Au fil de l'actualité
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Analyse
La tragédie des indépendances
Abdou Rahmane Mbengue
Au lieu des parades militaires, des déhanchements passablement
obscènes de ‘majorettes’, ne devrait-on pas faire le procès
des Indépendances ? A la place des discours enfiévrés
et pompeux sur la renaissance africaine, la question pertinente à
poser est : qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ?
En dehors de la culture et accessoirement du sport, il y a très
peu de domaines où les Africains trouvent un motif de fierté.
Voici un demi-siècle que nous portons le bonnet d’âne de l’humanité.
L’Afrique est le grabat sur lequel gît le sixième de la population
mondiale. C’est la partie du monde où l’on a le moins de chance
de vivre longtemps. Avant d’atteindre cinquante ans, l’homme africain court
beaucoup plus le risque que n’importe quel autre de mourir de faim, de
sauter sur une mine, si le paludisme ne l’a pas fauché à
bas âge. Incorrigibles traînards, nous continuons d’offrir
au monde le spectacle d’un continent miséreux, où résonnent
toujours, comme dans un concert maudit, le crépitement des kalachnikovs,
le cri des orphelins du sida, des enfants du kwashiorkor, l’appel de détresse
des femmes qui meurent en couches, très souvent sans assistance.
Cette année, nous célébrons, concomitamment, le cinquantenaire
de l’indépendance de notre pays et la renaissance africaine, que
la statue géante de Ouakam, inaugurée samedi, est censée
symboliser. Il y a un paradoxe à relever : ce double évènement
est fêté avec des exemples vivants de la faillite des élites
du continent. En effet, qui mieux que le Zimbabwéen Robert Mugabé,
héros décati de la guerre de libération de son peuple,
incarne la désillusion post-coloniale ? La simple évocation
du nom de Compaoré suffit à rappeler l’une des plus grandes
tragédies de l’Afrique : l’assassinat de Sankara. Ali Ben Bongo,
fils de son père, personnifie la gestion familiale du pouvoir africain,
corrompu et sa dévolution dynastique - ce schéma successoral
guette peut-être le Sénégal. Le Congolais Sassou Nguesso,
le Tchadien Idriss Deby sont à la tête de pays gâtés
en ressources pétrolières, dont l’exploitation ne profite
guère aux populations majoritairement pauvres.
Il y a donc erreur de casting dans cette tragédie des Indépendances.
Les vrais héros africains, ce ne sont pas ceux à qui on a
déroulé le tapis rouge. Au procès des Indépendances,
ils trouveront, sans doute, leur place au box des accusés. ’Chaque
génération a ses pyramides à construire’. Ce serait
faire preuve d’une étroitesse d’esprit que de résumer cet
aphorisme à l’édification d’un édifice en bronze,
fut-il une prouesse architecturale. Le vrai monument à construire
est aujourd’hui l’Union africaine. Bâtir une union des peuples à
la place de ce ‘machin’ que dirige Jean Ping, une pâle copie de l’Union
européenne, c’est le meilleur cadeau d’anniversaire qu’on peut faire
pour le cinquantenaire. Pour flatter notre orgueil national, on décrète
la reprise des bases détenues sur notre sol par la France. Il est
malsain de présenter cette mesure, consensuelle du reste, comme
le symbole d’une liberté reconquise, sonnant ainsi l’acte final
de la décolonisation. Cet évènement répond
plus à une volonté de Nicolas Sarkozy de réorganiser
la présence française sur le continent qu’à un patriotisme
(tardif) de nos dirigeants. Insistons sur le fait qu’il serait criminel
de ne pas combler le vide que laisseront les militaires français,
quand on connaît le secours qu’ils nous portent en cas de catastrophe.
Ne nous trompons pas de débat : la colonisation se perpétue
sous d’autres formes. Le contingent de financiers en costumes gris et d’experts
aux lunettes fines qui appliquent au continent ses recettes néfastes
poursuit le même objectif que les hommes en kaki : mettre l’Afrique
sous la coupe réglée des pays occidentaux.Ce que le colonisateur
a entrepris avec la poudre et le canon, les Institutions de Bretton Woods
le prolongent sous d’autres formes, beaucoup plus pernicieuses. L’émigration
mortelle des fils de l’Afrique et sa pauvreté chronique sont la
résultante de deux facteurs : la nocivité des politiques
venues d’ailleurs et la corruption de ses gouvernants. La renaissance africaine
peut corriger l’échec des Indépendances. A condition qu’elle
ne soit pas qu’un slogan. Cinquante ans, c’est l’âge de raison. C’est
le temps des choix que nous n’avions pas osé faire plutôt.
Le premier doit être de supprimer les frontières artificielles
laissées par le colonisateur, ces plaies béantes qui suppurent
le mépris et la haine. Il est plus que temps, pour les Etats concernés,
de rompre avec le Franc Cfa, véritable instrument de domination
politique et économique. Enfin on ne peut pas espérer aller
loin sans nos langues, ferment des cultures africaines.

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Sénégal:
ruée sur les crèmes éclaircissantes, dangereuses et
en vente libre
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Les crèmes éclaircissantes pour la peau,
à base de corticoïdes et d'agents dépigmentants très
puissants, n'ont jamais eu autant de succès sur les marchés
du Sénégal où elles s'exposent en vente libre, malgré
leur dangerosité avérée. Dans son cabinet de l'hôpital
Aristide Le Dantec, à Dakar, la dermatologue Suzanne Oumou Niang
s'alarme de voir que "leur utilisation est en augmentation constante depuis
une dizaine d'années". "Ces crèmes sont en vente libre alors
qu'elles ne devraient être livrées que par ordonnance et pour
des affections dermatologiques! Certains corticoïdes n'ont même
pas l'autorisation de vente dans les pharmacies", souligne le Pr. Niang
à l'AFP.
Dans le service où elle exerce, "60% des
cas d'infections sévères et profondes de la peau sont liés
à l'application de produits de dépigmentation". Pour elle
comme pour bien d'autres médecins dakarois, cette vogue est devenue
"un vrai problème de santé publique". Dans les échoppes
du marché Sandaga, en plein centre de la capitale sénégalaise,
ce sont des cartons entiers de crèmes "Clair and White", "X-White"
ou "L'Abidjannaise" que les marchands disent écouler quotidiennement.
Les flacons se vendent de 500 CFA à 25.000 CFA (0,75 à 38
euros), les moins chers étant importés de Côte d'Ivoire,
du Mali ou fabriqués au Sénégal. Sur les étiquettes,
le taux d'hydroquinone - dépigmentant interdit dans l'Union Européenne
depuis 2001 - est officiellement de 2%. En vérité, confesse
un vendeur, "sur beaucoup de produits, le taux indiqué n'est pas
le bon. Il est plutôt de 5%".
