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Enjeux

L'Afrique, nouveau terrain de jeu des puissances économiques
de notre correspondant Amady Aly Dieng


Face à l’arrivée de concurrents comme la Chine et le Brésil, qui multiplient les initiatives diplomatiques et commerciales en Afrique, les capitales européennes se trouvent de plus en plus placées sur la défensive. Paris fait ainsi face à une contestation croissante. Dans la lutte d’influence à laquelle se livrent les puissances, Washington n’hésite pas à enrôler des leaders noirs américains, anciens militants de droits civiques, appelés sous les drapeaux de la guerre commerciale.

En effet, les relations internationales se sont étoffées d’agents privés tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les cabinets de consultants ou les Eglises. Leur influence paraît d’autant plus grande que le continent noir se trouve en situation de faiblesse politique et humanitaire. C’est ainsi que les lobbies évangéliques venus des Etats-Unis colonisent les milieux gouvernementaux, tandis que les ONG déterminent les termes de débats cruciaux, comme celui du Darfour. De plus en plus présente, la justice internationale post-conflit exprime ces ambiguïtés entre impératifs universels et nécessaire prise en compte des réalités locales.


Etats-Unis, «black business, lobby évangélique

Né d’un père kényan, le président Barack Obama a placé les relations entre les Etats-Unis et le continent africain sur le devant de la scène. Celles-ci sont marquées par le rôle croissant des leaders noirs américains qui, jadis très actifs sur la question des inégalités sociales, se sont mis au service des intérêts économiques de Washington en Afrique. Dans les années 1980, le démocrate Andrew Young fustigeait les «millionnaires noirs sans cœur». Vingt ans plus tard, il était devenu l’un des «sorciers noirs» de l’administration Bush. C’est le «black business» cynique des Etats-Unis. Attirant moins l’attention médiatique que les mouvements musulmans, les Eglises évangéliques ont fait une percée notable en Afrique. Venues des Etats-Unis, elles établissent un mélange détonant entre religion, argent et politique. En Ouganda, leur influence suscite des polémiques. Ainsi l’Ouganda découvre le lobby évangélique. Quelle place et quelle identité pour les Eglises africaines dans la chrétienté ? Cette question taraude depuis longtemps les théologiens d’un continent dont les cultures sont trop souvent méprisées. Durant le très actif pontificat de Jean Paul II, elle a pris une acuité particulière, provoquant d’intenses débats. Lors de son dernier voyage, le pape a privilégié la mise en relief des éléments «malsains» des traditions et des coutumes africaines, allant jusqu’à déclarer que les traditions traditionnelles n’inclinaient pas à l’amour et au culte de Dieu. Autrement dit, et pour conclure, il faut cesser de penser la possibilité d’un christianisme africain.


Françafrique, Bolloré, Mosanto, Bruxelles et Pékin

Malgré les indépendances, la France n’a jamais abandonné sa politique d’influence, et souvent d’ingérence, dans ses anciennes colonies. Cependant, le discrédit croissant de la «Françafrique», une politique migratoire bêtement restrictive et la séduction exercée par de nouvelles puissances minent lentement ses positions. Ami personnel du président Nicolas Sarkozy, M. Vincent Bolloré est devenu le symbole du type de relations entretenues par la France avec les pays africains. Les réseaux politiques et médiatiques de l’homme d’affaires lui permettent en effet de traverser les tempêtes de critiques suscitées par ses liens peu scrupuleux sur le continent noir et d’obtenir de fort juteux contrats. Soutenu par les autorités de Ouagadougou, le semencier Mosanto a fait du Burkina Faso la tête de pont de son offensive commerciale en Afrique de l’Ouest. Mais, comme leurs homologues occidentaux, les paysans burkinabés se méfient des organismes génétiquement modifiés et organisent la résistance. Avec la crise alimentaire, l’agriculture se trouve à nouveau au centre des débats. Ecartant toute remise en cause du libre-échange, les Etats-Unis prônent une «révolution verte» qui fait la part belle aux intérêts américains. Les fondations «philanthropiques» jouent un rôle actif dans cette campagne. Dans la guerre mondiale pour les matières premières, la République démocratique du Congo constitue un objectif stratégique. Pékin y affronte Bruxelles, Paris ou encore Ottawa. Mais les méthodes peu orthodoxes de la Chine, qui recourt au troc, suscitent la réprobation du Fonds Monétaire International. En quelques années, la Chine est devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique. Cet essor rapide est soutenu au plus niveau : depuis 2003, le président Hu Jintao a effectué quatre voyages officiels sur le continent. Si Pékin délaisse les discours tiers-mondistes, il tire avantage par son non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires. Les méthodes peu orthodoxes de la «Françafrique», de la Chine.


