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Dictature
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme
Les défenseurs qui œuvrent pour des élections équitables et transparentes ont été harcelés (Burundi, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Niger, Soudan). Les dirigeants ont restreint les libertés d’expression, de réunion et d’association (Burundi, Djibouti, Ethiopie, Ouganda, Rwanda), abusé des fonds publics (Tchad), muselé toute voix dissidente (Burundi, Djibouti, Ethiopie, Rwanda) et se sont emparés des médias pour leur campagne (Burundi, Ouganda, République centrafricaine, Tchad, Togo). D’autres ont gouverné d’une main de fer empêchant l’organisation d’élections (Érythrée, Swaziland).
Inquiets de la propagation du Printemps arabe, certains dirigeants ont étouffé toute protestation, interdisant et réprimant les manifestations (Djibouti, Soudan), restreignant l’accès à l’information (Érythrée, Guinée équatoriale), entravant les libertés d’expression (Ethiopie) et de réunion pacifique (Zimbabwe), procédant à des arrestations « préventives » (Angola, Zimbabwe). Plusieurs États ont continué de restreindre la liberté d’association. Des règles restrictives d’enregistrement des ONG ont été utilisées pour harceler (Gambie, Zimbabwe), refuser, voire retirer l’agrément d’organisations et de syndicats jugés gênants (Ethiopie, Soudan).
Au Kenya, en RDC et au Soudan, où de hauts responsables sont accusés de « crimes de guerre », « crime contre l’humanité » et/ou « génocide », la répression s’est accentuée contre les défenseurs qui luttent contre l’impunité des crimes graves, particulièrement dans le cadre de la Cour pénale internationale.
Face à une corruption croissante, les défenseurs qui dénoncent les détournements impliquant les autorités ou leurs proches ont fait l’objet de menaces de mort (Rwanda), d’arrestations et/ou de poursuites judiciaires (Angola, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Ouganda, République centrafricaine, Rwanda, Sénégal, Soudan, Togo, Zimbabwe). Des restrictions à la liberté de manifester et de réunion ont également eu lieu en Ouganda, au Sénégal, au Soudan, au Togo et au Zimbabwe. Ailleurs, les défenseurs ont fait l’objet de menaces, d’arrestations arbitraires ou de harcèlement judiciaire (Cameroun, Djibouti, RDC, Sénégal). Les défenseurs des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) ont été confrontés à plusieurs formes d’intimidation, y compris des agressions (Cameroun, Kenya, Zimbabwe) et l’assassinat d’un défenseur en Ouganda.
"Erosion de la démocratie" en Afrique australe
L'Afrique australe est confrontée à une "érosion de la démocratie" causée en partie par une incapacité des leaders régionaux à tenir leurs propres engagements sur la protection de l'Etat de droit, ont affirmé mercredi des groupes représentant la société civile.
"Nous notons avec une profonde préoccupation la détérioration de la situation politique en République démocratique du Congo (RDC), à Madagascar, au Malawi, au Swaziland et au Zimbabwe", a déploré Malcolm Damon, directeur de l'Association des conseils chrétiens devant des journalistes à Johannesburg. Dans ces cinq pays, on assiste à "un harcèlement continu et des meurtres de défenseurs des droits de l'Homme, le déni du droit des citoyens à participer à la vie politique, la violence (...) ainsi que la hausse de l'insécurité humaine", a-t-il ajouté. Selon lui, ces problèmes exigent "une attention urgente" de la part des chefs d'Etat de la région.M. Damon s'exprimait au nom d'un rassemblement de groupes religieux, syndicats et organisations non gouvernementales, à quelques jours d'un sommet des chefs d'Etat des quinze pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), prévu les 