Depuis quatre mois, Mounass, 21 ans, s'enduit de
ces produits deux fois par jour. Parce qu'elle estime que "les hommes préfèrent
les femmes à la peau claire", elle peut dépenser 40.000 FCFA
(61 euros) par mois pour sa dépigmentation, soit l'équivalent
du salaire minimum. En dépit de tous les avertissements, la jeune
femme assure ignorer les dangers de ces produits. Les patientes que le
Pr. Niang voit défiler à l'hôpital ont de l'acné,
des tâches noires, des vergetures, des abcès. Deux cas de
cancers de la peau spécifiquement dus à l'utilisation de
crèmes éclaircissantes ont même été recensés
ces quatre dernières années. "Le risque de décès
est surtout lié aux infections sévères de la peau,
principalement dues au corticoïdes, qui peuvent se généraliser"
(septicémie), explique la dermatologue. L'utilisation de corticoïdes
peut également engendrer hypertension et diabète. Et une
étude effectuée en 2006 à la maternité de l'Institut
d'hygiène sociale de Dakar a montré que les femmes utilisant
des corticoïdes à outrance accouchaient d'enfants d'un poids
plus faible que la moyenne des bébés, selon la dermatologue
Fatimata Ly, présidente de l'Association internationale d'information
sur la dépigmentation artificielle (Aiida) créée en
2002. Chaque soir, pendant 20 ans, Mme Diop s'est appliquée de tels
produits éclaircissants, jusqu'au jour où des taches noires
sont apparues sur sa peau. "Pour pouvoir arrêter, j'ai été
aidée par un ami qui m'a soutenue. Sans lui cela aurait été
difficile", raconte cette femme de 50 ans. Selon les médecins, l'utilisation
des produits de dépigmentation finit par provoquer une sorte de
"dépendance psychologique". "Les femmes ont l'impression que si
elles ne s'en servent plus, elles ne seront plus les mêmes", constate
le Pr. Niang. Durant l'été, l'Aiida organisera à Dakar
une journée de consultations gratuites et des séances de
prévention.
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Vie
au quotidien en RDC
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Qui veut peut désormais se faire cuire
une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa,
l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point
n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans
la rue au vu et au su de l'État.
KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo,
se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète
et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de
« foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard,
en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers
déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une
chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter
l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité
économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque
personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa
source de la pauvreté générale de la population et
échappe à l'administration fiscale…
Allées clairsemées,
étals vides ou à moitié pleins, le Marché central
de Kinshasa est de plus en plus déserté.
Les vendeurs ont envahi les rues
environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont
: chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi,
Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées
par des vendeurs à la criée et des étals à
même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants
à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents
de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins
eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements
en étalages.
La Capitale donne désormais
l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour
comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète
dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et
équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits
vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne.
Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie
désormais aux dépens des marchés et même des
shoppings qui paient taxes et impôts à l'État.
« Le commerce de trottoir,
un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par
les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité
des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des
taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de
l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue
du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut
débourser 20 dollars.
Chaque vendeur assis dans les environs
du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100
Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires
économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début
et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres
impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine),
la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars).
Tous commerçants
La multitude de taxes pousse les
vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir.
« Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une
perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait
nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de
sport.
Les tracasseries ont favorisé
le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle
fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à
celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les
lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage
commercial très agressif. Difficile de résister à
la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol
psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie.
Rien à faire, notre belle
et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce.
Le
phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de l'émergence
de l'économie souterraine qui absorbe l'activité économique
à hauteur de 80 pc et qui échappe donc au contrôle
fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté générale
de la population dès la fin des années 70. Déjà
à cette époque, Tabu Ley Rochereau, comme dans une sorte
de pulsion prémonitoire, y avait consacré une chanson dans
laquelle il pérorait que tout le monde était devenu commerçant
à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir a pris de l'ampleur
et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés.
Ce sont les « chailleurs », les « coopérants »,
les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à
défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets,
restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer
des services.
Dans les alentours de nos hôtels,
services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté
par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson
appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines
téléphoniques publiques…
Comme des abeilles
Des marchands ambulants y tournoient
comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs.
Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent
vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées
de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs,
changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des
gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc.
-. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman
sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent,
vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé
en plein quartier résidentiel de la Gombe.
Les contraintes de la vie ont donc
jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés
et de ménagères en quête de survie. Tout le «
résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute
de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée
de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article
15 », « effo perso » - pour effort personnel -, «
chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler
-… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des
jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne,
habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao,
Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville
par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour
vendre divers produits locaux et d'import.
Les petits vendeurs de cacahuètes,
biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à
la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux
lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes
gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons
ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons
à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous
vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur
des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille
», fait remarquer son ami, Hilaire Tamba.
Marcher sous la canicule, affronter
les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile,
crier à longueur de journée, la « chaille » ou
le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent
comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana,
« chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre
pour réussir.
Affaire de tribu
« Souvent ce qu'on gagne dans
la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à
noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare
Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet
de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes
kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour,
eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir
a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées
à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la
vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu
de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la
vente des poissons fumés ou la viande boucanée.
La vente des pains à la criée
est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart,
ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des
fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et
mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa.
Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté
de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et
ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité
dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les
caniveaux.
Tshimanga Dolay/Sage Gayala
©agencetropiques.ch
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Nigeria: la police emploie
la torture pour extorquer de l'argent
La corruption dans la police du Nigeria conduit des officiers à
arrêter fréquemment des innocents pour leur extorquer de l'argent,
parfois les torturer, et même les tuer, affirme un rapport de l'ONG
Human Rights Watch (HRW) publié mardi.
Selon l'organisation américaine de défense des droits
de l'homme basée à Washington, la corruption et le racket
sont des pratiques profondément répandues et institutionnalisées
parmi les forces de police du pays le plus peuplé du continent africain.
L'ONG révèle l'existence d'affaires impliquant des personnes
arrêtées, voire tuées au cours de leur garde à
vue, faute d'avoir versé de l'argent à la police. Selon elle,
les subalternes sont obligés de mettre la main à la poche
pour payer leurs supérieurs et grimper dans la hiérarchie.
Selon HRW, ce système est si pervers que des victimes peuvent devenir
des suspects, pour peu que les présumés agresseurs aient
de l'argent et de l'influence. "Les membres de la police sont davantage
vus comme des prédateurs que comme des protecteurs, et la police
nigériane est devenue le symbole d'une corruption sans retenue,
d'abus et de mauvaise gestion", explique le rapport. HRW cite l'exemple
en témoignage d'un père de famille, affirmant que son fils
de 16 ans a été torturé par la police et menacé
de mort, faute d'argent versé. "Mon fils m'a raconté qu'ils
(la police) lui avaient mis un bâton entre les bras et les jambes,
avant de le suspendre", explique le père. Autre exemple, deux mini-bus
de passagers avaient été visés en 2007 par les tirs
d'un officier de police parce qu'un des chauffeurs avait refusé
de s'acquitter d'un pot-de-vin de 20 naira (0,13 dollar). Dans le rapport,
un sergent de police justifie ces malversations par le manque de moyens
dont serait victime la police nigériane: "Nous n'avons pas de stylos,
les formulaires de plaintes, nous les achetons; les bons de libération
sous caution, aussi. Le fuel, c'est nous. Quant aux bonus pour Noël
ou Ramadan, tu peux les oublier". Le rapport s'intéresse également
aux écarts considérables dans les équipements entre
les postes de police délabrés et les bureaux de haut standing
des gradés. L'organisation a réalisé des interviews
avec plus de 145 victimes et témoins d'actes de corruption de la
police. Réagissant au contenu du rapport, le porte-parole de la
police fédérale du Nigeria, Emmanuel Ojukwu, a dénoncé
"des insinuations largement enjolivées visant à produire
des conclusions hâtives". "Les forces de la police nigériane
ont parcouru un long chemin depuis l'ère coloniale d'oppression
et ont survécu à des années d'abandon et de sous-investissement",
a-t-il ajouté. Human Rights Watch a appelé le Nigeria à
ouvrir une enquête indépendante et à mettre en cause
la responsabilité des officiers. "La corruption est protégée
par l'impunité", a souligné Okechukwu Nwanguma, du Réseau
pour la réforme de la police, une ONG qui a contribué au
rapport.
