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célébrités

Tête d'affiche

Ces hommes et ces femmes ont confirmé leur rang de leaders dans les milieux artistiques et culturels. Ils sont la référence dans leur domaine et le prouvent à chacune de leur prestation sur la scène musicale. Retrouvez, dans les lignes qui suivent, leurs portraits, en bref.


Salif Keita


"Voix d'or de l'Afrique", admettent les critiques pour qualifier le talent de Salif Keïta, artiste au parcours marqué par un intéressant mélange des genres musicaux. Né le 25 août 1949 à Djoliba-Mali, cet auteur, chanteur et compositeur chante en langue Mandingue, improvisant des airs merveilleux...où les contes n'ont pas leur pareil. Prince et albinos, il n'a de cesse, grâce à sa world music, de construire un pont entre l'Afrique et le reste du monde, entre les différentes cultures africaines.

Ismaël Lô


Du Blues/ Rock "à la mandingue" Dakar/Sénégal. Le 30 août 2001, il fêtait ses 45 ans. Né à Dongo Buti au Niger, de nationalité sénégalaise, Ismaël Lo est un auteur-chanteur- compositeur qui s'est fait connaître très tôt dans le monde de la musique. Bob Dylan africain! Avec son harmonica et sa guitare lui ont valu le surnom de Bob Dylan africain. Les critiques estiment qu' " Iso Lô (c'est son surnom à Dakar) a donné au trépidant mbalax sénégalais un tempo plus cool, un son plus mélodique, proche parfois du rythm'n'blues."

Kofi Olomide


Le 13 août 2010, Kofi Olomide fêtait ses 54 ans. Aujourd'hui, cet artiste né à Kisangani en R.D. Congo confirme sa stature d'une star de la musique africaine, dont le style musical se base sur du Soukouss Tcha tcho. "L'artiste congolais est une star. Un des grands de la musique africaine et l'un de ses meilleurs apôtres. (...) il a véritablement ouvert les yeux des médias français sur la force d'une musique encore exclusivement cantonnée aux radios spécialisées. Koffi ? Un auteur compositeur et interprète, accessoirement guitariste, mais qui se distingue surtout par le timbre de son inimitable voix. Une voix sensuelle, à la fois douce et chaude, forte et sensible." David Cadasse.

Tiharea



Trois chanteuses de Tiharea qui ont pour passion la musique de leur ethnie, des Antandroy, dont elles proviennent, un peuple originaire de l’extrémité sud de Madagascar. Elles sillonent le monde pour porter les couleurs musicales d’une culture riche de sa diversité ethnique. Sur l’accompagnement des percussions, elles dansent et chantent de splendides polyphonies dont émergent d’étonnants accents gutturaux, des halètements et des raclements de gorge d’une rare efficacité. Par leur chant, elles décrivent volontiers la situation des femmes dans la société malgache, puisant aux sources de la tradition dans ce qu’elle a de plus magique : le culte des ancêtres. Leur féminité s’affirme de façon ironique lorsqu’elles s’attristent sur la disparition des " vrais hommes ", plus douloureusement quand elles content les rivalités entre les épouses d’un polygame. Pour Tiharea, le chant est utilisé comme un remède universel souverain, contre les maux de l’âme, la jalousie ou la lâcheté. Ces trois artistes nous offriront ainsi une musique faite de surprises et d’émotions fortes, à recommander en toute circonstance.


Angélique Kidjo



Originaire du Bénin, Angélique Kidjo rend hommage à la négritude. Ayant entrepris une exploration des cultures musicales des deux rives de l’Atlantique, la chanteuse promène sa voix et son énergie dans les musiques yoruba et fon de son pays d’origine ainsi que dans les rituels vaudous de Cuba, Haïti et Salvador-de-Bahia. Après avoir collaboré avec des musiciens tels que Carlinhos Brown et Brandford Marsalis, Angélique Kidjo brille sur scène. Une musique dansante, efficace, rythmée et balancée à souhait.

