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Lecture
Présidentielle 2012 en France : Les projets politiques des candidats pour le livre
par Nicolas Gary
Le projet était intéressant : réunir pour une table ronde les représentants des candidats à la présidentielle, pour les faire parler de leur projet autour du livre. Et à l'exception de François Bayrou, arrivé en retard et parti en avance, qui s'est représenté lui-même, les participants ont livré leur vision politique du secteur du livre.
Au menu : librairie, éditeurs, numérique (avec tout ce que cela implique, quoi que rapidement passé en revue), TVA, loyers, plus rarement auteurs, et moins encore bibliothèques. Et autour de la table, un Frédéric Mitterrand décevant, venu plutôt défendre son bilan qu'apporter des réponses nouvelles, un François Bayrou pédagogue et amoureux, mais peu convaincant. Il faudra noter de l'avis collectif, la très bonne performance de Gaël Nofri, qui a rejoint l'équipe de Marine le Pen en octobre 2011.Très bonne, dans la mesure où l'on parle ici d'un représentant du Front national, évidemment. On comptait également Aurélie Filippetti, intervenue pour le PS, et dont on connaît déjà quelques-uns des grands projets, ainsi qu'Alain Hayot, pour le Front de gauche, Marie-Christine Blandin, pour Europe-Ecologie, les Verts, et Marin de Viry, venu pour incarner Dominique de Villepin.
Que retenir de leurs prestations ? Eh bien tout d'abord que la TVA ne repassera pas au niveau des 5,5 %, a clairement expliqué le ministre de la Culture. « Ça entre dans un plan plus grand », explique-t-il. Rien à attendre côté UMP, donc, et finalement, c'est vers le PS qu'il faudra se tourner : Aurélie Filippetti expliquera en effet que les socialistes ont tenté de faire faire machine arrière au gouvernement, mais en vain. « Pour que la TVA passe à 5,5 %, il faudra attendre que François Hollande soit élu », lance-t-elle. Or, toujours sur le sujet, c'est une TVA alignée sur celle de la presse, soit 2, %, que propose le FN. Néanmoins, quand le représentant frontiste évoque « l'importance du livre dans la culture française », on perçoit de vieux relents, bien nauséabonds... Côté librairie, c'est avant tout vers le CNL que les politiques se tournent : en somme, donner plus d'aides au Centre national du livre, et vraisemblablement, apporter un souffle à toute l'édition. Le Centre profite de 80 millions € de budget, contre 500 millions € apportés à la presse, et 700 millions € pour le Centre national du cinéma. On le comprend, et c'est ce que soulignera Alain Hayot, le livre, en dépit de ce qu'il pèse dans l'économie de la culture, ne reçoit pas l'attention nécessaire de la part des pouvoirs publics. D'ailleurs, il soulignera que les collectivités locales sont aujourd'hui étouffées, fait qui pèse sur les librairies et propose des États généraux du livre, par Régions, avant de faire remonter l'ensemble au niveau national.
Pour ce qui est des financements publics, le Front de gauche pointe cependant les dérives, et souligne « encore faudrait-il que l'on fasse attention », avançant l'inquiétante privatisation de la BnF, qu'il serait urgent de maîtriser et réguler. Il faut également ajouter le constat opéré par Frédéric Mitterrand, concernant 1001libraires.com. Cette plateforme, destinée à devenir un concurrent d'Amazon, made in France, n'a, selon le ministre, n'a pas donné les fruits attendus. Et de déplorer qu'elle ne fonctionne pas en tant que réponse à la concurrence américaine. C'est Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française, qui interviendra par la suite pour nuancer les propos de Mitterrand. Et d'ajouter qu'en France, de nombreux projets dans l'édition ont connu des démarrages poussifs, voire des chutes, mais de leurs cendres sont nés des entreprises aujourd'hui stables. On comprend que le ministre déplore cependant cette réussite qui tarde à venir, surtout en regard de l'investissement réalisé à partir de fonds publics.
Les librairies, donc. « C'est du côté des libraires que se porte ma principale inquiétude », dira François Bayrou, après une grande déclaration d'amour au livre, se reprochant même d'être « peut-être un idéaliste régressif », considérant que « l'objet livre ne sera pas durablement mis en cause par le numérique». No comment... La question des loyers a également été abordée, et pointée, notamment par le Front de gauche, pour qui il est important de soutenir les établissements indépendants. Le FN ajoutera, suivant une image d'Épinal qui lui est chère, la vision de ce petit commerce agressé, devenu un maillon social, et qu'il convient à tout prix de préserver... D'ailleurs, quel que soit le représentant, le livre aura été un objet d'attention particulière : que ce soit une mise en garde contre « la perte de l'héritage que représente le livre », selon Aurélie Filippetti, ou ce secteur « qui n'est pas une activité économique comme les autres », selon François Bayrou, tous semblent avoir à l'esprit l'importance du secteur. Marin de Viry ajoutera d'ailleurs que si la lecture numérique ne croît pas particulièrement vite en France, c'est le fait d'un lien affectif tout particulier que les Français entretiennent avec le livre. Et qui agirait donc comme un frein. Pour aider les établissements, le front de gauche dénonce la course à la rentabilité, qui fait aller les librairies droit dans le mur. Et l'intervention d'une représentante de la Fnac mettra cependant tout le monde d'accord : les indépendants, comme les chaînes sont à prendre en compte. Aurélie Filippetti nuancera toutefois : les problèmes de Fnac sont plutôt d'ordre interne, et la marche forcée vers une rentabilisation est à l'origine de la perte du statut de réel prescripteur que la chaîne pouvait auparavant revendiquer.