RDCongo : Qui gagnera les élections
présidentielles de 2011 ?

Il y a, au jour d’aujourd’hui, de plus en plus de compatriotes qui
estiment que notre pays est sous occupation et qu’il ne sert à rient
d’aller aux élections sans que les occupants soient mis hors d’état
d’agir. C’est se voiler la face que d’ignorer cette approche de la marche
socio-politique de notre pays. N’empêche qu’il y en ait aussi qui
croient en l’avènement d’un autre Congo à partir du processus
démocratique promoteur d’institutions républicaines au service
de nos populations. D’autres compatriotes encore croient tout simplement
dans un changement quel qu’il soit, pourvu que notre pays se débarrasse
des gouvernants actuels. Des radicaux , des modérés et des
opportunistes se retrouvent dans l’un ou l’autre camp.
Le but de cet article est d’étudier certaines questions liées
à l’organisation probable des élections présidentielles
en 2011 et à la lecture qu’en font « les experts es Congo
». En effet, en lisant certains médias dominants et certains
textes
des « experts » du Congo sur ces élections, il y a des
questions qui méritent d’être posées. Prenons un premier
exemple. Comment une étude aussi fouillée que celle menée
dernièrement par l’ICG ( Congo : l’enlisement du projet démocratique
du 8 avril 2010) constatant que « la consolidation de la démocratie
a été reléguée au second plan » face
aux paradoxes dans lesquels s’enferment les gouvernants actuels puissent
encore croire que leur chef sera reconduit aux échéances
électorales prochaines ? Revenons à ces paradoxes.
Sous peine de s’adonner aux cinq chantiers et de travailler au retour
de la paix à l’est, les gouvernants actuels renoncent aux réformes
promises au début de leur mandat et prévues par la Constitution
(de Liège ?). « Cela constitue, écrivent les experts
de l’ICG, un premier paradoxe : le retard observé dans les réformes
promises, telles que la décentralisation ou la réforme du
secteur de la sécurité, fragilise davantage le régime.
Ce retard a largement contribué à amplifie les crises sécuritaires
qui se sont manifestées depuis 2006. Les affrontements au Bas-Congo,
au Kivu et plus récemment en Equateur ont démontré
que des institutions politiques provinciales faibles ne peuvent pas faire
face à certains conflits locaux qui dégénèrent
rapidement. » Ce paradoxe prouve que « loin de s’incarner dans
des institutions, l’application des principes constitutionnels dépend
de la bonne volonté des gouvernants. » De ce constat à
croire qu’il y a lieu « de donner un second souffle aux réformes
démocratiques » avec les mêmes acteurs politiques «
sans volonté politique », il y a une marge de l’ICG semble
franchir.
Le second paradoxe. « La nature politique des solutions recherchées
est au centre d’un seconde paradoxe : sous prétexte d’avoir contribué
à doter Kabila d’une autorité souveraine par vertu d’une
élection réussie, la communauté internationale s’empêche
de critiquer ou de dénoncer les choix et pratiques anti-démocratiques
du régime congolais. » Ici, quand l’ICG lit dans cette façon
de faire un paradoxe, nous nous y voyons l’hypocrisie de la communauté
dite internationale et sa capacité d’instrumentaliser les institutions
démocratiques au profit de ses hommes et femmes liges. Nous ne le
dirons jamais assez : « La communauté du marché mondialisé
avait besoin de faire du Congo un réservoir des matières
premières où elle pouvait puiser à sa guise. La réussite
de ce projet été lié à la mise sur pied d’un
réseau de « nègres de service » dont Joseph Kabila
est un membre parmi tant d’autres. »
Dans cette perspective, il devient plus ou moins facile de comprendre
que l’ICG, malgré son diagnostic négatif de la gouvernance
du pays sous Kabila, écrive ce qui suit : « Kabila,
qui conclut son premier mandat en 2011, garde de grandes chances d’être
réélu sans un tel recours (à la révision constitutionnelle).
Malgré l’érosion de sa base électorale dans l’Est
du pays en raison des violences permanentes au Kivu et en Province Orientale,
l’opposition ne semble pas de lui opposer un candidat puissant aux prochaines
élections présidentielles. »
Etonnant ! L’avenir du Congo se jouerait entre les acteurs politiques
actuels (majorité et opposition) et la communauté dite internationale
! Curieux ! Cette analyse fouillée de l’ICG ne tient pas compte
du fait que tous les Congolais n’ont pas participé à «
la mascarade électorale » de 2006 ; que la classe politique
actuelle n’est pas représentative de toutes les capacités
et énergies dont notre pays regorge ! C’est comme si cette analyse
participait d’un matraquage psychologique (comme plusieurs autres du même
genre) visant à orienter les choix futurs des compatriotes ! Elle
semble avoir la prétention de connaître et de maîtrise
le mode de fonctionnement des Congolais(es) !
Selon cette étude, Kabila gagnerait en 2011 sans base électorale
! Curieux ! Ses alliances avec le CNDP qui gouverne réellement une
bonne partie de l’Est de notre pays n’auraient rien à voir avec
2011 ! Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais(es). Il
risque d’être surpris. Kabila tient à conserver sa base électorale
à l’Est. Des sources dignes de foi nous ont confirmé que
son ami Kamerhe, à défaut de le soutenir au vu et au su de
tous, ne lui mettra pas les bâtons dans les roues ; il ne se présentera
pas en 2011. Leurs parrains communs lui auraient demandé d’attendre
2016. Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais : « Le Congo
n’aura plus un deuxième Mobutu ». Si nous considérons
le champ électoral comme l’un des lieux où la lutte politique
devrait se mener chez nous, d’autres acteurs politiques risquent de rendre
l’équation plus compliquée que « les experts es Congo
» ne le croient. De Kinshasa, nous avons appris par exemple qu’un
groupe de plus de 100 étudiants de nos universités et instituts
supérieurs font appel à un candidat qui avait désisté
en 2006, un avocat du Barreau de Kinshasa et un expert en droit humanitaire
international, Guillaume Ngefa. Ils estiment, après un constat de
l’échec des gouvernants actuels sur tous les plans, qu’il devra
être leur candidat aux élections de 2011.