Youssou N’Dour


Youssou N’Dour a débuté sa carrière à Dakar, en se produisant dans les bals et vendant ses cassettes par miliers. En quelques années, il s’est imposé en Afrique comme un musicien et chanteur incontournable. Dépositaire d’un style, le M’balax, musique populaire très dansante et très rythmée, basée sur les percussions dont le tama et le sabar, sa musique a traversé les frontières dans les années 80 jusqu’au continent européen. Au milieu des années 90, son titre « seven seconds » en duo avec Neneh Cherry se classe en tête des charts internationaux et le grand public ne le lâchera plus : après des albums mélangeant tradition africaine et sonorités européennes, Youssou est cette année de retour avec la formation de ses débuts : le Super Etoile de Dakar. Son titre, « Rokku Mi Rokka » (« prendre et donner » en langue pulaar, la langue des Toucouleur), est à l’image de son double ancrage musical : ordinateurs et guitare électrique y côtoient n’gogi, youyous et tama. C’est aussi l’occasion pour sa musique de quitter le giron sénégalais en empruntant des sonorités puisées en Mauritanie et au Mali. Militant de la cause africaine, Youssou N'Dour a été classé par le Times Magazine parmi dans les 100 personnes les plus influentes au Monde.

Baaba Maal



Baaba Maal est issu d'un milieu extrêmement modeste au Sénégal. Il a depuis beaucoup appris et voyagé. Il véhicule aujourd'hui des valeurs de réussite sociale et de paix. Il est né à Podor, une petite ville de 6000 habitants sur les berges de la rivière Sénégal, séparant le pays du même nom de la Mauritanie. Sa mère était musicienne, auteur compositeur. Elle l'a élevé en musique et toujours encouragé à donner de la profondeur aux textes de ses chansons. Baaba Maal écoutait en parallèle la musique Black Américaine. Plus tard il s'intéressera à la musique Jamaïcaine avec par exemple Toots Hibbert, Bob Marley et Jimmy Cliff. Il est allé à l'école à St Louis, la première capitale coloniale française, puis à Dakar après avoir remporté une Bourse pour entrer dans une école d'Art. C'est à ce moment qu'il a rejoint Asly Fouta, un groupe de 70 musiciens, et a dépensé toute son énergie à apprendre autant que possible les instruments locaux. A la fin de ses études il parcourt l'Afrique de L'Ouest avec ce groupe et notamment avec le guitariste et ami de longue date Mansour Seck, accumulant de nombreuses expériences et connaissances. Baaba est ensuite parti vivre quelques années à Paris, à étudier au conservatoire des beaux arts avec un apétit féroce. A son retour au Sénégal il forme le groupe Daande Lenol (La voix du Peuple). Aujourd'hui, il dépasse sans cesse les frontières musicales du Sénégal. Ses mélodies et ses rythmes restent traditionnels, sans négliger pour autant les arrangements et les influences occidentales et latinos.

Lokua Kanza



Né au Zaïre, Lokua Kanza grandit en chantant dans les chorales des églises.Il devient guitariste et joue de la rumba zaïroise. En 1985 rencontre avec Ray Lema. En 1990, il est chanteur de Manu Dibango dans le "Soul Makossa Gang".1993 production de son propre disque. "Wapi Yo", son album sorti en 1995 chez RCA, a enrichi son repertoire. Un cocktail d'humour et d'intimisme qui fera asseoir définitivement le désir de Lokua Kanza de faire découvrir au public les richesses de son univers. L'album comprend une chanson en anglais et en Lingala, "Shadow dance" qui a contribué à sa nomination à une édition des "victoires de la musique" en France.Musicien exceptionnellement doué, chanteur et arrangeur émérite, Lokua Kanza est un artiste pur.

Manu Dibango

Le chemin fut long et escarpé : saxophoniste camerounais, Manu Dibango connaît le jazz bruxellois des années cinquante, se lie d’amitié dans les années 60 avec Nino Ferrer (dont il devient le musicien, et le chef d’orchestre), puis crée en 1972 « Soul Makossa », 45 tours qui fera le tour du monde, édifiera les principes de la world-music avant l’heure, et permettra au musicien d’asseoir définitivement sa carrière internationale. Manu Dibango est aujourd’hui considéré comme le plus grand saxophoniste africain en activité, et le parrain de tous les musiciens de ce continent. Son dernier album Joue Sidney Bechet (2007) rend hommage à l’œuvre du saxophoniste et clarinettiste néo-orléanais Sydney Bechet.