Pauvreté persistante, pandémie du sida, guerres... Mais...

A première vue, la nouvelle donne mondiale ne produit pas de changements spectaculaires dans le quotidien des populations : la pauvreté reste endémique ; le continent est, au premier chef, touché par la pandémie de sida ; et la guerre ravage toujours certaines régions, comme le Darfour. Toutefois, les classes moyennes, laminées par les plans d’ajustements structurels des années 1980, se reconstituent et pourraient «tirer» le développement. En 2009, le Sud-Africain Nicky Oppenheimer est même le premier magnat d’Afrique subsaharienne à entrer dans le classement Forbes des cent premières fortunes du monde. De Johannesburg à Dakar, ces événements avivent le débat politique et économique, sur fond d’inégalités. Ils coïncident aussi avec une volonté d’affirmation nouvelle du continent : des institutions panafricaines se développent ; des gouvernements décident d’affronter les multinationales prévaricatrices ; des Etats accèdent à des forums mondiaux tels que le G20… Insensiblement, les cartes sont redistribuées. Alors que seize pays fêtaient, en 2010, les cinquante ans de leur affranchissement colonial, certains voudraient y voyaient l’annonce d’une
seconde indépendance pour le continent.

En quelques années, le continent africain a subi de profondes mutations. La fin de la guerre froide a transformé le jeu politique, en répandant le multipartisme et en mettant fin à des conflits alimentés de l’extérieur, comme en Angola. D’autre part, le boom des matières premières coïncide avec l’échec des plans d’ajustements structurels et provoque une interrogation sur le modèle économique à suivre. Au-delà des difficultés du quotidien, une nouvelle partie commence pour l’Afrique, selon Anne-Cécile Robert. Les classes moyennes africaines commencent à se reconstituer. Mais elles semblent moins préoccupées de l’intérêt général que leurs aînées. Grand échec de l’Organisation de l’unité africaine, la recherche de la paix est l’un des objectifs prioritaires de l’Union africaine, qui lui a succédé en 2002. La création du Conseil de la paix et de sécurité innove dans ses principes fondateurs et dans son mode de fonctionnement. Mais les blocages, notamment financiers, demeurent. Si la présence de l’armée française est ancienne et suscite des controverses sur place, les Etats-Unis développent eux aussi leur implantation militaire sur le continent. Mais la création du commandement américain Africom a suscité les réticences des gouvernements locaux.

* Amady Aly Dieng est économiste. Il anime des chroniques littéraires régulières dans la presse sénégalaises. Les éléments développés dans cet articles sont un résumé de l’édition «Indispensable Afrique Manière de voir - Le Monde diplomatique Bimestriel - N° 108 décembre 2009-janvier 2010, 98 pages



Indiscrétion

Angola: La police écrase les critiques à l'approche des élections


Dans le dernier droit précédant le 10e anniversaire de la fin de la guerre civile en Angola, le 4 avril, les autorités s'appliquent à réprimer les critiques du gouvernement et à arrêter les protestataires. Rien que cette année, les autorités ont mis fin à cinq rassemblements anti-gouvernementaux et arrêté au moins 46 protestataires, selon les indications d'un nouveau rapport de Human Rights Watch.



Les manifestations du 10 mars ont été particulièrement désagréables. Des policiers en uniforme, selon toute apparence en coordination avec des policiers armés en civil et d'autres agents de sécurité, se sont attaqués violemment à des manifestants anti-gouvernementaux « parce qu'ils créaient de l'instabilité ». Selon Human Rights Watch, c'est la tentative du gouvernement pour mettre un frein à un mouvement de protestation naissant promu depuis mars 2011 par des groupes de jeunes. Des groupes qui manifestaient à Cazenga contre la nomination récente de Suzana Inglês à la présidence de la Commission électorale nationale ont été reçus par une dizaine de policiers en civil armés de bâtons de bois et de métal, de couteaux et de pistolets. Au moins trois manifestants ont été blessés. Certains manifestants et des journalistes ont tenté de se réfugier dans des maisons à proximité afin d'échapper à la violence. Des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que des agents de la police présents sur les lieux se sont retirés lorsque des policiers en civil armés sont arrivés, et ne sont pas intervenus contre leurs agressions, en dépit d'appels à l'aide.