Dans un article intitulé Kabila a-t-il déjà gagné
2011 ?, Afrikarabia écrit ce qui suit : « Notons enfin Guillaume
Ngefa, avocat au Barreau de Kinshasa, actuellement fonctionnaire des Nations
Unies et spécialiste des droits de l’homme. Initiateur et président
honoraire de ASADHO, il a dénoncé la dictature sous Mobutu,
puis sous l’AFDL. Selon certain observateur, « discret, perspicace
et convaincu pour ses idéaux, Guillaume Ngefa est un présidentiable
à prendre au sérieux ». Ce qui apparaît comme
une évidence pour certains milieux « internationaux »
ne semble plus l’être pour certains médias alternatifs et
certains milieux congolais avertis. Et plusieurs compatriotes amoureux
de leur pays et travaillant pour un autre Congo sont « invisibles
».
De toutes les façons, un fait est sûr : « Les petits
restes, les minorités organisées et les autres ascètes
du provisoire Congolais luttent sur plusieurs fronts. Un temps viendra
où ils vont étonner le monde entier. Les élections
hypothétiques de 2011 ne sont pas gagnées d’avance. »
L’erreur à éviter serait que le front gagnant puisse exclure
les autres. Il y a là un travail anticipatif à abattre…
J.-P. Mbelu
Le "Dossier noir" de l'armée
française en Afrique
Raphaël Granvaud

"Que fait l'armée française en Afrique ? (1)", c'est
le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions
Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration
du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son
auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées
dans ce dossier.
Entretien de Dénètem Touam Bona
La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation
du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne
savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales
opérant en Afrique, étaient travaillées à ce
point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas
voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà
des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation
de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré
les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer
à être une "plus grande France" (formule qui désignait
l'empire français). Les hommes politiques le revendiquent très
clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve
toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son
rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime
le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr
cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans
une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de
monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources
stratégiques.
D'ailleurs certains régimes africains comme
ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes,
que par le soutien de l'armée française.
Depuis les indépendances, le prétexte majeur
du maintien de la présence militaire française c'est de défendre
les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires,
contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment
jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française
n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à
des régimes confrontés à des rébellions armées
ou à des mouvements populaires.
Le plus souvent, les armées des Etats africains
postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations
comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues
avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur"
et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent
clairement la responsabilité de la France dans cet état de
choses.
Absolument, ça faisait partie du kit théorique
doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains
formés dans les écoles militaires françaises. Il faut
rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines
sont créées de toute pièce : elles constituent alors
une sorte de prolongement de l'armée coloniale française.
Les armées africaines sont des filiales de l'armée française,
elles sont structurées sur le même modèle, formées
à partir de la même idéologie : la doctrine militaire
de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui
veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle
de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit
pas du contrôle d'une population étrangère comme dans
le cas de l'armée française en Algérie. La mission
des militaires africains est de contrôler leurs propres populations,
mais avec les mêmes méthodes que l'armée française
a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé
au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante
menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations Camerounaises).
Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé
des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans
les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter
contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles.
Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population
" conduit au génocide…
En dressant la généalogie de la guerre
contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et
similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie
et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du
Rwanda.
Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur
le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie,
ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des
méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites.
Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques
anti-subversives françaises à destination des dictatures
sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse
(connu pour ses révélations sur l'usage systématique
de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre
leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été
recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances
et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé
de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire"
se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les
publications militaires contemporaines, on retrouve des références
à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre
contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux
techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres
coloniales de "pacification" fin 19ème - début 20ème
siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour
quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan
ou de la Côte d'ivoire.
Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée
française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale.
Y a-t-il une spécificité de l'armée française
de ce point de vue là ?
Les militaires français considèrent qu'il
y a une tradition culturelle française plus forte que celle des
anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée
française prétend détenir un vrai savoir-faire lui
permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation.
C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires
français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent,
militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée
française se flatte d'être capable d'agir de manière
psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour
faire accepter auprès des populations civiles la présence
des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine,
qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie,
et couper les rébellions de leurs bases populaires.
L'armée française a-t-elle recours à
des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des
pays occupés ?
Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce
de prêt à penser, directement issu de la période coloniale.
Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus
d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel,
ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer
dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique.
Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement
dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des
interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument
ahurissantes comme : "la présence de l'armée française
est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter
dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui
émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial
qui prétend être une connaissance permettant une intervention
sur des populations.
Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain,
en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er
janvier). Du milieu des années 50 au début des années
70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines
de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre
menée contre l'UPC par un régime à la solde de la
France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle"
?
Le chercheur Gabriel Périès a montré
récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie
ont été décalqués au Cameroun à la même
époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à
grande échelle, la déportation des populations, la politique
de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie
a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le
sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3)
dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des
bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont
des choses qui, ces dernières années, commencent à
remonter à la surface.
Cela remet donc complètement en question le
mythe d'une "décolonisation douce"…?
La " décolonisation en douceur " reste la version
officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en
histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude
de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté,
une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre,
une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les
cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un
mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées
par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville
en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé
par la France l'a été contre le gré de la métropole,
souvent après des tentatives désespérées de
reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus
d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs
leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion
des intérêts français. Dans l'après-guerre,
il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes,
progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible
: il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les
populations, et ces mouvements ont été étouffés,
brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement
éradiqués. Il y a donc eu une longue période où
les populations africaines ont été orphelines d'un certain
nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître
maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets
où la question de la domination néocoloniale est au centre
des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse
de la présence française ou de systèmes plus mondialisés
comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque
Mondiale.
Revenons à l'armée française.
Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans
le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…?
Les questions de tradition et d'identité sont des
questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales,
dans cette composante de l'armée française issue de l'armée
coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de
leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes.
Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or
continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu,
vive la Coloniale ! " Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de
marine dans les opérations françaises menées en terre
africaine.?? Elles composent en effet la
majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors
des opérations sensibles : des opérations "coups de poing",
des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve
également dans les opérations européennes (EUFOR).
Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique
du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué
un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes,
en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on
se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises,
certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie
d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués
par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup
de bruit en Suède, beaucoup moins en France.
Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français
sur les opérations militaires menées en Afrique ?
Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle
opérée à l'été 2008, il y a un droit
de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais
un droit extrêmement limité. Les députés ont
le droit d'être informé d'une opération extérieure
dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc
mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir
de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois
(qui ne représentent qu'une petite partie des opérations
militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle
par contre sur les opérations secret-défense spéciales
et les opérations clandestines de la DGSE.
Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA)
représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural
de l'ingérence militaire française dans certaines régions
d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre
à ces deux terrains d'intervention.