Emmanuel N’Djoké Manu Dibango voit le jour le 12 décembre 1933, à Douala (Cameroun). Ses parents sont originaires d’ethnies différentes (son père, fonctionnaire, est yabassi, sa mère, douala), ce qui ne convient pas à une société africaine structurée suivant des coutumes ancestrales). Sa famille, de confession protestante, lui fait quotidiennement fréquenter le temple, où sa mère dirige la chorale.


Passe ton Bac d'abord

Après des études primaires, l’apprentissage du français, et l’obtention du certificat d’études, on lui permet de suivre des études françaises, via la Sarthe, puis à Chartres et Reims, où il s’initie à la fois au jazz, à la mandoline, au piano, et au saxophone. C’est dans une colonie réservée aux petits camerounais que Manu croise Francis Bébey (futur et immortel créateur d’ « Agatha » et de « Si Les Gaulois Avaient Su… »).En guise de préparation au baccalauréat, Manu fréquente surtout les différents lieux de concerts de la ville (comme Le Monaco), et son père, ulcéré par son échec à la seconde partie de l’examen, lui coupe les vivres en 1956.


Histoire belge

Le musicien assure alors divers engagements à Bruxelles, où il rencontre celle qui devient son épouse, un mannequin surnommée Coco (avec laquelle il adoptera une petite Georgia, fille d’une cousine).Il se trouve à Charleroi, Ostende et Anvers (toutes lieux d’implantation des bases américaines), au moment de l’accession du désormais ex Congo Belge à l’indépendance (1960), et son inspiration plonge pour le coup au plus profond de ses racines africaines, grâce au contact avec les futures élites zaïroises.


Le twist


Dibango est par la suite engagé par le chef d’orchestre de l’African Jazz, Joseph Kabasélé Tshamala, dit Le Grand Kalle, père de la musique congolaise moderne, et qui accueille au sein de son ensemble rien moins que Tabu Ley Rochereau, ou Dr Nico. Le groupe enregistre des disques à succès (une quarantaine de titres, dans un studio bruxellois), et se produit partout en Afrique. En 1961, Manu et son épouse s’envolent pour Kinshasa et prennent en gérance une boîte, puis deviennent propriétaires d’un second établissement. C’est en 1962 et à Léopoldville que Dibango joue pour la première fois des airs de twist (« Twist à Léo ») devant une audience africaine : le succès est phénoménal.Néanmoins, alors qu’il espérait être en 1963 accueilli à bras ouverts dans son pays, le saxophoniste est meurtri de la réception camerounaise. Sa tentative de créer une nouveau lieu de nuit se solde en effet par une accumulation de dettes, des tracasseries administratives, et de multiples descentes de police.


Out of Africa

De retour en France, Manu crée son Big Band en 1967. C’est alors qu’il rencontre Victor-Hégésippe Gésip Légitimus, producteur de télévision qui vient de créer la série d’émissions Pulsations. A cette occasion, Gésip encourage le musicien à durcir son propos musical, et urbaniser son inspiration.Dibango travaille par la suite pour deux chanteurs croisés sur les plateaux de Pulsations : Dick Rivers, et Nino Ferrer (pour lequel il joue tout d’abord de l’orgue Hammond, puis du saxophone, finissant par diriger son orchestre).

Dès 1969, et après un premier enregistrement très jazz, le camerounais retrouve son public africain, en enregistrant des disques qui lui sont directement dédiés.

