nouvelle aux proches et amis lointains. La portion était difficile à avaler. En dehors du médecin, à qui devait-elle donner la primeur de la nouvelle ?  Elle, sans papiers. Elle, requérante d'asile. Sans connaissance aucune ni du système de santé suisse ni de ses droits. Le décor était planté : un long chemin de croix l'attendait.

Des idées reçues sur le VIH/Sida

Dorénavant, il fallait se battre sur deux fronts : l'obtention des papiers et les soins. "Mon parcours fut des plus difficiles. Il fallait faire vite. S'informer. S'intégrer dans un réseau de soins. Sans papiers, je me sentais perdue. Jetée à la vindicte populaire. Le plus insoutenable regard venait des personnes avec qui je partageais les repas, les soirées, les promenades en ville.  Le regard des personnes du milieu. Les requérantes d'asile qui me connaissaient. Des calomnies. Des moqueries. Des questions fusaient du genre "comme tu as maigrie, pourquoi ta peau noircie tant ?" et d'autres considérations déplacées.  J'ai couru de gauche à droite pour chercher les réseaux, les associations ou toute entité en mesure de m'aider. On m'a trimballée çà et là. Je me suis reclue dans mon coin. J'étais coupée du monde. Seule dans ma souffrance. Ma solitude était pesante. On ne m'a pas vite tendu la main. J'étais au bord du suicide. Personne de ma communauté pour me réconforter. Pour m'écouter. Et toujours ces interrogations quant à mon avenir. Pourquoi étais-je venue mourir en Suisse, loin des miens ?"

Au mécanisme de rejet et d'isolement s'ajouta celui non certain de soins. "Je ne savais rien du tout sur la maladie. Sans caisse-maladie (obligatoire en Suisse), je n'étais pas sûre de recevoir des soins appropriés. Ils coûtent trop cher, pour une personne dans la situation de requérante d'asile. Et puis, je ne connaissais rien de trithérapies. En Afrique, cela coûte la peau des fesses. Au Cameroun, c'était la dernière de mes préoccupations. Le sida n'était pas mon affaire. Je l'assimilais à toute maladie non-incurable. J'ai découvert des infos ici, après avoir connu mon statut."

Contrairement à certaines personnes qui ont des idées reçues sur le VIH/Sida, Clémentine n'avait aucune appréhension. La source de ce mal, dit-on dans certaines contrées africaines, tient du mauvais sort, quand ce n'est pas de la jalousie de quelqu'un; des rapports conflictuels entre des proches, des voisins; de la sorcellerie. Dans certaines sociétés basées sur le rationnel, la confidentialité, le secret, peu de personnes cherchent l'explication chez le Marabout; peu de gens essaient de lire dans le marc de café. Aucun rite, mais l'acceptation de la maladie.

Progressivement, sous médicaments, Clémentine a retrouvé confiance en elle. Grâce à la rencontre des personnes dans son cas. "Je connais deux ou trois Camerounaises dans ma situation. On se rencontre pour échanger des informations. On se croise au CHUV. J'en parle aujourd'hui en toute liberté. En fait, la question n'est pas de savoir s'il faut en parler ou garder la nouvelle pour soi. Il faut en parler. Je fais des témoignages dans des associations, les universités, etc. ça me donne le courage de me battre, d'affronter le regard des gens. Aujourd'hui, je m'en fous, je fais ma vie comme tout le monde. Après la peur, je montre mon visage."

L'église : refuge en temps de détresse.

Ce regard est celui qu'on retrouve par quelques relais associatifs, voire spirituels. En effet, avec le temps, Clémentine a abordé la question de spiritualité par rapport à la maladie. Le fait de contacter les hommes de l'église lui a redonné confiance. L'église est un lieu de refuge en temps de détresse. On dit que toute souffrance plonge l'homme dans les questions spirituelles. Et exigent des réponses spirituelles. Des réponses sur ce qu'est l'être humain et non sur ce qu'il a. La nuance est de taille parce que si le VIH/Sida est le symbole d'un mal de l'existence humaine, le rôle de l'église est de porter consolation dans le cas d'un fait en désaccord avec la façon de vivre pour laquelle l'homme fut créé. Le rôle de l'église n'est pas tant d'être actrice de prévention, mais de prier pour tous les maux qui font violence à la dignité humaine; d'en appeler à l'éthique de l'amour; d'accueillir et de ne pas exclure les malades en son sein et de relancer l'espérance. Autre initiative qui fait son chemin : créer une structure de travail, composée de personnes formées et susceptible d'accompagner les malades dans des réflexions liées au sens de la responsabilité, à l'éducation et à l'amour du prochain.