En 2006, en RCA, la France a monté une opération
du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce
à l'intervention des parachutistes français) : l'armée
française a largué des parachutistes pour reconquérir
Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi
des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime
du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération
reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors
de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale
tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française
sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération
a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller
les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation"
de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une
intervention militaire des forces spéciales françaises qui
ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération
clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises.
Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human
Rights Watch est très critique par rapport aux dernières
interventions de l'armée française en RCA.
Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG
a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé
la politique de terre brûlée menée par l'armée
centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations
accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on
retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser
les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles.
Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage
direct des interventions militaires françaises. Après la
reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été
ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans
les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité
des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une
tentative de dissimulation qui relève de la complicité de
crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos
qui interrogent : on voit des officiers français à proximité
directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme),
une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.
Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France
est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des
"indépendances" africaines ?
On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration
de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que
toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy sur la question de l'Afrique
affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs.
Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours
le règne des pressions diverses, des émissaires occultes,
des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en
guise de célébration des choses assez caricaturales : un
défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage
aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles
du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations.
La véritable décolonisation et la célébration
de cette décolonisation restent à faire...
1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions
Agone, oct. 2009.
2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide
rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions
La Découverte, 2007.
3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation
Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52', production
: France 5 / Program 33, 2007.
actuel
Après 16 ans, la France
refuse de reconnaître son implication dans le génocide rwandais
par Survie
16 ans après le génocide des
Tutsi du Rwanda en 1994, et un peu plus de 11 ans après la Mission
d’information parlementaire de 1998 [1], l’essentiel de ce que l’on sait
aujourd’hui du soutien que des dirigeants politiques et militaires français
de l’époque ont apporté aux génocidaires – avant,
pendant, puis après le génocide – l’est grâce au travail
de quelques chercheurs, associations et citoyens.
L’Etat français, quant à
lui, utilise le déni et le secret défense, et espère
avec le temps enterrer la vérité et la justice. Comme pour
le rôle du régime de Vichy dans la déportation des
Juifs, nié pendant 50 ans. Comme pour le rôle de l’Etat français
et de hauts gradés dans l’institutionnalisation de la torture en
Algérie. Il est clair aujourd’hui que la France a soutenu politiquement
et diplomatiquement les génocidaires, qu’elle leur a fourni armes
et entraînement militaire, qu’elle les a laissé se financer,
qu’elle les a aidé à échapper la justice (cf. annexe).
Aucun présumé génocidaire présent sur le sol
français n’a encore été jugé. 16 ans après,
il reste de nombreuses zones d’ombre afin de comprendre comment un tel
soutien a pu avoir lieu. Aucun homme politique français n’a eu à
rendre de comptes. Aucune conséquence n’a été tirée
quand au fonctionnement de nos institutions, alors même qu’il a permis
au pouvoir de soutenir ceux qui commettaient un génocide. Quand
au récent rapprochement entre la France et le Rwanda, il s’apparente
à un donnant-donnant indigne : une amnésie voulue et une
auto-amnistie réciproque concernant d’une part les crimes commis
par le Front patriotique rwandais (FPR au pouvoir) au Rwanda et en République
démocratique du Congo (RDC), et d’autre part le rôle de la
France pendant le génocide.
Pour rappel, d’un point de vue juridique,
« un accusé est complice de génocide s’il a sciemment
et volontairement aidé ou assisté ou provoqué une
ou d’autres personnes à commettre le génocide, sachant que
cette ou ces personnes commettaient le génocide, même si l’accusé
n’avait pas lui-même l’intention spécifique de détruire
en tout ou en partie le groupe national, ethnique, racial ou religieux,
visé comme tel [2] ». L’association Survie rappelle qu’une
instruction est en cours au Tribunal aux armées de Paris (TAP),
suite à une plainte contre X pour des faits qu’auraient commis des
militaires français contre des Rwandais : personnes jetées
intentionnellement depuis des hélicoptères, viols, maltraitances,
génocidaires non désarmés qui continuaient leur œuvre.
Or le gouvernement a refusé de lever le secret défense sur
une partie des documents dont la déclassification a été
demandée par l’instruction. Que contiennent-ils de si compromettant
? En quoi la défense nationale serait-elle en danger du fait du
contenu de documents vieux de 16 ans ? Par ailleurs, de nouveaux éléments
viennent d’apparaître, notamment suite au travail du journaliste
Jean-François Dupaquier dans la revue XXI ou celui de Serge Farnel,
repris dans le Wall Street Journal : selon de nombreux témoignages
concordants, des militaires français auraient été
présents mi-mai 1994, soit un mois avant l’opération Turquoise,
et auraient aidé à débusquer les Tutsi qui se cachaient.
L’association Survie demande à
l’exécutif et aux parlementaires français : - la levée
du secret défense concernant tous les éléments liés
à l’action de la France au Rwanda et vis-à-vis des génocidaires;
- plus généralement, l’ouverture au public de l’ensemble
des archives; - la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.
De nombreux présumés
génocidaires continuent de vivre sur le sol français. De
nombreuses instructions sont en cours, la première plainte remontant
à 1995, sans qu’aucun de ces présumés génocidaires
n’ait encore été jugé. Aussi, l’association Survie
demande à l’exécutif et aux parlementaires français
: - de permettre aux instances judiciaires de faire avancer le plus rapidement
possible le dossier des présumés génocidaires; - de
faire en sorte que ce soit l’Etat français qui s’investisse enfin
dans la recherche de présumés génocidaires, alors
que pour le moment tout ce travail n’est réalisé que par
des associations; - de répondre aux sollicitations de l’ONU pour
l’identification des soutiens aux Forces démocratiques de libération
du Rwanda (FDLR) [3]et d’empêcher que cette organisation puisse communiquer
ou œuvrer depuis la France
Survie demande enfin que le pouvoir
politique français tire les leçons de ce qui s’est passé
et réalise les changements qui s’imposent dans le fonctionnement
de nos institutions. Le rapport des députés (qui date de
1998) et leurs principales recommandations ne sont toujours pas mises en
application, notamment la plus importante : l’instauration d’un véritable
contrôle parlementaire sur la politique étrangère de
la France, tout particulièrement sur le plan militaire. Le refuser
reviendrait pour le président de la République, le gouvernement
et les députés à considérer que les «
graves erreurs d’appréciations » et les « erreurs politiques
» commises – pour n’en rester qu’à ce qui a été
reconnu officiellement par Nicolas Sarkozy à Kigali en février
dernier – n’ont finalement pas d’importance... Il y a un devoir de changer
le fonctionnement des institutions.
Notes:
[1] Cette Mission avait commencé à
soulever le voile sur le rôle de la France pendant le génocide
mais n’a pas pu faire le travail qu’aurait pu réaliser une Commission
d’enquête parlementaire qui dispose de plus de pouvoir d’investigation.
[2] Définition du Tribunal pénal international pour le Rwanda
(TPIR), qui s’applique en droit français en vertu de la loi d’adaptation
de mai 1996 qui donne compétence aux tribunaux français pour
appliquer les statuts du TPIR. [3] Forces extrémistes hutu regroupant
de nombreux génocidaires et présentes dans l’est de la RDC.
