Agence M.Tropiques : démocratisons. Chaque semaine, par des sujets de fond, nous posons notre regard sur les réalités africaines. 
 
 Rédaction.
Administration.
Publicité
MédiaTropiques, Promenade de la Suze 16,Case postale 91 CH 2501 Bienne-Suisse.
Téléphone et Fax +41(0)32 322 19 42 
Hebdo MédiaTropiques.  Courriel : webmaster@agencetropiques.ch
notre partenaire
Au fil de l'actualité
Analyse

La tragédie des indépendances
Abdou Rahmane Mbengue 



Au lieu des parades militaires, des déhanchements passablement obscènes de ‘majorettes’, ne devrait-on pas faire le procès des Indépendances ? A la place des discours enfiévrés et pompeux sur la renaissance africaine, la question pertinente à poser est : qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ? 

En dehors de la culture et accessoirement du sport, il y a très peu de domaines où les Africains trouvent un motif de fierté. Voici un demi-siècle que nous portons le bonnet d’âne de l’humanité. L’Afrique est le grabat sur lequel gît le sixième de la population mondiale. C’est la partie du monde où l’on a le moins de chance de vivre longtemps. Avant d’atteindre cinquante ans, l’homme africain court beaucoup plus le risque que n’importe quel autre de mourir de faim, de sauter sur une mine, si le paludisme ne l’a pas fauché à bas âge. Incorrigibles traînards, nous continuons d’offrir au monde le spectacle d’un continent miséreux, où résonnent toujours, comme dans un concert maudit, le crépitement des kalachnikovs, le cri des orphelins du sida, des enfants du kwashiorkor, l’appel de détresse des femmes qui meurent en couches, très souvent sans assistance. Cette année, nous célébrons, concomitamment, le cinquantenaire de l’indépendance de notre pays et la renaissance africaine, que la statue géante de Ouakam, inaugurée samedi, est censée symboliser. Il y a un paradoxe à relever : ce double évènement est fêté avec des exemples vivants de la faillite des élites du continent. En effet, qui mieux que le Zimbabwéen Robert Mugabé, héros décati de la guerre de libération de son peuple, incarne la désillusion post-coloniale ? La simple évocation du nom de Compaoré suffit à rappeler l’une des plus grandes tragédies de l’Afrique : l’assassinat de Sankara. Ali Ben Bongo, fils de son père, personnifie la gestion familiale du pouvoir africain, corrompu et sa dévolution dynastique - ce schéma successoral guette peut-être le Sénégal. Le Congolais Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Deby sont à la tête de pays gâtés en ressources pétrolières, dont l’exploitation ne profite guère aux populations majoritairement pauvres.

Il y a donc erreur de casting dans cette tragédie des Indépendances. Les vrais héros africains, ce ne sont pas ceux à qui on a déroulé le tapis rouge. Au procès des Indépendances, ils trouveront, sans doute, leur place au box des accusés. ’Chaque génération a ses pyramides à construire’. Ce serait faire preuve d’une étroitesse d’esprit que de résumer cet aphorisme à l’édification d’un édifice en bronze, fut-il une prouesse architecturale. Le vrai monument à construire est aujourd’hui l’Union africaine. Bâtir une union des peuples à la place de ce ‘machin’ que dirige Jean Ping, une pâle copie de l’Union européenne, c’est le meilleur cadeau d’anniversaire qu’on peut faire pour le cinquantenaire. Pour flatter notre orgueil national, on décrète la reprise des bases détenues sur notre sol par la France. Il est malsain de présenter cette mesure, consensuelle du reste, comme le symbole d’une liberté reconquise, sonnant ainsi l’acte final de la décolonisation. Cet évènement répond plus à une volonté de Nicolas Sarkozy de réorganiser la présence française sur le continent qu’à un patriotisme (tardif) de nos dirigeants. Insistons sur le fait qu’il serait criminel de ne pas combler le vide que laisseront les militaires français, quand on connaît le secours qu’ils nous portent en cas de catastrophe. Ne nous trompons pas de débat : la colonisation se perpétue sous d’autres formes. Le contingent de financiers en costumes gris et d’experts aux lunettes fines qui appliquent au continent ses recettes néfastes poursuit le même objectif que les hommes en kaki : mettre l’Afrique sous la coupe réglée des pays occidentaux.Ce que le colonisateur a entrepris avec la poudre et le canon, les Institutions de Bretton Woods le prolongent sous d’autres formes, beaucoup plus pernicieuses. L’émigration mortelle des fils de l’Afrique et sa pauvreté chronique sont la résultante de deux facteurs : la nocivité des politiques venues d’ailleurs et la corruption de ses gouvernants. La renaissance africaine peut corriger l’échec des Indépendances. A condition qu’elle ne soit pas qu’un slogan. Cinquante ans, c’est l’âge de raison. C’est le temps des choix que nous n’avions pas osé faire plutôt. Le premier doit être de supprimer les frontières artificielles laissées par le colonisateur, ces plaies béantes qui suppurent le mépris et la haine. Il est plus que temps, pour les Etats concernés, de rompre avec le Franc Cfa, véritable instrument de domination politique et économique. Enfin on ne peut pas espérer aller loin sans nos langues, ferment des cultures africaines. 

 
 
Sénégal: ruée sur les crèmes éclaircissantes, dangereuses et en vente libre 

Les crèmes éclaircissantes pour la peau, à base de corticoïdes et d'agents dépigmentants très puissants, n'ont jamais eu autant de succès sur les marchés du Sénégal où elles s'exposent en vente libre, malgré leur dangerosité avérée. Dans son cabinet de l'hôpital Aristide Le Dantec, à Dakar, la dermatologue Suzanne Oumou Niang s'alarme de voir que "leur utilisation est en augmentation constante depuis une dizaine d'années". "Ces crèmes sont en vente libre alors qu'elles ne devraient être livrées que par ordonnance et pour des affections dermatologiques! Certains corticoïdes n'ont même pas l'autorisation de vente dans les pharmacies", souligne le Pr. Niang à l'AFP. 