Bien qu'affectée et infectée, sous médicaments, Clémentine a détruit le mécanisme d'isolement, cette mort sociale dans laquelle elle était précipitée. Pour quitter sa solitude, elle s'est faite violence. En dépit de son statut sérologique, elle revit, aujourd'hui, dans le système dit normal. En attendant de la Suisse, un accueil, à titre humanitaire, autrement dit l'obtention d'un permis de séjour reconnu.
 

Cikuru Batumike

 
 
 
 
 
mode vie en diaspora 
 

Charmes et secrets de la chevelure
par Liliana Pizzoni


 

Les salons de coiffure et d'esthétique du monde noir en Europe proposent diverses prestations : coupe de cheveux, brushing, défrisage, coloration, extensions, relooking, tissage, soins capillaires et soins du corps (sauna, jacuzzi). Ils vendent aussi des cheveux naturels et des accessoires de tissage. Mais que savons-nous réellement des charmes de la chevelure ? Avec mes cheveux d'une seule couleur, je me sens vraiment démodée ! J'ai envie d'un brin de nouveauté. Que diriez-vous si je me les faisais couper raz sur les côtés, en laissant au milieu une touffe blonde, que je couperais "en coup de vent" ?... Non, il vaudrait mieux les teindre en rouge et les peigner à la bohémienne, avec un coup de ciseaux du coiffeur; je serais ainsi méconnaissable, même pour ma mère !  Ces charmantes considérations sur la chevelure, et bien d'autres du même genre sur l'esthétique et la mode, sont non seulement fréquentes, mais presque obligatoires pour qui veut être un tantinet original et ne pas paraître complètement hors circuit...

La chevelure, une carte de visite En ce monde, la chevelure est la partie du corps à laquelle on accorde le plus des soins: elle est pour ainsi dire une carte de visite, quelque chose qui vous met à l'aise si vous en êtes satisfait et frappe (pas toujours positivement) celui qui l'observe malgré lui. Femmes et hommes ont de tout temps consacré beaucoup de soin à leur chevelure et les peuples les plus primitifs sont souvent ceux qui battent le record de variété, de fantaisie et...de patience ! Seules quelques rares peuplades, comme les Boschimans et les Hottentots, ont une coiffure des plus simples car leurs cheveux sont si crépus qu'il est impossible de les peigner. Les motifs qui poussent hommes et femmes à consacrer une partie de leur temps à leurs cheveux sont très variés: l'hygiène, l'esthétique, des mobiles religieux et sociaux exigent des traitements divers. En Californie, par exemple, les Pimas se défendaient des poux en enduisant leurs cheveux de boue; les Omahas, Indiens des prairies, rasaient la tête des garçons en laissant quelques touffes qui, peignées d'une certaine manière, évoquaient l'image de l'animal totem de leur clan. Motifs hygièniques donc pour les premiers et tribaux pour les seconds.

Une coiffure pour chaque circonstance

La nature du cheveu en conditionne le traitement; les cheveux crépus peuvent être "matés" en les partageant en petites tresses légères, rendues plus voyantes si l'on y mêle un fil de tissu ou de métal. C'est ainsi que se coiffent de nombreuses femmes africaines. Les Polynésiennes, par contre, dont les cheveux sont lisses et brillants, peuvent les laisser dénoués sur les épaules, à l'admiration de tous. La tresse est d'origine asiatique; en Mongolie, les hommes et les femmes en portaient, tandis qu'en Sibérie, seules les femmes se paraient de tresse et qu'en Chine, c'était l'apanage des hommes. En Mongolie et dans le Turkestan, les tresses s'ornaient de bijoux d'argent; chez les Indiens d'Amérique, les tresses étaient de règle; chez les Dakotas, elles étaient une prérogative exclusivement masculine et ont les laissait tomber sur la poitrine, tandis que les Séminoles les portaient sur les épaules. Chez les Pueblos et les Aztèques, les tresses étaient réservées aux femmes. En Erythrée et au Soudan, on trouve les fantaisies les plus amusantes dans l'ornementation des cheveux: chaînettes, anneaux, petites perles, rubans brodés de tous genres. Les femmes ont des façons bien différentes de se coiffer. Dans certaines régions équatoriales et centrorientales de l'Afrique, on rencontre des tribus où les femmes préfèrent se raser complètement la tête, tandis que les hommes exhibent les coiffures les plus élaborées. D'autres tribus, au Cameroun , en Guinée et au Congo-Kinshasa font étalage de chevelures qui sont des vrais chefs-d'oeuvre d'imagination, tandis qu'au Kenya et dans d'autres contrées africaines, Nilocamites, Suks, Maasaïs et Turkanas parviennent, avec de la graisse, de la boue et de la cendre à "personnaliser" chaque tête de manière vraiment originale. En Mélanésie, la chevelure sert de prétexte à de véritables constructions et, dans les Îles Fidji , certains hommes arborent, pour des circonstances particulières, des coiffures d'un mètre et demi de largeur. Le problème, c'est l'équilibre, car un faux mouvement et...adieu la dignité ! Si les cheveux ne suffisent pas, on peut avoir recours aux plumes d'oiseaux. Les Tupi-Guarani du Brésil enduisaient leur chevelure de cire d'abeilles afin de pouvoir y fixer des plumes rutilantes, ou s'ornaient gracieusement le front de peaux de toucans recouvertes de plumes jaunes.