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Humeur
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La
dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa
par Pierrette Fleutiaux

Si j'étais un homme pieux, voici ce que je proposerais.
La femme est un être faible, soumis à toutes les tentations,
nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière
la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l'homme,
la société doit maîtriser ce corps, dès son
plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée.
Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie,
encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels, qui troublent
son esprit et corrompent la société, relève du devoir
de l'homme respectueux de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous
fait erreur non pas dans l'interprétation de la loi divine, mais
dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme,
même derrière un grillage, même dans la fente du niqab,
restent libres. La vision périphérique en est certes limitée,
mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen
de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir.
On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter son esprit. Cachée
sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à
la débauche mentale. Une solution serait de l'aveugler totalement,
par le moyen d'un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace.
Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus
en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition
subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire les fils de l'homme
à l'école, et faire toutes choses qui dégagent l'homme
des tâches matérielles, facilitent l'exercice de son vouloir
et son étude des textes sacrés.Je soumets ici une modeste
proposition à mes frères.
Que les hommes portent la burqa, qu'ils s'approprient
ce vêtement que dévoie trop facilement la femme. L'homme est
beau, l'homme est la création première de Dieu, la femme
le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté
de convoiter, ne tentons pas sa faible nature. Voyez l'homme derrière
lequel marche la femme en burqa. Même voilée, justement parce
que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent
les chemisettes d'été, les pieds dans les sandales, les fesses
agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines
mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis la femme à
l'abri de tout danger dans sa prison portative de la burqa. En réalité,
il lui accorde une liberté scandaleuse.
L'homme en burqa brisera net l'élan pervers de
la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais,
se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée,
elle n'en sera dans sa maison que plus portée à répondre
aux besoins sexuels légitimes de son époux. Que la femme
aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera pas de
se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes, elle y
verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité
même la détournera de toute compétition malsaine avec
l'homme. Quant à cette exposition de la féminité,
elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra conforté dans
son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres
burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et
ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté
masculine.
ORDRE DIVIN
Repoussons cette croyance absurde qu'il faudrait voiler
les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer
celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante : elle
accrédite l'idée que l'homme a été créé
libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que,
devant toute femme passant sous ses yeux, s'éveille aussitôt
en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre
de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel
de l'ordre divin. L'homme n'a rien à craindre des misérables
appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à
abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement
ne peut que leur nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le
nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois
sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements
erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les
assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le
foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il
porte la burqa. La burqa est faite pour l'homme.
Pierrette Fleutiaux
Ecrivaine
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Libres
propos
RDCongo-Belgique
Les journalistes
belges s’empoignent à propos du Congo
Guy De Boeck
Dans presque toutes les professions, il existe des règles
dont le but est de permettre à tous ceux qui en vivent de cohabiter
harmonieusement en « bons confrères ». Ainsi, dans la
presse, les journalistes essaient de faire aussi bon ménage que
possible et d’avoir une attitude confraternelle, même lorsqu’ils
travaillent pour des journaux dont les idéologies ou les intérêts
sont opposés. Lorsqu’attaque ou polémique il y a, on vise
la feuille adverse, plutôt que le confrère, pris individuellement.
Cela étant, lorsque le contraire se produit, que quelqu’un déroge
à cette règle, on doit considérer que quelque chose
de grave, ou du moins d’exceptionnel, est en train de se passer.
C’est ce qui vient d’arriver avec une lettre de Walter Zinzen (retraité
de la VRT) à Colette Braeckman (du « Soir »), rendue
publique dans la presse flamande comme « opiniestuk », autrement
dit ce qui s’appelle, dans le journal auquel collabore Mme Braeckman, une
« carte blanche ». Et cette lettre se résume à
une question « Où est passé ton esprit critique ? ».
Une grande partie de la lettre consiste en une énumération
de faits bien connus que Braeckman, d’après Zinzen, passe sous silence,
minimise ou excuse pour la seule raison que Joseph Kabila «
a été élu démocratiquement » et que «
certaines choses iraient mieux au Congo ». Confraternellement, et
même amicalement, Walter y rappelle à Colette quelques événements
de leur passé professionnel commun, où son attitude a été
assez différente. Il s’agissait alors du régime Mobutu. Pour
des raisons inconnues, il omet toutefois de mentionner un acteur
essentiel qui joua un rôle non négligeable dans leurs carrières
à l’époque : le « Comité Zaïre ».
Ce comité s’était constitué, dans les années’70,
à partir d’anciens coopérants qui avaient été
frappés, au cours de leur séjour professionnel au Congo,
par la différence énorme qu’il y avait entre les réalités
du régime Mobutu et ce qu’en disait alors la presse belge… quand
elle daignait en parler. On pourrait résumer ce que celle-ci en
disait en le décrivant comme un large silence, émaillé
de quelques articles mobutistes, œuvre de William Ugeux ou de Jean Kestergat.
Le Comité Zaïre considéra comme son principal objectif
de mettre fin à cette conspiration du silence et du mensonge. Le
CZ comprenait une douzaine de personnes, dont certaines préféraient
travailler incognito. N’apparurent donc au grand jour que trois porte-parole
désignés par le collectif : Paul Janssens, Philippe Borel
et… moi-même. Il va de soi que comme nous voulions agir avant
tout par et sur l ’information, et même si nous adressions nos communiqués
à l’ensemble de la presse, nous ne demandions pas mieux que de rencontrer
à l’intérieur des médias des journalistes prêts
à tendre l’oreille à une information alternative par rapport
à la pâtée habituelle qui leur était fournie.
Au fond, nous nous trouvions un peu dans la position de colporteurs arpentant
les couloirs des centres de presse en criant « Qui donc veut
un scoop alternatif ? ». Nous n’avions, on s’en doute, pas des masses
de clients !
Parmi ceux qui étaient preneurs figuraient, à la BRT,
Walter Zinzen et Guy Poppe et, dans la presse papier francophone, Colette
Braeckman et Marie-France Cros. Ces deux dernières étaient
alors de jeunes journalistes, respectivement au « Soir » et
à « La Libre Belgique », qui devaient profiter des vacances,
grippes ou empêchements d’Ugeux et Kestergat pour parvenir à
glisser un « papier » sur l’Afrique. Heureusement, comme la
presse belge a coutume de charger un seul journaliste des affaires de tout
un continent, il arriva quand même assez fréquemment que des
nouvelles concernant le Congo arrivassent au moment où le «
titulaire mobutiste » couvrait un autre événement,
ailleurs en Afrique ! Les rédactions, et le public, ne tardèrent
pas à remarquer que les informations fournies par ces journalistes
étaient plus crédibles, mieux documentées et plus
approfondies que celles des « vieux spécialistes » et
leur carrière en bénéficia. Pour une fois que le succès
professionnel récompensa le mérite et un certain courage,
le fait mérite d’être signalé. En 1982, on pouvait
considérer que la conspiration « du silence émaillé
de mensonges » à laquelle nous nous étions attaqués,
avait été brisée. Il était désormais
possible, pour les personnes qui le désiraient vraiment, de trouver
dans les médias belges des informations réalistes sur ce
qui se passait sous Mobutu. Le CZ avait atteint son objectif et n’en avait
pas de rechange. Il se considéra donc comme dissout. Du point de
vue des médias, cela signifia la disparition d’une source d’information.