Soul Makossa

En 1972, c’est la face b d’un 45 tours qui fait le tour du monde : « Soul Makossa », plus gros tube continental de tous les temps, offre l’Afrique au monde occidental, et leurs origines aux musiciens afro-américains. Issu d’une danse traditionnelle – le douala - le makossa reste la musique emblématique des trottoirs des grandes villes camerounaises. Accolée au terme de soul (qui tricote ce lien magique et mélodique entre rhythm and blues, blues, et jazz), la danse aspire à l’universel : elle y parvient. Pour mémoire, il convient de noter que la face a de ce disque mythique n’est autre que l’hymne de la huitième Coupe d’Afrique des Nations…Dans cette déferlante, Manu occupe donc la scène de l’Appollo de Harlem, puis celle de l’Olympia de Paris, avant de s’envoler pour une tournée en compagnie des cubains de la Fania All Stars.


Monsieur le chef d'orchestre

A partir de 1975 et durant quatre années, le musicien dirige à Abidjan l’Orchestre de la Radio-Télévision Ivoirienne. Le 13 janvier 1976, le père de Manu décède, suivi quelques mois plus tard par sa mère.En 1978, il enregistre un album (Home Made) avec des musiciens nigérians, puis rallie la Jamaïque, pour des sessions (de l’album Gone Clear) aux côtés de la plus célèbre section rythmique du reggae, Sly Dunbar et Robbie Shakespeare.Au mois d’octobre 1979, le saxophoniste installe sa famille à proximité du cimetière parisien du Père-Lachaise. Il tente néanmoins en 1981 une nouvelle aventure commerciale à Douala, pour une nouvelle déconvenue financière.


L’Afrique, le jazz, le rap, le monde

En 1982, son album Waka Juju consacre le retour à l’afro-sound.En 1984, l’album Surtention (et la production de Martin Messonnier) offre une rencontre inédite entre tradition africaine, et hip-hop. En 1985, c’est en invitant Bill Laswell et Herbie Hancock qu’il met la dernière main à Electric Africa. La même année, il participe également à l’action humanitaire Tam Tam pour l’Ethiopie.En 1986, l’album Afrijazzy rassemble entre autres Paul Personne, le trompettiste Hugh Masekela, ou Ray Lema.Le 14 mars 1986, Manu Dibango est décoré de la médaille des Arts et Lettres par le ministre de la culture française, Jack Lang.En 1988, le Festival des Francofolies de La Rochelle (et Maxime Le Forestier, ou Nino Ferrer) organise la Fête à Manu (dont l’album Happy Réunion conserve le témoignage). Le camerounais publie alors son autobiographie (Trois Kilos de Café).


Toujours vert

Puis, les enregistrements se multiplient (les reprises des classiques du répertoire dans Négropolitaines, une musique plus aventureuse avec Polysonic, un Live 91, entre autres en souvenir du Printemps De Bourges).Dibango anime ensuite une émission de télévision (Salut Manu), découvreuse de talents.En 1992, Manu Dibango enregistre WakafriKa, catalogue des plus grands succès de la musique africaine, avec l’aide d’éminents artistes du continent. Se succèdent en effet Angélique Kidjo, Papa Wemba, Youssou N’Dour, Salif Keita, ou King Sunny Adé. Mais souhaitant jeter un pont éternel entre plusieurs cultures, Manu convie également Sinnead O’Connor, Manu Katché, ou Peter Gabriel, à le rejoindre. La même année, il se voit remettre une Victoire de la Musique pour le deuxième volume des Négropolitaines. En 1996, l’album Lamastabastani est inspiré de la disparition de son épouse et muse Coco, l’année précédente.La compilation African Soul, the Very Best est éditée en 1997, et trois ans plus tard, le disque Mboa’su est empreint de la nostalgie du temps qui passe. Kamer Feeling (2001), B Sides (compilation d’anciens titres réenregistrés – 2002), un retour triomphal à Douala, un spectacle aux côtés de Ray Lema, la musique du film d’animation Kirikou et les bêtes sauvages (2005), et un album en hommage à Sydney Bechet et à une ville meurtrie – La Nouvelle-Orléans - (2007), démontrent que la créativité du septuagénaire reste intacte. Il est aujourd’hui le plus français des musiciens africains. A moins que ce ne soit le contraire.