 Dans le service où elle exerce, "60% des cas d'infections sévères et profondes de la peau sont liés à l'application de produits de dépigmentation". Pour elle comme pour bien d'autres médecins dakarois, cette vogue est devenue "un vrai problème de santé publique". Dans les échoppes du marché Sandaga, en plein centre de la capitale sénégalaise, ce sont des cartons entiers de crèmes "Clair and White", "X-White" ou "L'Abidjannaise" que les marchands disent écouler quotidiennement. Les flacons se vendent de 500 CFA à 25.000 CFA (0,75 à 38 euros), les moins chers étant importés de Côte d'Ivoire, du Mali ou fabriqués au Sénégal. Sur les étiquettes, le taux d'hydroquinone - dépigmentant interdit dans l'Union Européenne depuis 2001 - est officiellement de 2%. En vérité, confesse un vendeur, "sur beaucoup de produits, le taux indiqué n'est pas le bon. Il est plutôt de 5%".

 Depuis quatre mois, Mounass, 21 ans, s'enduit de ces produits deux fois par jour. Parce qu'elle estime que "les hommes préfèrent les femmes à la peau claire", elle peut dépenser 40.000 FCFA (61 euros) par mois pour sa dépigmentation, soit l'équivalent du salaire minimum. En dépit de tous les avertissements, la jeune femme assure ignorer les dangers de ces produits. Les patientes que le Pr. Niang voit défiler à l'hôpital ont de l'acné, des tâches noires, des vergetures, des abcès. Deux cas de cancers de la peau spécifiquement dus à l'utilisation de crèmes éclaircissantes ont même été recensés ces quatre dernières années. "Le risque de décès est surtout lié aux infections sévères de la peau, principalement dues au corticoïdes, qui peuvent se généraliser" (septicémie), explique la dermatologue. L'utilisation de corticoïdes peut également engendrer hypertension et diabète. Et une étude effectuée en 2006 à la maternité de l'Institut d'hygiène sociale de Dakar a montré que les femmes utilisant des corticoïdes à outrance accouchaient d'enfants d'un poids plus faible que la moyenne des bébés, selon la dermatologue Fatimata Ly, présidente de l'Association internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (Aiida) créée en 2002. Chaque soir, pendant 20 ans, Mme Diop s'est appliquée de tels produits éclaircissants, jusqu'au jour où des taches noires sont apparues sur sa peau. "Pour pouvoir arrêter, j'ai été aidée par un ami qui m'a soutenue. Sans lui cela aurait été difficile", raconte cette femme de 50 ans. Selon les médecins, l'utilisation des produits de dépigmentation finit par provoquer une sorte de "dépendance psychologique". "Les femmes ont l'impression que si elles ne s'en servent plus, elles ne seront plus les mêmes", constate le Pr. Niang. Durant l'été, l'Aiida organisera à Dakar une journée de consultations gratuites et des séances de prévention. 
 

 
 
 

 
 

 

Vie au quotidien en RDC
Qui veut peut désormais se faire cuire une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa, l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans la rue au vu et au su de l'État.
 

KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo, se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de « foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard, en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa source de la pauvreté générale de la population et échappe à l'administration fiscale… 

Allées clairsemées, étals vides ou à moitié pleins, le Marché central de Kinshasa est de plus en plus déserté. 

Les vendeurs ont envahi les rues environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont : chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi, Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées par des vendeurs à la criée et des étals à même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements en étalages. 

La Capitale donne désormais l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne. Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie désormais aux dépens des marchés et même des shoppings qui paient taxes et impôts à l'État. 

« Le commerce de trottoir, un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut débourser 20 dollars. 

Chaque vendeur assis dans les environs du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100 Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine), la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars). 

Tous commerçants 

La multitude de taxes pousse les vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir. « Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de sport. 

Les tracasseries ont favorisé le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage commercial très agressif. Difficile de résister à la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie. 

Rien à faire, notre belle et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce. Le phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de l'émergence de l'économie souterraine qui absorbe l'activité économique à hauteur de 80 pc et qui échappe donc au contrôle fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté générale de la population dès la fin des années 70. Déjà à cette époque, Tabu Ley Rochereau, comme dans une sorte de pulsion prémonitoire, y avait consacré une chanson dans laquelle il pérorait que tout le monde était devenu commerçant à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir a pris de l'ampleur et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés. Ce sont les « chailleurs », les « coopérants », les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets, restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer des services. 

Dans les alentours de nos hôtels, services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines téléphoniques publiques… 

Comme des abeilles 

Des marchands ambulants y tournoient comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs. Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs, changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc. -. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent, vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé en plein quartier résidentiel de la Gombe. 

Les contraintes de la vie ont donc jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés et de ménagères en quête de survie. Tout le « résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article 15 », « effo perso » - pour effort personnel -, « chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler -… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne, habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao, Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour vendre divers produits locaux et d'import. 

Les petits vendeurs de cacahuètes, biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille », fait remarquer son ami, Hilaire Tamba. 

Marcher sous la canicule, affronter les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile, crier à longueur de journée, la « chaille » ou le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana, « chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre pour réussir. 

Affaire de tribu 

« Souvent ce qu'on gagne dans la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour, eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la vente des poissons fumés ou la viande boucanée. 

La vente des pains à la criée est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart, ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa. Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les caniveaux. 

Tshimanga Dolay/Sage Gayala 

©agencetropiques.ch
 

 

 

 
Nigeria: la police emploie la torture pour extorquer de l'argent
La corruption dans la police du Nigeria conduit des officiers à arrêter fréquemment des innocents pour leur extorquer de l'argent, parfois les torturer, et même les tuer, affirme un rapport de l'ONG Human Rights Watch (HRW) publié mardi.