Les partis d'opposition soutiennent que Inglês n'est pas impartiale, parce qu'elle est un membre important de l'organisation des femmes du parti au pouvoir.Trois hommes qui participaient à une manifestation du même genre à Benguela ont été arrêtés et condamnés à 45 jours de prison pour des délits de désobéissance et d'agression contre la police. Ils ont par la suite été libérés sous caution. Un grand nombre de manifestants ont dit à Human Rights Watch qu'ils avaient reçu des appels anonymes au téléphone les menaçant, eux et leurs familles, et qu'ils étaient suivis par des gens en voiture. Certains ont dit avoir porté plainte, mais que la police ne leur avait pas dit s'il y avait eu une enquête. D'après Human Rights Watch, les enquêtes officielles n'ont débouché sur aucune poursuite contre les assaillants - même ceux qui avaient été identifiés par les manifestants et les témoins oculaires. Le ministre de l'Intérieur Sebastião Martins a nié récemment quelque implication que ce soit de la police dans la violence. Par ailleurs, la télévision d'État a diffusé des menaces proférées par des groupes anonymes affirmant défendre la paix contre les manifestants anti-gouvernementaux, indique Human Rights Watch. Au cours de la dernière année, les membres de l'IFEX ont couvert abondamment le recours inutile par la police à une force excessive lors des manifestations anti-gouvernementales comme celle du 10 mars, ainsi que les menaces, l'intimidation et les arrestations arbitraires de journalistes et de militants politiques par la police et autres agents de sécurité en Angola. Lors d'un incident visant directement les médias indépendants, le 12 mars, plus d'une dizaine de policiers ont procédé à une descente dans les bureaux de l'hebdomadaire « Folha 8 », l'une des deux dernières publications indépendantes du pays, rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Tous les ordinateurs de l'hebdomadaire ont été confisqués, ce qui a eu pour effet de paralyser ses opérations. Le raid s'est déroulé en lien avec une enquête sur la publication d'un montage photographique satirique qui tournait en ridicule le Président et d'autres membres du pouvoir exécutif. « Folha 8 » a publié des reportages sur la corruption gouvernementale et a aussi couvert les récentes manifestations anti-gouvernementales qui contestaient les 32 ans au pouvoir du Président José Eduardo dos Santos, indique le CPJ. « Le gouvernement angolais doit respecter les droits fondamentaux des gens de se rassembler paisiblement et d'exercer leur liberté de parole plutôt que de punir ceux qui critiquent ainsi que l'opposition politique », dit Human Rights Watch. « Les mesures de répression du gouvernement n'augurent rien de bon pour ce qui est d'avoir des élections parlementaires paisibles. » Les élections sont prévues pour le 5 septembre, les troisièmes seulement depuis que le pays a accédé à l'indépendance du Portugal, en 1975.


Internet: un câble sous-marin desservira l'ouest
de l'Afrique fin 2012


Des techniciens posent le câble sous-marin en fibre optique African Coast to Europe au Gabon le 27 octobre 2011


Un câble sous-marin de 17.000 km posé entre la France et l'Afrique du Sud pour desservir une vingtaine de pays d'Afrique, entrera en service "au deuxième semestre 2012", a-t-on appris mercredi auprès du groupe français France Télécom.