Copyright 2012 Music Story Christian Larrède


Cesaria Evora


Surnommée affectueusement Cize, Cesaria Evora est l'une des voix les plus intenses, des plus profondément émouvantes. Né dans la misère, élevée dans un orphelinat, sa bonne étoile a un peu attendu pour se manifester. Puis elle a fait vibrer ses cordes vocales, et nos cordes sensibles, pleines d'intonations marquées par ses débuts difficiles dans la vie. Cesaria est née le 27août 1941 à Mindelo, au Cap-Vert. Alors qu'elle n'a que sept ans, son père, violoncelliste, disparaît prématurément. Sa mère, cuisinière, trop pauvre pour l'élevée, décide de la laisser dans un orphelinat. Là-bas, Cesaria se met au chant, dans une chorale. A seize ans, Cesaria rencontre Eduardo, son premier grand amour. Le marin s'occupe du chant de sa sirène en lui apprenant de nouvelles manières d'interpréter. La voix mise en valeur, Cesaria tourne dans les bars et les cafés. Là-bas, quelques pièces de monnaie et verres d'alcool récompensent son talent. Cesaria parfait aussi son art dans la rue, et les fêlures de sa voix dans les cigarettes. Les îles du Cap-Vert, colonie portugaise, vibrent aux sons du blues hérité de l'esclavage. Cesaria peut agrémenter les plaintes de ses débuts dans la vie. Dans les années 70, Cesaria Evora a déjà conquis l'archipel. Sa tournée des bars et quelques 45 tours enregistrés augmentent son rayonnement et son ancrage dans les cœurs de l'île. Malgré la reconnaissance de son talent, l'alcool – qui a tué le père – et la pauvreté restent ses compagnons de route. Elle chante la souffrance, la dureté d'un pays rude où les plages cachent le sel des larmes et l'exil. Découragée par la bohème, Cesaria décide de ne plus être artiste. Mais cette décision ne va pas alléger le fardeau de sa vie. Pendant dix ans, Cesaria va vivre des années sombres. Dans l'alcool, ses amours la bousculent, puis s'évanouissent. La bouteille lui semble une meilleure compagne que les hommes, mais elle est aussi traître. En 1985, celle qui a le spleen sans le chanter est invitée à une série de concerts au Portugal. Là-bas, Cesaria Evora rencontre José Da Silva, un Français d'origine capverdienne. Celui qui va devenir son producteur joue d'abord le rôle de mentor : il la persuade d'enregistrer à Paris. La quarantaine passée, Cesaria devient « La diva aux pieds nus ». En 1990, un deuxième album sort : « Distino Di Belita ». En 1991, « Mar azul » est strictement acoustique. En 1993, la chanteuse aux pieds nus part en tournée. Un an plus tard, Cesaria Evora signe chez BGM. « Sodade, les plus belles mornas de Cesaria » paraît. Cesaria chante le spleen, la « sodade », la tristesse, comme personne. Avec ses accents langoureux, elle récolte disques d'or, récompenses, et conquiert le monde entier avec ses albums et ses tournées. Europe, Etats-Unis, Suède, Sénégal, etc, personne ne résiste à l'intensité émotionnelle de sa voix. Cesaria Evora s'est arrêté longtemps. Trop longtemps. C'est peut-être pour cette raison que les disques s'enchaînent : « Cabo Verde » (1997), « Best of Cesaria Evora », « Café Atlantico » (1999), « Sao Vicente di longe » (2001). Attachée aux musiques africaines comme aux sonorités cubaines, Cesaria chante avec Salif Keita en 2002. « Yamore », leur duo, se trouve dans « Moffou ». Un frisson rencontre un frisson. La même année, « Anthologie : Mornas e Coladeras » sort. On y trouve des inédits et on y retrouve « Saudade », toujours aussi sublime. Sensible plus que quiconque à la pauvreté, Cesaria Evora participe en 2003 à « Drop the debt », qui rassemble des artistes pour l'annulation de la dette des pays pauvres. En 2003, Cesaria Evora est remixée. Les DJ sortent « Club Sodade ». De son côté, Cesaria enregistre « Voz d'amor ». En 2004, l'opus remporte un Grammy et une Victoire de la Musique. Ne s'arrêtant plus, elle participe à l'album « Carnets de bord » de Bernard Lavilliers. En 2006, Cesaria Evora revient avec un nouvel album : « Rogamar ». Le spleen de Cesaria est soutenu par les cordes et les flûtes. La mer et l'exil, liés, s'invitent toujours dans son album. Mais on y trouvent aussi d'autres invités comme Ismaël Lô ou Cali.