Selon l'organisation américaine de défense des droits de l'homme basée à Washington, la corruption et le racket sont des pratiques profondément répandues et institutionnalisées parmi les forces de police du pays le plus peuplé du continent africain. L'ONG révèle l'existence d'affaires impliquant des personnes arrêtées, voire tuées au cours de leur garde à vue, faute d'avoir versé de l'argent à la police. Selon elle, les subalternes sont obligés de mettre la main à la poche pour payer leurs supérieurs et grimper dans la hiérarchie. Selon HRW, ce système est si pervers que des victimes peuvent devenir des suspects, pour peu que les présumés agresseurs aient de l'argent et de l'influence. "Les membres de la police sont davantage vus comme des prédateurs que comme des protecteurs, et la police nigériane est devenue le symbole d'une corruption sans retenue, d'abus et de mauvaise gestion", explique le rapport. HRW cite l'exemple en témoignage d'un père de famille, affirmant que son fils de 16 ans a été torturé par la police et menacé de mort, faute d'argent versé. "Mon fils m'a raconté qu'ils (la police) lui avaient mis un bâton entre les bras et les jambes, avant de le suspendre", explique le père. Autre exemple, deux mini-bus de passagers avaient été visés en 2007 par les tirs d'un officier de police parce qu'un des chauffeurs avait refusé de s'acquitter d'un pot-de-vin de 20 naira (0,13 dollar). Dans le rapport, un sergent de police justifie ces malversations par le manque de moyens dont serait victime la police nigériane: "Nous n'avons pas de stylos, les formulaires de plaintes, nous les achetons; les bons de libération sous caution, aussi. Le fuel, c'est nous. Quant aux bonus pour Noël ou Ramadan, tu peux les oublier". Le rapport s'intéresse également aux écarts considérables dans les équipements entre les postes de police délabrés et les bureaux de haut standing des gradés. L'organisation a réalisé des interviews avec plus de 145 victimes et témoins d'actes de corruption de la police. Réagissant au contenu du rapport, le porte-parole de la police fédérale du Nigeria, Emmanuel Ojukwu, a dénoncé "des insinuations largement enjolivées visant à produire des conclusions hâtives". "Les forces de la police nigériane ont parcouru un long chemin depuis l'ère coloniale d'oppression et ont survécu à des années d'abandon et de sous-investissement", a-t-il ajouté. Human Rights Watch a appelé le Nigeria à ouvrir une enquête indépendante et à mettre en cause la responsabilité des officiers. "La corruption est protégée par l'impunité", a souligné Okechukwu Nwanguma, du Réseau pour la réforme de la police, une ONG qui a contribué au rapport.

RDCongo : Qui gagnera les élections présidentielles de 2011 ? 

Il y a, au jour d’aujourd’hui, de plus en plus de compatriotes qui estiment que notre pays est sous occupation et qu’il ne sert à rient d’aller aux élections sans que les occupants soient mis hors d’état d’agir. C’est se voiler la face que d’ignorer cette approche de la marche socio-politique de notre pays. N’empêche qu’il y en ait aussi qui croient en l’avènement d’un autre Congo à partir du processus démocratique promoteur d’institutions républicaines au service de nos populations. D’autres compatriotes encore croient tout simplement dans un changement quel qu’il soit, pourvu que notre pays se débarrasse des gouvernants actuels. Des radicaux , des modérés et des opportunistes se retrouvent dans l’un ou l’autre camp. 

Le but de cet article est d’étudier certaines questions liées à l’organisation probable des élections présidentielles en 2011 et à la lecture qu’en font « les experts es Congo ». En effet, en lisant certains médias dominants et certains textes des « experts » du Congo sur ces élections, il y a des questions qui méritent d’être posées. Prenons un premier exemple. Comment une étude aussi fouillée que celle menée dernièrement par l’ICG ( Congo : l’enlisement du projet démocratique du 8 avril 2010) constatant que « la consolidation de la démocratie a été reléguée au second plan » face aux paradoxes dans lesquels s’enferment les gouvernants actuels puissent encore croire que leur chef sera reconduit aux échéances électorales prochaines ? Revenons à ces paradoxes. 

Sous peine de s’adonner aux cinq chantiers et de travailler au retour de la paix à l’est, les gouvernants actuels renoncent aux réformes promises au début de leur mandat et prévues par la Constitution (de Liège ?). « Cela constitue, écrivent les experts de l’ICG, un premier paradoxe : le retard observé dans les réformes promises, telles que la décentralisation ou la réforme du secteur de la sécurité, fragilise davantage le régime. Ce retard a largement contribué à amplifie les crises sécuritaires qui se sont manifestées depuis 2006. Les affrontements au Bas-Congo, au Kivu et plus récemment en Equateur ont démontré que des institutions politiques provinciales faibles ne peuvent pas faire face à certains conflits locaux qui dégénèrent rapidement. » Ce paradoxe prouve que « loin de s’incarner dans des institutions, l’application des principes constitutionnels dépend de la bonne volonté des gouvernants. » De ce constat à croire qu’il y a lieu « de donner un second souffle aux réformes démocratiques » avec les mêmes acteurs politiques « sans volonté politique », il y a une marge de l’ICG semble franchir. 

Le second paradoxe. « La nature politique des solutions recherchées est au centre d’un seconde paradoxe : sous prétexte d’avoir contribué à doter Kabila d’une autorité souveraine par vertu d’une élection réussie, la communauté internationale s’empêche de critiquer ou de dénoncer les choix et pratiques anti-démocratiques du régime congolais. » Ici, quand l’ICG lit dans cette façon de faire un paradoxe, nous nous y voyons l’hypocrisie de la communauté dite internationale et sa capacité d’instrumentaliser les institutions démocratiques au profit de ses hommes et femmes liges. Nous ne le dirons jamais assez : « La communauté du marché mondialisé avait besoin de faire du Congo un réservoir des matières premières où elle pouvait puiser à sa guise. La réussite de ce projet été lié à la mise sur pied d’un réseau de « nègres de service » dont Joseph Kabila est un membre parmi tant d’autres. » 

Dans cette perspective, il devient plus ou moins facile de comprendre que l’ICG, malgré son diagnostic négatif de la gouvernance du pays sous Kabila, écrive ce qui suit : «  Kabila, qui conclut son premier mandat en 2011, garde de grandes chances d’être réélu sans un tel recours (à la révision constitutionnelle). Malgré l’érosion de sa base électorale dans l’Est du pays en raison des violences permanentes au Kivu et en Province Orientale, l’opposition ne semble pas de lui opposer un candidat puissant aux prochaines élections présidentielles. » 

Etonnant ! L’avenir du Congo se jouerait entre les acteurs politiques actuels (majorité et opposition) et la communauté dite internationale ! Curieux ! Cette analyse fouillée de l’ICG ne tient pas compte du fait que tous les Congolais n’ont pas participé à « la mascarade électorale » de 2006 ; que la classe politique actuelle n’est pas représentative de toutes les capacités et énergies dont notre pays regorge ! C’est comme si cette analyse participait d’un matraquage psychologique (comme plusieurs autres du même genre) visant à orienter les choix futurs des compatriotes ! Elle semble avoir la prétention de connaître et de maîtrise le mode de fonctionnement des Congolais(es) ! 