Perruques et postiches

La chevelure ne suffit pas toujours à obtenir un chef d'oeuvre d'originalité; on a alors recours à des perruques et à des postiches, formés tantôt de vrais cheveux, pris le plus souvent sur d'autres personnes, soit à des matériaux divers, comme la crinière de cheval, par exemple. Quand ils furent découverts par les Espagnols au 16e siècle, les indigènes des Îles Fidji et des Îles Salomon usaient de perruques bleues. Les cheveux de ces perruques avaient été coupés sur des morts et plongés dans une substance colorante tirée d'une plante du genre liseron, puis coiffés pour être portés avec un oubli désinvolte de leur origine...Il n'y a du reste rien de neuf dans cette mode de la perruque. Les experts disent en effet qu'elle remonte aux deuxième millénaire avant Jésus-Christ, et peut-être même encore plus haut. Les Sumériens, les Egyptiens et les Perses la jugeaient indispensable. Les Grecs en façonnaient de types divers et les Romains importaient même des cheveux de l'étranger; les blonds venaient d'Allemagne et les bruns de l'Inde. Sous le règne de Louis XIV, le Roi Soleil, un noble ne se serait jamais présenté sans une énorme perruque, qui lui valait une grande considération. L'histoire, qui aime les chiffres nous dit qu'en France, on vendait encore dans le commerce, au début du siècle dernier, une moyenne de 130 tonnes de cheveux par an, achetés en bonne partie aux femmes pauvres qui les coupaient et les vendaient afin de pouvoir vivre, tandis que le reste était prélevé sur des femmes mortes dans les hôpitaux publics.Peintures et ornementLa coiffure n'est pas la seule caractéristique d'un peuple; les peintures corporelles, comme les tatouages et les scarifications, sont le plus souvent inspirées par des motifs religieux, rituels et sociaux. Dans l'histoire de l'humanité, la peinture du corps précéda même probablement tous les autres traitements de la peau. On se peignait pour montrer son rang social, pour faire peur à un ennemi ou pour participer à une cérémonie avec des signes symboliques. La peinture du corps peut embellir autant qu'un vêtement; elle n'est pas indélébile comme le tatouage et il est possible de changer de couleur ou de dessin selon les circonstances. Les couleurs les plus fréquemment utilisées sont le rouge, le blanc, le jaune et le noir. On peut peindre le corps sans pinceaux, avec les doigts, avec de petits bâtons bien taillés, en employant de petites formes ou encore en giclant la peinture avec la bouche... Les motifs peuvent être très variés: raies ondulées en gris, vert ou rouge sombre, petites étoiles blanches, dessins géométriques, formes d'oiseaux, etc. Les plus originales sont les peintures du visage, souvent asymétriques; par exemple la joue droite avec des bandes blanches et noires verticales, la gauche à bandes horizontales... Et que diriez-vous de tacheter votre nez et vos joues de jaune et de vert, en encerclant vos yeux de rouge carming ? Cet audacieux maquillage est porté avec une incomparable désinvolture par les Papous de la Nouvelle Guinée .

Liliana Pizzoni

Migration Conseil : un outil au service des migrants
Migration Conseil fait partie des structures indépendantes et apolitiques qui prônent une France de droits, de tolérance et de justice. Implantée à Montreuil, elle a été fondée en janvier 2007. Un travail de terrain est accompli, avec ce souci permanent d’éviter un système axé sur le rejet de l'étranger. Notre lecture de ses activités. 
La question migratoire en France n’est pas différente de celle qui se pose dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Elle est d’ordre divers et couvre des domaines complexes tels le droit au séjour, au travail ou aux études. Des droits qui sont la clé indispensable à toute bonne intégration. Différents organismes étatiques ou privés font face, appelés qu’ils sont à privilégier une France qui se veut une référence universelle en matière de défense des minorités. Ainsi donc, Migration Conseil base-t-elle son existence sur le mélange permanent des cultures, initiant sa démarche sur la possibilité de bâtir une France de la diversité dès lors que les conditions prévues par la loi sont respectées et remplies. Etudier, s'établir et s'intégrer supposent un meilleur accès aux droits, par un refus des idées reçues; l'obtention du partage des bons plans ; la mise en valeur et l'accompagnement des initiatives de migrants. Tout un programme que soutient une modeste équipe de juristes spécialisés dans la question de la diversité et du droit des étrangers.