Ce câble baptisé Africa Coast to Europe (ACE) devait initialement entrer en service début 2012. Il desservira 23 pays dont il facilitera l'accès à l'internet haut-débit. Il part du Cap, à la pointe orientale de l'Afrique du Sud et a atterri il y a un mois à Penmarc'h dans le Finistère, selon France Télécom dans un communiqué. D'un coût de 700 millions de dollars, il doit offrir une alternative aux autres projets le long de la côte occidentale de l'Afrique: le WACS partant de Londres et atterrissant au Cap, dont les promoteurs sont notamment MTN et Vodacom, mais n'a pas selon France Télécom de station au Sénégal, ni dans les trois Guinées (Bissau, Conakry et Équatoriale); le Main One et le GLO-1 entre le Nigéria et le Royaume-Uni. Selon France Télécom, "ACE sera le premier câble sous-marin international en accès direct pour les sept pays suivants: Mauritanie, Gambie, Guinée, Sierra Leone, Liberia, Sao Tome & Principe et Guinée Équatoriale". Sur le flanc est du continent africain, d'autres câbles en fibres optiques ont été posés, notamment le Seacom qui relie depuis 2009 Marseille (France) à l'Afrique du Sud, une branche desservant Bombay en Inde. L'internet haut-débit est peu répandu en Afrique: 0,7% fin 2008, selon une étude menée il y a deux ans par Pyramid Resarch et communiquée par France Télécom, qui mise sur une croissance annuelle du nombre d'abonnements de 28% d'ici 2013. Pour France Télécom, le nouveau câble servira "à réduire la fracture numérique sur le continent africain" mais aussi "à la croissance du groupe et à ses filiales". Le marché des câbles sous-marins en est plein essor, les nouvelles constructions se concentrant entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie. Le seul axe sensiblement sous-équipé reste le tronçon Amérique latine-Afrique. Depuis 2009, la capacité internet de l'Afrique a été multipliée par 300. Le continent noir devait auparavant compter sur des liaisons satellite très lentes. Les habitants ont cependant du mal à en profiter en raison de la lenteur avec laquelle les opérateurs installent les infrastructures de connexion, notamment dans les zones rurales.

L'Afrique en début 2012


Dioncounda Traoré, ex-président de l'Assemblée nationale, a été investi président intérimaire, en vertu d'un accord entre la junte et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Le président par intérim, qui doit nommer un Premier ministre doté des "pleins pouvoirs", a menacé d'une "guerre totale et implacable" les rebelles et les groupes islamistes dans le Nord. Rappel des troubles qui secouent l'Afrique depuis début 2012:

GUINEE-BISSAU. En Guinée-Bissau, dont l'histoire est jalonnée de putschs et violences politiques, l'armée a arrêté jeudi le président par intérim Raimundo Pereira et le Premier ministre Carlos Gomes Junior. Des militaires ont attaqué la résidence du Premier ministre, pris la radio nationale et bouclé la ville. L'armée a affirmé vendredi n'avoir "aucune ambition pour le pouvoir". L'Union africaine (UA) a condamné "l'inadmissible" coup d'Etat en cours. Celui-ci survient quelques jours avant la présidentielle du 29 avril, pour laquelle Carlos Gomes Junior était favori.

MALI. Au Mali, un coup d'Etat fin mars contre le président Amadou Toumani Touré, a précipité la crise dans le Nord, passé il y a une semaine entre les mains des rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), de groupes islamistes armés, Ansar Dine en particulier, appuyé par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui détenait déjà plusieurs otages occidentaux. Jeudi, Dioncounda Traoré, ex-président de l'Assemblée nationale, a été investi président intérimaire, en vertu d'un accord entre la junte et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Le président par intérim, qui doit nommer un Premier ministre doté des "pleins pouvoirs", a menacé d'une "guerre totale et implacable" les rebelles et les groupes islamistes dans le Nord.

NIGERIA. Au Nigeria, qui compte plus de 160 millions d'habitants, dont autant de musulmans (majoritaires dans le Nord), que de chrétiens (plus nombreux dans le Sud), le groupe islamiste Boko Haram mène depuis des mois des attaques meurtrières, le plus souvent dans le Nord. Il est également tenu responsable de très nombreux assassinats de policiers. En outre, Boko Haram a noué des contacts avec Aqmi et, selon des sources concordantes, au moins une centaine de ses combattants figurent parmi les islamistes présents à Gao, dans le nord du Mali.