17 et 18 août à Luanda. Le développement de la démocratie, la pleine participation de la société civile, la transparence et le respect de l'Etat de droit font théoriquement partie des principes de base de la SADC. Or, ses dirigeants ont échoué à régler la crise au Zimbabwe, après trois ans d'efforts, a-t-il pointé: le pays est toujours englué dans les luttes de pouvoir entre le président Robert Mugabe et son principal opposant, Morgan Tsvangirai, qu'elle a contraints à s'associer contre leur gré en 2009 dans un fragile gouvernement d'union nationale. Ils n'ont pas non plus réussi à sortir Madagascar de l'impasse dans laquelle la Grande Ile est enferrée depuis l'éviction de l'ancien président Marc Ravalomanana en 2009, tandis que les violences n'ont pas cessé en RDC, a relevé M. Damon. Les dirigeants de la SADC devront aussi se pencher sur la situation au Malawi --où les forces de sécurité ont violemment réprimé des manifestations anti-gouvernementales le mois dernier, faisant 19 morts-- et au Swaziland, petite monarchie absolue qui a également fait taire ses opposants sans ménagement. Malcolm Damon a plus généralement critiqué un "manque de progrès" dans les efforts de médiation de l'organisation régionale, et a appelé ses dirigeants à "réexaminer les mécanismes de résolution des conflits de la SADC pour les rendre plus efficaces" "Nous devons mettre en oeuvre un mécanisme qui fasse en sorte que la SADC applique ses politiques destinées à régler ce genre de questions", a renchéri Boichoko Ditlhake, directeur du Conseil des organisations non-gouvernementales de la SADC. "Certains Etats membres choisissent toujours quand ils préfèrent faire partie de la SADC et quand ils préfèrent ne pas se conformer (à ses idéaux démocratiques), se cachant derrière le concept de souveraineté", a-t-il accusé.
Le vent tourne
Libye, un an après. par Gianluca Solera
Lorsqu’il pleut, en Libye le sol glisse, y compris sous des lourdes chaussures en caoutchouc. Surtout sur les escaliers et les sols. Ce que je me suis dit c’est qu’il y a eu beaucoup d’argent qui a circulé et le marbre luisant avait conquis le pays ; il suffit toutefois d’un hiver plus humide, maintenant que le quasi-éternel Raïs n’est plus, pour risquer de tomber à chaque pas que l’on pousse. Hier soir il a même neigé dans certains quartiers de Tripoli, et les campagnes sont verdoyantes : le bon Dieu voudrait-il faire un deuxième cadeau à ces gens après tant de peine?
Abdel Hafizh Mohammad Sidun est avocat et vit dans la campagne de Misurata. Pendant la Révolution il était tenu à l’œil car on avait retrouvé une photo de lui sur internet souriant aux côtés d’ Hillary Clinton à Washington à la clôture d’une session de formation sur la démocratie et les droits de l’Homme, Leaders for Democracy Fellowship. Un jour, on passa chez lui, et on confisqua l’ordinateur, les livres, l’appareil photo et la voiture et on l’arrêta sous prétexte qu’il était un espion. C’était au mois de mai 2011. Lorsque Kadhafi fut tué, lui était encore en prison, il en sortira le 24 octobre 2011. Il porte les cheveux très courts et une barbe le long du profil inférieur de la mâchoire. A le voir comme ça, on pourrait le prendre pour un disciple de l’Islam antioccidental, or tout ce qui l’intéresse c’est la liberté de son pays, et il ne veut pas d’un autre émir à la place du national-socialiste qu’était Khaddafi. Abdel Hafizh arriva à Washington par hasard, par l’entremise de Ibrahim el-Kalamy, également avocat, de Zawiya, sans avoir préalablement averti les autorités libyennes. Ibrahim n’a pas été plus chanceux que son collègue, il a aussi passé cinq mois à l’ombre ; mais pour lui ce ne fut pas une nouveauté, ayant déjà expérimenté la torture du régime à deux autres occasions.