Le travail de Migration Conseil tient du domaine du social : elle fluidifie l’application du droit des étrangers et des procédures de leur embauche ; elle favorise la diversité dans l’emploi et améliore l’accueil et l’intégration des étrangers dans la société française. Son statut d’entreprise lui garantit une indépendance qui lui permet de faire l’interface entre les entrepreneurs, les acteurs associatifs et administratifs et les décideurs politiques. Au-delà des accompagnements, Migration Conseil informe les migrants qui le souhaitent sur les démarches administratives lors d'un rendez-vous individuel ou dans le cadre de la loi, elle prend en charge différentes démarches pour l'obtention d'un titre de séjour. Elle peut intervenir, auprès des autorités, sur des dossiers délicats de séjour.

Pour comprendre, évaluer certaines situations et faciliter l’accès aux informations liées aux questions migratoires,  Migration Conseil met régulièrement à jour son blog « Questions d’étrangers ». Une occasion d’informer, d’approfondir la réflexion sur l'immigration en France, mais également lutter contre les préjugés. Le blog renseigne sur la question du travail légal en France : lorsqu'on est étranger grâce à la procédure d'introduction (régularisation des cas par cas des migrants employés mais en séjour illégal); le débat lié à l'intégration et l'identité nationale; le délit de solidarité ; le mythe des étrangers qui volent le travail des Français; les effets de la crise économique sur les migrants; les réflexions sur les raisons des inégalités face à l'emploi; l’insertion professionnelle, le regroupement familial, la carte de compétences et d'autres sujets. Le blog fournit une série d'indications fouillées, par le biais de quatre rubriques : la revue de presse, les questions de démarches, les opinions et Migr'info. Migration conseil s'appuie sur le travail de son équipe qui écrit ou épluche la presse nationale et internationale. Des informations pratiques, juridiques et concrètes, qui décrivent la réalité du terrain et apportent des réflexions et points de vue novateurs. 

Autre initiative : Migration Conseil initiait en décembre 2009, le séminaire intitulé « La mise en œuvre de l’immigration professionnelle : entre volonté politique et application concrète » Il s’agissait de favoriser les échanges entre les différents acteurs concernés par le travail des étrangers, de réduire l’écart entre les règlements et les pratiques. Les thèmes abordés par ce séminaire concernaient les étrangers hautement qualifiés, la lutte contre le travail illégal, l’intégration des immigrés sur le marché du travail et la promotion de la diversité au travail. 
Deux experts sont à la base de la création de Migration Conseil : Alexandre George, spécialisé dans la législation relative aux étrangers et dans l’instruction de dossiers juridiques complexes. Il a travaillé à la Direction des Etrangers du Ministère des Affaires Etrangères français, puis, en tant que rapporteur, à la Cour Nationale du Droit d’Asile (ex-CRR). Il a accompli son cursus à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, avant d’occuper un poste auprès de la DRH d’un Institut de Recherche. Il est l’actuel Directeur de Migration Conseil. Caroline Naïl n’a cessé de parfaire les connaissances en Droit des Etrangers et Droit International, après ses études de Droit. Elle a instruit des dossiers de demande de regroupement familial et d’asile au Ministère des Affaires Etrangères, avant d’être collaboratrice à la Cour Nationale du Droit d’Asile (ex-CRR). Elle a fait un passage remarqué au ministère de l’Intérieur (dont Cabinet). Elle est la responsable du service emploi et séjour de Migration Conseil.

Contact : Céline Bonnet, chargée de développement.  Migration Conseil, 104-112 avenue de la Résistance 93102 Montreuil Cedex Tél. 01 71 86 40 60 Fax 01 48 70 74 87 E-mail : contact@migration-conseil.com blog : www.questionsdetrangers.com.

Cikuru Batumike 
 
 

 

  migrations
Méditerranée / “Traffic Island”

Gilbert Calleja

Des migrantes et leurs bébés après leur sauvetage en mer (© G. Calleja)

Ces dix dernières années, Malte a connu un afflux de boat people, ce qui a fait de l’ « immigration » l’un des sujets de débat les plus brûlants du pays. Mais tandis que le racisme augmente, les hommes politiques locaux se montrent peu soucieux de favoriser l’intégration des migrants à la population locale.