Selon cette étude, Kabila gagnerait en 2011 sans base électorale ! Curieux ! Ses alliances avec le CNDP qui gouverne réellement une bonne partie de l’Est de notre pays n’auraient rien à voir avec 2011 !  Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais(es). Il risque d’être surpris. Kabila tient à conserver sa base électorale à l’Est. Des sources dignes de foi nous ont confirmé que son ami Kamerhe, à défaut de le soutenir au vu et au su de tous, ne lui mettra pas les bâtons dans les roues ; il ne se présentera pas en 2011. Leurs parrains communs lui auraient demandé d’attendre 2016. Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais : « Le Congo n’aura plus un deuxième Mobutu ». Si nous considérons le champ électoral comme l’un des lieux où la lutte politique devrait se mener chez nous, d’autres acteurs politiques risquent de rendre l’équation plus compliquée que « les experts es Congo » ne le croient. De Kinshasa, nous avons appris par exemple qu’un groupe de plus de 100 étudiants de nos universités et instituts supérieurs font appel à un candidat qui avait désisté en 2006, un avocat du Barreau de Kinshasa et un expert en droit humanitaire international, Guillaume Ngefa. Ils estiment, après un constat de l’échec des gouvernants actuels sur tous les plans, qu’il devra être leur candidat aux élections de 2011. 

Dans un article intitulé Kabila a-t-il déjà gagné 2011 ?, Afrikarabia écrit ce qui suit : « Notons enfin Guillaume Ngefa, avocat au Barreau de Kinshasa, actuellement fonctionnaire des Nations Unies et spécialiste des droits de l’homme. Initiateur et président honoraire de ASADHO, il a dénoncé la dictature sous Mobutu, puis sous l’AFDL. Selon certain observateur, « discret, perspicace et convaincu pour ses idéaux, Guillaume Ngefa est un présidentiable à prendre au sérieux ». Ce qui apparaît comme une évidence pour certains milieux « internationaux » ne semble plus l’être pour certains médias alternatifs et certains milieux congolais avertis. Et plusieurs compatriotes amoureux de leur pays et travaillant pour un autre Congo sont « invisibles ». 

De toutes les façons, un fait est sûr : « Les petits restes, les minorités organisées et les autres ascètes du provisoire Congolais luttent sur plusieurs fronts. Un temps viendra où ils vont étonner le monde entier. Les élections hypothétiques de 2011 ne sont pas gagnées d’avance. » L’erreur à éviter serait que le front gagnant puisse exclure les autres. Il y a là un travail anticipatif à abattre… 

J.-P. Mbelu

Le "Dossier noir" de l'armée française en Afrique 
Raphaël Granvaud 

"Que fait l'armée française en Afrique ? (1)", c'est le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

Entretien de Dénètem Touam Bona

La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une "plus grande France" (formule qui désignait l'empire français). Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D'ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l'armée française. 

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c'est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires. 

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur" et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses.  

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l'armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l'armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit pas du contrôle d'une population étrangère comme dans le cas de l'armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l'armée française a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations Camerounaises). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population " conduit au génocide… 

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l'usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire" se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de "pacification" fin 19ème - début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan ou de la Côte d'ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l'armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu'il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation. C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée française se flatte d'être capable d'agir de manière psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine, qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L'armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ? 

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : "la présence de l'armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l'UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle" ?  

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d'une "décolonisation douce"…?  

La " décolonisation en douceur " reste la version officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté, une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l'a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l'après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d'un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l'armée française. Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…? 

Les questions de tradition et d'identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l'armée française issue de l'armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes. Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! " Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.??      Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations "coups de poing", des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France.

Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l'été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d'être informé d'une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu'une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural de l'ingérence militaire française dans certaines régions d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d'intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l'intervention des parachutistes français) : l'armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation" de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises.

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l'armée française en RCA

Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l'armée centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des "indépendances" africaines ?

On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy sur la question de l'Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire...

1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.
2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.
3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52', production : France 5 / Program 33, 2007.
 
 
actuel 
 
 

Après 16 ans, la France refuse de reconnaître son implication dans le génocide rwandais 
par Survie 

16 ans après le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, et un peu plus de 11 ans après la Mission d’information parlementaire de 1998 [1], l’essentiel de ce que l’on sait aujourd’hui du soutien que des dirigeants politiques et militaires français de l’époque ont apporté aux génocidaires – avant, pendant, puis après le génocide – l’est grâce au travail de quelques chercheurs, associations et citoyens.
 

L’Etat français, quant à lui, utilise le déni et le secret défense, et espère avec le temps enterrer la vérité et la justice. Comme pour le rôle du régime de Vichy dans la déportation des Juifs, nié pendant 50 ans. Comme pour le rôle de l’Etat français et de hauts gradés dans l’institutionnalisation de la torture en Algérie. Il est clair aujourd’hui que la France a soutenu politiquement et diplomatiquement les génocidaires, qu’elle leur a fourni armes et entraînement militaire, qu’elle les a laissé se financer, qu’elle les a aidé à échapper la justice (cf. annexe). Aucun présumé génocidaire présent sur le sol français n’a encore été jugé. 16 ans après, il reste de nombreuses zones d’ombre afin de comprendre comment un tel soutien a pu avoir lieu. Aucun homme politique français n’a eu à rendre de comptes. Aucune conséquence n’a été tirée quand au fonctionnement de nos institutions, alors même qu’il a permis au pouvoir de soutenir ceux qui commettaient un génocide. Quand au récent rapprochement entre la France et le Rwanda, il s’apparente à un donnant-donnant indigne : une amnésie voulue et une auto-amnistie réciproque concernant d’une part les crimes commis par le Front patriotique rwandais (FPR au pouvoir) au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC), et d’autre part le rôle de la France pendant le génocide.