Il va sans dire qu’une équipe d’une douzaine de personnes ayant
une connaissance réelle du Congo, disposant de contacts sur place,
en parlant les principales langues et non soumis à des règles
déontologiques comme le sont les journalistes pour qui elles sont
une protection, mais aussi une entrave, avait une efficacité bien
supérieure à celle de n’importe quel journaliste isolé,
chargé de la « mission impossible » de couvrir un continent
entier à lui tout seul. Notre disparition n’était que partiellement
compensée par le fait que, à côté d’informations
ponctuelles, nous avions aussi sorti, sur le régime zaïrois,
un certain nombre de publications ou d’ouvrages plus généraux
qui pouvaient aider à s’orienter.
Il reste la question de Walter Zinzen. « Où est passé
dans tout cela l’esprit critique, quand il s’agit de ton ‘Kabila adoré’
? ». Et je ne puis que faire en esprit un parallèle.
Au cours de la conférence de presse organisée pour dénoncer
les massacres commis à Katakelayi et à Luamwela, tout le
monde a pu voir un attaché d’ambassade apporter à W. Ugeux
son visa pour se rendre à Kinshasa, afin sans doute que le Guide
du Zaïre lui dicte ce qu’il devait penser de la conférence
à laquelle il assistait. Cela lui parut si important qu’il partit
sans retard, n’écoutant même pas ceux qu’il allait critiquer.
Ne doit-on pas voir quelque chose du même genre dans la limousine
présidentielle qui, à ce qu’on dit, attendrait Mme Braeckman
à l’aéroport de Ndjili ? Le contexte congolais étant
ce qu’il est, les prises de position de ce genre font aussitôt courir
des bruits au sujet d’enveloppes et de gros sous. C’est assez logique de
la part des Congolais. Ils ne sont pas pour rien issus du pays du «
coupage » ! Il ne faut pas nécessairement recourir à
ce genre d’hypothèses sordides. Il faut même aller plus loin
: si un journaliste, qu’il s’appelle Braeckman ou Tartempion, avait l’occasion
de parler avec Kabila, ou avec un autre acteur important du théâtre
politique congolais, et ratait cette occasion, il commettrait une faute
professionnelle. Les problèmes commencent quand pour avoir
ce genre d’entrevue, on accepte de ne rendre audible, dans ce qu’on écrit,
qu’un seul son de cloche. Et c’est bien sûr plus grave, quand ce
son est celui du pouvoir. Mais, il faut bien l’admettre, avoir accès
de cette manière à une source privilégiée est
un privilège que l’on est bien tenté de défendre par
quelques concessions… Une autre hypothèse est possible. Les Américains
appellent la presse « le 4° pouvoir ». Le pouvoir a ses
ivresses et l’on peut être tenté, parfois, non de relater
l’actualité, mais de la faire. Et le vin des « faiseurs de
rois » est particulièrement capiteux. Doit-on penser que derrière
la question de Walter Zinzen, il y a la supposition que c’est dans ce genre
d’ivresse que Colette Braeckman aurait perdu son esprit critique ?
Guy De Boeck
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Libres
propos
PSEUDO-HISTORIENS,
VRAIS NEGATIONISTES
Depuis quelque temps, sous la houlette de l’historien français
Olivier Pétré-Grenouilleau, un vaste mouvement de réécriture
du phénomène de l’esclavage est en cours. On sait la polémique
qu’avait entraîné les thèses défendues par ce
dernier et par quelques porteurs d’eau africains et antillais, notamment
la principale d’entre elle, à savoir que l’esclavage arabo-musulman
fut pire, ou en tout cas plus important, que l’esclavage atlantique pratiqué
par les Européens. Il s’agissait là, ni plus ni moins, que
d’un retour à de vieilles thèses relativistes datant du début
du XXe siècle qui mettaient sur le même plan esclavage antique
(Grèce, Rome etc.), servage asiatique, esclavage arabo-musulman
et esclavage euro-atlantique.
Il s’agissait, plus profondément, de nier la spécificité
de l’esclavage euro-atlantique en la ramenant à une forme d’asservissement
de l’homme par l’homme comme une autre, alors que justement cet esclavage
a nié la qualité d’être humain à l’Africain
déporté. Pire : il a engendré tout un ensemble de
théories racistes visant à classer les « races humaines
» et plaçant la noire tout au bas de l’échelle. Par
comparaison, l’esclavage arabo-musulman n’avait rien de racial puisqu’il
mettait dans les fers aussi bien les Africains noirs que les Européens.
Il y eut ainsi plus d’un million d’esclaves « blancs » en Afrique
du Nord au cours des Xe et XIe siècles et, par exemple, Cervantès,
le célèbre auteur de « Don Quichotte », fut capturé
par les Barbaresques et mena trois ans durant une vie d’esclave à
Alger.
Comment donc ne pas voir la spécificité
de l’esclavage euro-atlantique, son caractère inouï, profondément
scandaleux ? Et ici, Christiane Taubira a eu parfaitement raison, au moment
de la rédaction de la loi qui porte son nom, de refuser d’écouter
les sirènes qui lui demandaient de l’étendre à «
toutes les formes d’esclavage ». S’il est évident qu’il y
a des éléments commun à toutes les formes d’asservissement
qui se sont produites au cours de l’histoire humaine, et cela à
travers toute la planète, il n’en demeure pas moins que l’esclavage
euro-atlantique est le seul qui ait rejeté l’asservi dans la pure
animalité.
Dans le sillage du relativisme Pétré-Grenouillesque
s’est greffé plus récemment un courant beaucoup plus néfaste
que l’on peut qualifier sans détour de « courant négationniste
». En clair, il s’agit pour ces pseudo-historiens, martiniquais et
surtout guadeloupéens, de nier le caractère profondément
inhumain de la plantation esclavagiste, de replacer « dans leur contexte
», comme ils disent, les atrocités et les abominations commises
par les colons européens et finalement de banaliser ce qu’aux Etats-Unis,
on appelait à juste raison « l’institution particulière
». Il est effarant de constater que ce sont des Antillais, auto-proclamés
historiens, qui s’attèlent à cette tâche ignoble qui,
s’agissant d’autres « crimes contre l’humanité », leur
aurait valu convocation immédiate devant les tribunaux. Auto-proclamés
parce qu’il faut se garder de confondre « enseigner l’histoire »
et « faire de l’histoire », exactement comme personne ne confond
« enseigner la littérature » avec « faire de la
littérature ». En effet, il ne suffit pas de passer des heures
ou des jours entiers aux archives, d’en extraire tel ou tel document que
l’on commentera par la suite dans un article ou un livre, pour s’arroger
du titre d’historien. Un historien, comme un écrivain, doit avoir
une théorie. Une théorie de l’histoire. Avant de nous brandir
triomphalement telle découverte dans telle archive ou d’asséner
des arguments d’autorité, il doit expliciter ses présupposés
théoriques et indiquer clairement dans quel cadre de pensée
il situe son travail. De même, un écrivain qui n’a pas au
départ une théorie de l’écriture n’est qu’un littérateur.