L’histoire de ces deux avocats fondateurs du Centre libyen pour la démocratie et la citoyenneté, est semblable à celle de nombreux libyens qui veulent reconstruire un pays qui avait perdu dignité et civisme. A Tripoli on vit sans théâtre, et les cinémas n’offrent que quelques vieilles comédies égyptiennes ou des films d’actions, car le peuple ne devait pas trop pouvoir s'amuser. Les universités n’offraient pas de cours de langues européennes, mais plutôt celles du Continent noir car la Libye appartenait à la Grande Afrique. Tout était écrit dans le Livre Vert du Colonel : démocratie directe par plébiscite où tout le monde peut s’exprimer, d’où l’absence de nécessité d’avoir un parlement ; propriété publique des biens et des entreprises, où le citoyen avait le droit de posséder une seule maison ; droit de la famille qui reconnaissait la reproduction comme un acte social et la famille comme le premier noyau de la révolution kadhafienne, qui génère un peuple neuf, libre et fécond. Un pays fermé sur lui-même, où chaque communauté disposait d’au moins une base militaire, sans toutefois disposer d’une école ou d'un hôpital, où le Colonel passait à la télé au moins une fois par semaine, où tout ce qui se construisait en Libye était proclamé plus grandiose que partout ailleurs, comme par exemple la base de Tajura que nous dépassons en voiture, apparemment le plus grand camp militaire du monde. Ainsi, si tu te balades dans le centre de Tripoli, la Place Verte ou la « Petite Rome », tu ne trouves même pas un café décent pour t’asseoir et boire quelque chose, excepté un petit bar enfumé réservé aux hommes, et une cafétéria dans le plus pur style soviétique située vers le port... Les loisirs n’étaient pas permis, excepté pour lui, car le peuple en revanche devait enraciner la révolution.
C’est peut-être aussi pour cela que je n’ai pas vu de femme non voilée dans les rues, car la révolution du Colonel demandait une dévotion absolue au devoir. Les premières femmes sans voile, deux magnifiques jeunes femmes aux yeux et cheveux noirs et à la peau claire, je les ai rencontrées dans une réunion organisée par Hurriyat, organisation née depuis peu pour renforcer la conscience politique des libyens. Pendant la réunion, tenue dans les bureaux du Majlis Thuwar Trablus, le Comité qui regroupe les révolutionnaires non islamiques de Tripoli, les deux jeunes femmes écoutent avec attention, mais lorsque je les interpelle directement sur les besoins des organisations tournées vers les femmes, ce sont les hommes qui répondent à leur place (sans demander la permission), et les jeunes femmes n’ouvrent pas la bouche... Le féminisme kadhafien, malheureusement, n’a pas percé dans la vie associative. Pourquoi? Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le Livre Vert. Le chapitre qui traite des femmes dans le Livre Vert commence ainsi : “ la femme est avant tout un être humain, et ensuite elle est une femelle comme l’homme est un mâle”. Un peu plus loin : “les hommes et les femmes sont différents. Ils sont égaux, mais il s’agit d’une égalité dans la différence”. Ces affirmations établissent une vision de l’égalité des genres basée sur des principes biologiques, une vision qui ne remet pas en cause le patriarcat et qui trouve dans la femme-soldat son expression la plus haute : la femme affranchie réclame le droit d’être traitée comme un homme. Vous souvenez-vous des femmes en uniforme, les Rahibat Thawriyat, les “Sœurs (le même terme que l’on utilise pour les religieuses) de la Révolution” qui accompagnaient le leader? A Misurata, la résistance a découvert parmi les mercenaires des femmes soldats serbes, colombiennes et nigérianes qui se consacraient au tir d’élite. Elles utilisaient le bâtiment de la Sécurité sociale, le seul en briques et non pas en ciment, pour viser avec leurs longs fusils de précision toutes les formes en mouvement. Leur féminité s’exprimait à travers le soin apporté aux détails, extraordinaire qualité des femmes : qualité qui dans ce cas consistait à savoir tuer de façon sélective, comme lorsqu’on l’on trie les grains de riz noirs des autres grains.
Analyse
La tragédie des indépendances africaines
Abdou Rahmane Mbengue
Au lieu des parades militaires, des déhanchements passablement obscènes de ‘majorettes’, ne devrait-on pas faire le procès des Indépendances ? A la place des discours enfiévrés et pompeux sur la renaissance africaine, la question pertinente à poser est : qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ?