Filippetti insiste d'ailleurs : la politique socialiste vise à défendre les magasins physiques, tous autant qu'ils soient, et de protéger la vente physique. De là l'idée d'une taxation à opérer sur les vendeurs en ligne qui ne posséderaient pas de boutiques physiques dans le pays, pour apporter un soutien financier aux autres acteurs. Cependant, il semble que la commission diligentée par Frédéric Mitterrand ait conclu que cette mesure soit tout simplement inapplicable. Nous attendons de plus amples informations sur ce point. Reste qu'il faudrait donc rétablir l'équilibre, explique-t-elle, entre les vendeurs. Évoquant le franco de port, effectué par Amazon, (tout en oubliant soigneusement Fnac ou d'autres marchands en ligne), elle estime que cette fiscalité nouvelle pourrait aider tout le secteur. En somme, il faut donc reconnaître que les représentants des partis ont joué le jeu et la carte de la séduction. Antoine Gallimard, président du SNE, venu pour découvrir « quelles étaient les approches des uns et des autres », nous explique d'ailleurs être plutôt satisfait. Cependant, l'ensemble n'était pas propice au débat entre les personnes présentes, et finalement, si les idées ont pu être entendues, on regrettera surtout le côté meeting de ce forum. Par ailleurs, sinon pour être mesuré au livre papier, le livre numérique n'aura pas vraiment eu sa place dans les débats. Tout au mieux Aurélie Filippetti aura su évoquer l'impression à la demande, comme une technologie d'avenir, ou bien, a-t-on brièvement évoqué les questions de numérisation par les éditeurs. Mais, parent pauvre, ou pauvre patenté, le livre numérique est encore loin des préoccupations des uns et des autres. De quoi conforter dans l'idée qu'il vaut mieux se consacrer pleinement au livre, tel qu'on le connaît...
Huit écrivains africains racontent l'Afrique qui vient
alain mabanckou en compagnie d'une lectrice
ENVOYÉ SPÉCIAL, BAMAKO (MALI) - "Tu commandes un poulet zoum zoum (à la sauce tomate), plutôt un poulet bicyclette (maigre et musclé), ou un poulet télévision (grillant dans un étal de verre)." Ramsès, un des rappeurs fameux de Bamako, une armoire en jeans XL, barbiche taillée en pointe, brillants aux oreilles, chaînes d'argent battant sa poitrine, cherche des expressions afro-françaises savoureuses. Un poulet aura suffi pour montrer combien on bouscule le français ici, au Mali, autant que dans Mémoires de porc-épic (Seuil, 2006), du Congolais Alain Mabanckou.
Il faut encore entendre Ramsès rapper le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy avec son compère le slameur Amkoullel, la colère et l'ironie qu'ils mettent en scandant : "L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire… Il ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles." Un tel déni fait enrager quand, comme Amkoullel, on est le petit-neveu d'Amadou Hampâté Bâ, le grand romancier et ethnologue malien qui a écrit la saga millénaire de l'empire peul.
Ramsès et Amkoullel étaient invités au huitième festival Etonnants Voyageurs de Bamako, du 22 au 28 novembre, une manifestation qui a révélé aux journalistes la nouvelle génération des écrivains africains francophones… Libar Fofana, Alain Mabanckou, Léonora Miano, Patrice Nganang, Véronique Tadjo, Abdourahman Waberi pour les plus connus.
COMBATS LITTÉRAIRES
Aprement débattu dans les conférences publiques du festival, essaimé dans plusieurs hauts lieux de la terriblement polluée capitale malienne (le Musée national, le Centre culturel français, le Palais de la culture), le thème de cette édition a été l'Afrique sous le signe du 50e anniversaire des indépendances. Il faut avoir entendu Christiane Yandé Diop, la directrice aux tempes blanches et à la pugnacité indestructible des éditions Présence africaine - et de la fameuse librairie du même nom à Paris -, raconter combien elle et son mari, Alioune Diop, ont dû se battre pour publier, dès les années 1950, les grands auteurs africains ou antillais d'alors, Mongo Beti, Aimé Césaire, Jacques Rabemananjara, Bernard Dadié, Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop et beaucoup d'autres. L'indépendance africaine s'est aussi conquise à travers ces combats littéraires et intellectuels, à une époque où, déjà, le pouvoir français reniait l'histoire des colonisés.
La confiscation des mouvements d'indépendance par des leaders omnipotents et corrompus, le pouvoir occulte de la Françafrique, la sanglante guerre du Rwanda, la découverte par les Africains eux-mêmes qu'ils ne sont pas seulement des victimes de la colonisation mais qu'ils peuvent s'autodétruire, tout cela aussi fut débattu, passionnément, douloureusement, par les écrivains invités et des jeunes Maliens, lycéens, étudiants, intellectuels, venus en nombre remplir les salles du festival.