On m’arrête à l’entrée. Je donne mon signalement au gardien, qui me prie cordialement d’attendre, puis passe une série de coups de téléphone. Je m’assois dans ma voiture, et regarde autour de moi. Le grillage jaune qui entoure les cours extérieures du centre de détention Safi et qui ressemble à une espèce de cage s’est sensiblement rouillé depuis ma première venue, en 2006, lorsque la première «visite de presse» a été organisée. Depuis lors, le site a connu maintes protestations et maints «soulèvements» des détenus immigrés, qui se plaignent de la longueur de leur détention, de l’âpreté des conditions de vie et des mauvais traitements qu’on leur inflige dans le centre. Une jeep de l’armée s’avance vers moi, et on m’escorte jusqu’à la «Maison Jaune», là où les femmes sont détenues dans une zone séparée. Quelques rapides formalités, et l’agent de sécurité ouvre le portail en métal. Je suis dans une véranda ceinte dans un grillage. Quatre jeunes filles paressent sur un matelas, tout au fond du couloir, tandis que d’autres vont et viennent, et s’adonnent à toutes sortes de tâches ménagères: pendre le linge sur la grille qui les entoure, débarrasser les restes du petit-déjeuner, etc. ; certaines me dévisagent, d’autres ricanent, d’autres encore me jettent des regards désapprobateurs. «Qui êtes-vous? Qu’est-ce que vous voulez?», me demande une robuste Nigérienne, avant même que j’aie eu le temps de prendre mes marques. Elle porte un faux manteau de fourrure trop grand pour elle, au-dessus d’un jean et d’un t-shirt rouge. La voix qui sort de ce gros tas de poils est de toute évidence hostile. Le soldat qui nous accompagne intervient et explique ce que je fais là. Ils se mettent d’accord : nous discuterons dans la «salle Télé».

Les filles s’assoient sur les tables, et on me laisse m’asseoir seul, à une distance qui me met mal à l’aise. Pour essayer de briser la glace et de détendre l’atmosphère, je demande au soldat de me laisser seul avec la quinzaine de jeunes filles assises en face de moi. Sur ma gauche, un groupe de timides Somaliennes, Erythréennes et Ethiopiennes qui parlent entre elles. Certaines essayent de traduire pour les autres. En face de moi, il y a les Nigériennes qui mènent le groupe, essentiellement parce qu’elles parlent un anglais plutôt bon. Elles refusent de me dire leur nom, leur âge, et leur pays d’origine. La plupart d’entre elles sont visiblement en colère et irritées par ma présence, je leur demande donc pourquoi. Elles m’expliquent qu’elles ont raconté leurs histoires à un grand nombre de journalistes avant moi, mais que leur situation n’a pas changé. Elles ne voient pas pourquoi elles sont incarcérées. Certaines déclarent qu’elles sont en détention depuis plus de 16 mois, d’autres disent que les conditions en Libye étaient meilleures qu’à Malte. Elles me rappellent encore et encore que les journalistes qui m’ont précédé n’ont pas du tout réussi à changer les choses. Je leur demande:  De quel sorte de changement vous voulez parler?». «La liberté! Laissez-nous sortir – on n’est pas des criminelles.» J’essaie d’expliquer mon impuissance et de leur faire comprendre que ces choses ne sont pas de mon ressort. Elles me laissent planté là, seul face à mon carnet vide. J’ai dû attendre presque six semaines avant d’avoir droit à une heure de visite au centre. Les filles me donnent leur avis en moins de dix minutes. Pendant que je rentrais chez moi, je me suis efforcé de ne pas succomber à la déception et la frustration, pour essayer de comprendre la tournure qu’ont pris les événements. Ma frustration s’évanouit rapidement quand je remets en perspective le silence de ces jeunes filles.

Il n’y a pas de commune mesure entre mes six semaines d’attente et 16 mois de détention, après avoir traversé terres, désert et mer, après avoir laissé derrière soi tout et tout le monde, et avoir risqué sa vie, parce qu’on aspire à des conditions de vie humainement acceptables. L’immense majorité des migrants qui quittent les rivages d’Afrique du Nord pour rejoindre l’Europe viennent de Somalie, du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythrée, de la République Démocratique du Congo, de Côte d’Ivoire, du Nigéria, et d’autres pays où l’instabilité politique, l’intolérance religieuse et tribale, les conflits et la misère sont à l’ordre du jour. Ma frustration s’efface quand je remets en perspective la décision des filles de garder le silence. Leur protestation silencieuse amène à se demander si les Maltais ou d’ailleurs les Européens abordent le problème de l’immigration convenablement. L’UE comprend-elle la détresse des nombreux réfugiés, des demandeurs d’asile ou des migrants économiques qui gagnent ses rivages? L’UE n’a, de fait, pas vraiment fait preuve de volonté politique pour améliorer la situation de ces gens, et au lieu de cela, en 2003, elle a donné 20 millions d’euros à la Libye de Kadhafi afin qu’elle arrête les bateaux qui quittent ses côtes pour l’Europe, qu’elle mette en place des centres de détention et qu’elle rapatrie les candidats à l’immigration dans leurs pays d’origine. Cela a été amplement documenté, et dénoncé par des journalistes comme Gabriele Del Grande sur son blog Fortress Europe.