En dehors de la culture et accessoirement du sport, il y a très peu de domaines où les Africains trouvent un motif de fierté. Voici un demi-siècle que nous portons le bonnet d’âne de l’humanité. L’Afrique est le grabat sur lequel gît le sixième de la population mondiale. C’est la partie du monde où l’on a le moins de chance de vivre longtemps. Avant d’atteindre cinquante ans, l’homme africain court beaucoup plus le risque que n’importe quel autre de mourir de faim, de sauter sur une mine, si le paludisme ne l’a pas fauché à bas âge. Incorrigibles traînards, nous continuons d’offrir au monde le spectacle d’un continent miséreux, où résonnent toujours, comme dans un concert maudit, le crépitement des kalachnikovs, le cri des orphelins du sida, des enfants du kwashiorkor, l’appel de détresse des femmes qui meurent en couches, très souvent sans assistance. Cette année, nous célébrons, concomitamment, le cinquantenaire de l’indépendance de notre pays et la renaissance africaine, que la statue géante de Ouakam, inaugurée samedi, est censée symboliser. Il y a un paradoxe à relever : ce double évènement est fêté avec des exemples vivants de la faillite des élites du continent. En effet, qui mieux que le Zimbabwéen Robert Mugabé, héros décati de la guerre de libération de son peuple, incarne la désillusion post-coloniale ? La simple évocation du nom de Compaoré suffit à rappeler l’une des plus grandes tragédies de l’Afrique : l’assassinat de Sankara. Ali Ben Bongo, fils de son père, personnifie la gestion familiale du pouvoir africain, corrompu et sa dévolution dynastique - ce schéma successoral guette peut-être le Sénégal. Le Congolais Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Deby sont à la tête de pays gâtés en ressources pétrolières, dont l’exploitation ne profite guère aux populations majoritairement pauvres.
Il y a donc erreur de casting dans cette tragédie des Indépendances. Les vrais héros africains, ce ne sont pas ceux à qui on a déroulé le tapis rouge. Au procès des Indépendances, ils trouveront, sans doute, leur place au box des accusés. ’Chaque génération a ses pyramides à construire’. Ce serait faire preuve d’une étroitesse d’esprit que de résumer cet aphorisme à l’édification d’un édifice en bronze, fut-il une prouesse architecturale. Le vrai monument à construire est aujourd’hui l’Union africaine. Bâtir une union des peuples à la place de ce ‘machin’ que dirige Jean Ping, une pâle copie de l’Union européenne, c’est le meilleur cadeau d’anniversaire qu’on peut faire pour le cinquantenaire. Pour flatter notre orgueil national, on décrète la reprise des bases détenues sur notre sol par la France. Il est malsain de présenter cette mesure, consensuelle du reste, comme le symbole d’une liberté reconquise, sonnant ainsi l’acte final de la décolonisation. Cet évènement répond plus à une volonté de Nicolas Sarkozy de réorganiser la présence française sur le continent qu’à un patriotisme (tardif) de nos dirigeants. Insistons sur le fait qu’il serait criminel de ne pas combler le vide que laisseront les militaires français, quand on connaît le secours qu’ils nous portent en cas de catastrophe. Ne nous trompons pas de débat : la colonisation se perpétue sous d’autres formes. Le contingent de financiers en costumes gris et d’experts aux lunettes fines qui appliquent au continent ses recettes néfastes poursuit le même objectif que les hommes en kaki : mettre l’Afrique sous la coupe réglée des pays occidentaux.Ce que le colonisateur a entrepris avec la poudre et le canon, les Institutions de Bretton Woods le prolongent sous d’autres formes, beaucoup plus pernicieuses. L’émigration mortelle des fils de l’Afrique et sa pauvreté chronique sont la résultante de deux facteurs : la nocivité des politiques venues d’ailleurs et la corruption de ses gouvernants. La renaissance africaine peut corriger l’échec des Indépendances. A condition qu’elle ne soit pas qu’un slogan. Cinquante ans, c’est l’âge de raison. C’est le temps des choix que nous n’avions pas osé faire plutôt. Le premier doit être de supprimer les frontières artificielles laissées par le colonisateur, ces plaies béantes qui suppurent le mépris et la haine. Il est plus que temps, pour les Etats concernés, de rompre avec le Franc Cfa, véritable instrument de domination politique et économique. Enfin on ne peut pas espérer aller loin sans nos langues, ferment des cultures africaines.