Une actualité lourde faisait toile de fond à toutes ces discussions : l'imminente élection présidentielle en Côte d'Ivoire, opposant l'insubmersible Laurent Gbagbo et l'ancien premier ministre Alassane Ouattara. Un scrutin important pour l'avenir de l'Afrique de l'Ouest, ce que nul n'ignore au Mali. Allait-il se dérouler sans violence, sans intimidations, sans fraude ? Le vote populaire pourrait-il mettre fin à la violence politique qui déchire la Côte d'Ivoire depuis 2002 ? Les partisans de chacun des deux partis en lice accepteront-ils les résultats des urnes - "autrement dit, la démocratie est-elle possible dans mon pays ?", demandait l'écrivain Véronique Tadjo ? A l'approche du deuxième tour du scrutin, le 28 novembre, ces questions inquiètes revenaient, chaque heure, chaque jour, au festival, mais aussi dans tout Bamako, où vit une importante diaspora ivoirienne.
Deux exemples parmi d'autres de cette tension. Nous sommes dans un "maquis" (un restaurant-bar dansant) à trois kilomètres du centre ville, le long du "goudron", une des autoroutes irrespirables filant vers Bamako. Sous deux arbres poussiéreux, deux jeunes Ivoiriennes, un papillon de tissu bariolé noué sur la tête, préparent bananes poêlées, manioc à l'étouffée et brochettes de poulet. Elles écoutent les actualités à la radio.
Autour d'elles, quatre jeunes Maliens et Ivoiriens piochent dans une assiette de manioc assaisonné. L'un, baskets montantes, tee-shirt glitter, MP3 à l'oreille, 25 ans, a dû quitter Abidjan en catastrophe en 2005. Il s'est fait arrêter un soir par la police, a protesté, a aussitôt été déclaré "rebelle", battu, menacé. Il a préféré partir pour Bamako, où il survit tant bien que mal en faisant le DJ dans les maquis. "On est plus libre ici, dit-il, ce n'est pas la guerre larvée comme là-bas." La cuisinière, elle, a quitté Yamoussoukro, la deuxième ville de Côte d'Ivoire. Elle craint que la violence éclate après l'élection, surtout si les résultats sont serrés. Pour les jeunes Maliens attablés, la grave crise politique et économique ivoirienne est une calamité. Des grands frères, des cousins allaient régulièrement à Abidjan pour tenter de gagner de l'argent, tant la Côte d'Ivoire a toujours été considérée ici comme le grand frère à succès du Mali.
Même tension dans le lobby de l'hôtel 3-étoiles où je suis descendu. Une dizaine d'employés maliens font cercle autour d'une télévision, très attentifs au journal télévisé. Ils viennent d'apprendre que deux militants d'Alassane Ouattara ont été tués à Daloa, au centre de la Côte d'Ivoire. "Qu'est-ce qui se passe en Afrique ?, se lamente le caissier de l'hôtel. Nous sommes incapables de nous gouverner ? Nous ne pouvons pas arriver à tenir des élections calmes ? Je suis triste, si vous saviez ! " Ses collègues tiennent des propos tout aussi désolés, d'autant que, jusqu'ici, la campagne électorale s'était déroulée dans le calme, et qu'au premier tour, le 31 octobre, 83% des Ivoiriens avaient voté. Une score historique.
"AFRICA IS THE FUTURE"
Au Festival Etonnants Voyageurs, écrivains et étudiants ont beaucoup discuté de la Côte d'Ivoire, des drames de la démocratie africaine et des dirigeants autoritaires qui s'accrochent au pouvoir. Alain Mabanckou n'a pas de mots assez durs pour qualifier ces derniers - lire son texte "Les Soleils de ces indépendances". Le Béninois Florent Couao-Zotti, l'auteur de Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au cochon de le dire (Le Serpent à Plumes, 202 p., 16 €), préfère les railler avec un humour qu'il a aiguisé dans le journal satirique Le Canard du golfe : "Pour huiler les rouages du système, écrit-il dans son blog L'Atelier-café, et lui permettre de se perpétuer, on 'arrose à grande eau'. La prébende devient institutionnelle. Pas alors étonnant que les organes de contrôle ne deviennent, en fin de compte, que des institutions cosmétiques. Le peuple, pendant ce temps, continue de trimer."
Mais c'est de l'avenir de l'Afrique qu'ils préfèrent tous parler, et de pourquoi ils se sont retrouvés à Bamako. Cette année n'a-t-elle pas été déclarée "L'année de l'Afrique" quand l'Afrique du Sud accueillait la Coupe du monde de football et que plusieurs pays fêtaient le cinquantenaire des indépendances ?
"Africa is the future" : l'écrivaine camerounaise Leonora Miano portait fièrement un tee-shirt avec ce slogan le troisième jour du festival, et plusieurs conférences-débats ont tourné autour de ce futur. Où se jouera-t-il sinon dans les grandes capitales francophones en voie de mondialisation, Abidjan, Bamako, Dakar, Douala, Kinshasa, "ces villes monstrueuses, hybrides, tentaculaires, métissées, multiculturelles, créolisées", comme l'écrivent Moussa Konaté et Michel Le Bris, codirecteurs d'Etonnants Voyageurs à Bamako dans leur texte d'appel aux écrivains ?