Passer
L’immigration irrégulière dépend pour l’essentiel de deux facteurs : d’une part, un flot continuel de désespérés qui craignent pour leur vie et cherchent à s’échapper afin d’avoir une existence meilleure, plus humaine, et d’autre part, des trafiquants ou passeurs. Des personnes sans scrupules, des gangs et des organisations qui connaissent bien les structures de pouvoir qu’il faut connaître, ou des personnes qui ont simplement le moyen de transporter des gens sur des terrains rigoureux et de leur faire traverser la frontière, et qui sont prêts à prendre ce risque. Le point de départ d’un migrant peut être très différent, car il dépend de la situation de chaque pays. Certaines familles économisent pendant des années pour pouvoir financer le voyage d’un de leur membre, afin qu’il puisse se rendre en Europe, où il aura ensuite la possibilité de trouver un travail et d’envoyer de l’argent au reste de la famille, de sorte qu’elle finira par le rejoindre. D’autres s’en vont avec le peu qu’ils ont, surtout quand les conflits et la guerre viennent frapper à leur porte, et mettre sérieusement leur vie en danger. Tout cela est extrêmement simple en théorie. Il y a une demande, et une offre pour satisfaire cette demande, mais en pratique, les choses sont bien plus complexes et désespérément tragiques. Dans les faits, des milliers de gens meurent : ils périssent dans le désert, se déshydratent ou se noient dans la Méditerranée. Les chanceux qui survivent au voyage sont toujours victimes d’abus et d’humiliations, sans parler des traces psychologiques et des traumatismes qui hantent la plupart des migrants qui ont survécu.
 

Malte
La plupart des migrants qui débarquent à Malte n’ont jamais entendu parler de cette petite île. Une grande majorité d’entre eux sont des Somaliens qui fuient un pays de non-droit, où les clans guerriers et les seigneurs de guerre font la loi. Ils foulent le territoire maltais après avoir dérivé en mer pendant des jours et des jours. Très souvent, ils n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend, et la plupart d’entre eux n’ont pas de papiers d’identité. Dès leur premier pas sur l’île, Ils sont enregistrés et on les informe que leur arrivée est «illégale». Ils font alors une demande de protection ou d’asile politique. Pendant ce temps, on les enferme dans l’un des quatre centres de détention que compte l’île. Les dossiers et le retard s’accumulent à la Commission pour les Réfugiés, si bien que les individus doivent attendre pendant des mois avant d’avoir leur première «audience». La période maximale de détention est de 18 mois. Après cela, on leur accorde souvent la résidence temporaire, certains avantages sociaux, et un permis de travail.
Les conditions de détention à Malte, comme ailleurs en Méditerranée, sont rudes. L’idée même de maintenir les migrants en détention a été dénoncée et maintes fois critiquée par les ONG locales, par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, et par le Comité pour la Prévention de la Torture. Quand les migrants sont relâchés, soit ils trouvent un logement dans l’un des centres ouverts construits sur l’île, soit ils essaient de trouver une autre habitation. Généralement, les migrants africains, à Malte, vivent dans des conditions de pauvreté abjectes. Selon un rapport de la Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance, publié en décembre 2007, «les autorités maltaises ont appliqué une politique de rétention systématique de tous ces migrants, ce qui a non seulement des incidences négatives sur le respect des droits de ces personnes mais contribue aussi à ce qu’elles soient perçues comme des criminels, en favorisant ainsi le développement du racisme et de la xénophobie parmi la population maltaise. Ces attitudes sont renforcées par le débat public –notamment le débat politique – sur l’immigration irrégulière qui ne fait pas en général une place suffisante à la question des droits de l’homme et de la dignité humaine. L’immigration irrégulière a aussi servi de plate-forme au développement de groupes organisés d’extrême-droite. Les migrants en situation irrégulière, les demandeurs d’asile, les personnes ayant obtenu le statut humanitaire et les réfugiés sont toujours exposés à la discrimination raciale dans l’accès aux différents services et à des abus sur le marché du travail où ils sont pour la plupart employés clandestinement.»