Les indépendances africaines sur fond des réalités choquantes
par Jean-Claude Boz
La pauvreté, la misère ne sont pas inéluctables, elles découlent toujours d’un ensemble de causes conjuguées, lesquelles sont produites par un système politico-économique pervers, pensé et construit pour asservir l’homme à l’économie, s’enrichir de son travail tout en le maintenant en état de sous-développement, à seule fin d’en faire un néo-colonisé. Ainsi J’entends souvent parler du manque de démocratie, de liberté, de justice en Afrique. Mais la démocratie, la liberté et la justice ne peuvent exister dans un pays donné, lorsque le gouvernement de celui-ci est aux ordres d’une puissance étrangère.
Depuis 5 siècles les pays du Sud financent ceux du Nord par le biais des conquêtes militaires, puis de la traite ensuite, qui a rapporté énormément d’argent aux négriers en valeur marchande, et aux colons, en force de travail. Pendant toutes nos guerres, ces peuples ont été mis à contribution. Le sang de leurs enfants a coulé en abondance, en Provence, dans la Vallée du Rhône, en Italie sur les flancs de Monte Cassino, dans les neiges d’Alsace, d’Allemagne et d’Autriche, puis dans les rizières d’Indochine. Prétendument indépendants, ils sont aujourd’hui pour la plupart d’entre eux, sous la coupe des institutions internationales, perfusés lorsque nécessaire par le FMI et la Banque mondiale, soumis à de multiples accords commerciaux iniques, signés par des gouvernements, dont beaucoup ont été installés, « grâce à notre aide bienveillante et nos conseils avisés ». Ce qui a été le cas par exemple d’Omar Bongo au Gabon, de Mobutu au Zaïre, de Bokassa en République Centrafricaine, des Duvalier à Haïti et de tant d’autres jusqu’à présent.
Avec toujours en arrière-plan, l’objectif annoncé, du pillage à moindre coût par les multinationales, des richesses du sol et du sous-sol, notamment le pétrole, les diamants, le cuivre, le bois, le café, le coton, le cacao, les phosphates, l’or, l’uranium. Et de pair, bien entendu, la vente de matériels militaires, permettant ainsi à ces gouvernements prétendument indépendants, d’asseoir leur légitimité prétendument démocratique dans la durée. Du général de Gaulle, instigateur du système, jusqu’à l’actuel bonimenteur de l’Elysée, en passant par Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac, rien n’a changé dans la politique africaine de la France, mis à part que l’ex-colonisé, est devenu un néo-colonisé chronique ! Ce qui m’amène par ce biais, à répondre aux multiples questions, relatives à l’immigration massive, particulièrement en provenance des pays du Sud, qui nous ont été posées par de nombreux internautes, ainsi que sur les expulsions de roms qui se poursuivent, tant en Italie qu’en France. J’ai déjà eu l’occasion dans un précédent texte de traiter de cela. Mais j’y reviens !
A la base c’est un problème de sous-développement et de non-répartition des richesses. Tant que le système politico-économique actuel perdurera et maintiendra des peuples en état permanent de pauvreté et de misère, des milliers et des dizaines de milliers de pauvres gens, affamés et en haillons, n’ayant plus rien à perdre sauf leur vie, braveront les déserts et l’Océan pour tenter d’atteindre l’Europe. L’ignominie des pays riches structurés à partir de la pensée néolibérale, réside dans le fait, qu’ils tentent de dresser les couches pauvres de leurs populations respectives, contre les pauvres qui viennent d’ailleurs, lesquels ont été eux aussi, dans leur pays d’origine, victimes directes de ce même système et de cette même pensée. Car c’est bien le même système qui fabrique la misère dans les pays du Tiers-Monde, que celui qui permet à des marchands de sommeil, chez nous, mais ailleurs aussi n’en doutons pas, de s’enrichir en entassant des familles d’immigrés dans des taudis tellement infects, que parmi nos parvenus les plus délicats, pas un seul probablement, accepterait d’y faire dormir son chien. Cette propagande insidieuse et xénophobe, qui vise à faire de l’immigré un bouc émissaire, éclaire définitivement sur le niveau intellectuel et l’indignité de ceux qui la propagent. Elle pénètre cependant de moins en moins nos compatriotes, ainsi