Dobet Gnahore



La bouillonnante chanteuse Dobet Gnahore séduit par sa fougue les foules du monde entier, mais c’est chez nous qu’elle a trouvé refuge sur le vigilant label Contrejour (cf. Habib Koite et Afel Bocoum). En 2006, Dobet a remporté le 'best world newcomer award' délivré par la BBC 3 et vient tout juste d’être nominée aux Grammies pour sa reprise, en compagnie d’India.Arie, du 'Pearls' de Sade. 'Djekpa La You', son troisième opus, est fin prêt et contient à nouveau ce mélange unique de langues, de styles et d’éléments dansants. Fans de ziglibiti, bikutsi, highlife et rumba... Voici une femme de scène prête à vous ensorceler !





Johnny Clegg



MCM/Originaire du Lancashire, en Angleterre, c'est dans les années 80, que débute la carrière de Johnyy Clegg. C'est entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, où il passe la majeure partie de son enfance, qu'il puise ses influences. Début 70, il rencontre et commence à jouer avec l'autochtone Sipho Mchunu. Le duo noir et blanc bouscule tous les schémas de la musique sud-africaine, jusque là dominée par des airs anglo-saxons. Ils donnent naissance au rock zoulou, qui mêle chants africains et guitare électrique. En 1976, le duo officialise son union et crée le groupe Juluka. Cinq disques d'or s'ensuivent ! En 85, alors que le titre Scaterlings Of Africa devient un hit mondial, Sipho, ne trouvant plus son compte dans le show-business occidental, décide de quitter le groupe. Johnny, quant à lui, entame une carrière solo, et se fait remarquer au Printemps de Bourges, avec Asibonanga, en hommage à Nelson Mandela. En 89, paraît le single One Man, One Vote, extrait de son premier album Cruel, Crazy, Beautiful World, qui sort la même année. Jusqu'en 94, Johnny Clegg enregistre quatre albums, puis s'efface petit à petit de la scène rock, confronté à certains mouvements nationalistes, contre lesquels il se bat. Il réapparait en 2004 avec un nouvel album baptisé New World Survivor. Un nouveau Johnny Clegg est-il né ?

Raphaëlle Eva



De sa petite enfance passée dans la campagne guadeloupéenne, Raphaëlle Eva a gardé une nostalgie qui transparaît dans sa création. Un père martiniquais, une mère franco-suisse, et une grand mère tchèque lui ont donné très tôt le goût de l’évasion. Elle exprime son métissage à travers sa musique, mêlant textes français et rythmes tropicaux, chanson et world...Elle s’inscrit ainsi dans la même démarche artistique que Laurent Voulzy, Bernard Lavilliers, Kali ou Henri Salvador. L’omniprésence des percussions révèle l’attachement de cet auteur compositeur à la nature et aux sonorités acoustiques. Reggae, Ragga, Biguine, Bossa sont prétextes à l’exploitation des passions humaines et des paysages lointains qui inspirent ses paroles. Son engagement est plus affectif que politique, mais elle tient à défendre le droit à la différence. Raphaëlle est accompagnée sur scène par Thierry Jean Pierre ( basse ), Kendy Monnerville ( batterie ), Leeroy ( guitare ).