Pour rappel, d’un point de vue juridique, « un accusé est complice de génocide s’il a sciemment et volontairement aidé ou assisté ou provoqué une ou d’autres personnes à commettre le génocide, sachant que cette ou ces personnes commettaient le génocide, même si l’accusé n’avait pas lui-même l’intention spécifique de détruire en tout ou en partie le groupe national, ethnique, racial ou religieux, visé comme tel [2] ». L’association Survie rappelle qu’une instruction est en cours au Tribunal aux armées de Paris (TAP), suite à une plainte contre X pour des faits qu’auraient commis des militaires français contre des Rwandais : personnes jetées intentionnellement depuis des hélicoptères, viols, maltraitances, génocidaires non désarmés qui continuaient leur œuvre. Or le gouvernement a refusé de lever le secret défense sur une partie des documents dont la déclassification a été demandée par l’instruction. Que contiennent-ils de si compromettant ? En quoi la défense nationale serait-elle en danger du fait du contenu de documents vieux de 16 ans ? Par ailleurs, de nouveaux éléments viennent d’apparaître, notamment suite au travail du journaliste Jean-François Dupaquier dans la revue XXI ou celui de Serge Farnel, repris dans le Wall Street Journal : selon de nombreux témoignages concordants, des militaires français auraient été présents mi-mai 1994, soit un mois avant l’opération Turquoise, et auraient aidé à débusquer les Tutsi qui se cachaient.

L’association Survie demande à l’exécutif et aux parlementaires français : -  la levée du secret défense concernant tous les éléments liés à l’action de la France au Rwanda et vis-à-vis des génocidaires; - plus généralement, l’ouverture au public de l’ensemble des archives; - la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.

De nombreux présumés génocidaires continuent de vivre sur le sol français. De nombreuses instructions sont en cours, la première plainte remontant à 1995, sans qu’aucun de ces présumés génocidaires n’ait encore été jugé. Aussi, l’association Survie demande à l’exécutif et aux parlementaires français : - de permettre aux instances judiciaires de faire avancer le plus rapidement possible le dossier des présumés génocidaires; - de faire en sorte que ce soit l’Etat français qui s’investisse enfin dans la recherche de présumés génocidaires, alors que pour le moment tout ce travail n’est réalisé que par des associations; - de répondre aux sollicitations de l’ONU pour l’identification des soutiens aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) [3]et d’empêcher que cette organisation puisse communiquer ou œuvrer depuis la France

Survie demande enfin que le pouvoir politique français tire les leçons de ce qui s’est passé et réalise les changements qui s’imposent dans le fonctionnement de nos institutions. Le rapport des députés (qui date de 1998) et leurs principales recommandations ne sont toujours pas mises en application, notamment la plus importante : l’instauration d’un véritable contrôle parlementaire sur la politique étrangère de la France, tout particulièrement sur le plan militaire. Le refuser reviendrait pour le président de la République, le gouvernement et les députés à considérer que les « graves erreurs d’appréciations » et les « erreurs politiques » commises – pour n’en rester qu’à ce qui a été reconnu officiellement par Nicolas Sarkozy à Kigali en février dernier – n’ont finalement pas d’importance... Il y a un devoir de changer le fonctionnement des institutions.

Notes:

[1] Cette Mission avait commencé à soulever le voile sur le rôle de la France pendant le génocide mais n’a pas pu faire le travail qu’aurait pu réaliser une Commission d’enquête parlementaire qui dispose de plus de pouvoir d’investigation. [2] Définition du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui s’applique en droit français en vertu de la loi d’adaptation de mai 1996 qui donne compétence aux tribunaux français pour appliquer les statuts du TPIR. [3] Forces extrémistes hutu regroupant de nombreux génocidaires et présentes dans l’est de la RDC.
 


 

 

  Humeur 

La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa 
par Pierrette Fleutiaux

Si j'étais un homme pieux, voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis à toutes les tentations, nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l'homme, la société doit maîtriser ce corps, dès son plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels, qui troublent son esprit et corrompent la société, relève du devoir de l'homme respectueux de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non pas dans l'interprétation de la loi divine, mais dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision périphérique en est certes limitée, mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter son esprit. Cachée sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à la débauche mentale. Une solution serait de l'aveugler totalement, par le moyen d'un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire les fils de l'homme à l'école, et faire toutes choses qui dégagent l'homme des tâches matérielles, facilitent l'exercice de son vouloir et son étude des textes sacrés.Je soumets ici une modeste proposition à mes frères. 

Que les hommes portent la burqa, qu'ils s'approprient ce vêtement que dévoie trop facilement la femme. L'homme est beau, l'homme est la création première de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté de convoiter, ne tentons pas sa faible nature. Voyez l'homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée, justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent les chemisettes d'été, les pieds dans les sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis la femme à l'abri de tout danger dans sa prison portative de la burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse. 

L'homme en burqa brisera net l'élan pervers de la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée, elle n'en sera dans sa maison que plus portée à répondre aux besoins sexuels légitimes de son époux. Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera pas de se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes, elle y verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité même la détournera de toute compétition malsaine avec l'homme. Quant à cette exposition de la féminité, elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra conforté dans son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté masculine. 

 ORDRE DIVIN 

Repoussons cette croyance absurde qu'il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante : elle accrédite l'idée que l'homme a été créé libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que, devant toute femme passant sous ses yeux, s'éveille aussitôt en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel de l'ordre divin. L'homme n'a rien à craindre des misérables appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement ne peut que leur nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa. La burqa est faite pour l'homme. 

Pierrette Fleutiaux 
Ecrivaine 

 
 
 
Libres propos
 
 
 

RDCongo-Belgique
Les journalistes belges s’empoignent à propos du Congo
Guy De Boeck
 

Dans presque toutes les professions, il existe des règles dont le but est de permettre à tous ceux qui en vivent de cohabiter harmonieusement en « bons confrères ». Ainsi, dans la presse, les journalistes essaient de faire aussi bon ménage que possible et d’avoir une attitude confraternelle, même lorsqu’ils travaillent pour des journaux dont les idéologies ou les intérêts sont opposés. Lorsqu’attaque ou polémique il y a, on vise la feuille adverse, plutôt que le confrère, pris individuellement. Cela étant, lorsque le contraire se produit, que quelqu’un déroge à cette règle, on doit considérer que quelque chose de grave, ou du moins d’exceptionnel, est en train de se passer.