Traduction de l’anglais Marie Bossaert

 
 
 
initiatives
 
La mobilisation de la diaspora africaine, un moyen de relancer la recherche scientifique sur le continent

"Accentuer les efforts pour encourager la diaspora africaine à participer aux initiatives destinées à répondre aux défis scientifiques sur le continent et impliquer les scientifiques africains dans des projets commun", est une des demandes adressées par le réseau des académies scientifiques africaines Nasac, dans une déclaration envoyée au "G8+5" qui se réunira en Italie en juillet 2009. Le G8+5 se compose des chefs d'États ou de gouvernement des pays membres du G8 (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis), ainsi que de ceux de cinq pays émergents (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud). La déclaration du Nasac entend les alerter sur la gravité du phénomène de "fuite des cerveaux", qui porte un préjudice important au développement des pays d'Afrique. Ainsi, "les universités d'Afrique ont été vidées de leurs étudiants par les pays développés" et un tiers des scientifiques africains ont migré, alors que leurs compétences se révèlent cruciales pour l'avenir du continent.

"Des dizaines de milliers de scientifiques africains vivent et travaillent dans les pays développés. La plupart de reviendront jamais", souligne le Nasac. Pour pallier ce manque, le réseau propose d'intensifier les politiques destinées à "tirer avantage du savoir et de l'expertise des migrants", notamment en encourageant les séjours courts en Afrique et le développement de projets de coopération internationale scientifique. La déclaration met également en avant l'idée de constituer une base de données des Africains hautement qualifiés susceptibles de se porter volontaires pour des actions de collaboration avec les scientifiques restés en Afrique.

Les besoins en compétences de ce type sont importants pour le continent, rappelle le Nasac: à peine 1,4% des publications scientifiques internationales proviennent de chercheurs qui travaillent en Afrique, selon le Science citation index, et les estimations font état d'un manque de 1 million de chercheurs pour répondre aux besoins cruciaux actuels. Les propositions émises en direction du "G8+5" font état d'un financement pour la reconstruction des universités africaines, le G8 ayant promis en 2005 de lever près de 10 milliards de dollars pour cela et pour la construction de centres de recherche.

Source: Nasac, www.lincei.it/files/dichiarazioni/
NASAC_statement_brain_drain_Africa.pdf

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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr
Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.
Collection Etudes africaines- Aucun pays ne peut se développer s'il n'utilise pas rationnellement ses meilleures ressources humaines. Qu'en est-il des pays africains ? Ils favorisent, directement ou indirectement, la fuite des cerveaux - départ et exil des intellectuels et des travailleurs qualifiés - dans les pays riches qui les utilisent gratuitement. L'auteur analyse la problématique et propose des réponses : pourquoi cette fuite ? Quels sont les pays d'accueil ? Quelle est son ampleur ? Quelles sont ses conséquences ? Editions l'Harmattan.ISBN : 978-2-296-10632-1 • janvier 2010 • 272 pages. Autres publications de l'auteur : HISTOIRE DU MULTIPARTISME AU CONGO-BRAZZAVILLE en 3 volumes; L'ÉCHEC DE L'INTÉGRATION DES NOIRS EN FRANCE.
 
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Immigration : Un ouvrage relate l’errance des clandestins africains en Espagne

L’ouvrage de 259 pages, publié dans la collection ‘‘Point de vue’’, aborde l’épineuse question de l’immigration clandestine en particuliers d’origine subsaharienne en direction de l’Occident, l’Espagne en particulier, via la mer ou le désert nord-africain.

« La rédaction de ce livre m’est venue à l’esprit au moment où, au cours d’un voyage en Espagne, j’ai assisté durant l’été 2006, à des scènes inouïes dans ce pays de Franco où, chaque semaine, des centaines, voire des milliers de clandestins africains en provenance du Sud du Sahara, débarquaient sur les côtes des îles Canaries », déclare M. Mendy. Pour l’auteur, « jamais on ne pouvait faire cent pas sans rencontrer un jeune clandestin ou un groupe de jeunes africains fraîchement sortis des centres de détention de clandestins dans les îles Canaries. Visiblement sans repères. Errant sans destination ». « Certains quémandaient même pour manger. Sans abris et faute de moyens, beaucoup d’autres clandestins dormaient à même le sol dans les gares ou les places publiques libérées la nuit aux heures creuses », a t-il révélé. Et M. Mendy d’ajouter : « En voyant ces jeunes compatriotes et les autres frères africains dans une telle situation tristement inhumaine, j’étais profondément abasourdi. J’ai décidé d’immortaliser cette peine. J’ai donc décidé d’approcher certains de ces martyrs de la pauvreté sans doute victimes d’une injustice sociale afin de recueillir leurs témoignages ». L’objectif visé, à travers cette publication, est « d’analyser les faits et les réalités qui secouent la crise aujourd’hui liée à ce fléau (l’immigration, ndlr) et dont les pays d’accueil comme les pays d’origine, dans leurs politiques de l’autruche, peinent à apporter des solutions efficaces et, de surcroît, humaines ».