Ces villes qui, déjà, grâce au brassage d'Internet, à la multiplication des supports de communication, à travers la mondialisation des économies et l'émergence d'un monde multipolaire où chacun sait qu'un jour l'Afrique trouvera sa place, commencent à se faire entendre - et à montrer leurs talents. Comme le dit Amkoullel, le slameur star de Bamako : "Grâce à Internet, tout le monde existe, même l'Afrique et les pauvres Africains, affamés, sous dictature ou autre malédiction divine. 'Je suis vu, donc je suis.' Maintenant, l'Afrique a la possibilité de raconter son histoire avec ses mots, et de se montrer comme elle se voit ou souhaiterait être vue."
Mais qui pouvait mieux raconter l'Afrique qui vient que les écrivains francophones ayant participé au festival Etonnants Voyageurs de Bamako ? Nous avons demandé des textes à huit d'entre eux. Les voici dans leur intégralité. Cinq ont été publiés en même temps dans Le Monde Magazine du 4 décembre, disponible dans les kiosques ce week-end.
Frédéric Joignot
Talents
Aminatta Forna reçoit le prix des écrivains du Commonwealth
La Sierraleonaise Aminatta Forna s'est vu récemment décerner le prestigieux prix des écrivains du Commonwealth 2011 pour le meilleur ouvrage pour son roman "The Memory of Love". Les jurés ont apprécié l'audace, l'élégance et le souffle délivré par l'auteure africaine dans ce récit d'une amitié et d'une trahison, dépeint comme une "représentation immensément puissante de la résilience humaine". "L'ouvrage qui a gagné le prix cette année démontre la puissance irréductible de l'écriture à l'époque des incertitudes et de la brutalité des changements globaux", a déclaré Nicholas Hasluck, le président du jury de ce prix décerné depuis 25 ans. Le prix des écrivains du Commonwealth est ouvert aux auteurs de 54 pays. Parmi les lauréats, on trouve notamment Louis De Bernieres, Ian McEwan and Zadie Smith. Aminatta Forna est née à Glasgow en Ecosse puis a grandi en Sierra Léone. Dans ses ouvrages traduits en Français on trouve "Les jardins des femmes" paru en 2009.
Aminatta Forma est née à Glasgow en Ecosse en 1964. Elle vit avec son père et sa belle-mère entre la Sierra Leone (pays d'origine de son père) et l'Angleterre ou elle étudie le droit à l'université. Elle s'installe à Londres ou elle travaille pendant une dizaine d'années pour la BBc en tant que journaliste. En 2002 durant des recherches sur les activités politiques de son père en Sierra Leone, elle publie " the devil that danced on the water", qui relate son enfance en Sierra Leone ou la terrible guerre a tout ravagée.
Les jurys littéraires sont-ils machistes ?
À peine 10% des lauréats des grandes récompenses littéraires seraient des femmes.
Un site de livres, Babelio.com, vient de tirer la sonnette d'alarme: le palmarès des prix littéraires serait outrageusement masculin: à peine 10% des lauréats des grandes récompenses littéraires sont des femmes: 11 % pour le Nobel, même pourcentage pour le Goncourt. Babelio.com met ce faible bilan en perspective avec la forte présence des femmes auteurs dans la production éditoriale contemporaine, Amélie Nothomb, Katryn Stockett, Fred Vargas, Anna Gavalda. Mais aussi Anne Wiazemsky, Joyce Carol Oats, Delphine de Vigan, Marie Darrieussecq. Il regrette que sur quinze noms sélectionnés pour la première liste Goncourt, seules trois femmes y figurent. 10 % de lauréats féminins dans les grands prix littéraires, à peine une dizaine de femmes couronnées par le prix Goncourt sur cent ans de palmarès, le rouge vient au front du lecteur masculin. Il s'interroge sur tant d'obscurantisme dans les jurés d'hier et d'aujourd'hui. Il relit la liste des prix Goncourt, Interallié, Femina etc... Il cherche dans sa bibliothèque des femmes qui auraient pu qui auraient du recevoir des lauriers.
En 1927, plutôt que de décerner le grand prix du roman à Joseph Kessel, l'Académie aurait dû le décerner à Marcelle Tinayre qui publiait cette année-là Figures dans nuit ou à Noëlle Roger, l'auteur de Celui qui voit. Cela aurait eu une autre allure. Et l'Interallié, en 1952, plutôt que de s'égarer sur Au bon beurre de Jean Dutourd, pourquoi n'est-il pas allé à Marie Mauron qui signait cette année là Le Quartier Mortisson (Plon). Et l'année d'avant, chez les Goncourt, quelle idée de choisir Julien Gracq? Suzanne Chantal signait La Chaîne et les trame (Plon); des gens qui, en 1947, avaient récompensé Jean-Louis Curtis plutôt qu'Albine Léger, Elissa, (Robert-Laffont), on pouvait s'attendre à tout. En 1936, le jury Renaudot couronna Louis Aragon et l'Académie française Bernanos. L'année où Germaine Acremant publiait Fortune Rapide (Plon) ! De qui se moque-t-on? Oubliées des jurys les Rose Celli, les Yvonne Escoula, les Anne Pollier, les Clarisse Francillon.