C’est ce qui vient d’arriver avec une lettre de Walter Zinzen (retraité de la VRT) à Colette Braeckman (du « Soir »), rendue publique dans la presse flamande comme « opiniestuk », autrement dit ce qui s’appelle, dans le journal auquel collabore Mme Braeckman, une « carte blanche ». Et cette lettre se résume à une question « Où est passé ton esprit critique ? ». Une grande partie de la lettre consiste en une énumération de faits bien connus que Braeckman, d’après Zinzen, passe sous silence, minimise ou excuse pour la seule raison que Joseph Kabila  «  a été élu démocratiquement » et que « certaines choses iraient mieux au Congo ». Confraternellement, et même amicalement, Walter y rappelle à Colette quelques événements de leur passé professionnel commun, où son attitude a été assez différente. Il s’agissait alors du régime Mobutu. Pour des raisons  inconnues, il omet toutefois de mentionner un acteur essentiel qui joua un rôle non négligeable dans leurs carrières à l’époque : le « Comité Zaïre ». Ce comité s’était constitué, dans les années’70, à partir d’anciens coopérants qui avaient été frappés, au cours de leur séjour professionnel au Congo, par la différence énorme qu’il y avait entre les réalités du régime Mobutu et ce qu’en disait alors la presse belge… quand elle daignait en parler. On pourrait résumer ce que celle-ci en disait en le décrivant comme un large silence, émaillé de quelques articles mobutistes, œuvre de William Ugeux ou de Jean Kestergat. Le Comité Zaïre considéra comme son principal objectif de mettre fin à cette conspiration du silence et du mensonge. Le CZ comprenait une douzaine de personnes, dont certaines préféraient travailler incognito. N’apparurent donc au grand jour que trois porte-parole désignés par le collectif : Paul Janssens, Philippe Borel et… moi-même. Il va de soi que comme nous voulions agir avant tout par et sur l ’information, et même si nous adressions nos communiqués à l’ensemble de la presse, nous ne demandions pas mieux que de rencontrer à l’intérieur des médias des journalistes prêts à tendre l’oreille à une information alternative par rapport à la pâtée habituelle qui leur était fournie. Au fond, nous nous trouvions un peu dans la position de colporteurs arpentant les couloirs des centres de presse en criant «  Qui donc veut un scoop alternatif ? ». Nous n’avions, on s’en doute, pas des masses de clients ! 

Parmi ceux qui étaient preneurs figuraient, à la BRT, Walter Zinzen et Guy Poppe et, dans la presse papier francophone, Colette Braeckman et Marie-France Cros. Ces deux dernières étaient alors de jeunes journalistes, respectivement au « Soir » et à « La Libre Belgique », qui devaient profiter des vacances, grippes ou empêchements d’Ugeux et Kestergat pour parvenir à glisser un « papier » sur l’Afrique. Heureusement, comme la presse belge a coutume de charger un seul journaliste des affaires de tout un continent, il arriva quand même assez fréquemment que des nouvelles concernant le Congo arrivassent au moment où le « titulaire mobutiste » couvrait un autre événement, ailleurs en Afrique ! Les rédactions, et le public, ne tardèrent pas à remarquer que les informations fournies par ces journalistes étaient plus crédibles, mieux documentées et plus approfondies que celles des « vieux spécialistes » et leur carrière en bénéficia. Pour une fois que le succès professionnel récompensa le mérite et un certain courage, le fait mérite d’être signalé. En 1982, on pouvait considérer que la conspiration «  du silence émaillé de mensonges » à laquelle nous nous étions attaqués, avait été brisée. Il était désormais possible, pour les personnes qui le désiraient vraiment, de trouver dans les médias belges des informations réalistes sur ce qui se passait sous Mobutu. Le CZ avait atteint son objectif et n’en avait pas de rechange. Il se considéra donc comme dissout. Du point de vue des médias, cela signifia la disparition d’une source d’information. Il va sans dire qu’une équipe d’une douzaine de personnes ayant une connaissance réelle du Congo, disposant de contacts sur place, en parlant les principales langues et non soumis à des règles déontologiques comme le sont les journalistes pour qui elles sont une protection, mais aussi une entrave, avait une efficacité bien supérieure à celle de n’importe quel journaliste isolé, chargé de la « mission impossible » de couvrir un continent entier à lui tout seul. Notre disparition n’était que partiellement compensée par le fait que, à côté d’informations ponctuelles, nous avions aussi sorti, sur le régime zaïrois, un certain nombre de publications ou d’ouvrages plus généraux qui pouvaient aider à s’orienter. 

Il reste la question de Walter Zinzen. « Où est passé dans tout cela l’esprit critique, quand il s’agit de ton ‘Kabila adoré’ ? ».  Et je ne puis que faire en esprit un parallèle. Au cours de la conférence de presse organisée pour dénoncer les massacres commis à Katakelayi et à Luamwela, tout le monde a pu voir un attaché d’ambassade apporter à W. Ugeux son visa pour se rendre à Kinshasa, afin sans doute que le Guide du Zaïre lui dicte ce qu’il devait penser de la conférence à laquelle il assistait. Cela lui parut si important qu’il partit sans retard, n’écoutant même pas ceux qu’il allait critiquer. Ne doit-on pas voir quelque chose du même genre dans la limousine présidentielle qui, à ce qu’on dit, attendrait Mme Braeckman à l’aéroport de Ndjili ? Le contexte congolais étant ce qu’il est, les prises de position de ce genre font aussitôt courir des bruits au sujet d’enveloppes et de gros sous. C’est assez logique de la part des Congolais. Ils ne sont pas pour rien issus du pays du « coupage » ! Il ne faut pas nécessairement recourir à ce genre d’hypothèses sordides. Il faut même aller plus loin : si un journaliste, qu’il s’appelle Braeckman ou Tartempion, avait l’occasion de parler avec Kabila, ou avec un autre acteur important du théâtre politique congolais, et ratait cette occasion, il commettrait une faute professionnelle. Les problèmes commencent quand  pour avoir ce genre d’entrevue, on accepte de ne rendre audible, dans ce qu’on écrit, qu’un seul son de cloche. Et c’est bien sûr plus grave, quand ce son est celui du pouvoir. Mais, il faut bien l’admettre, avoir accès de cette manière à une source privilégiée est un privilège que l’on est bien tenté de défendre par quelques concessions… Une autre hypothèse est possible. Les Américains appellent la presse « le 4° pouvoir ». Le pouvoir a ses ivresses et l’on peut être tenté, parfois, non de relater l’actualité, mais de la faire. Et le vin des « faiseurs de rois » est particulièrement capiteux. Doit-on penser que derrière la question de Walter Zinzen, il y a la supposition que c’est dans ce genre d’ivresse que Colette Braeckman aurait perdu son esprit critique ? 