Ce livre, qui passe en revue le quotidien des clandestins, en décrivant les préparatifs de leur départ, en passant par les conditions du voyage, jusqu’à leur arrivée sur les plages espagnoles et parfois leur errance, se veut, selon l’auteur, « un témoignage vivant plus proche des réalités sociales, économiques, culturelles et même communautaires et coutumières des migrants ». « L’immigration a fait l’objet d’une littérature très controversée où chaque auteur ne se limite souvent qu’aux faits superficiels soit à caractère narrateur, soit diffamatoire ou enfin, soit, l’auteur maîtrise très mal certains détails sociaux, voire sociologiques qui ont une importance capitale dans la compréhension du sujet », fait-remarquer l’auteur. «Le plus souvent dans cette gymnastique intellectuelle, dira M. Mendy, les meilleurs ouvrages sont ceux qui blanchissent les Occidentaux et culpabilisent l’Afrique dans cette crise qui secoue le continent noir en particulier. Or la réalité est que les responsabilités sont partagées ». Cependant, au-delà du témoignage, l’ouvrage tente de poser le débat sur cette question assez préoccupante qu’est l’immigration clandestine et en même temps d’ouvrir des pistes pour l’analyse de ce fléau «quasiment devenu un drame qui endeuille, chaque jour, des familles pauvres mais aussi innocentes ». En terme d’objectif recherché, il s’agit de faire «que des mesures concrètes puissent enfin être adoptées d’une part, dans le cadre de la promotion des ressources humaines en Afrique et d’autre part, dans le cadre du rétablissement des rapports Europe-Afrique en matière de co-développement et de partenariat économique Nord-Sud et Sud-Sud », renseigne t-il.

Rue Cases-Nègres, depuis 27 ans rien n'a changé
Par Christophe Carrière

Alors que le film Rue Cases-Nègres ressort sur les écrans, retour sur ce succès antillais entravé par des préjugés racistes persistants. Adapté du roman de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres, d'Euzhan Palcy, n'est pas seulement un des plus gros succès de 1983, avec ses 3 millions d'entrées. L'histoire, en 1931, de cet orphelin sorti des plantations de canne à sucre et envoyé à l'école est, d'abord, un beau et bon film. Qui, pourtant, a failli ne jamais voir le jour. En 1981, Euzhan Palcy, Martiniquaise inconnue de 21 ans, reçoit l'avance sur recettes sur scénario : près de 300 000 euros d'aujourd'hui. C'est exceptionnel. N'empêche : en quête d'une maison de production, elle essuie refus sur refus. "Chez Gaumont, on m'a dit que c'était sympathique, mais pas le genre de la maison, se souvient-elle. D'autres avaient du mal avec le titre ou pensaient qu'une affiche avec un enfant noir était invendable." Dix-huit mois de galère et d'humiliations. Epaulée par François Truffaut, elle déniche finalement un producteur, Michel Loulergue, ponte de la publicité désireux de se lancer dans le cinéma, et un distributeur, Claude Nedjar, "à qui le film doit beaucoup", insiste Euzhan Palcy. Elle trouvera aussi les 400 000 euros nécessaires au bouclage du budget auprès d'Aimé Césaire, alors maire de Fort-de-France.

Des quotas pour les Noirs dans la fiction française

La suite, on la connaît : César du meilleur premier film, plébiscite international... Ceux qui avaient renvoyé la réalisatrice à ses chères études ne jurent évidemment que par un Rue Cases-Nègres 2. Tout autre projet d'Euzhan Palcy ne les intéresse pas. D'où le départ de la cinéaste pour Hollywood, où elle réalise Une saison blanche et sèche, avec Marlon Brando (1989). Depuis, elle se partage entre Los Angeles et Paris. Là-bas, elle tourne des téléfilms. Ici, elle se bat. "Quand j'ai proposé un film sur le chevalier de Saint-Georges, il m'a été répondu : "Les bronzés, ce n'est pas simple en France. Quand le téléspectateur en voit un, il zappe.''" A défaut d'une meilleure solution, elle réclame des quotas pour les Noirs dans la fiction française. Vingt-sept ans après le succès de Rue Cases-Nègres, rien n'a vraiment changé. Malheureusement.

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