On entend d'ici les objections: c'est facile d'opposer à des écrivains de renom des femmes tombées dans l'oubli. Et Colette? Et Simone de Beauvoir? Et madame Simone, et Germaine Beaumont et Louise de Vilmorin? Et Marcelle Auclair? Oui, mille fois oui, ces auteurs méritaient un prix. Objection, votre Honneur: Germaine Beaumont obtint quand même le Renaudot, et Beauvoir le Goncourt. Mais Colette manque en effet au palmarès des prix littéraires. Et d'abord à celui du Goncourt. On peut toutefois dire que cette institution s'est rachetée en l'élisant à l'unanimité, en 1945, et en lui confiant la présidence du jury en 1949. Elle n'était d'ailleurs pas la première femme à siéger. Judith Gautier, la fille du poète, l'avait précédée, en 1910. À cette date, il fallait le faire. Le jury Fémina s'en tire mieux pour la féminisation du palmarès: il est vrai qu'il n'est composé que de femmes. Toutefois, son tableau d'honneur n'est féminin qu'à 39 %. Peut mieux faire... Mais les sondeurs ont-ils réalisé ceci: le palmarès du Femina recèle quelques malices (éternel féminin): en 1906, le prix revenait à André Corthis. Sous ce pseudonyme se cachait une demoiselle Husson. En 1912, le jury couronna Jacques Morel (Mme Edmond Pottier): des femmes travesties en hommes, voilà qui ne facilite pas notre analyse des palmarès! C'est sous la présidence de Colette que fut récompensée par le prix Goncourt Béatrix Beck (1952). Mais aussi Robert Merle, Maurice Druon, Jean-Louis Curtis. Il faut se méfier des femmes qui aiment les hommes.
Etienne De Montety
Les écrivains diplomates, entre littérature et lettres de créance
Chateaubriand, Claudel, Saint-John Perse, Giraudoux, Romain Gary ou Jean-Christophe Rufin, tous ces grands noms de la littérature française appartiennent à la longue dynastie des écrivains diplomates dont l'oeuvre a été irriguée par les pays où ils ont séjourné.
Ce thème sera au coeur d'un colloque international qui réunira, du 12 au 14 mai, des diplomates et universitaires français et étrangers au Centre des Archives diplomatiques à La Courneuve, près de Paris, et au Quai d'Orsay. "Ce peut être des écrivains envoyés en ambassade ou des diplomates qui écrivent, inspirés par des pays et des postes qui deviennent sources de création", souligne Emmanuel Rimbert, chargé de mission au Quai d'Orsay et lui-même écrivain. Et si, comme diplomates, ils doivent parfois retenir leurs langues, ils prennent leur revanche en écrivant. Aujourd'hui, on trouve notamment le romancier Daniel Rondeau, ambassadeur de France à Malte, qui participe au colloque, le journaliste et écrivain Olivier Weber, ambassadeur itinérant. D'autres auteurs ont dirigé des Alliances françaises comme Nicolas Fargues à Madagascar ou Cédric Gras à Vladivostok. Diplomate graphomane, Pierre-Jean Rémy, décédé en 2010, avait nourri ses romans de ses expériences de diplomate à Hong Kong, Pékin, Florence ou Rome. "Le service de l'Etat est au fond le seul que je respecte et le seul pour lequel je pense être né", estimait cet auteur d'une soixantaine d'ouvrages et d'innnombrables articles. Il avait reçu le prix Renaudot en 1971 pour "Le Sac du palais d'été" et le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1986 pour "Une ville immortelle".
Médecin engagé dans l'action humanitaire et écrivain baroudeur, Jean-Christophe Rufin, prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil", membre de l'Académie française depuis 2008, a été quant à lui nommé ambassadeur au Sénégal après l'élection du président Nicolas Sarkozy en mai 2007. Il a quitté ses fonctions en juin 2010 après des tensions avec le président Aboulaye Wade qui souhaitait son départ, et vient de publier "Sept histoires qui reviennent de loin" (Gallimard), nouvelles émouvantes et hautes en couleurs en sept lieux du monde. Frédéric Berthet, disparu en 2003 et dont la correspondance paraît à La Table Ronde, avait été lui attaché culturel à New York de 1984 à 1987.
Confier des missions diplomatiques à des écrivains est une vieille tradition française. Chateaubriand avait été ainsi nommé à Rome en 1803 par Bonaparte. Stendhal avait été promu consul à Trieste en 1830, l'année de la publication du "Rouge et le Noir", puis à Civitavecchia. Paul Claudel, reçu premier au concours des Affaires étrangères, fut en poste aux Etats-Unis, en Allemagne, au Brésil, au Danemark, en Belgique, en Chine et au Japon. C'est à Tokyo qu'il acheva "Le Soulier de satin". Il dit y avoir passé "les cinq plus belles années de sa vie", lui qui aura vécu quarante ans à l'étranger. Paul Morand fut pour sa part attaché à Londres en 1914. C'était une époque faste pour les écrivains diplomates : Jean Giraudoux, Saint-John Perse, Roger Peyrefitte... révoqué pour une histoire de moeurs en 1945.