SOUDAN - SOUDAN DU SUD. Depuis fin mars, les armées de Khartoum et Juba se livrent à des combats d'une ampleur sans précédent avec raids aériens, interventions de chars et artillerie lourde. Les deux pays, qui se sont affrontés durant des décennies de guerre civile (1983-2005, deux millions de morts), entretenaient des relations tendues depuis l'indépendance du Sud en juillet 2011. Leurs différends sont liées au tracé de la frontière, à des accusations réciproques de soutien à des mouvements rebelles, et au partage des revenus du pétrole, le Soudan du Sud ayant hérité des trois quarts des ressources pétrolières. Alors que l'armée sud-soudanaise s'est emparée ces derniers jours du champ pétrolier d'Heglig, qui assure une part essentielle de la production pétrolière du Nord, Juba a accusé Khartoum d'avoir bombardé une localité d'importance, Bentiu, chef-lieu de l'Etat sud-soudanais d'Unité. Enfin, plusieurs autres crises ou conflits secouent toujours le continent, notamment en Somalie, où les islamistes shebab, un mouvement récemment intégré à Al-Qaïda, est en lutte depuis des années contre le fragile gouvernement de transition.



Branchez vous avec

Droits humains

Rd Congo : qui "sème" dans les Églises de Réveil récolte la pauvreté


En Rd Congo, des millions de fidèles sont attirés par les Églises de Réveil, qui leur font croire qu'un miracle va changer leur vie en leur rendant au centuple l’argent ou les biens donnés à leur pasteur. Les femmes se laissent plus volontiers séduire par cet "évangile de la prospérité" qui enrichit les pasteurs et appauvrit les fidèles.


Dans sa petite Église de Réveil de Matadi, dans la province du Bas-Congo (sud-ouest de Kinshasa), un pasteur exhorte ses fidèles. "Chers frères et sœurs, si vous voulez que 2012 soit une année prospère pour vous, semez ! Je prierai pour vous !" Dans le jargon des Églises évangéliques de la Rd Congo, "semer" signifie "donner de l’argent ou un bien matériel à son Église". Lors des prêches, les pasteurs de ces Églises en ont fait un refrain, voire une exigence. "L’or et l’argent appartiennent à Dieu, répètent-ils sans cesse à leurs ouailles. Et si vous lui donnez ces richesses, Il vous les rendra au centuple et résoudra vos problèmes." Dans un pays où plus de 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (avec moins d’un dollar par jour), ce discours fait mouche. Des centaines de milliers de fidèles, surtout les plus pauvres, sont séduits par ce soi-disant "évangile de la prospérité". Ils se pressent sur les bancs de ces Églises dans l’espoir de sortir de la pauvreté et de trouver des solutions à leurs multiples problèmes. "Dieu va agir", croit dur comme fer Dorcas Mbanzulu, une habitante de Matadi, qui n’a pas hésité à "semer". Fin 2011, elle a remis un congélateur à son pasteur. "Quelle naïveté !", s’exclame Bibiane Makwala, sa voisine, à qui elle confie désormais la conservation de ses vivres frais.


Appauvrir au nom de Dieu

Dans les rangs de ceux qui se font appeler "hommes de Dieu", on explique que cette pratique date des temps anciens. "La Bible parle même de donner la semence", argumente Damien Lukoki, président provincial des Églises de Réveil du Congo. Argent, maisons, voitures, bijoux : tout y passe, surtout de la part des plus fortunés qui espèrent, eux, accumuler davantage de richesses. Certains fidèles sont parfois obligés de se débarrasser de biens de valeur, parce que le pasteur aurait décelé en eux "des mauvais esprits". Mais, "on retrouve des fois ces bijoux au cou de leurs épouses", s’étonne Papy Makiese, qui a interdit à sa femme d’en porter quand elle va à la prière. Les gens aux revenus modestes, les sans-emploi, les malades, ceux qui aspirent à voyager… sont cependant les plus nombreux à remplir ces Églises. Ils n’hésitent pas à donner le peu d’argent qu’ils possèdent, car ils ne doutent pas de voir un jour le miracle s’accomplir et de gagner au centuple ce qu’ils ont "semé". Les femmes sont les plus nombreuses à y croire. Soutiens précieux de leurs ménages, celles qui se débrouillent au quotidien, en faisant notamment le petit commerce de rue, remettent souvent leur maigre bénéfice du jour aux pasteurs dans l’espoir de voir leurs petites affaires prospérer. Dans la plupart des cas, le miracle promis ne se réalise pas ! Sociologue, Matthieu Bianluanga estime que ces pratiques ont aujourd’hui perdu tout leur sens. À cause de la pauvreté, "les pasteurs jouent sur la crédulité des fidèles pour leur soutirer leurs biens", affirme-t-il. Un point de vue partagé par un prêtre catholique du diocèse de Boma, dans le Bas-Congo : "S’il est normal d’apporter des dons à l’Église, il ne faut pas que certaines gens se cachent derrière le verbe ‘semer’ pour les rançonner."