EPISTEMOLGIE ADAPTEE
En fait, quand on compare, le fonctionnement des différentes
Sciences Humaines aux Antilles, on se rend compte que l’histoire__en particulier,
celle pratiquée par les négationistes est la seule à
n’avoir pas fait l’effort de réfléchir à une épistémologie
adaptée à nos particularités. La seule à n’avoir
pas ressenti le besoin de proposer de nouveaux concepts opératoires.
Tant en linguistique, qu’en analyse littéraire, en anthropologie
et sociologie, ou encore en économie, nos spécialistes se
sont attelés, depuis au moins trois décennies, à produire
un savoir fondé non pas seulement sur les principes généraux
de leur discipline tels qu’ils sont généralement en usage
en Europe ou en Amérique du Nord, mais aussi sur de nouveaux découpages
du réel, du réel antillais s’entend, de nouvelles manières
de conceptualiser ce dernier.
Ainsi, en analyse littéraire, aucun chercheur antillais
ne se contente de se référer seulement à Roland Barthes,
Gérard Genette ou quelques autres autorités occidentales
en la matière. Il dispose désormais de tout un appareillage
conceptuel forgé pour la littérature antillaise et sa spécificité.
Ainsi le concept de « diglossie littéraire », concept
central, fondamental, à partir duquel vont s’articuler ceux de «
langue indigène du récit », « procuration linguistique
», « surconscience linguistique », « souveraineté
littéraire » et bien d’autres. Mieux, une véritable
transversalité s’est instaurée entre les quatre disciplines
susnommées lesquelles non seulement puisent dans l’une ou l’autre
selon les besoins, mais travaillent autour du même concept : par
exemple, celui de « créolisation », lui aussi fondamental.
Il n’y a que l’histoire à être demeurée
à l’écart de ce recentrage épistémologique
et à continuer à nous asséner, imperturbablement des
choses du genre « Le 12 février 1840, le gouverneur Untel
a décrété ceci… » ou « A la fin du 19è
siècle, les ouvriers agricoles entamèrent des grèves…
». A continuer, ce qui est tout aussi grave, à ignorer l’apport
théorique de l’anthropologie antillaise ou de l’analyse littéraire
antillaise, disciplines auxquelles nos historiens ne font qu’allusion sans
qu’on comprenne bien comment lesdites allusions s’articulent à leurs
démonstrations.
Nous posons donc la question : où est l’épistémologie
des sciences historiques adaptée à notre réalité
? Quels en sont les concepts opératoires ? Parmi,
tous ces prétendus historiens, le plus inconsistant théoriquement,
celui chez qui, malgré beaucoup d’esbroufe, on dénote la
plus grande vacuité conceptuelle n’est autre que le dénommé
Frédéric Régent.
ARCHIVE SYMBOLIQUE
Quelle est donc la théorie, quelles sont les théories
sur lesquelles s’appuient les Antillais et Africains qui grenouillent dans
le sillage de Pétré-Grenouilleau ? Aucune ! Or, s’agissant
des pays colonisés, en particulier ceux où l’écriture
était du seul ressort du maître ou du colon (ce qui ne fut
pas le cas de l’Asie ou du monde arabe où malgré la domination
coloniale, les indigènes purent conserver une certaine maîtrise
de l’écrit dans leur propre langue), il y a une véritable
critique des archives à opérer. Il y a à réfléchir
à la notion même d’archive. D’abord, on note que celle-ci
n’émane que du maître et de lui seul ; ensuite, il apparaît
que ce qui est archivé ne visait qu’à asseoir le pouvoir
du maître et était donc souvent délibérément
tronqué ou manipulé. Chiffres, listes, notations diverses,
actes juridiques parfois, tout ce qui est de la main du colon ou de l’Etat
colonial est suspect ou, en tout cas, doit être interrogé.
Enfin, nos petits Pétré-Grenouilleau locaux font carrément
l’impasse sur ce que Dany Bébel-Gisler appelait dans « Le
Créole, force jugulée (L’Harmattan, 1972) « l’archive
symbolique » de notre culture à savoir le créole et
toutes les productions orales dans cette langue (contes, récits
familiaux, proverbes, chants de travail etc.). Ils font donc abstraction
de l’esclave, du vécu de l’esclave. En ne fondant leur propos que
sur l’écrit du maître blanc, ils font comme si l’esclave noir
était demeuré les bras croisés et n’avait pas, au
cœur même de l’effroyable, recréé une nouvelle culture,
un nouveau rapport au monde. Pour ces messieurs, l’esclave n’écrit
pas donc il n’a rien à dire !
Au-delà de l’absence de toute réflexion
théorique, ce qui est plus scandaleux chez eux, c’est qu’en s’employant
à minimiser les atrocités de la période esclavagiste,
ils poursuivent en réalité un autre but, un but soigneusement
dissimulé, masqué : montrer qu’en dépit de tout ce
que nous a fait subir la puissance coloniale, nous pouvons aujourd’hui
continuer à vivre en son sein car grâce à de grands
hommes, de grands humanistes émanant de cette même puissance,
nous avons pu recouvrer notre dignité d’homme et manger à
la même table que nos anciens maîtres. Ce négationnisme
est donc une forme de néo-assimilationnisme. Il vise à brouiller
les cartes et à nous faire perdre de vue, ce qu’Aimé Césaire
a nommé « le génocide par substitution ». Le
négationnisme de ces pseudo-historiens, dont certains ont vainement
tenté d’entrer à l’Université, sert en fait le phénomène
de caldochisation, c’est-à-dire le remplacement des Antillais à
tous les postes de responsabilité par des gens venus d’ailleurs.
En donnant des gages aux Caldoches, en relativisant l’esclavage, en se
faisant les porteurs d’eau des Pétré-Grenouilleau et autres,
ils espèrent telle ou telle gratification : poste de directeur de
telle institution ou tel organisme de l’Etat français, petit chef
de ceci ou de cela, invité systématique des plateaux-télés
coloniaux etc.
Tous ceux qui ont la nation martiniquaise ou guadeloupéenne
chevillée au corps se doivent de combattre avec la dernière
énergie les négationnistes car ces derniers, en répandant
leur discours mensongers dans l’esprit de nos élèves et de
nos étudiants, sont en fait à la pointe du combat pro-assimilation.
Ils sont les nouveaux hussards de l’entreprise d’éradication de
notre identité créole. Ils ne visent ni plus ni moins, en
final de compte, qu’à prouver que, malgré l’esclavage, nous
avions vocation à devenir de bons Français.
Historiens, ces gens-là ? Que non ! Agents du
colonialisme français?
Raphaël Confiant
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L'interview |
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