Peu après, Romain Gary se retrouva notamment à la mission permanente française auprès des Nations Unies, à New York, puis consul de France à Los Angeles de 1957 à 1960. Il y eut aussi des énarques aventuriers, comme Jean-François Deniau, premier ambassadeur de France dans l'Espagne post-franquiste, en 1976.
Participer et Comprendre
Qu'est-ce que la littérature afro-américaine ?
par Gerald Early
L'apparition d'une nouvelle pulp fiction noire (romans de gare ou romans à sensation) indique peut-être la maturité plutôt que le déclin de la littérature afro-américaine.
Gerald Early est professeur de lettres modernes à l'université Washington, située à Saint-Louis (Missouri) , où il dirige le Centre des Humanités. Il est spécialiste de la littérature américaine, de la culture afro-américaine de 1940 à 1960, de l'autobiographie, de la prose ne relevant pas de la fiction et de la culture populaire afro-américaines. Auteur de plusieurs livres, y compris The Culture of Bruising : Essays on Prizefighting, Literature and Modern American Culture (1994), qui a été primé. Gerald Early a dirigé de nombreuses anthologies et a été consultant pour le documentaire de Ken Burns sur le baseball et le jazz.
L'écrivain afro-américain Nick Chiles a sérieusement critiqué les maisons d'édition, les jeunes lectrices noires et l'état actuel de la littérature afro-américaine dans un commentaire paru en 2006 dans le New York Times et intitulé « Their Eyes Were Reading Smut » (mot à mot : Leurs yeux lisaient des obscénités). Le titre de l'article était une parodie du roman classique de Zora Neale Hurston, paru en 1937 et intitulé Their Eyes Were Watching God ( titre français : Une femme noire ), principal exemple féministe de la littérature afro-américaine considéré par de nombreux experts littéraires comme l'un des grands romans américains de cette époque. Si Nick Chiles se réjouissait de voir les libraires de premier plan comme Borders accorder une grande place à la littérature afro-américaine, il était fortement déconcerté par ce que ce libraire et les maisons d'édition considéraient comme la littérature afro-américaine. « Tout ce que je pouvais voir, c'était des couvertures de livres criardes montrant de la chair noire sous toutes ses formes, généralement à moitié nue et fréquemment dans des poses érotiques, à côté d'armes et autres symboles de la criminalité », a écrit Nick Chiles. Ces romans avaient des titres tels que Gutter (Bas-fonds), Crack Head (Cinglé), Forever a Hustler's Wife (A jamais une femme d'arnaqueur), A Hustler's Son (Fils d'arnaqueur), Among Thieves (Parmi les voleurs), Cut Throat (Coupe-gorge), Payback with Ya Life ( Rembourse avec ta vie), etc. Les auteurs connus sont K'Wan, Ronald Quincy, Quentin Carter, Deja King (alias Joy King), Teri Woods, Vickie Stringer et Carl Weber. Ils appartiennent à un genre appelé « fiction urbaine » ou « Hip-Hop », des ouvres graveleuses, soi-disant réalistes sur la vie dans les bas-quartiers, pleines de descriptions graphiques de l'acte sexuel, de drogue et de crimes, de gangsters, de dough boys (riches trafiquants de drogue) et de violence graphique, une consommation effrénée étant juxtaposée à la vie dans les logements sociaux. Dans certains cas, ces ouvres ne sont rien de plus que des romans policiers racontés du point de vue du criminel. Dans d'autres cas, ce sont des romans d'amour ayant pour cadre un milieu urbain difficile. Dans tous les cas, il s'agissait de littérature bon marché, même s'il elle prétend être réaliste. Ce sont en fait des ouvres d'imagination dont les lecteurs tentent de saisir la réalité, tout en s'efforçant d'y échapper. Ce sont pour la plupart les jeunes Afro-Américains, généralement des femmes, qui constituent la plus grande partie du public qui lit ces livres distribués sur le marché exclusivement à leur intention. Certains de ces romans se vendent suffisamment bien pour subvenir aux besoins de leurs auteurs qui n'ont pas besoin de trouver un emploi régulier, ce qui est rare chez les écrivains.