Souad Massi


Chanteuse, elle offre un concert fait de flamenco et du rock. Elle est née à Alger le 23 août 1972, d'une famille d'artistes. Un frère aîné compositeur, un frère cadet adepte du New-Jack et une petite soeur danseuse. Très tôt, elle a su qu'elle deviendrait chanteuse. Jolie petite fille dotée d'un beau brin de voix, elle a suivi sagement des études de musique classique arabo-andalouse, de solfège et de musique classique universelle. C'est incontestablement une artiste phare de la nouvelle génération d'artistes algériens. Belle, généreuse, sensible et émouvante, elle déborde de talent et d'humanité. De sa voix douce et pure, elle fait chanter la langue arabe sur des morceaux proches du folk-rock (en l'écoutant, certains évoquent Joan Baez ou Tracy Chapman). Son militantisme, sa popularité et son courage l'ont mise sous les feux des projecteurs.


ça se passe près de chez vous

Blick Bassy : les beaux voyages


Le parcours de Blick Bassy est truffé d'heureux hasards. Originaire de Yaoundé, il naît en 1974 sous des auspices favorables, bercé par des sons peu diffusés comme ceux de João Gilberto, Gilberto Gil, Marvin Gaye, Stevie Wonder ou Nat King Cole. « Les musiques locales s'y superposaient avec des gens comme Francis Bebey, qui a eu une grande influence sur ma génération », se souvient-il. Vers l'âge de dix ans, trop turbulent, Blick est envoyé à la campagne. « Ma mère était chanteuse, mais j'ai rencontré la musique traditionnelle et la guitare grâce à ce village, ça a été un vrai déclic », explique-t-il. « Scotché » par la guitare du musicien ambulant qui passait dans les villages, il se met à gratter en douce celle de son oncle. Avec The Jazz Crew, le groupe monté au lycée, Blick Bassy compose et décide de se consacrer à la musique, contre vents et marées. Son engagement pour le patrimoine bantou se révèle avec Macase, la formation qu'il quitte en 2005 après deux albums pour s'installer à Paris. Il y découvre les sons de la kora, du n'goni, et joue dans les bars pour se faire un nom. Son premier album solo, Léman, sorti en 2009, témoigne de son périple d'Afrique Centrale vers l'Afrique de l'Ouest, au départ de la France. L'histoire d'Hongo Calling est celle du cheminement d'un rythme, le hongo. Blick explique : « C'est un rythme traditionnel bassa, très festif, qui accompagne les gens dans tous les événements de la vie, pendant les séances de guérison... On le retrouve au Sénégal, au Cap-Vert, au Brésil. Je me suis demandé comment ce son avait voyagé, très probablement avec la route des esclaves. » Parmi les intervenants d'Hongo Calling figure le Brésilien Lenine. « Je connaissais bien son travail, c'est un excellent rythmicien. On s'est croisé sur un festival en Angola, et je partais enregistrer à Rio. Il m'a invité chez lui, on a fait deux titres ensemble, c'est une vraie rencontre ! », raconte Blick. Il poursuit : « Je suis parti avec les titres en tête, mais j'étais dans une recherche sur ces rythmes. C'est comme ça que j'ai rencontré Marcos Suzano, qui a fait les percus, et le flûtiste Marcelo Martins, un mec génial. Les choses se sont construites à Rio et j'ai terminé à Paris. » Sur ce disque, Blick dit « partir les yeux fermés du Cameroun en suivant le hongo jusqu'au Brésil, entrant parfois dans la peau d'un esclave ». Sa voix aérienne joue des intonations de la langue bassa avec virtuosité, épousant des rythmes de samba ou d'assiko, une danse traditionnelle camerounaise. Producteur, arrangeur, Blick Bassy est un fervent défenseur de la langue bassa et d’une culture griotique. Il porte à Yaoundé le projet Rap Conteurs et une association dédiée aux enfants des rues. À tous, il fait le même discours : « Assumez vos racines, c'est votre identité. » S’il caresse des projets avec le Capverdien Tcheka, Blick est autant fasciné par Camarón de la Isla que par la musique indienne : « Quand on travaille, on peut passer un cap et entrer dans une transe qui nous fait penser que "ça vient d'ailleurs". Ça veut dire qu'on a franchi les barrières, qu'on ne contrôle plus rien ! » Blick Bassy a encore de beaux voyages devant lui.


Emmanuelle Piganiol

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