que les européens en général, qui dans leur grande majorité, ont pris conscience que l’homme est universel, que les problèmes posés sont planétaires, comme le sont les ressources. Et que par conséquent, le devenir des pays du Nord, est inévitablement lié aujourd’hui, plus que jamais, au développement et au devenir des pays du Sud. En novembre un internaute parisien se disant essayiste, m’adressait un grand mèl portant pour l’essentiel sur le thème de la pauvreté. J’en reprends un extrait ici. « Le monde est ainsi fait qu’il y aura toujours fatalement des riches et des pauvres. On peut l’admettre ou ne pas l’admettre. A vous lire, je constate que vous ne l’admettez pas. Mais alors comment envisager de sortir du capitalisme mondialisé, et pour tendre vers quoi ? L’histoire nous prouve que toutes les tentatives d’instauration d’une société égalitaire se sont soldées par un échec sanglant ».Dans un précédent texte j’écrivais ceci « Nous vivrons des temps extrêmement difficiles, plusieurs années sans aucun doute. La crise financière amènera une crise sociale généralisée, suivie de peu par une crise politique sans précédent, qui débouchera par obligation, sur l’installation d’un nouvel ordre mondial, à partir d’une répartition équitable des richesses ». A l’évidence c’est ce qui est en train de se produire. Le capitalisme financier qui est un cancer pour l’humanité, en est arrivé par ses appétits et ses dérèglements, à développer les métastases qui le rongent. Il suffit de juger de l’état du monde pour s’en assurer. Hormis l’Islande, la Grèce et l’Irlande dont j’évoque les épreuves plus avant, il faut prendre conscience de l’aggravation de la précarité et de la grande misère partout. Du déséquilibre qui n’a pas cessé de se creuser, non seulement entre pays pauvres et pays riches, mais entre les hautes et basses couches sociales, tant dans les pays riches, que dans les pays pauvres. Alors que les uns disposent des technologies les plus avancées, les autres par dizaines de millions se nourrissent d’ordures. Que ce soit en Afrique, en Inde, en Amérique du Sud, à Haïti, à Madagascar, au Pakistan, en Indonésie, en Egypte, toutes les grandes villes sont ceinturées par des bidonvilles de baraques en bois, en tôle, ou en parpaings de récupération. Le capitalisme prétendait apporter le bonheur à tous, il n’a fait qu’apporter le bonheur, aux classes sociales qui étaient déjà les plus favorisées, en les enrichissant encore davantage. Dans les pays riches, il a installé une forme déguisée de pauvreté, en bloquant les salaires des ouvriers de base, voire en les diminuant, tandis que le coût de la vie ne cessait d’augmenter dans des proportions inimaginables, notamment en Europe depuis le passage à l’euro. A tel point que des couples avec enfants, tout en travaillant, ne parviennent plus à joindre les deux bouts et en sont réduits à pousser les portes des restos du cœur.Comment ne pas comprendre les sursauts de colère des ouvriers, des étudiants d’Athènes, Reykjavik, Londres, Dublin, ces émeutes au cours desquelles des établissements bancaires ont été saccagés, incendiés ? Comment ne pas comprendre la légitime révolte de tant de peuples sacrifiés aux bénéfices obscènes, scandaleux, des multinationales et de la finance interlope ? Comment ne pas comprendre que ce système politico-économique qui repose sur l’escroquerie, la spéculation effrénée, le pillage des ressources, le vol et le saccage de la planète, qui a laissé se développer comme une gangrène parmi ses « prétendues élites » les complicités d’intérêts, le sentiment de toute puissance, de totale impunité, le mépris des lois, l’arrogance et le parasitisme, ne peut qu’être condamné par la marche de l’histoire, au nom de la morale, de la vérité et de la justice ? Des valeurs qui restent aujourd’hui l’unique espérance, de centaines de millions d’êtres humains, issus des classes sociales et des populations les plus pauvres, exploités et humiliés depuis si longtemps. C’est pour leur permettre l’accès à ces valeurs, qu’il nous faut sortir d’un système qui les méprise depuis toujours, et de plus en plus ouvertement.
Jean-Claude BOZ
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