L'existence de ces livres révèle trois facettes des changements survenus dans la littérature afro-américaine par rapport à ce qu'elle était il y a 30 ou 40 ans. Tout d'abord, en dépit des problèmes d'alphabétisation et du taux lamentable d'abandon des études secondaires chez les Afro-Américains, il existe un groupe de jeunes Noirs si important qu'un auteur afro-américain peut écrire exclusivement à son intention sans se soucier d'être considéré comme un intellectuel ou un littéraire et sans s'adresser également aux Blancs. Deuxièmement, le goût de la masse est généralement distinct de celui de l'élite, ce qui est troublant, dans une large mesure, parce que l'élite ne contrôle plus ni la direction ni l'objectif de la littérature afro-américaine. Il s'agit maintenant, plus que jamais, d'une littérature axée sur le marché, plutôt que d'une forme d'art soutenue et promue par des Blancs et des Noirs cultivés, comme c'était le cas dans le passé. La fondation, par des Noirs, de deux des maisons d'édition qui publient ces livres, Urban Books et Triple Crown, souligne le caractère commercial populiste de ce type de littérature par des Noirs pour des Noirs. Troisièmement, la littérature afro-américaine n'a plus besoin d'être obsédée par le fardeau du devoir de la protestation politique ou du plaidoyer pour la reconnaissance de l'humanité de la race noire, de la valeur de son histoire et de sa culture, comme c'était le cas dans le passé. (Cela ne signifie pas que la littérature afro-américaine a abandonné ces préoccupations, qui sont le plus évidentes dans les livres destinés aux enfants et adolescents qui, comme on pourrait s'y attendre, sont fréquemment très didactiques). Mon but n'est pas de prétendre que les livres que Chiles déplore ont une valeur néo-littéraire ou extra-littéraire qui compenserait le fait qu'il s'agit de romans de quatre sous mal écrits. Cependant, ces livres révèlent certaines des racines complexes de la littérature afro-américaine et de la composition du public afro-américain.
Les films de blaxploitation (contraction des mots « black » et « exploitation ») du début des années 1970 - tels que le film classique indépendant de Melvin Van Peebles Sweetback's Badass Song- mais aussi Coffy, Foxy Brown et Sheba, Baby, ayant pour vedette Pam Grier, Hell Up in Harlem, Black Caesar, That Man Bolt et The Legend of Nigger Charley, ayant pour vedette Fred Williamson, Superfly, les Shaft, dont la vedette était Richard Roundtree - ont créé le premier public de jeunes Noirs pour ces films durs, d'apparence réaliste, ayant pour sujet l'arnaque, la drogue, la prostitution et une politique hostile aux Blancs (et dans lesquels les Blancs - particulièrement les gangsters et les policiers - détruisent la communauté noire). Les racines littéraires de ces films sont issues de deux courants des années 1960. Les intellectuels, les littéraires et les groupes gauchistes ont soutenu la littérature sur les prisons noires comme L'autobiographie de Malcolm X, la collection d'essais d'Eldridge Cleaver Soul on Ice, Poems from Prison, compilés par le prisonnier et poète Etheridge Knight, qui comprend « Ideas of Ancestry » de Knight, l'un des poèmes les plus célèbres et les plus admirés des années 1960, et Soledad Brother : The Prison Letters of George Jackson. Tous ces livres font maintenant partie du canon littéraire noir et sont souvent enseignés à l'université dans divers cours de littérature, de création littéraire et de sociologie. Dans la catégorie de la pulp fiction populiste de la fin des années 1960 et du début des années 1970, il y avait les romans de l'ancien souteneur Iceberg Slim et du drogué emprisonné Donald Goines - Trick Baby, Dopefiend , Street Players et Black Gangter. Ces romans sont les antécédents directs des livres que Chiles trouvait si consternants en 2006. Ils occupaient une partie modeste, certes, mais néanmoins importante, de la littérature noire produite dans les années 1970. À l'époque, un grand nombre de gens les voyaient sous un angle beaucoup plus politique ; aujourd'hui, ces livres dominent la littérature afro-américaine, ou semblent le faire. On pensait alors, et on continue à penser fermement parmi les Noirs - pauvres, gens de la classe ouvrière et intellectuels bourgeois et également parmi de nombreux Blancs - que la vie urbaine caractérisée par la violence représente l'expérience noire authentique et une vraie culture de « résistance » politiquement dynamique.
Chiles aurait probablement préféré que Borders et les autres libraires ne qualifient pas les romans urbains ou hip-hop de « littérature afro-américaine ». Il aurait été préférable pour le public que ces livres soient qualifiés de « littérature afro-pop », de « fiction urbaine noire », ou encore de « fiction pour le marché de masse ». La catégorie « Littérature afro-américaine » aurait alors pu être réservée aux livres et auteurs qui font partie du canon, des écrivains allant de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècles comme le romancier Charles Chesnutt, le poète et romancier Paul Laurence Dunbar et le romancier et poète James Weldon Johnson, aux grandes figures de la Renaissance de Harlem des années 1920 et du début des années 1930 comme le poète et romancier Langston Hughes, le romancier et poète Claude McKay, les romanciers Jessie Fauset et Nella Larsen, et la poétesse et romancière Countee Cullen, jusqu'aux grands écrivains crossover des années l940 aux années 1960 comme le romancier et essayiste James Baldwin, le romancier et nouvelliste Richard Wright, le romancier et essayiste Ralph Ellison, la romancière Ann Petry, la poétesse et romancière Gwendolyn Brooks, et le romancier John A. Williams, des écrivains de l'époque des Black Arts comme la poétesse et auteure pour enfants Nikki Giovanni, le dramaturge et auteur de fiction Amiri Baraka et le poète Haki Madhubuti (Don A. Lee), aux écrivains d'après les années 1960 comme les romanciers Toni Morrison, Alice Walker, Gloria Naylor, Walter Mosley, Colson Whitehead, Ernest Gaines et Charles Johnson, le poète et romancier Ishmael Reed et les poètes Yusef Komunyakaa et Rita Dove. Quelques autres personnes, comme les auteurs dramatiques Lorraine Hansberry, Ed Bullins, Charles Fuller et August Wilson, et des écrivains de la diaspora comme le romancier et auteur dramatique Wole Soyinka, le poète Derek Walcott, les romanciers Chinua Achebe, George Lamming, Jamaica Kinkaid, Zadie Smith, Junot Díaz et Edwidge Danticat, pourraient être inclus pour la bonne mesure.