Guy De Boeck
 
 
 
 

Quand l'image nous parle
 
Plus de 30 ans sur le marché de la presse panafricaine et antillaise. Pour être sûr de le recevoir dans votre boîte à lettres, veuillez vous abonner.
 
Retrouvez le blog Intertitres sur ce lien
 
nos rubriques
 
ACTUALITES

COULEURS TROPICALES

DEMOCRATISONS

LITTERATURE

DIASPORISONS

COURRIELS

PORTRAITS

SOCIETES

CELEBRITES

DOCUMENTS
 

 
Pub

Une publicité meilleur 
marché ?  C'est chez nous. La rapidité: notre force et notre premier service. Concevoir  .Rédiger .Gérer et optimiser votre publicité? Réactualiser vos annonces domiciliées au site?  Contactez, sans intermédiaire, notre agence à l'adresse habituelle. Ceux qui nous font confiance ? Pour en savoir plus, cliquez sur le logo ci-dessus et envoyez votre message. Nous vous contacterons dès que possible.
 en librairie

Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 

Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr
Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.
 
Libres propos
 
PSEUDO-HISTORIENS, VRAIS NEGATIONISTES













Depuis quelque temps, sous la houlette de l’historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, un vaste mouvement de réécriture du phénomène de l’esclavage est en cours. On sait la polémique qu’avait entraîné les thèses défendues par ce dernier et par quelques porteurs d’eau africains et antillais, notamment la principale d’entre elle, à savoir que l’esclavage arabo-musulman fut pire, ou en tout cas plus important, que l’esclavage atlantique pratiqué par les Européens. Il s’agissait là, ni plus ni moins, que d’un retour à de vieilles thèses relativistes datant du début du XXe siècle qui mettaient sur le même plan esclavage antique (Grèce, Rome etc.), servage asiatique, esclavage arabo-musulman et esclavage euro-atlantique. 

Il s’agissait, plus profondément, de nier la spécificité de l’esclavage euro-atlantique en la ramenant à une forme d’asservissement de l’homme par l’homme comme une autre, alors que justement cet esclavage a nié la qualité d’être humain à l’Africain déporté. Pire : il a engendré tout un ensemble de théories racistes visant à classer les « races humaines » et plaçant la noire tout au bas de l’échelle. Par comparaison, l’esclavage arabo-musulman n’avait rien de racial puisqu’il mettait dans les fers aussi bien les Africains noirs que les Européens. Il y eut ainsi plus d’un million d’esclaves « blancs » en Afrique du Nord au cours des Xe et XIe siècles et, par exemple, Cervantès, le célèbre auteur de « Don Quichotte », fut capturé par les Barbaresques et mena trois ans durant une vie d’esclave à Alger. 

Comment donc ne pas voir la spécificité de l’esclavage euro-atlantique, son caractère inouï, profondément scandaleux ? Et ici, Christiane Taubira a eu parfaitement raison, au moment de la rédaction de la loi qui porte son nom, de refuser d’écouter les sirènes qui lui demandaient de l’étendre à « toutes les formes d’esclavage ». S’il est évident qu’il y a des éléments commun à toutes les formes d’asservissement qui se sont produites au cours de l’histoire humaine, et cela à travers toute la planète, il n’en demeure pas moins que l’esclavage euro-atlantique est le seul qui ait rejeté l’asservi dans la pure animalité. 

Dans le sillage du relativisme Pétré-Grenouillesque s’est greffé plus récemment un courant beaucoup plus néfaste que l’on peut qualifier sans détour de « courant négationniste ». En clair, il s’agit pour ces pseudo-historiens, martiniquais et surtout guadeloupéens, de nier le caractère profondément inhumain de la plantation esclavagiste, de replacer « dans leur contexte », comme ils disent, les atrocités et les abominations commises par les colons européens et finalement de banaliser ce qu’aux Etats-Unis, on appelait à juste raison « l’institution particulière ». Il est effarant de constater que ce sont des Antillais, auto-proclamés historiens, qui s’attèlent à cette tâche ignoble qui, s’agissant d’autres « crimes contre l’humanité », leur aurait valu convocation immédiate devant les tribunaux. Auto-proclamés parce qu’il faut se garder de confondre « enseigner l’histoire » et « faire de l’histoire », exactement comme personne ne confond « enseigner la littérature » avec « faire de la littérature ». En effet, il ne suffit pas de passer des heures ou des jours entiers aux archives, d’en extraire tel ou tel document que l’on commentera par la suite dans un article ou un livre, pour s’arroger du titre d’historien. Un historien, comme un écrivain, doit avoir une théorie. Une théorie de l’histoire. Avant de nous brandir triomphalement telle découverte dans telle archive ou d’asséner des arguments d’autorité, il doit expliciter ses présupposés théoriques et indiquer clairement dans quel cadre de pensée il situe son travail. De même, un écrivain qui n’a pas au départ une théorie de l’écriture n’est qu’un littérateur. 