Ruinés jusqu’au bout

Après avoir tant "semé" et rien récolté, beaucoup finissent, au bout d’un moment, par se retrouver ruinés, encore plus pauvres qu'avant. Les plus naïfs, qui ne se découragent pas, vont d’une Église à l’autre. Car, "si ton Dieu est mort [ne fait rien pour toi, Ndlr], essaye le mien", leur dit un chant religieux. Une rivalité s’est ainsi installée entre ces Églises qui se disputent les fidèles et éclatent les unes après les autres, surtout en raison d'histoires d’argent. Pour ne plus dépendre que d’eux, certains "petits" évangélistes quittent leur "maison mère" et s'en vont prêcher dans la rue ou dans des bus. "Vous allez parcourir 350 km sur ce tronçon dangereux. Le Dieu qui vous a donné le souffle de la vie va encore vous garder. Qui peut semer 20 $ pour que je lui impose les mains", lançait ainsi un prédicateur après s'être présenté aux voyageurs d’un bus Kinshasa-Matadi, comme un "homme par qui Dieu opère des miracles", celui de la multiplication des billets de banque sans doute…


Nekwa Makwala

L'avortement fait toujours polémique aux Etats-Unis, même en bande dessinée

Une célèbre bande dessinée, "Doonesbury", a été soit censurée soit publiée en page Opinion lundi par des journaux américains parce qu'elle se moquait d'une loi anti-avortement, un sujet particulièrement polémique aux Etats-Unis, notamment en période électorale.


Les quatre vignettes signées par le célèbre dessinateur, Garry Trudeau, évoquaient de manière grinçante une loi passée au Texas - mais aussi dans d'autres Etats américains - obligeant les femmes désirant une IVG à pratiquer d'abord une échographie. On y voit ainsi, notamment dans le Washington Post qui la publiait lundi, une femme priée par une secrétaire médicale de "prendre un siège dans la salle de la honte" - au lieu d'une salle d'attente - en attendant non le médecin, mais "l'élu, homme d'âge moyen" qui viendra l'ausculter.


Le journal consacre toute la semaine une série sur ce sujet. Une cinquantaine d'autres journaux ont demandé, sans motiver leur décision, des vignettes de rechange à l'organisme qui distribue la BD, publiée chaque jour par quelque 1.400 journaux, pour la plupart américains, a indiqué à l'AFP Sue Roush, directrice éditoriale de Universal Uclick. Lundi, l'éditorial du Star-Ledger du New Jersey indiquait ainsi qu'ils avaient décidé de publier la série en page Opinion, parce que Garry Trudeau travaillait "dans la grande tradition de la satire", dans la lignée de Jonathan Swift ou Mark Twain, alors que d'autres "ont refusé de la publier". Le Los Angeles Times a fait de même alors que l'Oregonian de Portland, qui ne la publiait pas mais en donnait un lien internet, expliquait que le dessinateur avait "franchi la ligne du bon goût et de l'humour (...) en utilisant un langage cru et des images peu compatibles avec une page dédiée aux BD". Sept Etats américains imposent une échographie vaginale à toutes les femmes voulant recourir à une interruption volontaire de grossesse afin, selon le voeux des militants anti-avortement, qu'elles puissent réaliser l'état de développement de leur foetus. L'avortement, toujours polémique dans le pays, est récemment revenu au devant de la scène en cette période de campagne électorale pour l'élection présidentielle.



Sur les homosexuels:
Mugabe dit à Cameron d'"aller en enfer"



Le président zimbabwéen Robert Mugabe a rejeté samedi les appels au respect des droits des homosexuels du Premier ministre britannique David Cameron, lui disant d'"aller en enfer".