La préoccupation de Chiles à propos du déclin présumé de la littérature afro-américaine reflète la crainte de l'élite de voir la montée du hip-hop et de l'ethos urbain représenter une décadence de la culture urbaine noire. Les dures réalités de la vie urbaine semblent être un virus qui annule les normes artistiques et une méritocratie noires. Il n'y a plus maintenant que des inepties purement motivées par le profit qui s'adressent aux goûts les plus vulgaires. C'est nettement l'avis d'une personne comme le romancier et critique culturel Stanley Crouch. La sensibilité sur ce point n'est pas entièrement une question de snobisme. Il a fallu longtemps à la littérature afro-américaine pour atteindre un niveau de respectabilité générale, pour que le grand public pense qu'elle vaut la peine d'être lue et que les milieux littéraires estiment qu'elle mérite d'être reconnue. À présent, aux yeux de nombreux Noirs, les Noirs eux-mêmes semblent la dénigrer en inondant le marché de romans de quatre sous qui ne valent pas mieux que ceux de Mickey Spillane. Il n'est pas du tout surprenant que les Noirs, en tant que groupe persécuté et historiquement avili, pensent que leurs produits culturels sont toujours suspects, précaires et facilement retournés contre eux sur le marché, comme une caricature. Une autre façon de voir la chose est de se dire que la littérature urbaine a démocratisé et élargi la portée et le contenu de la littérature afro-américaine.
Dans une certaine mesure, la littérature urbaine pourrait être le reflet de la maturité, et non du déclin, de la littérature afro-américaine. Après tout, cette dernière est la plus ancienne de toutes les littératures timidement identifiées par une minorité ethnique aux États-Unis, dès 1774, avec le premier livre de poèmes de Phyllis Wheatley, jusqu'aux récits d'esclaves de la période de la guerre de Sécession qui a produit des classiques tels que Le récit de la vie de Frederick Douglass (1845) et Incidents dans la vie d'une jeune esclave (1861). Les Afro-Américains considèrent, beaucoup plus qu'aucune autre minorité des États-Unis, depuis longtemps et sérieusement l'importance de la littérature en tant qu'outil politique et culturel. La Renaissance de Harlem était un mouvement de Noirs, appuyés par des protecteurs blancs, visant à obtenir un accès culturel et la respectabilité en produisant une littérature de qualité. L'essor de la littérature urbaine ne répudie pas le passé de la littérature noire, mais suggère d'autres moyens de la produire et d'autres objectifs à son intention. De plus, certains auteurs de littérature urbaine sont loin d'être des écrivaillons. Sister Souljah, activiste politique et romancière qui a beaucoup voyagé, est une écrivaine et penseuse plus que capable, aussi provocante soit-elle. On peut en dire autant de l'unique roman du compositeur Nelson George, Urban Romance (1993), qui n'est assurément pas un roman de quatre sous. Certains des livres d'Eric Jerome Dickey et de K'wan valent également la peine d'être lus. Un important personnage qui se situe entre le roman noir et la littérature urbaine est E. Lynn Harris, écrivain populaire dont les livres traitent de relations et autres questions importantes à l'heure actuelle pour les Noirs, particulièrement pour les femmes.
Quand j'ai contacté Bantam Books, il y a deux ans, pour devenir rédacteur en chef de deux séries annuelles - Best African American Essays et Best African American Fiction - je voulais m'assurer que les livres intéresseraient diverses catégories de lecteurs noirs et c'est pourquoi j'ai choisi Harris comme éditeur invité de Best African American Fiction of 2009, premier volume de la série. Je considérais ces volumes comme une occasion non seulement de mettre les meilleures lettres afro-américaines à la portée du grand public - de jeunes auteurs comme Z. Z. Packer et Amina Gautier à des écrivains établis tels que Samuel Delaney et Edward P. Jones - mais aussi de nouer une sorte de lien entre différents types de littérature afro-américaine. Je voulais utiliser la portée de E. Lynn Harris pour apporter la littérature noire sérieuse à un public qui pourrait ne pas en avoir conscience ni même la désirer. Il est beaucoup trop tôt pour dire si cette tentative réussira, mais ce simple essai reconnait l'existence d'un niveau de complexité dans la littérature afro-américaine et un niveau de profonde fragmentation de son auditoire qui montre que l'expérience afro-américaine , quelle que soit la façon dont elle se manifeste dans l'art, a une profondeur et une portée, une sorte d'universalité dirais-je, qui est de bon augure pour son avenir et peut-être pour celui de toute la littérature issue des minorités américaines.
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