EPISTEMOLGIE ADAPTEE

En fait, quand on compare, le fonctionnement des différentes Sciences Humaines aux Antilles, on se rend compte que l’histoire__en particulier, celle pratiquée par les négationistes est la seule à n’avoir pas fait l’effort de réfléchir à une épistémologie adaptée à nos particularités. La seule à n’avoir pas ressenti le besoin de proposer de nouveaux concepts opératoires. Tant en linguistique, qu’en analyse littéraire, en anthropologie et sociologie, ou encore en économie, nos spécialistes se sont attelés, depuis au moins trois décennies, à produire un savoir fondé non pas seulement sur les principes généraux de leur discipline tels qu’ils sont généralement en usage en Europe ou en Amérique du Nord, mais aussi sur de nouveaux découpages du réel, du réel antillais s’entend, de nouvelles manières de conceptualiser ce dernier.

Ainsi, en analyse littéraire, aucun chercheur antillais ne se contente de se référer seulement à Roland Barthes, Gérard Genette ou quelques autres autorités occidentales en la matière. Il dispose désormais de tout un appareillage conceptuel forgé pour la littérature antillaise et sa spécificité. Ainsi le concept de « diglossie littéraire », concept central, fondamental, à partir duquel vont s’articuler ceux de « langue indigène du récit », « procuration linguistique », « surconscience linguistique », « souveraineté littéraire » et bien d’autres. Mieux, une véritable transversalité s’est instaurée entre les quatre disciplines susnommées lesquelles non seulement puisent dans l’une ou l’autre selon les besoins, mais travaillent autour du même concept : par exemple, celui de « créolisation », lui aussi fondamental.

Il n’y a que l’histoire à être demeurée à l’écart de ce recentrage épistémologique et à continuer à nous asséner, imperturbablement des choses du genre « Le 12 février 1840, le gouverneur Untel a décrété ceci… » ou « A la fin du 19è siècle, les ouvriers agricoles entamèrent des grèves… ». A continuer, ce qui est tout aussi grave, à ignorer l’apport théorique de l’anthropologie antillaise ou de l’analyse littéraire antillaise, disciplines auxquelles nos historiens ne font qu’allusion sans qu’on comprenne bien comment lesdites allusions s’articulent à leurs démonstrations.
Nous posons donc la question : où est l’épistémologie des sciences historiques adaptée à notre réalité ? Quels en sont les concepts opératoires ? Parmi, tous ces prétendus historiens, le plus inconsistant théoriquement, celui chez qui, malgré beaucoup d’esbroufe, on dénote la plus grande vacuité conceptuelle n’est autre que le dénommé Frédéric Régent.
 
 

ARCHIVE SYMBOLIQUE

Quelle est donc la théorie, quelles sont les théories sur lesquelles s’appuient les Antillais et Africains qui grenouillent dans le sillage de Pétré-Grenouilleau ? Aucune ! Or, s’agissant des pays colonisés, en particulier ceux où l’écriture était du seul ressort du maître ou du colon (ce qui ne fut pas le cas de l’Asie ou du monde arabe où malgré la domination coloniale, les indigènes purent conserver une certaine maîtrise de l’écrit dans leur propre langue), il y a une véritable critique des archives à opérer. Il y a à réfléchir à la notion même d’archive. D’abord, on note que celle-ci n’émane que du maître et de lui seul ; ensuite, il apparaît que ce qui est archivé ne visait qu’à asseoir le pouvoir du maître et était donc souvent délibérément tronqué ou manipulé. Chiffres, listes, notations diverses, actes juridiques parfois, tout ce qui est de la main du colon ou de l’Etat colonial est suspect ou, en tout cas, doit être interrogé. Enfin, nos petits Pétré-Grenouilleau locaux font carrément l’impasse sur ce que Dany Bébel-Gisler appelait dans « Le Créole, force jugulée (L’Harmattan, 1972) « l’archive symbolique » de notre culture à savoir le créole et toutes les productions orales dans cette langue (contes, récits familiaux, proverbes, chants de travail etc.). Ils font donc abstraction de l’esclave, du vécu de l’esclave. En ne fondant leur propos que sur l’écrit du maître blanc, ils font comme si l’esclave noir était demeuré les bras croisés et n’avait pas, au cœur même de l’effroyable, recréé une nouvelle culture, un nouveau rapport au monde. Pour ces messieurs, l’esclave n’écrit pas donc il n’a rien à dire !
Au-delà de l’absence de toute réflexion théorique, ce qui est plus scandaleux chez eux, c’est qu’en s’employant à minimiser les atrocités de la période esclavagiste, ils poursuivent en réalité un autre but, un but soigneusement dissimulé, masqué : montrer qu’en dépit de tout ce que nous a fait subir la puissance coloniale, nous pouvons aujourd’hui continuer à vivre en son sein car grâce à de grands hommes, de grands humanistes émanant de cette même puissance, nous avons pu recouvrer notre dignité d’homme et manger à la même table que nos anciens maîtres. Ce négationnisme est donc une forme de néo-assimilationnisme. Il vise à brouiller les cartes et à nous faire perdre de vue, ce qu’Aimé Césaire a nommé « le génocide par substitution ». Le négationnisme de ces pseudo-historiens, dont certains ont vainement tenté d’entrer à l’Université, sert en fait le phénomène de caldochisation, c’est-à-dire le remplacement des Antillais à tous les postes de responsabilité par des gens venus d’ailleurs. En donnant des gages aux Caldoches, en relativisant l’esclavage, en se faisant les porteurs d’eau des Pétré-Grenouilleau et autres, ils espèrent telle ou telle gratification : poste de directeur de telle institution ou tel organisme de l’Etat français, petit chef de ceci ou de cela, invité systématique des plateaux-télés coloniaux etc. 

Tous ceux qui ont la nation martiniquaise ou guadeloupéenne chevillée au corps se doivent de combattre avec la dernière énergie les négationnistes car ces derniers, en répandant leur discours mensongers dans l’esprit de nos élèves et de nos étudiants, sont en fait à la pointe du combat pro-assimilation. Ils sont les nouveaux hussards de l’entreprise d’éradication de notre identité créole. Ils ne visent ni plus ni moins, en final de compte, qu’à prouver que, malgré l’esclavage, nous avions vocation à devenir de bons Français. 
Historiens, ces gens-là ? Que non ! Agents du colonialisme français?

Raphaël Confiant

L'interview