"La nature est la nature. Elle a créé le mâle et la femelle. Vous, David Cameron, suggérez-vous que vous ne savez pas ça, ou est-ce qu'il y a une sorte de démence, ou cela fait-il partie de la culture des Européens?", s'est interrogé M. Mugabe devant des milliers de partisans rassemblés pour fêter son 88ème anniversaire dans un stade de Mutare (est). "Selon leurs journaux, c'est l'un de mes péchés. Que j'ai dit qu'ils (les gays) étaient pire que les porcs et les chiens parce que les porcs savent qu'il y a des mâles et des femelles. C'est même dans la Bible: vous créez grâce au système du mariage", a argumenté le président zimbabwéen, un catholique pratiquant. "Voilà comment nous sommes nés, c'est pourquoi nous rejetons catégoriquement cela et vous disons d'aller en enfer", a-t-il lancé au Premier ministre de l'ancien colonisateur de son pays. "Je vais même pas l'appeler un chien parce que mon propre chien va se plaindre", a-t-il ajouté. David Cameron a déclaré lors d'un sommet du Commonwealth l'an dernier que ses partenaires devraient respecter les droits de l'Homme, y compris les droits des homosexuels, pour pouvoir bénéficier de l'aide britannique. La question a refait surface alors que le Zimbabwe doit se doter d'une nouvelle Constitution, des opposants au président ayant suggéré de suivre l'exemple du voisin sud-africain en garantissant les droits des homosexuels dans la Loi fondamentale. "Nous n'accepterons pas cela", a assuré M. Mugabe. "S'il vous plaît, jeunes hommes et jeunes femmes, vous n'avez pas la liberté pour les hommes d'épouser des hommes et pour les femmes d'épouser des femmes. Vous avez la liberté pour les hommes d'épouser des femmes. C'est la liberté de Dieu. C'est ce qui nous a créés, vous et moi", a lancé le vieux président, dont la croisade contre l'homosexualité est devenue une marque de fabrique. Sa dernière diatribe survenait samedi alors que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a à nouveau appelé les pays africains à respecter les droits des homosexuels, lors d'une visite en Zambie, pays voisin du Zimbabwe.


Ouganda:

Un ancien enfant-soldat défend la vidéo dénonçant Joseph Kony


Joseph Kony, le 12 novembrre 2006 au Soudan


Un ancien enfant-soldat ougandais a appelé vendredi un maximum de gens à regarder la vidéo, déjà largement diffusée sur internet, dénonçant les exactions commises par le criminel de guerre présumé Joseph Kony et appelant à le traduire en justice.

"C'est un film très dur", a indiqué Jacob Acaye à la chaîne de télévision américaine ABC, au sujet de la vidéo de 30 minutes qui comptait vendredi quelque 58 millions de vues sur YouTube. "Elle me rappelle des souvenirs (...). Je ne sais toujours pas quand tout cela prendra fin. Mais plus le temps passe, plus de gens meurent, plus de gens souffrent, et plus de gens sont enlevés", a insisté l'ancien enfant-soldat. Le film a été réalisé par l'ONG américaine "Invisible Children" afin de lancer une campagne pour traduire en justice Joseph Kony, présumé responsable de l'enlèvement, de la torture et de l'exploitation de dizaines de milliers d'enfants au cours des 20 dernières années. Largement diffusée sur internet toute la semaine, la vidéo a aussi été relayée via Twitter avec des appels à "Arrêter Kony". Mais cette campagne a également été critiquée comme étant excessivement simplificatrice, notamment parce qu'elle ne rappelle pas assez clairement, selon ses détracteurs, que la LRA était aujourd'hui très affaiblie, après avoir été chassée d'Ouganda et contrainte de se replier en Centrafrique. Dans le film, Jacob Acaye, qui apparaît alors âgé de 13 ans, dit vouloir mourir pour retrouver son frère, tué dans les violences dans son pays. A 11 ans, le jeune homme faisait partie d'un groupe de 41 enfants enlevés de leur village par Joseph Kony. Aujourd'hui âgé de 21 ans, il étudie le droit à l'université Makerere, en Ouganda, pour devenir avocat. Lorsque ce film a été tourné, "j'étais totalement invisible, je veux dire un véritable enfant invisible", a-t-il dit sur ABC. Jacob Acaye défend la vidéo, estimant qu'elle peut aider les gens à prendre conscience des atrocités qu'aurait commises Joseph Kony: "Si les gens (la) regardent, ils peuvent savoir et comprendre que Joseph Kony est toujours le même que dans le film, ils peuvent réfléchir à ce que l'on peut faire" contre lui. Joseph Kony est actuellement recherché par la Cour pénale internationale.



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